Pendant la Première Guerre mondiale, Paris n’a pas seulement vécu la guerre à distance. La capitale française a subi des bombardements allemands par avions, dirigeables et artillerie longue portée. Face à cette menace nouvelle venue du ciel, les autorités ont protégé certains monuments de Paris avec des sacs de sable, tandis que des vitrines étaient barrées de bandes adhésives pour limiter les projections de verre.
Le résultat donne des images étonnantes : Notre-Dame, l’Arc de Triomphe du Carrousel, des statues et des bâtiments publics enveloppés de protections improvisées, comme si Paris avait enfilé une armure de toile et de terre. Une armure pas très élégante, mais nettement plus utile qu’un joli discours face aux éclats d’obus.
À retenir
Information Détail Période Première Guerre mondiale, surtout 1914-1918 Ville concernée Paris Menaces Bombardements aériens, raids de dirigeables, avions allemands, artillerie longue portée en 1918 Protections visibles Sacs de sable, sacs de terre, planches, protections de sculptures, vitres barrées d’adhésif Monuments documentés Notre-Dame de Paris, Arc de Triomphe du Carrousel, statues et monuments publics Objectif Limiter les dégâts sur le patrimoine et réduire les projections de verre Sources iconographiques Musée Carnavalet, Paris Musées, Gallica, FranceArchives, ImagesDéfense
Paris face aux bombardements de la Grande Guerre
Au début de la guerre, Paris se trouve brièvement menacée par l’avancée allemande. Si jusqu’à la première semaine de septembre 1914, les allemands ont percé jusqu’à une trentaine de kilomètres de la ville, les efforts des soldats français et britanniques les ont fait reculer après la première bataille de la Marne. La capitale reste toutefois vulnérable à une forme de guerre plus moderne : les attaques venues du ciel.
À partir de 1915, Paris est visée par des dirigeables Zeppelin, puis par des avions allemands. En 1918, les bombardiers Gotha et surtout les tirs de l’artillerie longue portée allemande, souvent surnommée “la Grosse Bertha” dans le langage courant même si cette appellation est techniquement discutée, rappellent brutalement que l’arrière n’est plus totalement à l’abri.
Cette menace transforme temporairement le visage de la ville. Les monuments les plus visibles, les portails sculptés, les statues, les façades et certains bâtiments publics reçoivent des protections. Le but n’est pas de rendre Paris invulnérable, mais de réduire les dégâts causés par les éclats, les chutes de pierre, les vibrations et les projections de verre. Pendant que la capitale se protège, le front continue de broyer les hommes à grande échelle, comme le rappelle autrement la bataille de Verdun racontée en LEGO, une reconstitution miniature d’un désastre qui, lui, n’avait rien de petit.
Notre-Dame sous les sacs de sable
Parmi les images les plus fortes, celles de Notre-Dame de Paris protégée par des sacs de sable résument bien cette période. Le musée Carnavalet conserve plusieurs photographies montrant les portails de la cathédrale partiellement recouverts de sacs de sable pendant la Grande Guerre, notamment en juin 1918.
L’objectif était de protéger les sculptures, les entrées et les parties sensibles de l’édifice contre les éclats et les effets des bombardements. La cathédrale n’était pas seulement un monument religieux : c’était aussi l’un des symboles les plus connus de Paris. La voir emmitouflée dans des sacs de sable donne une idée très concrète de l’inquiétude de l’époque.
Ces photographies ont une force particulière parce qu’elles montrent un Paris reconnaissable, mais modifié par la peur des bombardements. Dans un autre registre documentaire, les photos couleurs de la Première Guerre mondiale par Fernand Cuville rappellent elles aussi combien la couleur peut rendre la guerre plus proche, plus concrète, et parfois plus dérangeante.

Des monuments parisiens transformés en fortins
Notre-Dame n’est pas un cas isolé. Des protections similaires sont installées autour d’autres monuments parisiens, des sacs de sable sont entassés au pied de l’Arc de Triomphe, ou l’Arc de Triomphe du Carrousel.
Ces dispositifs donnent aux monuments un aspect étrange : colonnes, statues et portails semblent barricadés comme des positions militaires. Paris ne devient pas une ville de tranchées, mais elle adopte par endroits le langage matériel du front : sacs, terre, planches, empilements, protections provisoires.
Le contraste est saisissant. Les monuments construits pour célébrer la gloire, la religion, l’histoire ou la puissance de l’État sont soudain traités comme des corps vulnérables. Même la pierre a besoin d’un casque quand les obus commencent à tomber. Les photos en stéréographie de la Première Guerre mondiale montrent d’ailleurs à quel point les images de l’époque cherchaient déjà à donner du relief, au sens propre, à cette guerre industrielle.
Pourquoi scotcher les vitrines ?
Les vitrines et fenêtres étaient parfois barrées de bandes adhésives ou de papier collant. L’idée n’était pas de rendre le verre incassable, évidemment : même le meilleur ruban adhésif ne discute pas longtemps avec une onde de choc. Mais ces bandes pouvaient limiter la dispersion des éclats en cas d’explosion proche.
Cette pratique sera reprise plus massivement pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elle apparaît déjà dans le contexte de la Grande Guerre, lorsque les populations urbaines découvrent progressivement les effets des bombardements sur les façades, les commerces et les intérieurs.
Dans les photos anciennes, ces vitrines quadrillées ou barrées donnent une impression curieuse : les rues semblent préparées à encaisser un choc invisible. Le danger vient du ciel, mais la réponse se voit à hauteur d’homme, sur les fenêtres, les portes, les statues et les devantures. Pour d’autres, le scotch est posé de façon à faire de jolis motifs et devient une forme de décoration.

Protéger les œuvres, pas seulement les bâtiments
La protection du patrimoine ne concernait pas uniquement l’extérieur des monuments. Certaines œuvres furent déplacées ou mises à l’abri. Les vitraux, les sculptures fragiles et les pièces jugées précieuses pouvaient être démontés, emballés, protégés ou éloignés des zones exposées.
C’est un aspect important : la guerre moderne ne menace pas seulement les soldats et les infrastructures militaires, mais aussi les musées, les églises, les bibliothèques, les archives et les symboles culturels. Paris a donc dû inventer, dans l’urgence, une forme de défense patrimoniale. Moins spectaculaire qu’une bataille, mais essentielle pour éviter que les éclats ne transforment l’histoire de l’art en puzzle.
Ce rapport entre guerre et protection des corps ou des visages se retrouve, dans un autre registre, avec les visages réparés de soldats de la Première Guerre mondiale, où la violence du conflit se lit directement sur les survivants. D’un côté, on tente de préserver les pierres ; de l’autre, il faut réparer les vivants.

Après l’Armistice, le démontage des protections
Une fois l’Armistice signé le 11 novembre 1918, les protections provisoires deviennent inutiles. Les sacs de sable sont retirés, les monuments retrouvent peu à peu leur apparence habituelle, et Paris efface les marques les plus visibles de cette défense improvisée.
Ce même jour, à quelques minutes de la fin officielle des combats, Henry Gunther devenait le dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale, rappel brutal que l’histoire se joue parfois à quelques minutes près.
Si bien sûr il y a eu également de la casse matérielle avec des bâtiments détruits, les efforts de protection ont porté leur fruit et le patrimoine est resté pour parti intact. Arc-de-triomphe, place Vendôme et autre Notre-Dame-De-Paris ont survécu à cette épisode dramatique (et n’auront pas eu besoin de restauration fantasque).
Ces protections ont disparu, mais les photographies restent. Elles rappellent un Paris moins touristique, moins carte postale, où la capitale vivait avec l’alerte, les raids, les vitres fragiles et les monuments protégés comme des blessés précieux.
Un Paris méconnu de 14-18
Ces images sont fortes parce qu’elles montrent un Paris inhabituel. On connaît les tranchées, les poilus, les champs de bataille, les ruines du nord et de l’est de la France. On imagine moins facilement les monuments parisiens couverts de sacs de sable et les vitrines barrées de bandes adhésives.
Pourtant, ces détails racontent très bien la guerre totale : le front est loin, mais la menace touche la ville ; les monuments sont anciens, mais les armes sont modernes ; la pierre semble solide, mais elle devient vulnérable face aux éclats.
Voici quelques images des monuments de Paris protégés par des sacs de sable et des vitrines scotchées pendant la Première Guerre mondiale.





Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Bibliothèque Nationale de France.
• Paris Musées / Musée Carnavalet — Sacs de sable devant le portail de Notre-Dame de Paris, juin 1918
• Paris Musées / Musée Carnavalet — Protection des monuments de Paris pendant la Première Guerre mondiale
• FranceArchives — Sacs de sable au pied de l’Arc de Triomphe
• ImagesDéfense — Démantèlement des protections de sacs de sable protégeant les monuments de Paris
• In Situ — La protection de Notre-Dame de Paris pendant la Première Guerre mondiale













