Au bord de l’Eyre Highway, dans la petite ville de Kimba en Australie-Méridionale, un gigantesque oiseau rose et gris domine les voitures et les voyageurs. Avec ses 8 mètres de haut, 2,5 mètres de large et environ 2,3 tonnes, The Big Galah est une version franchement surdimensionnée du galah australien, le cacatoès rosalbin.
Cette sculpture en fibre de verre et métal n’a pourtant pas été construite uniquement pour faire sourire les automobilistes. Installée en 1993 par une famille locale, elle avait une mission très concrète : faire ralentir les voyageurs et les convaincre de s’arrêter devant leur boutique. Près de trois décennies plus tard, après une spectaculaire remise en peinture, ce drôle d’oiseau est devenu l’une des fameuses « Big Things » australiennes et une véritable curiosité routière.
The Big Galah dans sa livrée actuelle, à Kimba en Australie-Méridionale. Crédit photo Big Lap on a Budget (CC BY-SA 4.0).
Un cacatoès de 8 mètres pour arrêter les automobilistes
L’histoire de The Big Galah commence autour de la table familiale de Roger et Dianne Venning. Le couple exploitait à Kimba une boutique consacrée notamment aux pierres précieuses, située sur le passage des voyageurs traversant le sud de l’Australie.
Le problème était simple : comment convaincre les automobilistes de s’arrêter ?
La famille envisage plusieurs animaux avant de choisir le galah. Ces cacatoès roses et gris étaient nombreux autour des silos à céréales de Kimba, leur couleur était difficile à manquer et leur morphologie permettait de concevoir une structure plus stable que celle d’un émeu géant.
Le véritable galah (Eolophus roseicapilla), appelé en français cacatoès rosalbin, mesure seulement 35 à 36 centimètres. La version de Kimba est donc environ 22 fois plus haute que l’oiseau réel.
Un véritable galah, ou cacatoès rosalbin, photographié à Adélaïde en Australie-Méridionale. Crédit photo Charles J. Sharp (CC BY-SA 4.0).
Avec sa poitrine rose, son dos gris et sa calotte claire, l’espèce compte parmi les oiseaux les plus facilement reconnaissables d’Australie.
Le pays semble d’ailleurs avoir un goût certain pour les oiseaux particulièrement photogéniques. Dans un registre nettement moins encombrant, on y trouve aussi le minuscule pardalote pointillé aux couleurs de diamant et le Miro rosé au plumage couleur bonbon.
18 mois de travail dans le hangar familial
Construire un cacatoès de plusieurs tonnes n’était évidemment pas tout à fait un bricolage du dimanche.
Un architecte réalise d’abord les plans. Pour passer du dessin à une sculpture haute comme un petit immeuble, les Venning reproduisent la silhouette grâce à une grande grille tracée directement sur le sol de leur hangar.
Roger et Dianne ainsi que leurs quatre enfants, Allan, Quentin, Dion et Arlene, participent aux travaux pendant les week-ends et les vacances scolaires.
La construction dure environ 18 mois.
Le squelette est formé de tiges métalliques qu’il faut cintrer pour dessiner le corps, les ailes et la tête. Pour y parvenir, la famille utilise un engin plutôt inattendu : une ancienne cintreuse de roues de chariot datant du XIXe siècle, empruntée au père de Dianne.
Une pièce de musée utilisée pour construire un perroquet géant : le projet commençait à acquérir un certain niveau de cohérence australienne.
La structure métallique est ensuite recouverte de fibre de verre. D’après les témoignages de la famille recueillis par ABC, cette étape est nettement moins amusante : les vapeurs des produits utilisés rendent parfois les constructeurs malades.
Le jour où le Big Galah a voyagé sous escorte policière
Une fois l’oiseau terminé, un problème assez prévisible se pose : comment transporter un cacatoès de huit mètres sur la voie publique ?
Le policier local explique alors à la famille qu’un permis est nécessaire pour déplacer une structure de cette taille.
Roger Venning ne paraît guère séduit par les formalités. Finalement, le policier décide d’accompagner lui-même le déplacement.
The Big Galah rejoint ainsi son emplacement définitif sous escorte policière.
Le grand oiseau est érigé devant la boutique familiale en 1993. Dianne Venning racontera plus tard avoir pleuré lorsqu’elle l’a enfin vu debout.
Après dix-huit mois à fabriquer un cacatoès géant dans un hangar familial, une petite larme paraît assez raisonnable.
Le Big Galah photographié en 2024 à Kimba, avec les motifs ajoutés lors de sa rénovation. Crédit photo Gnangarra (CC BY 2.5 Australia).
The Big Galah et l’étrange tradition australienne des « Big Things »
The Big Galah appartient à une tradition touristique particulièrement australienne : celle des Big Things.
Depuis plusieurs décennies, des animaux, fruits, objets ou symboles locaux sont reproduits à une échelle extravagante au bord des routes. On trouve ainsi dans le pays une banane gigantesque, un ananas monumental, un mouton mérinos de plus de 15 mètres, un cheval à bascule de 18 mètres ou encore différentes crevettes géantes.
ABC recensait déjà plus de 150 de ces « Big Things » en Australie en 2021.
Le principe était souvent commercial avant d’être artistique : une construction suffisamment étrange permettait de faire ralentir les automobilistes, de provoquer une photographie et, avec un peu de chance, de faire entrer le voyageur dans le commerce voisin.
The Big Galah constitue presque un cas d’école.
Roger Venning expliquait d’ailleurs que l’installation avait effectivement augmenté le nombre de visiteurs de sa boutique.
Avec seulement huit mètres, le cacatoès reste évidemment très loin des plus grandes statues du monde. Mais peu de monuments de 100 ou 180 mètres ont été conçus dans le but initial de vendre des pierres précieuses et quelques rafraîchissements aux automobilistes.
Le Big Galah avant sa spectaculaire transformation
Pendant près de trois décennies, la sculpture possède une apparence relativement proche d’un galah naturel : poitrine rose, ailes grises et dessin assez sobre.
La photo ci-dessous permet de voir son ancienne livrée en 2006, bien avant sa rénovation.
The Big Galah photographié en 2006, avant sa nouvelle décoration beaucoup plus colorée. Crédit photo Adam Eales (CC BY-SA 2.0).
Après des décennies sous le soleil d’Australie-Méridionale, les couleurs commencent logiquement à perdre de leur éclat.
En 2021, le géant bénéficie donc d’une remise en peinture complète.
Les artistes locales Karen Carr et Jill Pantiyasa abandonnent la simple imitation du plumage naturel au profit d’une décoration bien plus graphique, faite de motifs circulaires, de fleurs et d’arabesques.
Pas moins de 32 nuances de rose et de gris sont utilisées.
La comparaison entre la photographie de 2006 et les clichés récents est assez spectaculaire : le gros cacatoès a conservé sa silhouette, mais il est passé du statut de modèle anatomique géant à celui d’œuvre de pop art routière.
Un cacatoès géant devenu pièce de 1 dollar
La consécration officielle est arrivée en 2025.
La Royal Australian Mint et Australia Post ont choisi The Big Galah pour leur collection « Aussie Big Things 2 », une série consacrée à dix curiosités routières du pays.
Le cacatoès de 2,3 tonnes apparaît ainsi sur une pièce australienne de 1 dollar, aux côtés notamment du Big Merino, du Big Penguin, du Big Mango et du Big Golden Guitar.
Une destinée assez amusante pour une sculpture dont toute la raison d’être était précisément d’être beaucoup trop grande pour passer inaperçue.
Kimba, « à mi-chemin de l’Australie »
Le décor participe beaucoup à l’histoire.
Kimba se présente comme « Halfway Across Australia », littéralement « à mi-chemin de l’Australie », en référence à sa position sur le long trajet entre Sydney et Perth.
Il s’agit surtout d’un symbole touristique plutôt que de la localisation d’un centre géographique officiel du continent. Mais quand on vient de passer des heures sur les routes australiennes, un panneau annonçant que l’on est arrivé à mi-chemin possède probablement une certaine valeur psychologique.
Le panneau « Halfway Across Australia » à Kimba, qui joue sur la position de la ville entre les côtes australiennes. Crédit photo Chuq (CC BY-SA 4.0).
Où voir The Big Galah ?
The Big Galah se trouve directement à Kimba, sur l’Eyre Highway, en Australie-Méridionale.
Adresse : 15351 Eyre Highway, Kimba SA 5641, Australie.
Coordonnées GPS : -33.14205, 136.421843. Voici sa position sur Google Maps:
La sculpture est installée en extérieur et reste visible depuis la route. Une zone de stationnement permet de s’arrêter à proximité, avec différents services pour les voyageurs dans ce petit centre routier.
Kimba est située sur l’Eyre Peninsula, à environ 150 kilomètres à l’ouest de Port Augusta. L’endroit constitue donc une étape naturelle pour les voyageurs qui poursuivent leur route vers Ceduna et la plaine de Nullarbor.
Il serait certes possible de traverser Kimba sans s’arrêter.
Mais après plusieurs centaines de kilomètres de route australienne, résister à la photographie d’un cacatoès rose de huit mètres relève probablement d’un degré de discipline inutilement élevé.
The Big Galah et sa décoration rose actuelle à Kimba, en Australie-Méridionale. Crédit photo Big Lap on a Budget (CC BY-SA 4.0).
Sources pour aller plus loin
- Atlas Obscura – The Big Galah
- ABC News – The Big Galah is getting a facelift, but simply building the Kimba icon was no laughing matter
- Royal Australian Mint – Aussie Big Things 2
- Australian Museum – Galah
- Wikimedia Commons – Kimba, South Australia






