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Leopardus tilcayo : une nouvelle espèce de chat sauvage découverte en Bolivie

Leopardus tilcayo est une nouvelle espèce de chat sauvage découverte dans les Yungas, en Bolivie. Ce minuscule félin tacheté, plus léger qu’un chat domestique moyen, vient d’être officiellement décrit par une équipe internationale de scientifiques dans la revue Current Biology.

La découverte est particulièrement rare : aucune espèce vivante de félin entièrement nouvelle n’avait été formellement décrite depuis plus d’un siècle. Pourtant, les habitants des Yungas connaissaient déjà depuis longtemps cet animal discret sous le nom de « tilcayo ». Il aura fallu la génétique moderne pour démontrer que ce petit chat sauvage bolivien cachait une histoire évolutive bien à lui.

Leopardus tilcayo, nouvelle espèce de chat sauvage découverte en Bolivie
Tigrino, un Leopardus tilcayo photographié au refuge La Senda Verde en Bolivie. Ce petit félin des Yungas ne pèse qu’environ 1,4 kg. Crédit photo Alessandro Verniani (CC BY-SA 4.0).

Leopardus tilcayo, un minuscule chat sauvage de Bolivie

Le tilcayo appartient au genre Leopardus, un groupe de petits félins exclusivement américains auquel appartient également l’ocelot, autre félin tacheté des Amériques.

Mais Leopardus tilcayo joue dans une catégorie nettement plus légère.

Tigrino, le mâle vivant qui a contribué à mettre les scientifiques sur la piste de la nouvelle espèce, mesure environ 45 à 46 cm de longueur de corps, auxquels s’ajoutent quelque 25 cm de queue. Il pèse seulement 1,4 kg environ.

Autrement dit, malgré son allure de léopard miniature, ce petit prédateur peut peser moins que certains chats domestiques. Cette comparaison de la taille des félins permet d’ailleurs de mesurer l’impressionnante amplitude de gabarit au sein de la famille, du petit chat sauvage jusqu’au tigre.

Le tilcayo possède un pelage brun clair couvert de grandes marques sombres et de rosettes irrégulières. Sa robe, ses motifs, ses oreilles courtes et arrondies ainsi que sa longue queue contribuent à le distinguer des autres chats-tigres.

Pas forcément au premier coup d’œil, toutefois : l’animal ressemble suffisamment à ses cousins pour être longtemps passé sous les radars des taxonomistes. Son ADN s’est montré beaucoup moins discret.

Profil de Leopardus tilcayo avec son pelage tacheté


De profil, Leopardus tilcayo présente un pelage brun clair couvert de grandes marques et rosettes sombres. Crédit photo Alessandro Verniani (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi Leopardus tilcayo est-il vraiment une nouvelle espèce de félin ?

La reconnaissance de cette nouvelle espèce de félin ne repose pas simplement sur la couleur de quelques taches.

Pour démêler les liens de parenté entre les différents chats-tigres d’Amérique du Sud, les chercheurs ont analysé les génomes complets de 38 félins du genre Leopardus. Parmi eux figuraient des animaux actuels mais aussi des spécimens provenant de collections scientifiques.

Huit génomes ont ainsi pu être obtenus à partir d’animaux conservés dans des musées. Cette approche, parfois appelée muséomique, permet de faire parler l’ADN de spécimens collectés bien avant l’apparition des techniques modernes de séquençage.

Les résultats montrent que ce que l’on regroupait autrefois dans le complexe du chat-tigre recouvre en réalité cinq espèces génétiquement distinctes :

Leopardus guttulus, Leopardus emiliae, Leopardus pardinoides, Leopardus tigrinus et désormais Leopardus tilcayo.

L’étude décrit également une nouvelle sous-espèce vivant dans les Yungas péruviennes, Leopardus tigrinus antisuyo.

Les analyses génétiques indiquent surtout que la lignée du tilcayo s’est séparée de celles de ses proches parents il y a environ 1,4 million d’années.

Ce petit félin n’est donc pas simplement une population bolivienne possédant quelques taches de travers : il représente une véritable lignée évolutive distincte.

Portrait de Leopardus tilcayo, le nouveau chat sauvage de Bolivie
Portrait de Tigrino, un Leopardus tilcayo vivant au refuge La Senda Verde, en Bolivie. Crédit photo Alessandro Verniani (CC BY-SA 4.0).

Tout est parti d’un étrange « chaton » trouvé dans les Yungas

L’histoire moderne de Leopardus tilcayo commence vers 2016 dans la région des Yungas.

Un habitant recueille alors près d’une forêt un jeune félin qu’il pense pouvoir garder comme un chat domestique.

L’expérience ne fonctionne manifestement pas comme prévu.

L’animal, qui reste résolument sauvage, est finalement confié en 2017 au sanctuaire animalier La Senda Verde, près de Coroico. Il y reçoit le surnom de Tigrino.

La biologiste bolivienne Paola Nogales-Ascarrunz remarque que ses proportions et son pelage ne correspondent pas parfaitement aux chats-tigres déjà décrits. L’animal devient alors l’un des points de départ d’une enquête scientifique beaucoup plus vaste sur les petits félins du genre Leopardus.

Ce qui ressemblait au départ à un drôle de chat recueilli dans les Yungas allait finalement contribuer à ajouter une nouvelle branche à l’arbre généalogique des félins.

Les habitants connaissaient déjà le tilcayo

Si Leopardus tilcayo est nouveau pour la science, il ne l’est pas vraiment pour les populations locales.

Dans les Yungas, les habitants connaissaient depuis longtemps ce petit chat sauvage sous le nom de tilcayo.

Les chercheurs ont choisi de conserver cette appellation locale pour son nom scientifique.

C’est un détail qui résume assez bien la découverte : la génétique n’a pas révélé aux habitants qu’un petit félin tacheté vivait dans leurs montagnes. Elle a surtout démontré que l’animal qu’ils distinguaient déjà possédait effectivement une identité biologique particulière.

Où vit cette nouvelle espèce de chat sauvage ?

Leopardus tilcayo est actuellement connu dans les Yungas boliviennes, sur les versants orientaux des Andes.

La localité type de l’espèce se situe près d’Arapata, dans la province de Nor Yungas du département de La Paz, à environ 1 570 mètres d’altitude.

Les Yungas constituent une spectaculaire zone de transition entre les hauts reliefs andins et le bassin amazonien. On y trouve des forêts humides de montagne régulièrement enveloppées de brouillard, d’où leur qualification de forêts nuageuses.

Relief abrupt, végétation dense et forte humidité : le décor offre quelques avantages lorsqu’on est un félin d’un kilo et demi qui ne cherche manifestement pas à devenir une vedette d’Instagram.

Forêt des Yungas près de Coroico en Bolivie, habitat de Leopardus tilcayo


La forêt humide des Yungas près de Coroico, en Bolivie, dans la région où vit Leopardus tilcayo. Crédit photo Das Morton (CC BY-SA 4.0).

L’étendue exacte de l’aire de répartition du tilcayo reste cependant inconnue. Les scientifiques disposent encore de peu d’observations confirmées et il faudra poursuivre les recherches, notamment grâce aux pièges photographiques, pour déterminer jusqu’où s’étend réellement son territoire.

Cinq espèces de chats-tigres au lieu d’une seule

La découverte du tilcayo ne constitue en réalité qu’une partie du bouleversement taxonomique apporté par l’étude.

Les analyses génomiques montrent que les petits chats-tigres, longtemps difficiles à différencier sur leur seule apparence, correspondent à plusieurs lignées bien distinctes réparties à travers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

Le problème est typique des espèces dites cryptiques : des animaux peuvent se ressembler suffisamment pour être difficiles à distinguer visuellement tout en étant séparés par une longue histoire évolutive.

Carte de répartition des différentes espèces de chats-tigres dont Leopardus tilcayo
Répartition des espèces et sous-espèces de chats-tigres distinguées par les travaux taxonomiques récents, dont Leopardus tilcayo en Bolivie. Crédit Carte Haplochromis (CC BY 3.0).

Que sait-on du mode de vie du tilcayo ?

Pas énormément.

Les scientifiques possèdent désormais un nom, une description morphologique et un génome, mais une grande partie de la vie de Leopardus tilcayo reste à documenter.

Les premières données suggèrent un animal surtout nocturne. Des restes de petits rongeurs retrouvés dans des excréments indiquent également qu’ils figurent probablement à son menu.

En revanche, sa population totale, la superficie de ses territoires, sa reproduction, ses déplacements ou encore une grande partie de son alimentation restent mal connus.

Cette discrétion n’est pas exceptionnelle chez les petits félins sud-américains. Le continent abrite plusieurs espèces beaucoup moins étudiées que les lions, tigres ou léopards, comme le jaguarondi, cet étonnant chat sauvage au faux air de petit puma.

Une nouvelle espèce de chat sauvage plus de 100 ans après la précédente

La description de Leopardus tilcayo constitue un événement particulièrement inhabituel dans l’étude des félins.

La dernière description d’une espèce vivante de félin entièrement nouvelle remontait à 1923.

La classification des félins n’est évidemment pas restée figée pendant un siècle. Certaines populations autrefois considérées comme des sous-espèces ont depuis été élevées au rang d’espèces à la suite de nouvelles études.

Le cas du tilcayo est différent : les chercheurs le présentent comme la première espèce vivante de félin entièrement nouvelle décrite depuis plus d’un siècle.

Découvrir une nouvelle espèce de petit invertébré demeure relativement courant. Ajouter un nouveau chat sauvage à une famille de mammifères aussi étudiée que celle des félins est nettement moins banal.

Les mammifères peuvent pourtant encore réserver quelques surprises aux zoologistes. En 2013, l’oliguinto avait lui aussi été reconnu comme une nouvelle espèce de mammifère carnivore après avoir longtemps été confondu avec des animaux proches.

Dans les deux cas, la découverte ne consiste pas à tomber nez à nez avec une créature dont personne n’avait jamais entendu parler. Elle consiste plutôt à comprendre que l’animal que l’on avait sous les yeux depuis longtemps n’était pas celui que l’on croyait.

Tigrino, un Leopardus tilcayo, nouvelle espèce de chat sauvage découverte en Bolivie
Tigrino, un Leopardus tilcayo photographié au refuge La Senda Verde, en Bolivie. Crédit photo Alessandro Verniani, image recadrée (CC BY-SA 4.0).

Une découverte importante pour protéger les félins des Yungas

Donner un nouveau nom latin à un animal peut sembler être une affaire réservée aux spécialistes de taxonomie. En réalité, les conséquences peuvent être très concrètes pour sa conservation.

Si plusieurs populations sont considérées comme appartenant à une seule espèce largement répandue, leur situation peut paraître relativement rassurante. Mais lorsqu’une étude démontre qu’il s’agit de plusieurs espèces distinctes possédant chacune une aire de répartition beaucoup plus petite, leur niveau de vulnérabilité potentiel change.

Les Yungas sont notamment confrontées à la déforestation, à l’expansion agricole, aux incendies et à certaines activités minières.

Il est encore trop tôt pour attribuer à Leopardus tilcayo un statut de menace précis : les scientifiques ne connaissent même pas encore correctement la taille de sa population ou l’étendue de son aire de répartition.

Sa reconnaissance comme espèce distincte permet toutefois désormais de l’étudier et, si nécessaire, de mettre en place des mesures de protection adaptées à sa situation réelle plutôt qu’à celle d’un vaste ensemble de chats-tigres répartis à travers l’Amérique du Sud.

À retenir

Leopardus tilcayo est une nouvelle espèce de chat sauvage officiellement décrite en septembre 2026 dans la revue Current Biology.

Ce petit félin vit dans les forêts nuageuses des Yungas en Bolivie. Tigrino, l’individu vivant qui a contribué à son identification, mesure environ 45 à 46 cm sans la queue et pèse autour de 1,4 kg.

L’analyse de 38 génomes complets a montré que le complexe des chats-tigres comprend cinq espèces distinctes et que la lignée du tilcayo s’est séparée de celles de ses proches parents il y a environ 1,4 million d’années.

Son nom n’a pas été inventé dans un laboratoire : « tilcayo » était déjà utilisé par les habitants des Yungas pour désigner ce petit félin.

Plus d’un siècle après la description de la précédente nouvelle espèce vivante de félin, ce minuscule chat bolivien rappelle surtout une chose : même parmi les mammifères que l’on pense bien connaître, il reste encore quelques cases vides dans les livres de zoologie. Certaines ont simplement des moustaches.

Sources fiables

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