Catégorie : people

  • John Taylor : l’ophtalmologue qui a rendu Bach aveugle

    John Taylor : l’ophtalmologue qui a rendu Bach aveugle

    À Leipzig, en 1750, un homme de 65 ans célèbre dans toute l’Europe se retrouve face à un ennemi banal et implacable : la perte de vision. Johann Sebastian Bach, déjà affaibli, tente alors une opération de la cataracte menée par un chirurgien itinérant au culot légendaire, John Taylor. L’épisode tournera mal au point de suspecter cette opération d’avoir rendu Bach aveugle.

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    Source Wikimédia

    Johann Sebastian Bach: des yeux fragiles dès l’enfance

    Johann Sebastian Bach naît en 1685 à Eisenach, dans une famille où la musique est presque une langue maternelle. Très tôt, il baigne dans les partitions, le chant d’église, les claviers, et cette discipline quotidienne qui forge les grands… et fatigue parfois les yeux.

    Son enfance n’a pourtant rien d’un conte. Bach perd ses parents jeune et part vivre chez son frère aîné, Johann Christoph, organiste. Là, il étudie sérieusement (école, latin, musique), et surtout il travaille énormément : lecture, copie de partitions, apprentissage au clavier. À l’époque, on n’a ni lampes LED confortables ni lunettes sur mesure disponibles en deux clics ; on a des bougies, des journées longues, et une passion qui ne connaît pas le bouton “pause”.

    Sur ses problèmes de vue, on n’a évidemment pas de diagnostic médical “moderne”. Mais des sources biographiques anciennes indiquent qu’il aurait eu une vue naturellement faible, puis aggravée par des périodes de travail intensif, parfois nocturnes. Le scénario le plus plausible (sans jouer au médecin du dimanche) est celui d’une myopie modérée ou d’une fragilité visuelle précoce : suffisamment gênante pour être remarquée, mais pas au point de l’empêcher d’étudier, de jouer et de composer.

    Vous pouvez voir une reconstitution faciale de cet artiste incroyable ici.

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    Crédit photo hotzeplotz (CC BY-SA 2.0).

    Pourquoi Bach est devenu aveugle ?

    La cause la plus probable, c’est la cataracte (opacification du cristallin). À l’époque, on ne “remplaçait” pas le cristallin comme aujourd’hui : on utilisait surtout une technique appelée couching (rabattement du cristallin). L’idée est simple (et inquiétante) : avec une aiguille, on pousse le cristallin opaque hors de l’axe visuel pour laisser passer la lumière vers la rétine. Ça pouvait donner une amélioration temporaire… ou déclencher la série complète des complications (inflammation sévère, infection, glaucome, hémorragie, décollement de rétine). Bref : une loterie, mais sans le ticket de remboursement.

    John Taylor : l’oculiste-star qui vendait la lumière

    John Taylor n’était pas n’importe qui : il se mettait en scène. Il se présentait comme un spécialiste grandiose (“ophthalmiater”), voyageait, faisait parler de lui, promettait des miracles. On raconte même qu’il se déplaçait dans un carrosse décoré d’yeux — parce que rien ne rassure autant qu’un véhicule qui vous rappelle en permanence l’organe que vous risquez de perdre.

    Le plus piquant, c’est que Taylor n’était pas totalement ignorant : il avait été formé à Londres, et possédait un vernis (voire un vrai savoir) d’anatomie. Mais son talent principal, c’était de transformer la médecine en spectacle — et ça, pour le référencement… il était clairement en avance.

    Un croquis du milieu du XVIIIe siècle illustrant le procédé de couchage.
    Un croquis du milieu du XVIIIe siècle illustrant le procédé de couching.

    Leipzig, 1750 : l’opération de Bach et la bascule

    En mars 1750, Taylor passe par Leipzig. Bach, déjà très diminué, se laisse convaincre. Taylor opère. Les récits évoquent une première intervention, puis une seconde peu après, comme si on tentait un “reset” de dernière chance.

    Et c’est là que l’histoire se fige : après ces interventions, Bach devient aveugle. Il souffre, décline, et meurt le 28 juillet 1750, moins de quatre mois après l’épisode chirurgical. Quand on parle de “Bach aveugle”, on parle donc d’un enchaînement brutal : perte de vision, chirurgie risquée, complications, et fin de vie abrégée.

    Petite mise en perspective : aujourd’hui, l’opération de la cataracte est l’une des chirurgies les plus pratiquées au monde, avec des taux de succès très élevés. En 1750, c’était plutôt une expédition en haute montagne… avec des sandales.

    Le détail qui fait frissonner : les “soins” autour de l’opération

    Au XVIIIe siècle, on ajoutait souvent des pratiques “d’accompagnement” : saignées, purgatifs, préparations locales (collyres au sang de pigeon et mercure)… Certaines recettes attribuées à ce type de médecine incluaient des ingrédients très “cuisine expérimentale”. Et dans certains cas, on retrouvait aussi l’usage de substances agressives (dont le mercure, parfois utilisé à l’époque contre diverses inflammations). Autrement dit : même si l’opération ne suffisait pas à elle seule à provoquer le pire, le contexte thérapeutique pouvait transformer un œil fragile en champ de bataille.

    Si ce genre de bizarreries médico-historiques vous fascine, vous aimerez sans doute cette histoire de performance corporelle improbable : l’homme qui pouvait fumer par les yeux.

    John Taylor
    John Taylor

    “Bach aveugle” : et Handel aussi ?

    On associe souvent Taylor à Handel également, autre géant musical ayant souffert de problèmes oculaires. Les détails varient selon les sources et les épisodes, mais l’idée générale reste : Taylor a opéré (ou s’est attribué) des cas prestigieux. Dans une époque sans contrôle qualité moderne, la renommée pouvait gonfler plus vite qu’une pupille au soleil.

    Georg Friedrich Haendel
    Georg Friedrich Haendel

    Ce que cette histoire dit (encore) de nous

    Ce n’est pas qu’un fait divers médical ancien. C’est une leçon : quand la santé va mal, on peut être tenté par la promesse la plus brillante, le discours le plus sûr, la posture la plus “expert”. Taylor vendait de la confiance. Bach cherchait une issue. La helping-hand s’est transformée en rideau noir.

    Et puisqu’on parle de promesses technico-miraculeuses, vous pouvez aussi découvrir un autre objet mi-science-mi-mythe, très “époque où on teste tout sur tout le monde” : le bain galvanique du Dr Schnee. Un peu le cousin électrifié du “faites-moi confiance”.

    FAQ (rapide, mais utile)

    Bach est-il devenu aveugle à cause de l’opération ?

    On ne peut pas l’affirmer à 100% sans dossier clinique moderne, mais l’enchaînement “opérations + dégradation rapide + cécité totale” rend très plausible une complication post-opératoire (inflammation/infection/glaucome…).

    Quelle opération a subi Bach ?

    Très probablement le couching (rabattement du cristallin), une technique ancienne utilisée contre la cataracte.

    Qui était John Taylor ?

    Un oculiste itinérant anglais du XVIIIe siècle, célèbre pour son sens de la mise en scène et controversé pour ses résultats — notamment dans l’affaire qui aurait rendu Bach aveugle.

    Sources pour aller plus loin

    Amusing Planet
    JAMA Ophthalmology
    Cambridge
    American Academy of Ophalmology

  • Kasaba : la coiffe monumentale des femmes Yomut photographiées à Krasnovodsk en 1883

    Kasaba : la coiffe monumentale des femmes Yomut photographiées à Krasnovodsk en 1883

    Deux regards, zéro sourire forcé, et une élégance qui ferait passer n’importe quel dress-code “tenue correcte exigée” pour une blague. Sur une photographie datée de 1883, des femmes Yomut (Yomud) posent à Krasnovodsk, sur la mer Caspienne, dans l’actuel Turkménistan.
    La ville s’appelle aujourd’hui Türkmenbaşy (renommée en 1993), ce qui explique pourquoi l’image circule sous deux noms différents selon les sources.

    Mais ce qui hypnotise vraiment, c’est la kasaba (aussi transcrite ḵasaba/khasaba), une coiffe haute et richement ornée : un objet de costume qui a le culot d’être à la fois bijou, signal social… et petite prouesse d’ingénierie textile.

    Femmes Yomut portant la coiffe kasaba, Krasnovodsk (Türkmenbaşy), 1883

    Une coiffe qui parle avant vous

    Ce portrait évoque clairement un “haut statut” : la charge symbolique de l’ensemble (argent, pierres, broderies) saute aux yeux, et la kasaba y apparaît comme bien plus qu’une coiffe décorative. C’est un marqueur d’identité, de rang et de fierté culturelle.

    C’est exactement ce que les bons portraits ethnographiques réussissent : montrer comment une société encode des informations (âge, rang, événements de vie) dans la silhouette. Dans un autre registre, mais avec la même puissance visuelle, vous pouvez faire le parallèle avec ces portraits de femmes Padaung (“femmes girafes”) : la parure y devient carrément une grammaire du corps.

    kasaba la coiffe monumentale des femmes yomut photographiees a krasnovodsk en 1883 2

    Kasaba : une architecture en soie… montée sur armature

    Détail délicieux : ce “monument” n’est pas juste empilé au hasard. L’Encyclopaedia Iranica décrit un type de haute coiffe formelle (environ 20 cm de haut) faite de soie enroulée autour d’une armature cylindrique de tiges végétales (rushes), et mentionne explicitement “l’ancienne Yomut ḵasaba” comme point de comparaison historique.
    Autrement dit : même si la kasaba de la photo paraît hors normes, elle s’inscrit dans une tradition technique documentée (armature + textile + plaques d’argent).

    Et cette logique du vêtement qui “fabrique” une silhouette reconnaissable n’est pas réservée à l’Asie centrale. En Europe aussi, certaines pièces traditionnelles transforment la personne en symbole ambulant — comme le capote e capelo des Açores, cette cape à capuchon qui annonce l’origine au premier coup d’œil.

    kasaba la coiffe monumentale des femmes yomut photographiees a krasnovodsk en 1883 3

    Argent, cornaline, turquoise : beauté, protection… et assurance-vie

    Sur la photo, les ornements métalliques font presque autant de “bruit visuel” que la coiffe elle-même. Et ce n’est pas un hasard : le Met rappelle que les bijoux turkmènes en argent portent des significations profondes et marquent des passages de vie, avec des croyances protectrices associées aux formes et matériaux.

    Le Textile Research Centre (Leiden) va encore plus loin en décrivant le bijou comme une sorte d’ “assurance vie” : porté en masse, il représente une sécurité financière, au point qu’une jeune mariée peut porter jusqu’à 7 kg de bijoux en argent pendant les festivités.
    Oui, “se mettre sur son 31” pouvait littéralement demander des lombaires solides.

    kasaba la coiffe monumentale des femmes yomut photographiees a krasnovodsk en 1883 4

    Qui est derrière l’objectif ?

    Sur Wikimedia Commons, l’image (en tête d’article) est datée 1883 et attribuée au photographe géorgien Alexander (Aleksandre) Roinashvili.
    Les archives nationales géorgiennes décrivent d’ailleurs sa collection comme composée de photos prises au XIXe siècle (années 1870–1890), incluant aussi des images à contenu ethnographique — pile le type de travail auquel ce portrait correspond.

    Sources pour aller plus loin

    Wikimédia
    Iranica
    Met Museum
    National Archives of Georgia
    Leiden

    Et puisqu’on est au Turkménistan, impossible de ne pas citer un autre emblème national qui joue, lui aussi, dans la catégorie “prestance maximale” : l’Akhal-Téké, ce cheval mythique au look presque métallique.

  • Henry Gunther, dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale

    Henry Gunther, dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale

    Dans les livres d’histoire, on aime les dates nettes : la Première Guerre mondiale s’arrête le 11 novembre 1918 à 11h. Fin de la boucherie, rideau. Sauf que sur le terrain, la guerre a continué à tuer jusqu’à la dernière minute. Et celui qu’on considère aujourd’hui comme le dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale s’appelle Henry Nicholas John Gunther, un Américain de 23 ans tombé à… 10h59.

    Son nom est moins connu que ceux des grands généraux ou des traités, mais son destin résume à lui seul l’absurdité de la guerre : un homme fauché alors que la paix est déjà signée, mais pas encore « officiellement » entrée en vigueur.

    Signature de l'armistice du 11 novembre 1918
    Signature de l’armistice du 11 novembre 1918. Crédit Maurice Pillard Verneuil.

    De Baltimore au front : l’itinéraire d’un futur « dernier soldat tué »

    Henry Gunther naît en 1895 à Baltimore, dans une famille d’origine allemande. Employé de banque, fiancé, une vie rangée, très loin du héros de film de guerre. Quand les États-Unis entrent dans le conflit, en 1917, il est finalement enrôlé et rejoint le 313ᵉ régiment d’infanterie, intégré à la 79ᵉ division, surnommée « Baltimore’s Own ».

    Au départ, la guerre lui laisse un peu de distance : ses compétences de comptable lui valent un poste dans l’intendance, loin des tranchées les plus exposées. Il est sergent, gère du matériel, des chiffres, pas des assauts. Rien ne laisse encore deviner qu’il deviendra le dernier soldat tué de la Grande Guerre.

    Une lettre censurée, une rétrogradation, un besoin de se racheter

    C’est une simple lettre à un ami qui va renverser sa vie. Dans ce courrier, Gunther décrit franchement la dure réalité du front et déconseille très clairement de venir se battre en Europe. Mauvais timing : la lettre est interceptée par la censure, remonte à sa hiérarchie, et est interprétée comme un manque de patriotisme.

    Résultat : Henry perd ses galons de sergent, est retiré de l’intendance et renvoyé en première ligne comme simple soldat. Humilié, il se renferme, mais se met aussi à multiplier les actions risquées, comme s’il voulait prouver à tout le monde – et peut-être d’abord à lui-même – qu’il n’est pas un lâche.

    Il est blessé à la main par des éclats d’obus, mais refuse l’évacuation. Il reste avec son unité durant la terrible offensive de Meuse-Argonne, l’une des plus meurtrières pour l’armée américaine. C’est dans ce contexte de pression, de suspicion et de besoin de rédemption qu’il va finir par devenir ce fameux dernier soldat fauché par la grande guerre.

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    Équipe de canonniers de la compagnie du quartier général du 23e régiment d’infanterie, tirant avec un canon de 37 mm lors d’une offensive contre des positions allemandes retranchées pendant la campagne de la Meuse-Argonne. Crédit photo Department of Defense USA.

    11 novembre 1918 : l’armistice signé… mais pas encore appliqué

    Le 11 novembre au matin, l’armistice est déjà signé dans le wagon de Rethondes. Les combats doivent officiellement cesser à 11h. Sur le papier, la guerre est terminée. Sur le terrain, ce n’est pas si simple : les ordres mettent du temps à circuler, certains états-majors veulent « finir le travail », d’autres cherchent à gagner quelques mètres de territoire pour la carte d’après-guerre.

    Le régiment d’Henry Gunther se trouve près de Ville-devant-Chaumont, au nord de Verdun. Il reste moins d’une heure avant le cessez-le-feu. Pourtant, les soldats sont encore envoyés au contact de positions allemandes. Une mitrailleuse ennemie bloque la progression.

    Gunther se propose alors de neutraliser cette position. Ses camarades tentent de l’en dissuader, mais il avance malgré tout, fusil automatique à la main. En face, les Allemands – eux aussi au courant de l’armistice imminent – comprennent qu’il est seul et lui font signe de rebrousser chemin. Ils crient en anglais, tirent des coups de semonce.

    Il continue d’avancer. Les Allemands finissent par ouvrir le feu. Henry Gunther est abattu à 10h59, une minute avant l’heure officielle de la fin des combats. C’est ainsi que l’histoire retiendra son nom comme dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale.

    Tué… et réhabilité

    Après sa mort, l’armée américaine se ravise : Henry Gunther est réintégré à titre posthume dans son grade de sergent. Il reçoit une citation pour bravoure et la Distinguished Service Cross.

    Il est d’abord enterré en France, avant que son corps ne soit rapatrié en 1923 à Baltimore, au Most Holy Redeemer Cemetery. Sur place, une plaque rappelle son étrange destin. En France, un monument a été érigé près de Chaumont-devant-Damvillers, à l’endroit même où il est tombé.

    Ce parcours, de suspect à héros, montre bien à quel point l’étiquette d’ultime mort au combat repose autant sur la chronologie que sur une volonté politique et mémorielle : il fallait un nom, une histoire, un visage pour symboliser la dernière victime d’un massacre de masse.

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    Pierre tombale d’Henry Gunther. Crédit photo Concorde (CC BY-SA 3.0).

    D’autres « derniers » morts de 14-18

    Henry Gunther n’a malheureusement pas été le seul à tomber ce 11 novembre 1918. On estime que plusieurs milliers de soldats ont encore été tués ou blessés ce jour-là, alors que l’armistice était déjà signé.

    Parmi ces victimes tardives, on peut citer :
    • le Français Augustin Trébuchon, tué à 10h45 alors qu’il portait un message à ses camarades : la soupe serait servie après la fin des combats ;
    • le Canadien George Lawrence Price, souvent présenté comme le dernier soldat du Commonwealth tué, abattu près de Mons à 10h58 ;
    • le Britannique George Edwin Ellison, mort lors d’une patrouille quelques heures avant la fin ;
    • ou encore le Belge Marcel Toussaint Terfve.

    Même côté états-majors, certains ne semblent pas pressés d’arrêter les frais. Le général américain William M. Wright ordonne ainsi la prise de la ville de Stenay, notamment pour permettre à ses hommes de profiter des bains publics. L’attaque fera près de 365 victimes, dont 61 morts, dans les toutes dernières heures du conflit. On est loin de l’image sage d’une guerre qui s’éteint doucement à l’ombre des horloges.

    Des visages sur mes soldats

    Derrière l’expression un peu froide de dernier soldat tué, il y a un jeune homme d’à peine 23 ans, fiancé, employé de banque, issu d’une communauté d’origine allemande en pleine tourmente.

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    Pour mieux comprendre ce que représentait une telle guerre pour les corps et les visages, il suffit de regarder les soldats qui ont survécu, parfois atrocement mutilés. Sur 2Tout2Rien, l’article Faces from the Front : les visages réparés de soldats de la première guerre mondiale montre ces hommes « reconstruits » par les prothèses faciales et les premières tentatives de chirurgie réparatrice. On y découvre des existences qui ont échappé à la mort… mais pas forcément à la violence de la guerre.

    Pour sortir la Grande Guerre du noir et blanc et la ramener à hauteur d’homme, vous pouvez aussi explorer les 40 photos couleurs rares de la première guerre mondiale par Fernand Cuville. La boue des tranchées, les uniformes, les ruines, tout prend une réalité crue qui rend encore plus frappant le destin de ce dernier soldat tué à 10h59.

    Et pendant que certains tombent au combat, d’autres essaient malgré tout de construire une vie. Les 30 portraits de mariées de guerre de la Grande Guerre rappellent que, dans l’ombre des offensives, on continue de se marier, d’espérer, de poser en robe blanche sans savoir si le marié reviendra. Ces visages font écho à celui d’Henry Gunther : même époque, même tourbillon, mêmes vies suspendues.

    Un symbole qui nous hante encore

    On pourrait dire : après des millions de morts, qu’importe le dernier ? Et pourtant, cette figure du dernier soldat mort perturbe toujours. Elle condense en une seule minute – 10h59 – tout ce que la guerre a de plus absurde :
    • la bataille continue alors que les dirigeants ont déjà signé la paix ;
    • un soldat se fait tirer dessus par des ennemis qui tentent d’abord de le sauver de sa propre charge ;
    • une vie est sacrifiée pour rien, si ce n’est un mélange de discipline militaire, de malentendus et de besoin de reconnaissance.

    Se souvenir d’Henry Gunther, c’est rappeler que les guerres ne s’arrêtent pas proprement en fermant un dossier sur un bureau. Elles s’éteignent dans le désordre, les erreurs, les ordres contradictoires… et parfois dans la dernière balle tirée une minute avant l’heure.

    Sources pour aller plus loin

    The Baltimore Sun
    BBC
    Amusing Planet
    US Army Reserve

    Grande guerre, découvrez également cette reconstitution de la bataille de Verdun en Lego.

  • Andrée Geulen : l’institutrice belge qui a sauvé des centaines d’enfants juifs

    Andrée Geulen : l’institutrice belge qui a sauvé des centaines d’enfants juifs

    Quand on parle de héros de guerre, on pense souvent à des soldats, des maquisards, des saboteurs audacieux. Pourtant, certaines héroïnes ont pris les armes les plus inattendues : une craie, un tablier d’écolier et une bonne dose de courage. C’est le cas d’Andrée Geulen, institutrice belge devenue résistante et figure majeure du sauvetage des enfants juifs durant l’occupation allemande.

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    Crédit photo inconnu

    Un réveil brutal dans une salle de classe

    Andrée Geulen est née le 6 septembre 1921 à Schaerbeek, en Belgique. Elle a grandi dans une famille bourgeoise et libérale, puis elle est devenue institutrice à Bruxelles pendant la Seconde Guerre mondiale.

    En 1942, un événement a bouleversé sa vie : un matin, elle a vu arriver dans sa classe des élèves portant l’étoile jaune cousue sur leur manteau. Face à cette injustice flagrante, elle a décidé que tous les élèves, juifs ou non, porteraient un tablier pour dissimuler ce stigmate. Un geste simple, mais lourd de sens : ce jour-là, elle a basculé dans la résistance.

    De l’école au réseau clandestin

    Après cet épisode, Andrée a rejoint clandestinement le Comité de Défense des Juifs (CDJ), l’un des réseaux les plus efficaces de Belgique. Sous une fausse identité, elle a commencé à accompagner des enfants juifs, à convaincre leurs parents de les confier à des familles ou à des institutions prêtes à les cacher, et à leur procurer de nouvelles identités.

    Elle enseignait alors à l’Athénée royal Gatti de Gamond, une école où plusieurs enfants étaient dissimulés. En mai 1943, une descente de la Gestapo a eu lieu dans l’établissement. Elle a réussi à échapper à l’arrestation, mais l’événement a renforcé sa détermination à agir.

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    Crédit photo inconnu (domaine public)

    Des carnets codés et des vies sauvées

    Pour ne jamais perdre la trace des enfants qu’elle plaçait, Andrée a tenu des carnets codés indiquant leurs noms d’origine, leurs faux noms et leurs cachettes. Cette rigueur a permis, après la guerre, de réunir des familles dispersées par la Shoah.

    Elle a participé à la mise à l’abri d’environ 300 à 400 enfants, et le réseau dans son ensemble en a sauvé plusieurs milliers. Ce n’était pas sans risque : à chaque déplacement, elle pouvait être arrêtée, interrogée, voire déportée. Elle a continué malgré tout, animée par une conviction simple : désobéir aux lois injustes était la seule chose juste à faire.

    Cette bravoure rappelle le destin d’autres femmes résistantes, comme Hannie Schaft, “la fille aux cheveux roux” aux Pays-Bas, ou encore Simone Ségouin, la résistante française sans peur.

    Après la guerre : réparer, reconstruire, témoigner

    Lorsque Bruxelles a été libérée en septembre 1944, Andrée Geulen a participé à la difficile mission de réunir les enfants cachés avec leurs familles — quand celles-ci avaient survécu. Beaucoup d’entre eux n’avaient plus de parents, mais grâce à ses carnets, leurs histoires ont pu être restituées.

    Elle a épousé en 1948 Charles Herscovici, survivant des camps, et a consacré une partie de sa vie à témoigner. En 1989, Yad Vashem l’a reconnue comme Juste parmi les nations. En 2007, elle a reçu la citoyenneté israélienne d’honneur. Elle s’est éteinte le 31 mai 2022 à l’âge de 100 ans.

    Andrée Geulen, héroïne discrète mais essentielle

    Andrée Geulen n’a jamais cherché la gloire. Elle a souvent répété qu’elle n’avait fait que « ce qui était normal ». Cette humilité contraste avec la grandeur de son acte : sauver des enfants, au péril de sa vie, pour préserver l’humanité dans un monde qui sombrait.

    Elle partage ainsi une fraternité d’âme avec Ida et Louise Cook, deux sœurs anglaises qui ont sauvé des dizaines de vies sous couvert de voyages élégants, ou encore avec d’autres résistantes anonymes à travers l’Europe.

    Un héritage toujours vivant

    Aujourd’hui, son histoire continue d’inspirer. Elle rappelle que les actes de résistance ne passent pas forcément par les armes : une institutrice, un tablier, un carnet codé peuvent changer des destins. Elle incarne une résistance civile intelligente, courageuse et profondément humaine.

    Sources pour aller plus loin

    Yad Vashem
    Washington Post
    Kazernedossin.eu
    Wikipedia (FR)
    Wikipedia (EN)

    Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux femmes résistantes et aux anonymes héroïques qui ont changé le cours de l’Histoire.

  • Buster Keaton enfant : 20 photos rares qui racontent la naissance d’un génie du gag

    Buster Keaton enfant : 20 photos rares qui racontent la naissance d’un génie du gag

    Derrière le visage impassible et les cascades millimétrées de Buster Keaton, il y a… un petit garçon lancé en l’air par ses parents (littéralement). Avant d’être une légende du cinéma muet, Joseph Frank “Buster” Keaton a grandi sur scène, au sein d’une troupe de vaudeville familiale aussi talentueuse que téméraire. Ces 20 clichés d’enfance, pris au début des années 1900, immortalisent les débuts d’un comédien pas tout à fait comme les autres.

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    Une enfance passée sur scène

    Buster naît en 1895 dans une famille d’artistes ambulants. Son père Joe et sa mère Myra sillonnent les États-Unis dans un spectacle de vaudeville burlesque. Dès ses 3 ans, le jeune Buster rejoint leurs numéros — non pas comme figurant mignon, mais comme projectile comique à part entière.

    Sa petite taille et sa résistance surprenante font merveille sur scène : on le jette, on le rattrape, il roule, rebondit et se relève sans broncher. Le public adore. Les services de protection de l’enfance, un peu moins.

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    Le surnom « Buster » et les premières cascades

    La légende raconte que c’est Harry Houdini lui-même qui aurait surnommé le gamin “Buster” après l’avoir vu dévaler un escalier sans la moindre égratignure : “That was a real buster!” (un sacré gadin).

    Ce sens inné de la chute maîtrisée devient rapidement sa signature. Là où d’autres pleureraient, lui garde un visage impassible — ce fameux “deadpan” qu’il affinera tout au long de sa carrière au cinéma. Plus tard, il mettra au point des effets visuels et mécaniques dignes d’ingénieurs, certains trucages spectaculaires du cinéma muet qui font encore aujourd’hui la fierté des cinéphiles.

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    Le petit comique au visage sérieux

    Ce qui frappe déjà dans ces clichés d’enfance, c’est ce regard. Buster ne sourit presque jamais sur scène — une décision volontaire pour renforcer l’effet comique de ses acrobaties. Cette neutralité expressive deviendra sa marque de fabrique, contrastant avec les grimaces typiques des autres acteurs burlesques de l’époque, comme Chaplin ou Lloyd.

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    Un apprentissage à l’ancienne (et sans casque)

    Pas d’école de cinéma ni de coordinateur de cascades : Keaton apprend tout par immersion. Jour après jour, il perfectionne la gestion de la gravité, la synchronisation avec ses parents, et surtout, l’art de “tomber sans se faire mal”.

    On pourrait presque dire que sa formation tenait plus du laboratoire acrobatique que de l’éducation classique. Ses camarades apprenaient les mathématiques ; lui, il apprenait à rebondir sur scène sans perdre son chapeau. D’autres prodiges précoces ont aussi montré très tôt des signes de génie, comme Salvador Dalí enfant – avec, certes, moins de chutes mais tout autant d’excentricité.

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    Des clichés rares qui documentent une époque révolue

    Ces 20 photographies, prises entre 1899 et 1908, sont précieuses à plus d’un titre. Elles immortalisent les premières années de Buster Keaton et offrent une plongée rare dans l’univers du vaudeville américain : scènes itinérantes, décors de fortune, portraits de famille en tenue de spectacle et atmosphère foraine d’un autre temps.

    Un patrimoine visuel pour les amateurs d’histoire du spectacle et des stars oubliées du muet — à l’image de Wanda Hawley, étoile méconnue d’Hollywood, qui a brillé à la même époque.

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    Les prémices d’un futur géant du cinéma muet

    En observant ces clichés avec attention, on aperçoit déjà certains signes de la trajectoire à venir : le sérieux du regard, la mise en scène soignée, et cette présence singulière qui marquera plus tard son jeu d’acteur. Impossible d’y lire son style comique futur comme dans une boule de cristal, mais l’étoffe du personnage est bien là.

    Ces portraits s’inscrivent dans l’esthétique du début du XXᵉ siècle, où la mise en scène du corps tenait une place centrale — des artistes de vaudeville jusqu’aux bodybuilders vintage. Même goût pour la pose étudiée, même fascination pour la performance physique. Keaton, lui, troquera plus tard les attitudes figées contre le mouvement et la mécanique du gag.

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    Anecdotes savoureuses

    • Les agents de protection de l’enfance ont tenté, à plusieurs reprises, d’interdire les numéros jugés “trop dangereux”. Résultat : la famille Keaton se déplaçait parfois sous de faux noms pour éviter les ennuis.
    • Buster affirmait plus tard que ces chutes ne l’avaient jamais traumatisé… sauf peut-être lorsqu’il devait remonter sur scène alors qu’il aurait préféré dormir.
    • Il disait aussi que ses parents lui avaient appris deux choses essentielles : ne jamais sourire sur scène et toujours tomber droit.

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    Conclusion : quand l’histoire commence en coulisses

    Avant d’être une icône hollywoodienne, Buster Keaton était ce petit garçon au regard sérieux, virevoltant sur scène dans un monde de spectacles itinérants. Ces photos rares sont bien plus que de simples souvenirs : elles racontent la genèse d’un art, celui du slapstick, et la naissance d’un génie qui allait marquer le cinéma à jamais.

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    Sources

    Vintage.es
    Busterkeaton.org
    Britannica
    Imdb

    Star du cinéma muet, découvrez également Mary Pickford, la première actrice millionnaire d’Hollywood.

  • Hannie Schaft, la fille aux cheveux roux qui a défié les nazis

    Hannie Schaft, la fille aux cheveux roux qui a défié les nazis

    Au cœur de la Seconde Guerre mondiale, l’histoire a retenu des noms de résistants célèbres. Mais certaines figures restent encore trop méconnues. C’est le cas de Hannie Schaft, surnommée la fille aux cheveux roux. Étudiante brillante devenue combattante clandestine, elle a incarné la résistance aux Pays-Bas avec un courage qui continue d’inspirer.

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    Une jeunesse engagée

    Johanna Schaft, que tout le monde appelle Hannie, est née en 1920 à Haarlem, dans une famille progressiste. En 1938, elle entreprend des études de droit à l’Université d’Amsterdam, avec l’intention de devenir avocate ou diplomate. C’est là qu’elle se lie d’amitié avec des étudiants juifs et prend conscience de la menace grandissante du nazisme.

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    Mais l’occupation allemande a rapidement bouleversé son destin.

    En 1943, les nazis ont exigé que les étudiants signent un serment de loyauté. Hannie a refusé et a quitté l’université. Ce choix courageux l’a menée sur un chemin bien plus dangereux : celui de la résistance. Ses cheveux roux flamboyants, qui lui valent son surnom, deviennent à la fois un symbole et une menace. Trop reconnaissable, elle finit par se teindre pour échapper aux traques de la Gestapo.

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    Une résistante active

    Hannie Schaft a rejoint le Raad van Verzet, le Conseil de Résistance néerlandais. Elle a pris part à de nombreuses actions :
    • elle a transporté des armes et des documents,
    • elle a aidé des familles juives à se cacher,
    • elle a saboté des infrastructures,
    • elle a participé à l’élimination de collaborateurs et de soldats allemands.

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    Comme Simone Segouin, résistante française sans peur, elle a prouvé que les femmes pouvaient elles aussi tenir une place décisive dans la lutte armée. Et tout comme les snipers soviétiques féminines qui ont marqué l’histoire, la fille aux cheveux roux a fait trembler les nazis.

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    L’arrestation et l’exécution

    En mars 1945, la guerre touche à sa fin. Hannie Schaft est arrêtée à un poste de contrôle, avec dans son sac des tracts illégaux. Elle a été emprisonnée, torturée, puis exécutée par balle le 17 avril 1945, à seulement 24 ans. La libération des Pays-Bas survient trois semaines plus tard et elle n’a pas eu l’occasion de voir ces visages d’espérance des enfants agrippés à un train en 1945.

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    Son assassinat, aussi tragique qu’injuste, l’a transformée en héroïne nationale. Comme Ida et Louise Cook, deux sœurs anglaises qui ont sauvé 29 vies face au nazisme, Hannie Schaft illustre la force de conviction de ceux qui refusent de plier devant l’oppression.

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    La mémoire de la fille aux cheveux roux

    Après la guerre, Hannie Schaft est devenue un symbole de résistance aux Pays-Bas. Chaque année, une cérémonie commémorative a lieu sur sa tombe à Bloemendaal. Des écoles, des rues et même des monuments portent aujourd’hui son nom.

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    Hannie rappelle que la liberté s’est conquise grâce à des sacrifices immenses, souvent payés au prix du sang.

    La fille aux cheveux roux n’est pas seulement une héroïne hollandaise, elle est devenue un symbole universel du refus de la tyrannie.

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    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    Traces of war
    Fondation Hannie Shaft

  • George V et Nicolas II : cousins, sosies et tragédies impériales

    George V et Nicolas II : cousins, sosies et tragédies impériales

    Difficile d’évoquer le destin des monarchies européennes du début du XXe siècle sans parler de George V et Nicolas II. Ces deux cousins, rois de deux grandes puissances, avaient tellement de ressemblances physiques qu’on les prenait pour des jumeaux en uniforme. Pourtant, leurs destins ont pris deux directions opposées : la survie d’une monarchie constitutionnelle d’un côté, et l’effondrement sanglant d’un empire de l’autre.

    Leur histoire est un fascinant mélange de liens de sang, de fastes aristocratiques et de tragédies irréversibles.

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    Deux cousins aux visages miroir

    George V (1865-1936), roi du Royaume-Uni, et Nicolas II (1868-1918), dernier tsar de Russie, étaient premiers cousins par leurs mères, toutes deux princesses danoises. Les photos officielles de l’époque montrent des barbes taillées presque à l’identique, des uniformes chamarrés et des regards bleus qui brouillent les pistes.

    Dans certaines archives photographiques, il est presque impossible de dire qui est qui. Cette ressemblance frappante saute aux yeux notamment dans les clichés pris lors de leurs rencontres à Cowes en 1893 ou à Reval en 1909, où les deux cousins posent côte à côte en uniforme naval. Pour les observateurs de l’époque, il fallait parfois lire la légende de la photo pour distinguer le roi du tsar.

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    Entre monarchie absolue et monarchie constitutionnelle

    Les ressemblances s’arrêtent aux apparences. Car si George V et Nicolas II partageaient le sang royal, ils n’avaient pas la même relation avec le pouvoir.

    Nicolas II restait accroché à l’idée d’autocratie. Convaincu d’être l’oint de Dieu, il refusait de céder à la pression des mouvements ouvriers, nationalistes et libéraux. Son refus de réformer la Douma, son entêtement face aux crises sociales et ses défaites militaires précipitèrent la chute de la dynastie Romanov.

    George V, lui, n’avait plus qu’un rôle symbolique. Dans une monarchie parlementaire, il devait composer avec l’opinion publique, les journaux et les élus. Au cœur de la Première Guerre mondiale, il a même rebaptisé sa dynastie en Maison de Windsor, effaçant le nom allemand Saxe-Cobourg-Gotha pour apaiser les sentiments patriotiques.

    Ce contraste entre pouvoir absolu et monarchie limitée illustre à quel point George V et Nicolas II représentaient deux voies opposées de la royauté moderne.

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    L’Europe des fastes et des intrigues

    Avant que l’Histoire ne les rattrape, les deux cousins baignaient dans un univers où bals, portraits et alliances matrimoniales cimentaient les trônes européens.

    Ainsi, l’épouse de Nicolas II, Alexandra Feodorovna, était la princesse Alix de Hesse, dont on peut admirer la beauté dans ces 20 portraits de jeunesse. Ces alliances tissaient une toile familiale où l’on retrouvait tous les grands noms de l’aristocratie européenne, souvent réunis dans des événements somptueux.

    La cour impériale russe cultivait un goût prononcé pour l’opulence, comme en témoigne le dernier bal des Romanov en 1903, organisé à Saint-Pétersbourg. Ce fut un déploiement de luxe inouï, où costumes historiques, bijoux et velours masquaient les tensions sociales déjà explosives.

    De même, en Angleterre, les fastes de la haute société brillaient lors du Bal de Devonshire House de 1897, où George V et les siens affichaient costumes et rangs comme autant de symboles de continuité monarchique.

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    La révolution russe et l’hésitation britannique

    Lorsque la révolution éclate en Russie en 1917, Nicolas II abdique. Son cousin George V se retrouve face à un dilemme : offrir l’asile aux Romanov ou les laisser à leur sort.
    Initialement favorable à leur accueil, il se ravise sous la pression de son gouvernement et de l’opinion publique, qui voyait dans la famille impériale russe des symboles encombrants d’autocratie déchue.

    Cette hésitation restera l’une des zones d’ombre du règne de George V. Car en juillet 1918, Nicolas II, Alexandra et leurs enfants sont exécutés à Iekaterinbourg. L’onde de choc traverse l’Europe, mettant fin à une lignée séculaire et laissant planer le sentiment d’une responsabilité partagée.

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    George V et Nicolas II : symboles d’une époque révolue

    L’un survécut, l’autre non. Mais tous deux symbolisent l’Europe des têtes couronnées, celle des bals, des intrigues et des scandales. Les histoires sentimentales des souverains britanniques, comme le sulfureux Édouard VII, père de George V, montraient déjà que la monarchie devait évoluer pour survivre.

    Nicolas II, lui, incarna jusqu’au bout un modèle figé, incapable de se réformer, balayé par les révolutions et les guerres.

    Aujourd’hui, quand on regarde côte à côte les photos de George V et Nicolas II, on a l’impression de voir deux hommes semblables… mais deux destins radicalement différents.

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    Conclusion

    L’histoire de George V et Nicolas II est celle d’un miroir brisé : deux visages jumeaux, deux familles liées par le sang, mais deux trajectoires qui illustrent la fin d’un monde.
    Leur ressemblance reste un détail charmant, mais leur destinée rappelle que même les rois et tsars ne sont jamais plus forts que les bouleversements de l’Histoire.

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    Sources pour aller plus loin

    Brookings
    Encyclopedia
    History
    Afisha.London
    Royal Collection Trust
    Spartacus Educational

    Rois et Tsars n’étaient pas non plus à l’abri des croqueuses d’hommes, découvrez ce portrait de Lola Montez.

  • 29 minutes sans respirer : Vitomir Maričić pulvérise le record d’apnée assistée à l’oxygène

    29 minutes sans respirer : Vitomir Maričić pulvérise le record d’apnée assistée à l’oxygène

    Si vous avez déjà essayé de retenir votre souffle pendant 30 secondes sous la douche et que vous avez paniqué, imaginez 29 minutes sous l’eau… et surtout avec seulement de l’oxygène avant le plongeon. C’est ce qu’a fait le freediver croate Vitomir Maričić, en établissant un record qui semblait presque de science-fiction. Et non, ce n’est pas une bande annonce de film de super-héros.

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    Photo d’illustration. Crédit Ibrahim Rifath/Unsplash.

    Le moment décisif

    Le 14 juin 2025, dans un bassin de 3 m de profondeur à Opatija (Croatie), Maričić s’installe, respire de l’oxygène pur pendant dix minutes, plonge, et reste… 29 minutes et 3 secondes sous l’eau.
    Son public ? Une centaine de personnes médusées.

    Avec ce chrono, il explose de près de 5 minutes l’ancien record détenu depuis 2021 par Budimir Šobat (24 min 37 s).

    Comment est-ce possible ? Un peu de science… et beaucoup de contrôle

    Pré-oxygénation : en respirant du 100 % O₂, Maričić sature son sang en oxygène, repoussant le moment où son corps en manque réellement.
    Gestion du CO₂ : ce n’est pas tant l’absence d’air que l’accumulation de dioxyde de carbone qui donne envie de respirer. Grâce à sa préparation, il retarde ce réflexe.
    Ralentissement du métabolisme : immobile au fond de la piscine, il réduit sa consommation d’oxygène.
    Mental de fer : il confie qu’après la 20ᵉ minute, “c’était mentalement plus facile”, alors même que son corps subissait des contractions involontaires du diaphragme.

    L’apnéiste explique:

    Physiquement, c’était de plus en plus difficile, surtout pour mon diaphragme, à cause des contractions, mais mentalement, je savais que je n’allais pas abandonner. Après 20 minutes, tout est devenu plus facile, du moins mentalement.

    Lorsque nous retenons notre respiration, le taux d’oxygène dans le sang diminue et celui de dioxyde de carbone augmente. Lorsque ce dernier atteint un certain niveau, le corps contracte involontairement le diaphragme, principal muscle de la respiration, déclenchant ainsi le réflexe involontaire de reprendre sa respiration. Lorsqu’un « point de rupture physiologique » est atteint, le diaphragme se contracte pour forcer une respiration, ce qui peut être mortel sous l’eau.

    Les records d’apnée : une discipline aux multiples variantes

    Le monde de l’apnée est riche en performances incroyables. Par exemple, Alexey Molchanov a déjà marqué l’histoire avec des plongées à des profondeurs abyssales. De son côté, Stig Severinsen a repoussé ses limites en apnée… mais cette fois sous la glace, un environnement encore plus extrême.

    Ces exploits mettent en lumière les différentes disciplines de l’apnée :
    • Apnée statique avec oxygène : celle de Maričić, validée par Guinness.
    • Apnée statique sans oxygène : les meilleurs tiennent autour de 10 à 12 minutes.
    • Apnée dynamique ou en profondeur : où l’objectif est de descendre le plus loin possible ou parcourir une distance horizontale sous l’eau.

    Les risques (ne faites pas ça chez vous)

    En conditions normales, Vitomir Maričić peut retenir sa respiration sous l’eau pendant 8 à 10 minutes. Pour prolonger cette apnée, il respire de l’oxygène pur pendant environ 10 minutes avant de plonger. Cela lui permet d’avoir un taux d’oxygène dans le sang cinq fois supérieur à la normale, et ainsi de retenir sa respiration beaucoup plus longtemps.

    Attention : respirer de l’oxygène pur n’est pas un jeu. Risques de toxicité, syncope hypoxique (black-out), convulsions… Ce genre de record est strictement encadré, avec médecins et juges officiels à proximité.

    Le corps humain est une formidable machine, capable de repousser ses limites avec entraînement, science et maîtrise mentale. Mais 29 minutes sans respirer… c’est un exploit qui frôle l’imaginaire.

    Vidéo de ce record d’apnée assistée à l’oxygène

    Pas de chorégraphie sous-marine mais une performance physique incroyable, voici la vidéo de Vitomir Maričić pour ces 29 minutes sans respirer :


    Sources pour aller plus loin

    University of Wollongong
    Popular Mechanics
    Guinness World Records

    L’apnée n’est pas réservée aux humains, découvrez ce capybara glissant élégamment sous l’eau.

  • La statue de William Price à Llantrisant : médecin, druide et agitateur de lois

    La statue de William Price à Llantrisant : médecin, druide et agitateur de lois

    Au centre du vieux Llantrisant, au Pays de Galles, trône un personnage qu’on pourrait croire échappé d’un festival de reconstitution celtique. Vêtu d’une tunique druidique, affublé d’une peau de renard sur la tête, il domine le Bull Ring avec les bras écartés. Il ne s’agit pas d’un druide fictif, mais bien du docteur William Price (1800-1893), médecin, activiste, poète druide autoproclamé… et pionnier involontaire de la crémation moderne.

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    Crédit photo Alan Hughes (CC BY-SA 2.0).

    William Price, un médecin pas comme les autres

    Né en 1800 près de Caerphilly, William Price est tout sauf un praticien banal. Formé à Londres, il revient exercer dans sa terre natale mais s’implique vite dans les mouvements chartistes (qui militent pour le suffrage universel), le nationalisme gallois et le néo-druidisme. Ajoutons à cela des convictions radicales pour l’époque : végétarien convaincu, adversaire de la vivisection, défenseur des libertés individuelles, et farouche critique de l’Église.

    En 1883, à l’âge de 83 ans, il devient père d’un enfant au nom pour le moins original : Iesu Grist (traduisez “Jésus-Christ” en gallois). Lorsque le bébé meurt à cinq mois, Price organise une crémation en plein air sur la colline de Caerlan Hill. Scandale immédiat, arrestation, procès. Mais le juge tranche : aucune loi n’interdit la crémation. Résultat ? Price est acquitté, et ce vide juridique ouvre la voie au Cremation Act de 1902, qui encadre enfin légalement la pratique.

    Quand il meurt en 1893, il est crématisé à son tour selon ses souhaits, devant près de 20 000 curieux. Comme quoi, être excentrique peut vous valoir plus de spectateurs morts que vivants.

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    Crédit photo picturingponty (CC BY-NC-SA 2.0).

    Une statue à la hauteur du personnage

    Érigée en 1982, la statue de William Price est un hommage assumé à sa personnalité hors norme. On le voit drapé dans sa tenue druidique, renard sur la tête, un look moins dandy que Beau Brummell. Sa pose n’est pas anodine : il est tourné vers Caerlan Hill, là même où il a fait brûler son fils et où il a lui-même été incinéré.

    Installée au cœur du Bull Ring, elle attire aussi bien les habitants que les visiteurs. À quelques pas, le Guildhall expose des objets, lettres et souvenirs liés à Price : un passage obligé pour qui veut comprendre pourquoi ce docteur fantasque a marqué l’histoire.

    Héritage et influence

    La statue rappelle trois choses essentielles :
    • Une avancée législative : sans lui, la crémation aurait mis bien plus de temps à être acceptée au Royaume-Uni.
    • La force de la provocation : Price a souvent été marginalisé, mais ses coups d’éclat ont forcé la société à évoluer.
    • Un symbole identitaire gallois : en se réclamant du druidisme et de traditions locales, il reste une figure marquante de la culture alternative du pays.

    Anecdote croustillante: lors de son procès, Price plaide qu’il n’existe aucune loi interdisant la crémation. Le juge, un brin piégé, est obligé de l’acquitter.

    Voir la statue du docteur William Price

    La statue se trouve au cœur du vieux centre de Llantrisant, entourée de ruelles pavées et de bâtiments historiques.

    Ses coordonnées GPS sont: 51°32’32.4″N 3°22’28.2″O.

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    Crédit photo FruitMonkey (CC BY-SA 3.0).

    Voici sa position sur Google Maps:

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    Sources pour aller plus loin

    Atlas Obscura
    Wikipédia
    Llantrisant Guildhall
    History Today

    Statue de personnage atypique, découvrez également celle de Jeanne Hachette à Beauvais.

  • Valentine de Saint-Point photographiée par Alphonse Mucha : une femme avant-garde

    Valentine de Saint-Point photographiée par Alphonse Mucha : une femme avant-garde

    À l’heure où l’Art nouveau déploie ses arabesques et où les avant-gardes bousculent les certitudes, une femme sort du cadre – littéralement et symboliquement. Valentine de Saint-Point, muse, écrivaine, danseuse et théoricienne futuriste, se laisse immortaliser par l’œil d’Alphonse Mucha. Mais derrière ces clichés en clair-obscur se cache bien plus qu’un joli visage : une créatrice insatiable, une intellectuelle dérangeante, et une pionnière de la performance artistique. Bref, une femme dont la vie ressemble à une œuvre totale, à mi-chemin entre poésie et révolution.

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    Une muse qui pense (et qui dérange)

    Photographiée dans l’atelier de Mucha (Gauguin fréquentait aussi les lieux), Valentine de Saint-Point ne se contente pas de jouer la muse décorative. Ses portraits reflètent un mélange de mystère et de force, bien loin des clichés dociles de la Belle Époque.

    À Paris, elle fréquente les grands esprits de son temps : Rachilde, Apollinaire, D’Annunzio ou encore Auguste Rodin, qui voyait en elle une source d’inspiration brûlante. Ce n’était pas seulement une femme « photographiée » mais une femme qui pensait, écrivait, créait et bousculait.

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    Manifestes futuristes : quand la plume devient une arme

    En 1912, Valentine publie son Manifeste de la femme futuriste, une réplique directe aux écrits misogynes des premiers futuristes. Elle y propose une vision équilibrée entre énergie masculine et énergie féminine, annonçant une forme d’égalité des forces créatives.

    Un an plus tard, elle récidive avec le Manifeste futuriste de la luxure, où elle érige la passion et le désir en moteur créatif. De quoi faire trembler les esprits conservateurs… et donner des sueurs froides à Marinetti.

    À lire aussi : Les Femmes de l’Avenir par Albert Bergeret en 1902.

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    La Métachorie : l’art total avant l’heure

    Valentine ne se contente pas d’écrire, elle invente aussi un nouveau langage artistique : la Métachorie. Cette performance fusionne danse, poésie, projections géométriques et musique de Debussy, Satie ou Florent Schmitt. Une véritable expérience multisensorielle, présentée à Paris en 1913, puis à New York.

    Là encore, elle devance son temps. Bien avant que l’on parle de « performance artistique » ou d’« art total », Valentine posait les bases d’un spectacle où le corps et l’esprit se rejoignent dans une danse visionnaire.

    À lire aussi : Zelda Fitzgerald, icône libre et tourmentée des années folles.

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    Un chemin vers l’Orient et la spiritualité

    En 1918, Valentine voyage au Maroc, puis au Caire, où elle s’installe définitivement en 1924 après sa conversion à l’islam sous le nom de Ruhiyya Nur al-Din. Elle y fonde la revue Le Phœnix, défend les causes arabes et lutte contre l’impérialisme occidental.

    Sous la pression politique, elle met fin à ses activités militantes, mais reste en Égypte jusqu’à sa mort en 1953. Une vie bouclée comme une épopée, du Paris des avant-gardes au Caire des méditations spirituelles.

    À lire aussi : des portraits d’Ann Pennington dans les années 1910 et 1920.

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    Valentine de Saint-Point, une visionnaire oubliée

    Aujourd’hui encore, Valentine de Saint-Point reste méconnue du grand public. Pourtant, son œuvre et sa pensée continuent de résonner dans l’histoire des femmes artistes avant-gardes. Les photographies d’Alphonse Mucha rappellent non seulement la beauté d’une époque, mais aussi la profondeur d’une femme qui refusait d’être réduite à une image.

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    Sources pour aller plus loin

    Vintage.es
    Wikipédia
    Tate
    Günter Berghaus

    À lire aussi sur 2tout2rien : Ida et Louise Cook, héroïnes oubliées