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Bain galvanique: le bain à 4 cellules du Dr Schnee

À la fin du XIXe siècle, alors que médecins, ingénieurs et inventeurs explorent avec enthousiasme les possibilités thérapeutiques de l’électricité, le Dr Carl Emil Schnee développe un appareil pour le moins spectaculaire : un bain galvanique à 4 cellules, avec un récipient séparé pour chaque bras et chaque jambe. Le patient pouvait même rester habillé, à condition bien sûr de sacrifier temporairement mains et pieds à cette étrange plomberie électrique.

Connu en anglais sous le nom de Schnee Four-Cell Bath et dans le monde germanophone comme Vier-Zellen-Bad, le dispositif ne consistait pourtant pas simplement à plonger quatre membres dans quatre bassines sous tension. Un système d’électrodes permettait de choisir précisément le trajet du courant à travers le corps, avec des dizaines de configurations possibles. L’engin paraît aujourd’hui sorti d’un laboratoire de savant fou, mais il a réellement été breveté, commercialisé et utilisé dans des établissements médicaux pendant plusieurs décennies.

Patient utilisant un bain galvanique à quatre cellules pendant la Première Guerre mondiale
Un patient blessé reçoit un bain galvanique à quatre cellules au Royal Hospital Haslar, en Angleterre, pendant la Première Guerre mondiale. Crédit image Wellcome Collection (CC BY 4.0).

À retenir

  • Le bain à quatre cellules est associé au médecin Carl Emil Schnee, qui exerçait notamment à Karlsbad, aujourd’hui Karlovy Vary en République tchèque.
  • Une revue historique fait remonter son utilisation des bains hydrogalvaniques à 1873 ; ses appareils à quatre cellules sont en tout cas documentés par des brevets de 1897 et 1898.
  • Le patient plongeait séparément ses deux bras et ses deux jambes dans quatre récipients contenant de l’eau et équipés d’électrodes.
  • Le brevet de 1898 décrit jusqu’à 50 combinaisons permettant de modifier le trajet du courant dans le corps.
  • Le bain pouvait utiliser non seulement un courant galvanique, mais également des courants faradiques ou sinusoïdaux selon l’équipement.
  • L’appareil a notamment été employé historiquement contre les rhumatismes, douleurs articulaires et certains troubles circulatoires.
  • Il s’agit avant tout aujourd’hui d’un objet d’histoire de la médecine et de l’électrothérapie : les anciennes revendications thérapeutiques ne doivent pas être confondues avec des preuves médicales modernes.

Qu’est-ce que le bain à 4 cellules du Dr Schnee ?

Le principe du bain de Schnee paraît simple au premier regard. Le patient s’assoit sur un siège isolé et place ses avant-bras dans deux petits bains situés de chaque côté, tandis que ses jambes plongent dans deux récipients plus hauts disposés devant lui.

Chaque bain contient de l’eau et une électrode. L’eau constitue une grande surface de contact entre la peau et le circuit électrique, ce qui permettait de distribuer le courant sur une zone beaucoup plus étendue qu’avec une petite électrode directement appliquée sur la peau.

Le système était ainsi destiné à pratiquer une forme d’électrothérapie hydrogalvanique. Le terme « galvanique » désigne ici l’utilisation d’un courant continu, une technique qui occupait une place importante dans la médecine électrique du XIXe et du début du XXe siècle.

Le bain du Dr Schnee pouvait cependant être plus polyvalent : un catalogue d’appareils électromédicaux publié vers 1905 indique qu’il pouvait aussi fonctionner avec des courants faradiques ou sinusoïdaux, produits par des batteries ou des dynamos.

Bain à quatre cellules du Dr Schnee dans un catalogue médical de 1905


Illustration du bain à quatre cellules du Dr Schnee publiée vers 1905 dans un catalogue d’appareils électromédicaux. Crédit image Wellcome Collection (CC BY 4.0).

Comment fonctionnait ce bain galvanique ?

La véritable originalité du dispositif résidait dans la manière dont les quatre bains pouvaient être reliés électriquement.

Le brevet britannique déposé par Carl Emil Schnee le 13 décembre 1898 explique que le courant pouvait entrer dans le corps par un, deux ou trois bains et ressortir par les autres. Il était même possible de ne plonger que deux ou trois membres.

Le document décrit au total 50 arrangements différents.

Dans l’un des exemples du brevet, le courant entre par le bras gauche et la jambe droite et ressort par le bras droit et la jambe gauche. Dans une autre configuration classique décrite dans les manuels d’électromédecine, les bains des pieds sont reliés à un pôle et ceux des bras à l’autre, de manière à faire circuler le courant des jambes vers les bras.

L’appareil permettait donc théoriquement de modifier la direction et la localisation du courant selon la zone que le praticien souhaitait traiter.

Une sophistication qui éloigne un peu le bain de Schnee de l’image de quatre seaux branchés à une batterie dans laquelle personne de raisonnable ne voudrait mettre les pieds.

Un appareil breveté à la fin du XIXe siècle

Le bain à quatre cellules est généralement associé à Carl Emil Schnee, médecin d’origine allemande qui exerçait à Karlsbad, l’actuelle Karlovy Vary, célèbre ville thermale aujourd’hui située en République tchèque.

Une revue historique publiée en 2018 fait remonter son utilisation d’un bain hydrogalvanique à quatre compartiments à 1873, notamment pour des patients souffrant de problèmes articulaires à Karlsbad.

Les traces techniques deviennent beaucoup plus solides à la fin du siècle. Le brevet britannique de 1898 constitue une amélioration d’une invention déjà brevetée par Schnee en 1897. La nouvelle demande a été déposée en décembre 1898 et publiée le 25 février 1899.

Le brevet porte notamment sur les possibilités de réglage des bains pour les bras, la position du siège et surtout sur les différentes manières d’établir le circuit électrique entre les quatre membres.

Cette période correspond à un véritable engouement médical pour l’électricité. Dans La Vie électrique d’Albert Robida, publiée en 1892, l’électricité devient même l’énergie presque universelle du monde futur. La médecine réelle n’était finalement pas beaucoup moins enthousiaste.

Pourquoi le patient pouvait-il rester habillé ?

Le détail paraît anecdotique aujourd’hui, mais il constituait un véritable avantage pratique.

Dans un grand bain électrique, une partie importante du corps devait être immergée. Avec le dispositif de Schnee, seuls les avant-bras, mains, jambes et pieds entraient dans l’eau.

Le patient pouvait donc rester largement vêtu pendant le traitement, tandis que les petits récipients demandaient beaucoup moins d’eau qu’une baignoire complète.

La grande surface de peau immergée constituait également un avantage électrique. En répartissant le courant sur une surface importante, les praticiens pouvaient utiliser des intensités supérieures à celles supportées avec de petites électrodes humides, tout en maintenant une densité de courant locale plus faible.

Le principe rappelle l’époque où de nombreux médecins tentaient de mécaniser ou d’électrifier le soin. Les étranges machines médico-mécaniques de Gustav Zander témoignent exactement du même enthousiasme pour les appareils capables de mesurer, guider et contrôler une action sur le corps.

À quoi servait le bain du Dr Schnee ?

Les publications historiques associent principalement le bain à quatre cellules aux affections rhumatismales, douleurs articulaires et troubles de la circulation périphérique. Selon les périodes et les établissements, l’électrothérapie était également appliquée à diverses affections musculaires ou neurologiques.

Il faut cependant replacer ces indications dans leur époque.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les médecins attribuaient à différentes formes d’électricité des effets stimulants, calmants ou circulatoires, sans disposer des méthodes d’évaluation clinique utilisées aujourd’hui. L’électricité médicale a ainsi été essayée contre une multitude de problèmes, avec des résultats et des affirmations extrêmement variables.

C’est également à cette époque que se multiplient toutes sortes de machines thérapeutiques parfois beaucoup plus douteuses. Quelques décennies plus tard, le phrénomètre électrique Lavery prétendait même mesurer l’intelligence et le caractère à partir de la forme du crâne.

Le bain de Schnee ne doit donc pas être présenté comme une preuve que les revendications médicales de son époque étaient justifiées. Il constitue surtout un exemple particulièrement élaboré de la place prise par l’électricité dans la médecine physique.

Des établissements thermaux aux hôpitaux

Le Schnee Four-Cell Bath n’est pas resté une invention confidentielle de Karlsbad.

Des manuels médicaux du début du XXe siècle décrivent son fonctionnement et des appareils de ce type ont été utilisés dans des établissements thermaux et des hôpitaux en Europe et en Amérique du Nord.

Une photographie conservée par la Wellcome Collection montre ainsi un soldat blessé utilisant un bain galvanique à quatre cellules au Royal Hospital Haslar entre 1914 et 1918. Une autre documentation montre encore un patient recevant un traitement dans un bain multiple de Schnee avec un courant sinusoïdal dans un centre de santé publique britannique.

Patient utilisant un bain de Schnee pour une séance d’électrothérapie
Patient recevant une séance d’électrothérapie dans un bain multiple de Schnee au Public Health Centre de Grange Road. Crédit image Southwark Local History Library and Archive / Wellcome Collection (CC BY 4.0).

Cette diffusion explique pourquoi l’appareil apparaît encore dans des ouvrages de physiothérapie plusieurs décennies après ses premiers brevets. Il ne s’agissait donc pas d’un prototype extravagant photographié une fois pour amuser la galerie, mais d’un véritable équipement médical de son temps.

D’autres dispositifs ont connu une trajectoire comparable, comme le Massossein et ses appareils hydrauliques de massage des années 1930 : à chaque époque, la médecine a aussi eu son catalogue de machines dont certaines semblent aujourd’hui sorties d’un concours d’inventions particulièrement motivé.

Les bains hydrogalvaniques existent-ils encore ?

Le principe consistant à associer eau et courant électrique n’a pas complètement disparu. Des formes de bains hydrogalvaniques ont continué à être utilisées et étudiées en médecine physique dans certains pays, et l’électrostimulation moderne comprend aujourd’hui de nombreuses techniques qui n’ont plus grand-chose à voir avec les appareils du XIXe siècle.

Il faut toutefois éviter un raccourci trompeur : l’existence actuelle de l’électrothérapie ne valide pas automatiquement les anciennes indications du bain de Schnee.

Par exemple, les données publiées sur différentes formes d’électrostimulation dans la polyarthrite rhumatoïde restent limitées et dépendent énormément de la technique étudiée. Les travaux sur le TENS ou d’autres formes modernes d’électrostimulation ne permettent pas de conclure que le bain à quatre cellules du Dr Schnee constituait un traitement efficace de la maladie.

Le plus juste est donc de regarder aujourd’hui cet étrange fauteuil à quatre bassins comme ce qu’il est devenu : un remarquable témoin de l’histoire de l’électrothérapie, à une époque où l’électricité semblait capable d’ouvrir presque toutes les portes de la médecine — parfois avec de bonnes idées, parfois avec beaucoup d’optimisme et quelques kilomètres de câble.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Bain galvanique: le bain à 4 cellules du Dr Schnee”

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