En février 1903, Nicolas II et l’impératrice Alexandra Feodorovna invitent près de 390 personnes au palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg pour un immense bal costumé. L’événement est resté célèbre sous le nom de bal Romanov 1903, ou 1903 Romanov Ball.
Ce n’est pas seulement une soirée de luxe avec beaucoup de brocart, de fourrures et de regards impériaux soigneusement posés. C’est aussi l’une des dernières grandes mises en scène de la Russie tsariste : l’aristocratie y rejoue une Russie du XVIIe siècle idéalisée, alors que le pays réel entre déjà dans une période de tensions majeures.
Nicholas II et Alexandra Féodorovna
À retenir
Le bal Romanov 1903 s’est tenu au palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg en deux temps, les 11 et 13 février 1903 selon le calendrier julien alors utilisé en Russie.
L’événement célébrait notamment le 290e anniversaire de la dynastie Romanov, dans un climat commémoratif marqué aussi par le bicentenaire de la fondation de Saint-Pétersbourg.
Les invités devaient porter des costumes inspirés de la Russie du XVIIe siècle, avant les grandes réformes occidentalisantes de Pierre le Grand.
Les portraits connus aujourd’hui viennent notamment d’un album souvenir publié en 1904, et non d’une simple série de clichés pris sur le vif au milieu de la danse.
Les images présentées ici sont des photographies historiques colorisées par Olga Shirnina, alias Klimbim.
Un bal en deux actes au palais d’Hiver
Le 11 février 1903, le premier soir prend la forme d’une réception plus cérémonielle : salut à la famille impériale, concert, dîner et danses. Deux jours plus tard, le 13 février, la cour revient au palais d’Hiver pour le grand bal costumé.
Ces dates correspondent au calendrier julien, encore en vigueur dans l’Empire russe. Dans le calendrier grégorien utilisé aujourd’hui, elles correspondent aux 24 et 26 février 1903. Rien n’est simple avec les Romanov, même l’agenda demande parfois une petite traduction.
L’événement a lieu dans le palais d’Hiver, résidence impériale et cœur symbolique de la monarchie russe. Quelques années plus tard, ce même palais deviendra l’un des grands décors de la révolution de 1917. Voilà ce qui donne à ces portraits leur force : ils montrent une cour qui se met en scène dans son éclat maximal, sans savoir que le décor historique se fissure déjà.
Une Russie du XVIIe siècle rejouée par l’aristocratie
Le thème imposé aux invités était clair : chacun devait apparaître en costume russe du XVIIe siècle, notamment dans l’esprit de la cour du tsar Alexis Mikhaïlovitch, père de Pierre le Grand. Ce choix n’était pas innocent : il ramenait l’imaginaire impérial vers une Russie ancienne, orthodoxe, moscovite et pré-occidentale.
Les femmes portaient des sarafanes, des voiles et des kokoshniks, ces coiffes traditionnelles russes souvent ornées de perles et de pierres. Les hommes apparaissaient en caftans, manteaux de boyards, fourrures et brocards. Le résultat tenait autant de la reconstitution historique que du théâtre politique.
Nicolas II se fit représenter dans un costume inspiré du tsar Alexis Mikhaïlovitch. Alexandra Feodorovna, née princesse Alix de Hesse-Darmstadt, portait une tenue évoquant la tsarine Maria Ilyinichna Miloslavskaïa, première épouse d’Alexis. Pour mieux comprendre son parcours avant la cour russe, on peut revoir ces portraits de la princesse Alix de Hesse-Darmstadt, future impératrice Alexandra Feodorovna.
Alexandra Feodorovna
Un album souvenir plus qu’un reportage mondain
Les photographies du bal ont circulé grâce à un album souvenir publié en 1904. Il ne s’agissait pas d’un petit carnet jeté sur une table basse : l’album réunissait 21 héliogravures et 174 phototypes, avec des portraits individuels et des photos de groupe.
C’est un détail important, car ces images ne sont pas toutes des instantanés pris en pleine soirée. Beaucoup relèvent du portrait posé, soigneusement composé, destiné à garder la trace officielle de l’événement. On n’est donc pas devant des selfies impériaux en sortie de piste, mais devant une mise en mémoire très contrôlée.
Cette dimension documentaire explique pourquoi le bal de 1903 a continué à influencer l’imaginaire visuel russe longtemps après la chute de la monarchie. Les costumes ont même inspiré un jeu de cartes “style russe” publié pour le tricentenaire des Romanov en 1913. Un souvenir de bal transformé en figures de cartes : difficile de faire plus aristocratie emballée pour la postérité.
Un dernier grand bal avant la tempête
Ce bal est souvent présenté comme le dernier grand bal des Romanov. L’expression est un peu théâtrale, mais elle résume bien le contraste : en 1903, la cour impériale brille encore ; dès 1904, la guerre russo-japonaise commence ; en 1905, la Russie connaît une révolution ; en 1914, la Première Guerre mondiale emporte l’Europe ; en 1917, Nicolas II abdique.
Le grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch, cousin et beau-frère du tsar, a laissé une formule restée célèbre : pendant que la cour dansait, une Russie nouvelle et hostile regardait déjà à travers les fenêtres du palais. Derrière l’image de conte impérial, il voyait les grèves, les tensions sociales et les nuages venus d’Extrême-Orient.
C’est ce qui rend ces portraits si troublants. Ils ne montrent pas seulement des costumes magnifiques. Ils montrent une élite qui choisit de célébrer un passé idéalisé au moment même où le présent devient incontrôlable. Le faste est réel, mais il ressemble déjà à un chant du cygne.
Cette proximité entre apparat, pouvoir et fragilité dynastique rappelle aussi combien les monarchies européennes étaient liées entre elles. Nicolas II ressemblait de façon spectaculaire à son cousin britannique George V, comme on peut le voir avec George V et Nicolas II, ces cousins presque sosies. Sur les photos, l’histoire semble parfois une affaire de famille. Dans les faits, elle va surtout devenir une affaire de guerre, de révolution et d’effondrement.
Costumes, bijoux et petites bizarreries de cour
Certains costumes furent réalisés avec des matériaux précieux, des brocarts, des velours, des pierres et parfois des éléments anciens apportés spécialement du Kremlin. La cour voulait moins “se déguiser” que fabriquer une image de continuité historique.
L’impératrice Alexandra aurait porté une coiffe si lourde qu’elle rendait même les gestes du dîner difficiles. Le luxe, parfois, se mesure aussi au degré d’inconfort. Le bal costumé devait célébrer la tradition, mais il rappelait surtout qu’à la cour, même s’asseoir pouvait devenir une épreuve patrimoniale.
Autre petit détail délicieux : en 2021, des spécialistes de l’Ermitage ont découvert un morceau de friandise oublié dans la manche d’un costume attribué à la grande-duchesse Xenia Alexandrovna. Le bonbon serait resté là pendant plus d’un siècle. Les Romanov ont perdu leur empire, mais une sucrerie a tenu bon dans une manche : l’histoire a parfois le sens du détail absurde.
Un grand bal costumé parmi d’autres
Le bal Romanov de 1903 appartient à une tradition européenne de bals costumés spectaculaires, où l’élite se met en scène à travers l’histoire, la peinture, le théâtre ou la mythologie. Dans le même esprit, quelques années plus tôt, le bal de Devonshire House de 1897 avait réuni à Londres l’aristocratie britannique dans des costumes historiques extravagants.
La différence, ici, tient au contexte russe. Le bal de 1903 n’est pas seulement une fête mondaine : c’est un manifeste visuel. Il prétend rattacher Nicolas II à une Russie ancienne, sacrée, nationale, tout en ignorant largement la modernité sociale et politique qui gronde dehors. En clair : beaucoup de velours, beaucoup de symboles, mais une réalité qui commence à tirer le tapis.
Les portraits colorisés du bal Romanov 1903
Après ces photos couleurs rares de l’empire russe au début des années 1900, voici des portraits colorisés du bal Romanov 1903. Les clichés d’origine sont historiques ; la colorisation est l’œuvre d’Olga Shirnina, alias Klimbim, à qui l’on doit également ces portraits colorisés de femmes snipers soviétiques.
princesse Olga Orlova
Nicholas II
La grande-duchesse Xenia Alexandrovna
Zinaida Yusupova
Comtesse Karlow
Comtesse Fersen
Comtesse Orlow-Davydow
Cornette Kolioubakine
Le nom Cornette Kolioubakine peut surprendre en français : il ne s’agit pas d’une coiffe, mais d’un grade de cavalerie, le cornet, dans un régiment de la garde. Il ne s’agit pas d’un officier caché sous une cornette de religieuse.
Dorothee Bibikow
Comtesse Keller
Alexandrine Taneiew
Princesse Elisabeth Obolensky
Comtesse Elisabeth Moussine-Pouchkine
Princesse Youssoupow
Anna Taneeva (Vyrubova) avec soeur
Princesse Galitzine
Madame Bezobrazow, née Comtesse Stenbock-Fermor
Prince Dmitri Galitzine
Toutes les photos: colorisées par Olga Shirnina .
Pourquoi ces images restent si marquantes
Ces portraits colorisés donnent l’illusion d’une proximité immédiate : les visages semblent presque contemporains, les tissus deviennent lisibles, les bijoux reprennent du relief. Mais il faut garder en tête que la couleur est une interprétation moderne appliquée à des photographies anciennes.
C’est justement ce décalage qui fait leur force. On regarde des personnes qui se pensent au centre d’un monde stable, alors que l’histoire est déjà en train de préparer la sortie. Le résultat est plus fort qu’une simple galerie de beaux costumes : c’est un théâtre impérial photographié juste avant que le rideau ne tombe.
En parallèle de ce bal des Romanov, découvrez également ces photos couleurs autochromes de la Russie avant la révolution par Peter Ivanovich Vedenisov, qui montrent un autre visage du même monde disparu.
FAQ sur le bal Romanov 1903
Quand a eu lieu le bal Romanov 1903 ?
Le bal a eu lieu en deux temps, les 11 et 13 février 1903 selon le calendrier julien utilisé dans l’Empire russe. Cela correspond aux 24 et 26 février 1903 dans le calendrier grégorien.
Où s’est tenu le bal des Romanov de 1903 ?
Il s’est tenu au palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, résidence impériale et actuel bâtiment principal du musée de l’Ermitage.
Pourquoi les invités portaient-ils des costumes du XVIIe siècle ?
Le thème renvoyait à la Russie d’avant Pierre le Grand, notamment à l’époque du tsar Alexis Mikhaïlovitch. Le bal voulait célébrer une continuité historique et dynastique autour des Romanov.
Les photos du bal Romanov 1903 sont-elles vraiment en couleurs ?
Non. Les photographies d’origine sont anciennes et en noir et blanc. Les images présentées ici sont des versions colorisées par Olga Shirnina, alias Klimbim.
Pourquoi parle-t-on du dernier bal des Romanov ?
Parce que ce bal est souvent considéré comme l’une des dernières grandes fêtes spectaculaires de la Russie impériale. Après 1903 arrivent la guerre russo-japonaise, la révolution de 1905, la Première Guerre mondiale et la chute de la dynastie en 1917.
Sources pour aller plus loin
• Russian History Museum — The Grand Costume Ball of 1903, contexte historique, costumes, album souvenir et héritage visuel
• Alexander Palace Time Machine — fiche du livre Kostyumirovannyi Bal V Zimnem Dvortse, consacré au bal costumé de 1903
• Wikimedia Commons — catégorie Romanov Anniversary Ball 1903, photographies historiques et album
• Wikimedia Commons — album du bal Romanov 1903 publié en 1904 à Saint-Pétersbourg
• Color by Klimbim — blog d’Olga Shirnina, colorisations de photographies historiques
• Gateway to Russia — article sur le dernier bal des Romanov et les photographies colorisées par Klimbim
























Une galerie de photos juste magnifiques emblématiques de la puissance impériale à l’aube de sa déchéance.
Bien qu’il n’y ai eu des richesses à profusion de la famille impériale Romanof, a la vue de tous pendant que le peuple Russe mourrait de fain, sa ne mérité en rien une telle vengeance et une telle barbarie sur leur assassinat de la part de l’U.R.R.S., car sa veut dire qu’il ne valait pas mieux que la famille impériale, de toute façon on ne résout jamais rien par des tuerie, un exil forcé aurait était bien plus humiliant qu’une exécution avec un procès bafouée, pour Louis XVI c’est ce qu’il aurait juste fallu sans possibilité de retourner sur le sol Français plutôt qu’une exécution barbare et sanguinaire abrevé de haine et de vengeance.