Ces masques amérindiens photographiés par Edward S. Curtis au début du XXe siècle appartiennent à l’immense chantier visuel de The North American Indian, publié entre 1907 et 1930. Le photographe américain y a réuni portraits, scènes cérémonielles, paysages et documents ethnographiques consacrés aux peuples autochtones d’Amérique du Nord.
Les images présentées ici montrent des masques, coiffes, tenues cérémonielles et figures rituelles impressionnantes, souvent associées aux nations de la côte nord-ouest du Pacifique, notamment les Kwakwaka’wakw, selon les légendes d’origine. Chaque photo mérite cependant d’être regardée avec prudence : Curtis a produit des archives majeures, mais aussi des images mises en scène, marquées par le regard ethnographique et romantique de son époque.
À retenir
Edward S. Curtis, ou Edward Sheriff Curtis (1868-1952), est l’un des photographes les plus célèbres associés aux peuples autochtones d’Amérique du Nord. Son projet The North American Indian comprend 20 volumes et des portfolios de photogravures publiés entre 1907 et 1930. La Library of Congress rappelle que Curtis voulait documenter cérémonies, croyances, coutumes, vie quotidienne et leaders autochtones dans une œuvre monumentale.
Les masques photographiés ne doivent pas être réduits à des objets “étranges” ou décoratifs. Ils appartiennent à des contextes cérémoniels précis, dont la signification varie selon les nations, les danses et les traditions.
Edward S. Curtis, entre archive et mise en scène
Edward S. Curtis a profondément marqué l’imaginaire visuel lié aux peuples autochtones d’Amérique du Nord. Ses portraits restent puissants, parfois magnifiques, mais ils ne sont pas neutres. Son projet reposait sur l’idée, très datée, de documenter des cultures considérées comme menacées de disparition. Cette vision a contribué à préserver de nombreuses images, tout en figeant aussi les personnes photographiées dans une représentation souvent romantisée.
C’est cette double lecture qui rend ses photographies importantes : elles sont à la fois des documents historiques, des œuvres photographiques et des images à contextualiser. Curtis a souvent travaillé avec des poses composées, des costumes cérémoniels et des mises en scène soignées. Il faut donc admirer la force visuelle de ces portraits, sans oublier que l’appareil photo n’est jamais un simple miroir.
Dans cette même veine documentaire, 2tout2rien a déjà présenté d’autres portraits autochtones réalisés par Curtis, qui montrent combien son regard a façonné une part de l’iconographie du début du XXe siècle.
Le photographe expliquait:
La disparition de chaque vieil homme ou de chaque vieille femme entraîne avec elle la disparition d’une tradition, d’un savoir lié à des rites sacrés que nul autre ne possède… Par conséquent, les informations qui doivent être recueillies, pour le bénéfice des générations futures, sur le mode de vie de l’une des grandes races de l’humanité, doivent l’être sans délai, faute de quoi cette occasion sera perdue à jamais.
Des masques cérémoniels à ne pas isoler de leur contexte
Les masques visibles dans cette série ne sont pas de simples accessoires. Sur la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord, certains masques sont liés à des danses, récits, lignées, cérémonies ou figures spirituelles. Les masques de transformation Kwakwaka’wakw, par exemple, peuvent s’ouvrir ou changer d’apparence pendant les cérémonies, créant un effet spectaculaire mais aussi profondément codifié.
Sans description fiable pour une image donnée, il vaut mieux éviter d’inventer une signification. Une légende ancienne peut donner un nom, une nation ou un contexte, mais elle doit être reprise avec prudence. Le bon réflexe consiste à conserver les descriptions d’origine lorsqu’elles existent, tout en gardant une formulation respectueuse.
Ces photographies dialoguent avec d’autres archives de peuples autochtones, comme les portraits Pawnees réalisés par William Henry Jackson dans les années 1870, ou encore les portraits de chefs autochtones photographiés par Alexander Gardner. Chaque série témoigne autant d’une époque photographique que d’un rapport complexe entre image, mémoire et représentation.
Une galerie à lire image par image:
• Haschogan (Dieu de la maison) – Le bossu Yebichai – Navajo
• Haschebaad (divinité bienveillante) – Navajo
• Pgwis (créature de la mer) – Kwakiutl
• Tsunukwalahl (être mythique) – Kwakiutl
• Hamasilahl (danse hivernale) – Kwakiutl
• Nuhlimkilaka (esprit forestier) – Kwakiutl
• Paqusilahl (l’homme de l’incarnation du sol) – Kwakiutl
• Gaaskidi (dieu des récoltes) – Navajo
• Nuhlimahla (danse hivernale) – Kwakiutl
• Kwahwumhl (bec de corbeau et peau de cormoran) – Koskimo
• Zahadolzha – Navajo
• Danseur masqué – Cowichan
• Nayenezgani – Navajo
• Hami – Koskimo
• Sisiutl – Kwakiutl
• Tluwulahu – Kwakiutl
• Cérémonie de l’hiver – Kwakiutl
• Tonenili (dieu de la pluie) – Navajo
• Nayenezgani – Navajo
• Masque de cérémonie – Nunivak
• Atlumhl– Koskimo
• Masque du chasseur de poulpe – Kwakiutl
Sources pour aller plus loin
Toutes les photos: crédits Edward S. Curtis via Library of Congress.
• Library of Congress — Edward Curtis and the background of The North American Indian
• The Public Domain Review — Edward Curtis’ photographs of Kwakwaka’wakw ceremonial dress and masks
• Smarthistory — Kwakwaka’wakw transformation masks
• Smithsonian Online Virtual Archives — Edward S. Curtis photographs of Native Americans
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