Aller au contenu

Des portraits de chefs indiens et autres par Alexander Gardner dans les années 1860

Dans les années 1860, le photographe Alexander Gardner a réalisé une série de portraits de chefs indiens et de membres de délégations amérindiennes venues rencontrer les autorités américaines.

Ces images anciennes montrent des figures issues de différentes nations autochtones, dans un contexte historique tendu : traités, expansion du chemin de fer, guerres indiennes, déplacements forcés et négociations avec le gouvernement des États-Unis. Elles sont puissantes visuellement, mais elles doivent aussi être regardées avec prudence : un portrait de studio ne raconte jamais toute l’histoire, surtout quand l’histoire porte déjà un tomahawk dans une main et un traité discutable dans l’autre.

À retenir

Alexander Gardner est né en Écosse en 1821 et mort à Washington en 1882. Il est surtout connu pour ses portraits d’Abraham Lincoln, ses photographies de la guerre de Sécession et ses images de délégations autochtones.
Après la guerre, Gardner a photographié des représentants amérindiens venus à Washington, ainsi que des scènes liées à l’expansion du Kansas Pacific Railroad.
En 1868, il a également documenté les négociations du traité de Fort Laramie, réunissant des représentants du gouvernement américain et plusieurs nations des Grandes Plaines.

Alexander Gardner, du portrait de Lincoln aux chefs indiens

Alexander Gardner a émigré d’Écosse vers les États-Unis en 1856. Il a d’abord travaillé dans le studio de Mathew Brady, photographe célèbre de l’époque, avant d’ouvrir son propre atelier à Washington.

Son nom reste attaché à la guerre de Sécession. Gardner a photographié des champs de bataille, des soldats, Abraham Lincoln, mais aussi les condamnés liés à l’assassinat du président. Sur 2tout2rien, cette période tragique peut aussi se prolonger avec l’histoire du soldat Jacob Miller et son impact de balle entre les deux yeux, autre témoignage saisissant de la guerre civile américaine.

Mais après le conflit, Gardner ne disparaît pas derrière ses plaques photographiques. Il photographie aussi des délégations autochtones venues à Washington, ainsi que des représentants de nations des Grandes Plaines impliqués dans les négociations avec le gouvernement américain.

Des portraits liés aux délégations amérindiennes

Les portraits de chefs indiens réalisés par Gardner ne sont pas de simples images décoratives. Beaucoup s’inscrivent dans un contexte diplomatique : des délégations autochtones se rendaient à Washington pour discuter de traités, de terres, de réserves ou de relations avec l’administration américaine.

Ces portraits montrent donc des hommes photographiés loin de leurs territoires, dans un cadre imposé par la capitale fédérale ou par les missions officielles. Les vêtements, les médailles de paix, les pipes-tomahawks, les coiffes et les accessoires visibles sur certaines images ne sont pas de simples détails pittoresques : ils racontent des statuts, des alliances, des tensions et parfois des tentatives de mise en scène politique.

La photographie donne ici une impression de proximité, mais elle fige aussi les personnes dans un moment très particulier. On voit des visages ; il faut se rappeler qu’autour de ces visages, il y avait des négociations, des rapports de force, des promesses et, trop souvent, des promesses non tenues.

Fort Laramie, le chemin de fer et les tensions des années 1860

En 1867, Gardner rejoint l’équipe chargée de documenter le tracé du Kansas Pacific Railroad, destiné à prolonger le chemin de fer vers l’Ouest. Le projet devait faciliter le développement économique et l’accès aux marchés de Californie, mais il traversait aussi des territoires autochtones, avec toutes les tensions que cela suppose.

La relation entre les peuples autochtones et l’expansion ferroviaire était loin d’être paisible. Dans un registre plus violent, 2tout2rien a déjà raconté l’histoire du scalp de William Thompson, autre épisode révélateur des affrontements de cette période.

Des clichés de cette extension du Kansas Pacific une fois réalisée furent également pris par Robert Benecke en 1873, offrant un autre regard sur le chemin de fer, la colonisation de l’Ouest et la transformation des paysages.

En 1868, Gardner photographie aussi les négociations autour du traité de Fort Laramie, dans le Wyoming. Ce traité impliquait notamment les Lakotas, les Cheyennes du Nord, les Arapahos du Nord et d’autres nations des Plaines. Il reconnaissait certaines terres autochtones, mais l’histoire montrera vite que les engagements pris par les États-Unis seraient largement fragilisés, contestés ou rompus.

Des “chefs indiens”, mais pas seulement

Le titre parle de chefs indiens, car c’est l’expression historique encore largement recherchée. Mais les portraits de Gardner ne représentent pas uniquement des chefs au sens strict. On y trouve aussi des membres de délégations, des représentants politiques, des hommes identifiés par leur fonction, leur nation ou leur présence dans un contexte diplomatique.

Le terme “Indiens” est ici utilisé pour rester proche des sources anciennes et des requêtes des lecteurs. Aujourd’hui, on parlerait plus justement de peuples autochtones d’Amérique du Nord, d’Amérindiens, ou mieux encore des nations concernées quand elles sont connues : Lakotas, Arapahos, Cheyennes, Iowas, Kaws, Kiowas, Apaches ou autres groupes représentés.

La nuance est importante. Ces portraits ne montrent pas “les Indiens” comme un bloc uniforme, mais des personnes issues de peuples différents, chacune avec son histoire, son rôle et son contexte.

Une série dans la grande histoire des portraits amérindiens

Les portraits d’Alexander Gardner sont souvent réalisés avec une grande précision. Les sujets posent de face ou de trois-quarts, parfois avec une médaille de paix, une pipe-tomahawk, une coiffe, un arc, des vêtements traditionnels ou des éléments choisis pour marquer leur statut.

Elles peuvent être rapprochées d’autres séries anciennes consacrées aux peuples autochtones d’Amérique du Nord. Après ce portrait du chef indien Kansa Kno-Shr, cette galerie permet de découvrir d’autres figures photographiées dans les années 1860, à une époque où la photographie devenait un outil de mémoire, de documentation, mais aussi de pouvoir.

On peut aussi comparer ce travail aux portraits d’Indiens Pawnees par William Henry Jackson, réalisés dans les années 1870, ou aux portraits d’Amérindiens du début du XXe siècle par Edward S. Curtis, plus tardifs et eux aussi très composés.

Galerie : portraits de chefs indiens et autres Amérindiens par Alexander Gardner

Voici une série de portraits de chefs indiens et de membres de délégations amérindiennes photographiés par Alexander Gardner dans les années 1860:

Portrait de chef indien : Tcha-Wan-Na-Ga-He (chef des bisons) portant une coiffe de fourrure et de plumes et une médaille de la paix, tenant une pipe-tomahawk
Portrait de Tcha-Wan-Na-Ga-He (chef des bisons) portant une coiffe de fourrure et de plumes et une médaille de la paix, tenant une pipe-tomahawk.

Portrait de chef indien: Nag-A-Rash, chef des Iowas, avec la médaille de la paix


Portrait de Nag-A-Rash, chef des Iowas, avec la médaille de la paix

Portrait de Mah-Hee, troisième chef des Iowas, avec la médaille de la paix
Portrait de Mah-Hee, troisième chef des Iowas, avec la médaille de la paix.

Portrait de Mah-Hee, troisième chef des Iowas, tenant un arc et des flèches


Portrait de Mah-Hee, troisième chef des Iowas, tenant un arc et des flèches.

ortrait de Ka-Ke-Ga-Sha ou Pi-Sing
Portrait de Ka-Ke-Ga-Sha ou Pi-Sing

Portrait de Quyulange (Coiffe d'Aigle) tenant une pipe-tomahawk
Portrait de Quyulange (Coiffe d’Aigle) tenant une pipe-tomahawk.

Portrait de chef indien : Muncha-Huncha (Big Bear, également appelé Joseph Powell), chef des Bear Band tenant une pipe-tomahawk
Portrait de Muncha-Huncha (Big Bear, également appelé Joseph Powell), chef des Bear Band tenant une pipe-tomahawk.

Portrait de Guipago (Loup solitaire) portant la médaille de la paix et tenant une pipe-tomahawk


Portrait de Guipago (Loup solitaire) portant la médaille de la paix et tenant une pipe-tomahawk.

Portrait de Hatona ou He-Otal portant une coiffe et tenant une pipe et un éventail de plumes
Portrait de Hatona ou He-Otal portant une coiffe et tenant une pipe et un éventail de plumes.

Portrait d'I-Ste-Sa-Pa (Œil noir) tenant une pipe et un sac perlé
Portrait d’I-Ste-Sa-Pa (Œil noir) tenant une pipe et un sac perlé.

Portrait de Ta-Tan-Ka-Han-Ska (Long Fox ou Long Buffalo Bull) portant un chapeau et tenant une pipe et un sac perlé
Portrait de Ta-Tan-Ka-Han-Ska (Long Fox ou Long Buffalo Bull) portant un chapeau et tenant une pipe et un sac perlé.

Portrait de Ta-Tan-Ka-Han-Ska (Long Fox ou Long Buffalo Bull) portant un chapeau et tenant une pipe et un sac perlé


Portrait de Ta-Tan-Ka-Han-Ska (Long Fox ou Long Buffalo Bull) portant un chapeau et tenant une pipe et un sac perlé.

Portrait de Assencion Rios
Portrait de Assencion Rios.

Portrait de Luig Morague ou Luis Morago
Portrait de Luig Morague ou Luis Morago.

Portrait de chefs indiens: chef Uva-A-Tuka (jambes écartées), ou Mavit- Kawutam (Bouclier Puma), également appelé Antonio Azul
Portrait du chef Uva-A-Tuka (jambes écartées), ou Mavit- Kawutam (Bouclier Puma), également appelé Antonio Azul.

Toutes les photos : crédit des photos Alexander Gardner.

Quelques portraits remarquables

Parmi les portraits de la série, on trouve notamment Tcha-Wan-Na-Ga-He, parfois décrit comme “chef des bisons”, portant une coiffe de fourrure et de plumes, une médaille de paix, et tenant une pipe-tomahawk.

On voit aussi Nag-A-Rash, chef des Iowas, ou encore Mah-Hee, troisième chef des Iowas, représenté avec une médaille de paix, puis tenant un arc et des flèches.

D’autres portraits montrent Quyulange, “Coiffe d’Aigle”, Muncha-Huncha, aussi appelé Big Bear ou Joseph Powell, Guipago, “Loup solitaire”, ou encore I-Ste-Sa-Pa, “Œil noir”.

Des images à regarder avec respect

Ces portraits anciens ne sont pas de simples documents visuels exotiques. Ils montrent des personnes réelles, souvent engagées malgré elles dans des négociations asymétriques avec un État américain en pleine expansion territoriale.

Les médailles de paix, les pipes, les coiffes, les vêtements et les poses ne doivent pas être lus comme de simples accessoires pittoresques. Ils appartiennent à des contextes politiques, culturels et diplomatiques précis. Sous le vernis du portrait de studio, il y a toute la complexité d’une histoire douloureuse.

Ces images ont traversé plus de 150 ans. Elles méritent d’être montrées, mais aussi replacées dans leur contexte. Sinon, on ne garde que la belle surface de la photo, et l’histoire passe par la sortie de secours.

D’autres portraits amérindiens anciens

Pour prolonger le sujet, découvrez également ces photos couleur rares des Indiens d’Amérique, ainsi que les portraits anciens de Ah-Weh-Eyu, aussi connue sous le nom de Goldie Jamison Conklin.

Ces séries forment un ensemble à lire avec le même équilibre : intérêt historique, force visuelle, mais aussi prudence face aux conditions de production et aux regards extérieurs qui ont façonné ces images.

Une mémoire photographique complexe

Les portraits de chefs indiens de Alexander Gardner appartiennent à une période où la photographie devient un outil de mémoire nationale aux États-Unis. Elle documente la guerre, les présidents, le chemin de fer, les paysages de l’Ouest, mais aussi les peuples autochtones pris dans l’expansion américaine.

Ces images sont donc à la fois belles, fortes et inconfortables. Elles donnent à voir des visages que l’histoire officielle a souvent réduits à des signatures de traités ou à des obstacles à la conquête de l’Ouest. Les regarder aujourd’hui, c’est aussi reconnaître que la photographie ne fixe pas seulement une personne : elle fixe un rapport de force, une époque et une manière de raconter le monde.

Sources pour aller plus loin

Library of Congress — Alexander Gardner : biographie et collections de photographies de la guerre de Sécession, de Lincoln et des Amérindiens
National Museum of the American Indian / Smithsonian — William T. Sherman collection of Alexander Gardner photographs
National Portrait Gallery / Smithsonian — Dark Fields of the Republic: Alexander Gardner Photographs, 1859-1872
WyoHistory.org — Treaty through his lens: Alexander Gardner photographs Fort Laramie, 1868
Smithsonian Magazine — Alexander Gardner et la construction photographique de la guerre et de l’histoire américaine

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

2 commentaires sur “Des portraits de chefs indiens et autres par Alexander Gardner dans les années 1860”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *