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Wild Bill Hickok en photos : portraits et histoire d’une légende du Far West

Le 2 août 2026 marque exactement les 150 ans de la mort de Wild Bill Hickok, abattu dans un saloon de Deadwood alors qu’il jouait au poker. Un siècle et demi plus tard, ses longs cheveux, sa moustache et son regard soigneusement composé restent inséparables de l’image du pistolero du Far West.

Les véritables portraits de Wild Bill Hickok montrent pourtant un personnage plus complexe que le simple « as de la gâchette » popularisé par les westerns. James Butler Hickok a été conducteur de convois, éclaireur de l’armée de l’Union, policier, marshal, joueur professionnel et même acteur. Sa réputation s’est construite à la fois par les armes, la presse sensationnaliste et une série de photographies de studio largement diffusées de son vivant.

Portrait de Wild Bill Hickok vers 1873 portant un large chapeau, les cheveux longs et une moustache
Portrait de Wild Bill Hickok réalisé vers 1873 par Jeremiah Gurney. Metropolitan Museum of Art, via Wikimedia Commons — domaine public.

À retenir

  • Wild Bill Hickok est né James Butler Hickok le 27 mai 1837 dans l’Illinois.
  • Il a été conducteur de convois, éclaireur et espion pour l’Union, homme de loi, joueur et acteur.
  • Le duel qui l’a opposé à Davis Tutt en 1865 a largement contribué à créer l’archétype du face-à-face de western.
  • Un article très romancé publié en 1867 a transformé Hickok en tireur presque invincible et lui a attribué des centaines de victimes imaginaires.
  • Ses nombreux portraits de studio ont contribué à diffuser son apparence et à construire sa célébrité.
  • Il a brièvement partagé la scène avec Buffalo Bill Cody et Texas Jack Omohundro en 1873 et 1874.
  • Jack McCall l’a abattu par-derrière à Deadwood le 2 août 1876.
  • Les as et les huit noirs associés à la « main du mort » appartiennent à une tradition popularisée plusieurs décennies après son assassinat.

Qui était réellement Wild Bill Hickok ?

James Butler Hickok est né le 27 mai 1837 à Homer, aujourd’hui Troy Grove, dans l’Illinois. En 1855, alors qu’il n’avait pas encore 18 ans, il est parti vers l’ouest et a rejoint les militants antiesclavagistes du Kansas pendant les affrontements du Bleeding Kansas.

Il a ensuite exercé différents métiers liés aux nouvelles routes de l’Ouest. Il a notamment travaillé comme conducteur pour l’entreprise Russell, Majors and Waddell, qui transportait du fret et des voyageurs sur les pistes de l’Oregon et de Santa Fe.

Pendant la guerre de Sécession, Hickok a servi l’armée de l’Union comme éclaireur, courrier et membre de la police militaire. Il appartient donc à la même époque que les hommes visibles dans ces portraits de soldats de la guerre de Sécession, même si son apparence soigneusement entretenue s’éloigne assez vite de l’image du simple soldat anonyme.

Après la guerre, il a travaillé comme éclaireur pour l’armée, puis comme homme de loi à Hays City et à Abilene, au Kansas. Il a également vécu du jeu, des spectacles et surtout de la réputation qui le précédait.

Wild Bill Hickok jeune


Alt : Portrait attribué au jeune James Butler Hickok vers 1858 avec un grand chapeau et un gilet

Pourquoi existe-t-il autant de portraits de Wild Bill Hickok ?

La photographie s’est rapidement développée aux États-Unis pendant les années 1860 et 1870. Les portraits au format carte-de-visite ou cabinet pouvaient être reproduits, vendus, collectionnés et échangés à une échelle auparavant impossible.

Wild Bill Hickok a compris l’intérêt de cette nouvelle circulation des images. Il a posé à plusieurs reprises dans des studios photographiques, notamment à Topeka et à New York.

Ces portraits ne sont pas de simples documents pris au hasard. Hickok choisit sa posture, ses vêtements, l’orientation de son visage et parfois les accessoires visibles. Il se présente rarement comme un cow-boy couvert de poussière venant de descendre de cheval.

Il porte plutôt des vestes sombres, des chemises blanches, des cravates ou des nœuds soigneusement noués. Ses longs cheveux tombent sur ses épaules et sa moustache devient presque une signature visuelle.

Comme les photographies de l’Ouest américain réalisées il y a environ 150 ans, ces images documentent une époque. Mais elles participent aussi à sa mise en scène : Wild Bill n’est pas seulement photographié parce qu’il est célèbre, il devient encore plus célèbre parce que son visage circule.

Wild Bill Hickok avant les portraits les plus célèbres

Les portraits réalisés entre la fin des années 1860 et le début des années 1870 montrent déjà les caractéristiques qui vont devenir inséparables du personnage : une chevelure très longue, une moustache fine et des vêtements urbains étonnamment élégants.

Hickok a alors une trentaine d’années. Il possède déjà une solide réputation dans les villes de l’Ouest, mais son image n’a pas encore été entièrement figée par les spectacles, les gravures et les récits populaires.

Ces photographies constituent un parallèle intéressant avec le portrait de Jesse James photographié vers l’âge de 16 ans. Dans les deux cas, l’appareil a enregistré un visage réel avant que les récits populaires, les romans et le cinéma ne le recouvrent de plusieurs couches de légende.

Portrait de Wild Bill Hickok entre 1868 et 1870 avec les cheveux longs et une veste de ville
Wild Bill Hickok photographié entre 1868 et 1870 par la New River Side Gallery de Topeka. Photographe non identifié, via Wikimedia Commons — domaine public.

Le duel contre Davis Tutt qui a lancé sa réputation

Le 21 juillet 1865, Hickok a affronté Davis Tutt sur la place publique de Springfield, dans le Missouri. Les deux hommes se connaissaient, jouaient régulièrement ensemble et avaient accumulé des tensions liées à l’argent, au poker et à une montre ayant appartenu à Hickok.

Tutt a traversé la place en portant ostensiblement cette montre. Les deux hommes se sont retrouvés à distance, ont sorti leurs armes et ont tiré presque simultanément. La balle de Tutt a manqué Hickok, tandis que celle de Hickok a mortellement touché son adversaire.

Hickok a été poursuivi pour meurtre, puis jugé pour homicide involontaire. Le jury l’a finalement acquitté après avoir retenu l’argument de la légitime défense.

Cet épisode est souvent présenté comme le premier véritable duel de pistoleros correspondant aux codes du western : deux hommes s’observent dans un espace public, dégainent et tirent face à face.

Cette vision demande néanmoins quelques nuances. Les témoignages contemporains ne permettent pas d’établir avec certitude la distance exacte entre les tireurs. Des recherches publiées en 2026 par la Springfield-Greene County Library suggèrent même que les repères installés sur la place depuis 1975 indiquent probablement une mauvaise position et une distance excessive.

Le duel reste historique, mais sa chorégraphie parfaite a été en partie reconstruite après les faits. L’Ouest réel avait visiblement moins de répétitions que le cinéma.

Comment la presse a transformé Hickok en héros du Far West

La réputation nationale de Wild Bill Hickok s’est réellement développée en février 1867, lorsque George Ward Nichols lui a consacré un long article dans Harper’s New Monthly Magazine.

Nichols y décrivait un homme d’une précision extraordinaire, capable d’abattre ses adversaires avec un calme absolu. Il lui attribuait également des centaines de morts, un chiffre qui ne repose sur aucune documentation sérieuse.

Le récit a aussi transformé plusieurs épisodes de sa vie. L’affrontement de Rock Creek Station en 1861, au cours duquel trois hommes ont été tués, est devenu une véritable bataille livrée par Hickok contre une bande nombreuse. Le duel contre Davis Tutt a reçu des motivations romantiques qui n’apparaissent pas dans les sources contemporaines.

Ces exagérations n’ont pas créé sa réputation à partir de rien. Hickok savait tirer, avait participé à plusieurs affrontements meurtriers et possédait une expérience réelle de la guerre et du maintien de l’ordre.

Mais l’article de 1867 a changé d’échelle. À partir de ce moment, James Butler Hickok n’était plus seulement un homme dangereux connu dans quelques villes : Wild Bill devenait un personnage national, presque déjà un héros de fiction.

On retrouve cette frontière poreuse entre histoire et récit dans la vie de John « Liver-Eating » Johnson, le trappeur dont la légende a largement avalé l’histoire.

Que révèlent ses longs cheveux et ses vêtements élégants ?

Les photographies de Hickok surprennent parfois les lecteurs habitués au cow-boy de cinéma. Il pose souvent sans chapeau, sans veste à franges et sans revolver ostensiblement pointé vers l’objectif.

Sa chevelure longue ne constituait pas une simple fantaisie de studio. Elle participait à son apparence reconnaissable, avec sa moustache, son visage fin et sa haute silhouette.

Ses vêtements montrent aussi qu’il tenait à contrôler son image. Même lorsqu’il pose avec une arme, il n’apparaît pas comme un bandit négligé. Il se présente comme un gentleman de l’Ouest, à la fois raffiné et potentiellement dangereux.

Le portrait en pied réalisé vers 1870 permet de distinguer sa manière de porter ses revolvers. Contrairement aux holsters très bas popularisés plus tard par Hollywood, ses armes se trouvent relativement haut, à portée de main.

Wild Bill Hickok photographié en pied vers 1870 avec ses longs cheveux et ses revolvers


Wild Bill Hickok photographié en pied vers 1870. Photographe non identifié, via Wikimedia Commons — domaine public.

Wild Bill Hickok sur scène avec Buffalo Bill et Texas Jack

À l’automne 1873, Wild Bill Hickok a rejoint Buffalo Bill Cody et Texas Jack Omohundro dans le mélodrame Scouts of the Plains.

Le spectacle mettait en scène des aventures de la frontière avec des costumes en peau à franges, des armes, des chasseurs et des affrontements spectaculaires. Les véritables hommes de l’Ouest ont ainsi commencé à jouer leur propre légende devant un public urbain.

Hickok n’était toutefois pas très à l’aise sur scène. Il connaissait mal ses répliques, improvisait et supportait difficilement la répétition quotidienne du même scénario. Il a quitté la troupe en mars 1874 et est retourné dans l’Ouest.

La photographie prise avec Buffalo Bill et Texas Jack reste particulièrement révélatrice. Les trois hommes ne portent plus leurs tenues habituelles : ils sont costumés comme le public de l’Est imaginait les éclaireurs de la frontière.

La réalité et le spectacle se rejoignent alors dans le même studio. Wild Bill pose en homme ayant vécu l’Ouest, mais aussi en acteur chargé de vendre cet Ouest sous une forme immédiatement reconnaissable.

Wild Bill Hickok avec Texas Jack Omohundro et Buffalo Bill Cody en costumes de scène en 1873
De gauche à droite : Wild Bill Hickok, Texas Jack Omohundro et Buffalo Bill Cody, photographiés en 1873 pour le spectacle Scouts of the Plains. Photographe attribué à Rockwood ou Gurney, via Wikimedia Commons — domaine public.

Wild Bill Hickok était-il vraiment un as de la gâchette ?

Hickok était manifestement un tireur très compétent. Sa victoire contre Davis Tutt, son expérience militaire et ses années comme homme de loi ne reposent pas uniquement sur des histoires de saloon.

Il portait généralement deux revolvers Colt Navy de calibre .36, souvent décrits avec des poignées en ivoire. Il ne semble toutefois pas avoir pratiqué le spectaculaire dégainé depuis la hanche popularisé par le cinéma. Comme beaucoup de tireurs expérimentés, il privilégiait le contrôle, la précision et une position stable.

Le nombre exact d’hommes qu’il a tués reste discuté. Les centaines de victimes avancées par les récits sensationnalistes du XIXe siècle sont manifestement fantaisistes. Même les épisodes les mieux documentés ont parfois été compliqués par des témoignages contradictoires, des souvenirs tardifs et une publicité déjà active de son vivant.

Hickok n’était donc ni un personnage entièrement inventé, ni la machine à tuer présentée par certaines biographies populaires. Il était un homme dangereux dont les capacités réelles ont servi de socle à une légende beaucoup plus grande.

La photographie a joué un rôle essentiel dans ce processus. Un héros de roman pouvait être imaginé de mille façons ; Wild Bill, lui, possédait un visage que le public pouvait reconnaître et collectionner.

Photo publicitaire pour le spectacle de Buffalo Bill Cody en 1873. De gauche à droite Elisha P. Green, Hickok, Cody, Texas Jack Omohundro et Eugene Overton
Photo publicitaire pour le spectacle de Buffalo Bill Cody Scouts of the Plains en 1873. De gauche à droite Elisha P. Green, Hickok, Cody, Texas Jack Omohundro et Eugene Overton.

Comment Wild Bill Hickok est-il mort à Deadwood ?

Au début de l’année 1876, Hickok a épousé Agnes Thatcher Lake, propriétaire d’un cirque. Il a toutefois rapidement repris la route vers les Black Hills, où une ruée vers l’or attirait des milliers d’aventuriers.

Il est arrivé à Deadwood en juillet 1876 avec le convoi de Colorado Charlie Utter. Calamity Jane, autre grande figure de l’Ouest photographiée à plusieurs reprises, se trouvait également dans la région.

Le 2 août, Hickok jouait aux cartes dans le saloon Nuttall & Mann’s. Contrairement à son habitude supposée, il n’avait pas le dos contre un mur et ne pouvait pas surveiller l’entrée derrière lui.

Jack McCall est entré dans l’établissement, s’est approché et lui a tiré une balle à l’arrière de la tête. Wild Bill Hickok est mort immédiatement, à l’âge de 39 ans.

McCall a d’abord été acquitté par un tribunal improvisé de mineurs. Après avoir quitté Deadwood et s’être vanté de son geste, il a été arrêté de nouveau, jugé par une juridiction fédérale, condamné puis pendu en 1877.

L’assassinat a figé Hickok dans la légende. Sa mort possède tous les éléments d’un western : une ville née de la ruée vers l’or, une partie de poker, un célèbre tireur assis dos à la porte et un homme qui attaque sans lui laisser la possibilité de dégainer.

À l’occasion du 150e anniversaire de cette mort, Deadwood a programmé le 3 août 2026 une reconstitution de l’assassinat, du cortège funèbre et de l’enterrement de Hickok.

La « main du mort » était-elle vraiment dans ses mains ?

La tradition affirme que Wild Bill Hickok tenait deux as noirs et deux huit noirs lorsqu’il a été assassiné. Cette combinaison est aujourd’hui connue dans le monde du poker sous le nom de Dead Man’s Hand, la « main du mort ».

L’identité d’une éventuelle cinquième carte varie selon les versions. Une dame de trèfle, une dame de cœur ou un neuf de carreau apparaissent dans différents récits.

Il faut surtout noter qu’aucun compte rendu contemporain connu de l’assassinat ne décrit précisément les cartes. L’association moderne entre Hickok, les as noirs et les huit noirs s’est diffusée à partir des années 1920, notamment avec une biographie publiée par Frank Wilstach en 1926.

Cela ne prouve pas que Hickok ne possédait pas ces cartes. Cela signifie simplement que la célèbre main repose sur une tradition tardive plutôt que sur un procès-verbal établi devant la table de poker.

La « main du mort » illustre parfaitement la fabrication de sa légende : quatre cartes plausibles, un meurtre bien réel et cinquante années de récits pour transformer le tout en symbole universel de malchance.

Dans le Far West, même la mort pouvait donner naissance à une photographie ou à un récit spectaculaire, comme le montre l’histoire beaucoup plus macabre de John Shaw, le hors-la-loi exhumé pour boire un dernier verre.

Un dernier tintype réalisé vers 1876

Un grand tintype conservé par la National Portrait Gallery montre Wild Bill Hickok assis à côté d’un homme dont l’identité n’est pas établie. La photographie est datée approximativement de 1876, l’année de sa mort.

Hickok apparaît vêtu d’une veste sombre, d’un gilet, d’une chemise claire et d’une cravate. Son apparence reste celle d’un homme de ville soigneusement habillé, loin du personnage en peaux de bêtes que les spectacles et les illustrations ont parfois imposé.

L’image mesure plus de 20 centimètres de haut, une dimension remarquable pour un tintype. La version numérisée par le Smithsonian dépasse 4 000 pixels et a été placée sous licence CC0.

Il ne faut pas présenter ce cliché comme sa dernière photographie avec une certitude absolue. Sa date reste approximative. Il constitue néanmoins l’un des portraits les plus tardifs et les plus détaillés connus de Wild Bill Hickok.

Wild Bill Hickok assis avec un homme non identifié sur un grand tintype réalisé vers 1876
Wild Bill Hickok assis à côté d’un homme non identifié vers 1876. National Portrait Gallery, Smithsonian Institution, via Wikimedia Commons — CC0.

Que nous apprennent les véritables photos de Wild Bill Hickok ?

Les portraits ne permettent pas de déterminer combien d’hommes Hickok a tués, s’il avait peur avant un duel ou quelles cartes il tenait au moment de sa mort.

Ils révèlent toutefois la manière dont il voulait être vu. Wild Bill ne pose pas comme un hors-la-loi ou un homme épuisé par la frontière. Il se présente comme une personnalité : élégante, reconnaissable et suffisamment sûre d’elle pour regarder calmement l’objectif.

Cette maîtrise de son apparence le distingue de nombreux personnages du Far West dont une seule image authentique subsiste. La célébrité de Billy the Kid repose par exemple sur un nombre infime de photographies attribuées avec plus ou moins de certitude.

Wild Bill Hickok a laissé davantage de visages. Pourtant, plus les photographies se sont multipliées, plus le personnage historique semble parfois avoir disparu derrière sa propre silhouette.

Les studios ont fixé ses cheveux, sa moustache et son regard. La presse a ajouté les duels et les centaines de victimes. Les spectacles ont fourni les vêtements à franges. Deadwood a apporté la table de poker et la mort par-derrière.

Il ne restait plus au cinéma qu’à assembler les différents morceaux.

Sources pour aller plus loin

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