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Le baudet du Poitou, un âne avec des dreadlocks

Le Baudet du Poitou est un grand âne français dont le pelage peut prendre une allure assez improbable : lorsque ses longs poils frisés sont laissés pousser, ils s’agglomèrent en mèches qui ressemblent furieusement à des dreadlocks. Cette coiffure naturelle porte même un nom beaucoup plus local : les cadenettes.

Derrière cette apparence spectaculaire se cache pourtant une race ancienne intimement liée à l’histoire du Poitou et de l’élevage des mules. Le Baudet du Poitou est même passé tout près de la disparition : en 1977, il ne restait plus que 44 individus recensés.

Baudet du Poitou brun avec de longues cadenettes ressemblant à des dreadlocksUn Baudet du Poitou au spectaculaire pelage en longues cadenettes. Crédit photo Depositphotos.

À retenir

  • Le Baudet du Poitou est une ancienne race française d’âne originaire du Poitou.
  • Ses longues mèches emmêlées sont traditionnellement appelées cadenettes.
  • Le mâle adulte mesure idéalement au moins 1,40 m au garrot.
  • Il a surtout été sélectionné comme reproducteur pour obtenir la Mule poitevine.
  • En 1977, il ne restait plus que 44 Baudets du Poitou recensés.
  • Un important programme de sauvegarde a permis de maintenir la race, qui reste néanmoins surveillée en raison de ses faibles effectifs et de sa diversité génétique limitée.

Pourquoi le Baudet du Poitou a-t-il des « dreadlocks » ?

Le détail qui saute immédiatement aux yeux est évidemment son pelage. Le Baudet du Poitou possède des poils particulièrement longs, épais et parfois frisés. Lorsqu’ils ne sont pas brossés, ils finissent par s’agglomérer naturellement en longues mèches.

Dans la tradition poitevine, ces mèches sont appelées des cadenettes. Les animaux dont le pelage devenait particulièrement abondant pouvaient également être qualifiés de « bourailloux » ou de « guenilloux ».

Baudet du Poitou avec de longs poils formant des cadenettes


Un Baudet du Poitou et son abondant pelage. Crédit photo Tambako The Jaguar (CC BY-ND 2.0).

Ce look rappelle évidemment le Komondor et son étonnant pelage en longues cordes, même si chez le chien hongrois la structure du poil et sa fonction sont différentes.

Aujourd’hui, les Baudets du Poitou ne portent d’ailleurs pas tous ces énormes « dreadlocks ». Le pansage et les pratiques modernes d’élevage empêchent souvent le pelage d’atteindre l’aspect extrêmement emmêlé visible sur certaines photographies historiques.

Le Baudet du Poitou, l’un des plus grands ânes de France

Le Baudet du Poitou est un animal massif, doté d’une forte ossature, d’une grande tête et de longues oreilles garnies de poils. Le standard de la race recherche chez l’adulte une taille minimale d’environ 1,40 m au garrot pour le mâle et 1,35 m pour la femelle.

Son poids se situe généralement autour de 350 à 450 kg, avec des variations importantes selon l’âge, le sexe et la morphologie.

Sa robe est généralement bai brun à noir pangaré. Le contour des yeux, du nez et de la bouche est plus clair, souvent gris argenté. Contrairement à de nombreux ânes, le standard ne recherche ni raie dorsale ni bande scapulaire en forme de croix.

Baudets du Poitou au long pelage caractéristique
Baudets du Poitou au pelage long caractéristique de la race. Crédit photo André Alliot (CC BY-SA 4.0).

Et au fait, pourquoi « baudet » ? En français, le mot désigne traditionnellement un âne mâle reproducteur. Dans « Baudet du Poitou », il est devenu partie intégrante du nom de la race, même si celle-ci comprend évidemment mâles et femelles.

Une ancienne race élevée pour produire des mules

L’histoire du Baudet du Poitou ne s’explique pas par son étrange coiffure mais par ses qualités de reproducteur. Pendant plusieurs siècles, il a principalement été élevé pour être croisé avec des juments de Trait poitevin mulassier.

Ce croisement donne la Mule poitevine, un hybride robuste qui réunissait la force du cheval et l’endurance du mulet. Avant la motorisation des transports, de l’agriculture et des armées, ces animaux étaient très recherchés.

La première description précise correspondant au type actuel du Baudet du Poitou remonte à 1717. Le document mentionne déjà de grands animaux du Haut-Poitou dotés d’un poil exceptionnellement long. Le livre généalogique de la race a ensuite été créé en 1884.

Baudet du Poitou, grande race d'âne française


Un Baudet du Poitou. Crédit photo Tom Burgoon (CC BY-SA 2.0).

Désiré, le Baudet du Poitou vendu au cirque Barnum

L’une des histoires les plus étonnantes associées à la race concerne Désiré, un Baudet du Poitou devenu célèbre au début du XXe siècle.

Un récit repris dans plusieurs publications consacrées à l’histoire de la race indique qu’en 1906, ce Baudet du Poitou originaire de Vendée aurait été vendu pour 10 000 francs au célèbre cirque américain Barnum. Il n’aurait malheureusement jamais atteint sa destination : Désiré serait mort pendant la traversée de l’Atlantique.

L’histoire illustre en tout cas la réputation internationale qu’avait acquise le Baudet du Poitou comme reproducteur au temps où la production de grandes mules représentait encore une activité économique importante.

En 1977, il ne restait que 44 Baudets du Poitou

Le développement des véhicules motorisés et la mécanisation de l’agriculture ont bouleversé cette économie. Quand la demande en mules s’est effondrée au XXe siècle, le Baudet du Poitou a perdu en quelques décennies sa principale raison économique d’être élevé.

La situation est devenue critique. En 1977, Annick Audiot a effectué un recensement qui n’a retrouvé que 44 animaux : 20 mâles et 24 femelles répartis chez seulement 14 propriétaires.

On était donc très loin des simples « quelques dizaines » parfois évoquées : la population restante était connue presque animal par animal.

Baudet du Poitou au long pelage dans la neige
Un Baudet du Poitou dans la neige. Crédit photo Tambako The Jaguar (CC BY-ND 2.0).

Comment la race du Baudet du Poitou a été sauvegardée

Face au risque de disparition, les éleveurs, les Haras nationaux et le Parc naturel régional du Marais poitevin ont décidé en 1979 de lancer une véritable opération de sauvegarde.

Une asinerie expérimentale a ensuite été créée à Dampierre-sur-Boutonne, en Charente-Maritime. Un programme particulièrement ingénieux de croisement d’absorption a été mis en œuvre à partir de 1981 avec 18 grandes ânesses portugaises croisées avec des Baudets du Poitou de race pure.

À chaque génération, les femelles obtenues étaient à nouveau croisées avec un Baudet du Poitou. À la septième génération, les descendants atteignent théoriquement 99,2 % de sang poitevin et peuvent être réintégrés au programme de race.

La sauvegarde ne consiste toutefois pas simplement à augmenter le nombre d’animaux. Le programme de sélection actuel cherche également à maintenir la diversité génétique et à limiter la consanguinité, enjeu inévitable lorsqu’une population est passée par un goulot d’étranglement aussi sévère. L’objectif officiel actuel prévoit notamment au moins une centaine de naissances annuelles de Baudets du Poitou.

Plusieurs Baudets du Poitou
Plusieurs Baudets du Poitou. Crédit photo André Alliot (CC0).

À quoi sert le Baudet du Poitou aujourd’hui ?

La production de Mules poitevines reste une fonction historique importante de la race, mais elle n’est évidemment plus son unique débouché.

Le Baudet du Poitou peut aujourd’hui être utilisé pour l’attelage, le bât, la traction, la randonnée ou les loisirs. Son grand gabarit lui permet notamment de porter des charges importantes et certaines épreuves destinées à la race évaluent désormais directement ces aptitudes.

Deux Baudets du Poitou
Des Baudets du Poitou. Crédit photo Jean-Jacques Boujot (CC BY-SA 2.0).

Et comme tous les ânes, il souffre encore parfois de la vieille réputation de l’animal têtu et peu malin. Une réputation à relativiser sérieusement : cet âne qui trouve tout seul comment franchir une barrière donne par exemple une assez bonne démonstration de leurs capacités à résoudre un problème.

Je peux toutefois témoigner du côté têtu de l’âne, ayant expérimenté l’animal sur le chemin de Stevenson.

Le Baudet du Poitou est donc passé du statut de reproducteur indispensable à toute une économie rurale à celui de race patrimoniale française dont la conservation repose encore sur des éleveurs, associations et organismes spécialisés.

Trois Baudets du Poitou à Saint-Martin-de-Ré


Trois Baudets du Poitou à Saint-Martin-de-Ré, sur l’île de Ré. Crédit photo dynamosquito (CC BY-SA 2.0).

Vidéo du Baudet du Poitou

Voici également une vidéo tournée dans une asinerie avec un Baudet du Poitou et son petit :

Sources pour aller plus loin

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