Le bison américain avait disparu du Sonora depuis plus de deux siècles. En février 2026, 29 animaux ont été transférés dans cet État du nord du Mexique. Trois mois plus tard, plusieurs femelles gestantes avaient déjà donné naissance à 10 petits.
Ce nouveau troupeau constitue pourtant seulement le dernier chapitre d’une histoire commencée avec 23 bisons réintroduits au Mexique en 2009. Depuis, leurs descendants se comptent par centaines et servent à leur tour à créer de nouvelles populations. Derrière ces imposants herbivores se cache aussi une expérience grandeur nature : restaurer des prairies dont ils étaient autrefois l’un des principaux architectes.
Un bison américain adulte accompagné d’un petit dans une prairie de Saskatchewan, au Canada. Image d’illustration. Crédit photo pictureguy / Depositphotos.
À retenir
- Le bison américain (Bison bison) occupait autrefois une vaste partie de l’Amérique du Nord, jusqu’au nord du Mexique.
- 23 bisons ont constitué en 2009 le noyau d’une nouvelle population dans la réserve de biosphère de Janos, dans le Chihuahua.
- Le troupeau de Janos compte aujourd’hui plusieurs centaines d’animaux et sert à créer de nouvelles populations.
- En février 2026, 29 bisons, dont 19 femelles et 10 mâles, ont été transférés au Sonora.
- 10 petits étaient déjà nés en mai 2026.
- Les bisons sont considérés comme des ingénieurs des écosystèmes des prairies grâce au pâturage, au piétinement, aux déjections et aux zones où ils se roulent dans la poussière.
- Leur retour peut contribuer à la restauration des prairies, mais il ne suffit pas à lui seul à « réparer » un écosystème.
29 bisons américains retrouvent le Sonora après plus de 200 ans
Le 20 février 2026, la Commission nationale mexicaine des aires naturelles protégées (CONANP) a annoncé le transfert de 29 bisons américains (Bison bison), soit 19 femelles et 10 mâles.
Ils ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres depuis le Rancho El Uno, situé dans la réserve de biosphère de Janos, dans l’État de Chihuahua, jusqu’au Rancho Los Ojos Calientes, dans le Sonora. Cette région du nord-ouest du Mexique appartient au vaste désert de Sonora, un milieu aride également emblématique du cactus saguaro, géant végétal typique du désert de Sonora.
L’objectif n’était pas simplement d’installer quelques gros bovins dans un nouveau paysage. Le site appartient à l’aire historique de l’espèce et le programme doit permettre la création d’un nouveau troupeau de conservation, tout en participant à la restauration des prairies du nord-est du Sonora.
Le symbole est de taille : selon les autorités mexicaines, le bison sauvage n’avait plus été présent dans cette région depuis plus de 200 ans.
Troupeau de bisons américains dans les prairies près de Cimarron, au Nouveau-Mexique, aux États-Unis. Crédit photo Larry Lamsa (CC BY 2.0).
Dix petits bisons sont déjà nés
Lorsque les animaux ont été déplacés, plusieurs des 19 femelles étaient gestantes.
En mai 2026, à l’occasion d’une visite du programme de conservation, les autorités du Sonora ont annoncé la naissance de 10 petits bisons. Le troupeau installé quelques mois plus tôt comptait donc déjà une dizaine de nouveaux membres nés sur place.
Chez le bison américain, la gestation dure environ neuf mois et demi et une femelle donne généralement naissance à un seul petit. Les veaux viennent au monde avec un pelage nettement plus roux que celui des adultes, ce qui leur vaut parfois aux États-Unis le surnom plutôt sympathique de red dogs.
Cette série de naissances constitue surtout un indicateur encourageant pour l’établissement de la nouvelle population. Les animaux font néanmoins toujours l’objet d’un suivi sanitaire et démographique : réintroduire une espèce ne consiste pas simplement à ouvrir une barrière et à espérer que la nature règle ensuite toute la paperasse.
Une femelle bison américain accompagnée de son veau au parc national de Yellowstone, dans le Wyoming aux États-Unis. Image d’illustration. Crédit photo DonyaNedomam / Depositphotos.
Le retour du bison américain au Mexique a commencé avec seulement 23 animaux
L’histoire moderne du bison au Mexique commence réellement en 2009.
Cette année-là, 23 bisons provenant de troupeaux de conservation du Dakota du Sud ont été réintroduits au Rancho El Uno, dans la réserve de biosphère de Janos, dans l’État de Chihuahua.
Le site protège près de 18 500 hectares de prairies du désert de Chihuahua. Ce premier troupeau a constitué le noyau de la recolonisation actuelle.
En 2018, il comptait déjà environ 230 animaux. Le Fondo Mexicano para la Conservación de la Naturaleza estime aujourd’hui la population du Rancho El Uno à environ 460 bisons.
Autrement dit, une population issue de seulement quelques dizaines d’animaux est devenue suffisamment importante pour permettre la création d’autres troupeaux sans compromettre celui de Janos.
En 2019, 19 bisons ont ainsi été transférés dans la réserve naturelle d’El Carmen, dans le Coahuila. Puis, en novembre 2025, 44 autres animaux ont été installés dans l’UMA El Santuario, également dans le Coahuila.
Enfin, les 29 bisons transférés au Sonora en février 2026 prolongent cette expansion vers une nouvelle partie de l’ancienne aire mexicaine de l’espèce.
Le cas mexicain rappelle, à une autre échelle, celui du bison d’Europe. Dans la forêt de Białowieża, royaume du bison d’Europe, l’espèce avait disparu à l’état sauvage en 1919 avant d’être restaurée à partir de quelques animaux conservés en captivité. Les premiers bisons y ont retrouvé la liberté en 1952 et la population se compte aujourd’hui de nouveau par centaines.
Un bison américain au Rancho El Uno, dans la réserve de biosphère de Janos au Mexique, où le programme moderne de réintroduction de l’espèce a débuté en 2009. Crédit photo Mextradicion (CC BY-SA 4.0).
Un animal pouvant approcher la tonne
Le bison américain n’est pas exactement le genre d’animal que l’on réintroduit discrètement.
Il s’agit du plus gros mammifère terrestre d’Amérique du Nord. Un grand mâle adulte peut peser environ 900 à 1 000 kg, atteindre près de deux mètres au garrot et mesurer plus de trois mètres de long. Une femelle est nettement plus légère, avec un poids généralement voisin de 450 kg.
Malgré cette carrure de petite voiture équipée de cornes, un bison peut courir jusqu’à environ 65 km/h.
Son aire de répartition historique était immense. Les bisons occupaient autrefois une grande partie de l’Amérique du Nord, depuis le Canada jusqu’au nord du Mexique.
Dans le pays, ils étaient notamment présents dans les actuels États de Sonora, Chihuahua, Coahuila, Nuevo León et Durango.
La chasse intensive, l’expansion de l’élevage, la fragmentation des habitats et la transformation des prairies ont finalement entraîné leur disparition de vastes portions de cette aire historique.
Pourquoi remettre des bisons dans les prairies mexicaines ?
Le nombre d’animaux réintroduits est spectaculaire, mais c’est probablement leur effet sur le paysage qui intéresse le plus les écologues.
Le bison est considéré comme une espèce clé et un ingénieur de l’écosystème. En broutant, en marchant, en déposant leurs déjections et en se roulant dans la terre, les troupeaux créent une mosaïque de microhabitats différents.
Les dépressions dans lesquelles ils se roulent, appelées wallows en anglais, peuvent notamment modifier localement la végétation, l’humidité et les caractéristiques du sol.
Leur pâturage influence également la hauteur et la composition des plantes, tandis que leurs déjections participent au recyclage des nutriments. Ces transformations peuvent ensuite profiter à différentes espèces d’insectes, d’oiseaux et de mammifères.
C’est un mécanisme comparable, à une autre échelle, à celui des castors : un barrage construit par ces rongeurs peut transformer l’habitat utilisé par toute une communauté d’animaux sauvages.
Un bison américain se roulant dans la terre sèche et soulevant un nuage de poussière, un comportement appelé wallowing qui contribue à modifier localement le sol et la végétation. Image d’illustration. Crédit photo ron.ronmckenzie.com / Depositphotos.
75 études passées au crible sur le rôle écologique du bison
Une revue scientifique publiée en août 2026 dans la revue Therya apporte justement un éclairage particulièrement intéressant sur le programme mexicain.
Les chercheurs Alejandra Espinosa et Rurik List ont analysé 75 études scientifiques publiées entre 1995 et 2024 concernant les effets écologiques du bison.
Les facteurs revenant le plus souvent sont son pâturage, sa présence physique, ses déjections, ses bains de poussière et ses interactions avec les incendies.
Leurs effets concernent principalement la végétation des prairies, les mammifères, les oiseaux, les arthropodes et le recyclage des nutriments.
Les auteurs concluent que la réintroduction du bison dans son aire historique mexicaine pourrait contribuer à restaurer les prairies, avec une condition importante : la population ne doit pas dépasser la capacité d’accueil du milieu.
La nuance est importante.
Quelques bisons lâchés dans une prairie ne « réparent » pas automatiquement un écosystème en quelques mois. Le retour d’une espèce clé peut rétablir certains processus naturels, mais la restauration dépend également de la végétation présente, de l’eau, du feu, des autres herbivores, de la fragmentation des habitats et de la gestion humaine.
Les bisons ne sont donc pas une baguette magique écologique
C’est précisément ce qui rend l’expérience mexicaine intéressante.
À Janos, il ne s’agit plus d’observer les conséquences de la présence de quelques animaux pendant une saison : le programme fonctionne depuis plus de quinze ans et dispose désormais d’une population suffisamment importante pour alimenter d’autres projets de conservation.
Le Rancho El Uno combine ainsi conservation du bison, gestion des pâturages et restauration des prairies.
Le site est également important pour d’autres espèces caractéristiques des grands paysages ouverts du désert de Chihuahua, notamment le chien de prairie à queue noire et l’aigle royal.
Cette approche est bien différente de la simple réintroduction ponctuelle d’un animal. Le retour de l’ara de Spix dans la nature illustre lui aussi la complexité de ces opérations : élevage, sélection des individus, acclimatation, suivi et gestion des populations se poursuivent longtemps après les premiers lâchers.
De 23 bisons à plusieurs troupeaux dans le nord du Mexique
En moins de vingt ans, le Mexique est donc passé d’un noyau de 23 bisons réintroduits à Janos à plusieurs troupeaux établis ou en cours d’établissement dans le Chihuahua, le Coahuila et désormais le Sonora.
Cette stratégie rappelle d’autres programmes où une population reconstituée devient progressivement la source de nouveaux noyaux. À Rio de Janeiro, par exemple, le retour des aras bleu et jaune après plus de 200 ans d’absence vise lui aussi à restaurer non seulement une espèce, mais certaines interactions écologiques perdues.
La nouvelle population du Sonora reste petite et son avenir devra être suivi sur le long terme. Mais la naissance de 10 petits quelques mois seulement après l’arrivée des adultes constitue un début encourageant.
Deux siècles après avoir disparu de cette partie du Mexique, le bison américain recommence donc à parcourir les prairies du Sonora.
Et pour un animal qui peut peser près d’une tonne, on peut difficilement parler d’un retour sur la pointe des pieds.
Sources pour aller plus loin
- CONANP – La CONANP transfère 29 bisons du Chihuahua au Sonora
- Gouvernement du Sonora – conservation du bison et premières naissances
- Fondo Mexicano para la Conservación de la Naturaleza – Rancho El Uno
- CONANP – réintroduction du bison américain dans le nord du Mexique
- SEMARNAT – retour du bison dans les prairies du nord du Mexique
- Therya – revue de 75 études sur le rôle écologique du bison dans les prairies
- National Park Service – données générales sur le bison américain




