=C’est un mystère qui intrigue depuis le Moyen Âge : que signifie exactement le célèbre sceau des Templiers représentant deux chevaliers sur un même cheval ? Cette image simple est devenue l’un des symboles les plus reconnaissables de l’ordre du Temple.
Pauvreté, fraternité, dualité entre moine et guerrier ou simple emblème institutionnel : plusieurs interprétations ont été proposées au fil des siècles. Le problème est qu’aucune source médiévale connue n’explique clairement le sens originel de ce motif, ce qui laisse encore aujourd’hui une vraie part de mystère.
Reproduction du célèbre sceau des Templiers montrant deux chevaliers sur un même cheval. Crédit photo Hinterkappelen (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Le sceau aux deux chevaliers sur un même cheval est l’un des symboles les plus célèbres de l’ordre du Temple.
- Sa signification exacte n’est pas connue avec certitude.
- L’interprétation traditionnelle l’associe souvent à la pauvreté ou à l’humilité des débuts de l’ordre.
- D’autres lectures y voient la fraternité des Templiers ou la dualité entre leur vie religieuse et leur fonction militaire.
- La légende Sigillum Militum Xpisti signifie « sceau des soldats du Christ ».
- Le motif est attesté au moins à partir du XIIe siècle et apparaît encore sur des sceaux du XIIIe siècle.
Les Templiers, un ordre légendaire
L’ordre des Templiers est un ordre religieux militaire devenu l’un des plus célèbres du Moyen Âge.
Fondé vers 1119-1120, il est d’abord associé à la protection des pèlerins chrétiens en Terre Sainte, avant de devenir une force militaire importante des États latins d’Orient. L’ordre est finalement supprimé en 1312 par le pape Clément V.
Les Templiers combinaient deux statuts qui peuvent aujourd’hui sembler contradictoires : celui du religieux soumis à une règle et celui du combattant à cheval.
C’est précisément cette association entre le moine et le guerrier qui a largement contribué à construire leur image dans l’histoire et, plus tard, dans la légende.
Illustration historique représentant des chevaliers du Temple. Crédit image British Library (aucune restriction de copyright connue).
Cette dualité entre monde religieux et monde militaire permet de mieux comprendre pourquoi les symboles des Templiers continuent d’être autant commentés aujourd’hui.
Pour rester dans l’univers de la chevalerie médiévale, on peut aussi découvrir Götz von Berlichingen, le célèbre chevalier à la main de fer, personnage bien plus tardif mais tout aussi étonnant dans l’histoire de la chevalerie européenne.
L’énigme du sceau des Templiers
L’un des symboles les plus énigmatiques de l’ordre était son sceau montrant deux chevaliers chevauchant un seul cheval.
Au Moyen Âge, un sceau servait à authentifier des chartes, des lettres et d’autres documents officiels. Il jouait en quelque sorte le rôle d’une signature institutionnelle.
L’ordre du Temple utilisait plusieurs types de sceaux selon les régions et les dignitaires, mais celui des deux cavaliers est devenu de loin le plus célèbre.
Le motif est attesté au moins à partir du XIIe siècle et apparaît encore sur des documents du XIIIe siècle. Les Archives nationales conservent notamment des empreintes liées aux grands maîtres de l’ordre.
Même si les images utilisées sur les sceaux pouvaient être simples, elles transmettaient aussi une identité visuelle forte. Le message de celui des Templiers reste sujet à interprétation, bien qu’il soit moins difficile à examiner que le mystérieux disque de Phaistos et ses signes toujours indéchiffrés.
Que signifie le sceau des Templiers avec deux chevaliers sur un même cheval ?
L’interprétation la plus populaire relie le cheval partagé à la pauvreté et à l’humilité des premiers Templiers.
Selon cette lecture traditionnelle, les deux frères partageant une monture rappelleraient les débuts modestes de l’ordre. Cette explication est ancienne et largement reprise, mais elle ne doit pas être présentée comme une certitude historique.
La règle templière autorisait en effet plusieurs chevaux par chevalier selon les circonstances, ce qui montre bien que les frères n’étaient pas réellement condamnés à voyager à deux sur la même monture.
Le sceau pourrait donc évoquer moins une réalité pratique qu’un idéal de dépouillement, de solidarité ou de fraternité.
Une autre interprétation voit dans les deux chevaliers la représentation symbolique de l’unité de l’ordre : deux hommes différents réunis sur une même monture, comme les frères d’une même communauté religieuse.
Moine et guerrier : une autre lecture possible
D’autres auteurs ont vu dans les deux cavaliers une représentation de la double identité du Templier.
Le premier chevalier symboliserait le combattant, tandis que le second représenterait le religieux. Le cheval unique unirait ainsi les deux facettes du même ordre : prière et guerre, discipline monastique et action militaire.
Cette lecture fonctionne bien symboliquement, mais elle reste elle aussi une interprétation moderne. Aucun texte templier connu ne dit explicitement : « les deux cavaliers représentent le moine et le guerrier ».
C’est précisément cette absence d’explication contemporaine définitive qui entretient le mystère.
Une autre interprétation établit un lien avec l’Évangile selon Matthieu. Selon cette lecture, l’un des deux personnages représenterait un chevalier du Temple et l’autre le Christ lui-même.
Elle s’appuie sur le passage de Matthieu 18:20, dans lequel Jésus affirme être présent lorsque plusieurs personnes sont réunies en son nom. Les deux figures partageant le même cheval pourraient ainsi symboliser la présence permanente du Christ auprès des Templiers réunis en son nom.
Cette interprétation est séduisante sur le plan religieux, mais elle reste elle aussi hypothétique : aucune source templière médiévale connue n’explique explicitement le sceau de cette manière.
Et l’hypothèse liée à l’homosexualité ?
Des lectures beaucoup plus tardives ont parfois rapproché les deux hommes sur un cheval des accusations sexuelles portées contre les Templiers lors de leur procès au début du XIVe siècle.
Il faut cependant bien distinguer les deux sujets.
Les accusations d’actes homosexuels font partie des chefs d’accusation utilisés contre l’ordre au moment de sa chute. Cela ne constitue en rien une preuve que le sceau, utilisé bien avant ces procès, ait été conçu comme un symbole sexuel.
Autrement dit, cette interprétation appartient surtout à l’histoire ultérieure du mythe templier, pas à une signification démontrée du sceau.
Que signifie « Sigillum Militum Xpisti » ?
L’inscription du sceau ajoute une autre couche d’intrigue.
On trouve notamment la formule :
Sigillum Militum Xpisti
que l’on peut traduire par :
« Sceau des soldats du Christ ».
Le terme `Xpisti` peut sembler étrange au premier regard. Il s’agit d’une graphie médiévale de Christi utilisant les lettres grecques ΧΡ, chi et rhô, qui forment depuis l’Antiquité tardive un monogramme du Christ.
Il ne s’agit donc pas simplement de remplacer un mot latin par un mot grec : la phrase reste latine, mais le nom du Christ est abrégé avec un ancien signe chrétien.
Les légendes varient d’ailleurs selon les sceaux et les époques. Le sceau associé à Renaud de Vichiers au XIIIe siècle porte bien la formule `SIGILLUM MILITUM XPISTI`, tandis que d’autres empreintes présentent des variantes.
Imitation moderne du sceau attribué à Renaud de Vichiers, avec les deux cavaliers et l’inscription « Sigillum Militum Xpisti ». Crédit photo Lisa Brundle / Portable Antiquities Scheme (CC BY 2.0).
Certains auteurs rapprochent également l’utilisation des lettres grecques XP, le chi-rhô, de l’ancienne symbolique chrétienne associée à l’empereur Constantin.
Le monogramme ΧΡ était utilisé par les chrétiens bien avant les Templiers, mais il a acquis une célébrité particulière à partir du IVe siècle. La tradition rapporte que Constantin aurait eu une vision d’un signe chrétien avant la bataille du pont Milvius, en 312. Sa victoire fut ensuite suivie d’un changement majeur de la politique impériale envers les chrétiens.
Certains commentateurs ont donc suggéré que l’emploi de `XPISTI` plutôt que d’une graphie entièrement latine de Christi pouvait rappeler cette ancienne association entre le chi-rhô, le christianisme et la victoire militaire. Le rapprochement convient assez bien à un ordre de moines-soldats, mais rien ne permet d’affirmer que les Templiers avaient précisément Constantin en tête lorsqu’ils ont utilisé cette graphie.
Il s’agit donc d’une interprétation intéressante, mais nettement plus spéculative que la simple lecture de `XPISTI` comme abréviation chrétienne traditionnelle de Christi.
La vision de Constantin avant la bataille du pont Milvius, telle qu’imaginée par l’École de Raphaël au XVIe siècle. Crédit image École de Raphaël (domaine public).
Un symbole utilisé pendant plusieurs générations de Templiers
Le motif des deux cavaliers n’appartient pas à un seul grand maître.
Il est attesté sur plusieurs sceaux templiers entre le XIIe et le XIIIe siècle et a donc été suffisamment important pour être repris pendant plusieurs générations.
Les Archives nationales conservent notamment un moulage du sceau aux deux cavaliers daté de 1259 ainsi qu’un sceau du grand maître datant de 1255. Ces matrices faisaient partie du système officiel d’authentification de l’ordre.
Il existait cependant d’autres sceaux templiers : Agnus Dei, chevalier seul, représentations religieuses ou motifs propres à certaines provinces. Le célèbre sceau aux deux hommes sur une monture n’était donc pas l’unique « logo » des Templiers.
Cette diversité explique pourquoi les expressions modernes comme « blason templier » ou « logo des Templiers » sont pratiques pour chercher des images, mais historiquement un peu simplificatrices.
Une image médiévale montre aussi deux Templiers sur un cheval
Le motif ne se limite pas aux empreintes de cire.
Une enluminure du XIIIe siècle réalisée par le chroniqueur anglais Matthew Paris montre également deux chevaliers templiers montés sur la même monture. Le manuscrit est conservé à la British Library.
Deux chevaliers templiers sur le même cheval dans une illustration de Matthew Paris datant du XIIIe siècle. Source British Library, Royal MS 14 C VII, œuvre de Matthew Paris (domaine public).
C’est une image particulièrement intéressante car elle montre que le motif était suffisamment identifiable au XIIIe siècle pour être repris dans un manuscrit historique.
Pourquoi ce symbole est-il devenu si mystérieux ?
La signification exacte du sceau reste inconnue, mais il ne fait aucun doute qu’il a acquis une force symbolique considérable.
Pour certains, il évoque la pauvreté des premiers frères. Pour d’autres, la fraternité ou la fusion entre moine et guerrier. Les lectures ésotériques ou scandaleuses sont beaucoup plus tardives et doivent être distinguées de ce que l’on sait réellement du fonctionnement de l’ordre.
La disparition brutale des Templiers au début du XIVe siècle a largement amplifié cette tendance. Plus les sources directes manquent, plus les symboles deviennent disponibles pour toutes sortes de lectures.
C’est un mécanisme que l’on retrouve avec d’autres objets historiques dont le sens reste incertain, comme le Codex Rohonc et son écriture toujours mystérieuse.
Et si l’on veut prolonger cette plongée dans l’imaginaire visuel médiéval, les étranges créatures représentées dans les peintures et manuscrits du Moyen Âge montrent à quel point les images de cette époque pouvaient mêler observation, symbolisme religieux, humour et imagination.
Sources pour aller plus loin
- European Templar Route — les sceaux de l’ordre du Temple
- World History Encyclopedia — Seal of the Knights Templar
- British Library / Wikimedia Commons — enluminure de Matthew Paris représentant deux Templiers
- Wikimedia Commons — reproduction du sceau des Templiers





