Avec ses pétales orange flamboyant, ses touches de bleu électrique et sa silhouette évoquant une tête d’oiseau coiffée de plumes, l’oiseau de paradis est l’une des fleurs les plus étonnantes du monde végétal. À première vue, on pourrait presque croire qu’un petit oiseau tropical s’est posé sur une longue tige verte.
Mais cette fleur originaire d’Afrique du Sud, dont le nom scientifique est Strelitzia reginae, cache une particularité encore plus surprenante que son apparence. Sa structure fonctionne comme un petit mécanisme articulé, capable de déposer du pollen sur les oiseaux qui viennent se nourrir de son nectar.
Une fleur oiseau de paradis (Strelitzia reginae). Crédit photo John K Thorne (domaine public).
À retenir
- L’oiseau de paradis est une plante vivace originaire d’Afrique du Sud, appelée Strelitzia reginae.
- Sa fleur possède trois tépales orange et trois tépales bleus dont la disposition évoque une tête d’oiseau.
- Son mécanisme de pollinisation permet de déposer du pollen sur les oiseaux qui se posent sur la fleur pour boire son nectar.
- Introduite en Grande-Bretagne en 1773, la plante doit son nom à la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz.
Une fleur qui ressemble étonnamment à un oiseau
Ce qui rend le Strelitzia si reconnaissable, c’est son inflorescence presque horizontale, portée au sommet d’une longue tige. Une grande bractée rigide, verte et parfois teintée de rose ou de pourpre, forme une sorte de bec pointu d’où émergent successivement plusieurs fleurs.
Chacune possède trois tépales orange dressés et trois tépales bleus, dont deux sont réunis en une structure allongée rappelant une pointe de flèche. L’ensemble évoque une tête d’oiseau exotique, avec son bec et sa huppe colorée.
Le résultat est particulièrement saisissant de profil. Cette ressemblance lui a valu son nom commun de fleur oiseau de paradis, mais aussi celui de fleur grue dans les pays anglophones.
Il ne s’agit pourtant pas d’une plante qui aurait évolué pour imiter volontairement un oiseau. Notre cerveau reconnaît simplement une silhouette familière dans l’agencement de ses pièces florales, un phénomène appelé paréidolie.
Le Strelitzia rejoint ainsi les nombreuses fleurs qui ressemblent à des animaux ou à des personnages. Parmi elles figurent notamment l’orchidée canard volant d’Australie et l’orchidée colombe, dont le cœur semble abriter un petit oiseau blanc.
Les tépales orange et bleus du Strelitzia reginae et la bractée rigide d’où émergent les fleurs. Crédit photo Sir Shurf (CC BY-SA 4.0).
Une fleur qui utilise les oiseaux pour transporter son pollen
Derrière cette silhouette spectaculaire se cache un dispositif de pollinisation particulièrement ingénieux. Dans son environnement naturel, le Strelitzia attire des oiseaux nectarivores qui viennent chercher la nourriture sucrée produite à la base de ses fleurs.
Pour atteindre le nectar, l’oiseau peut se poser sur les deux tépales bleus réunis en forme de pointe de flèche. Sous son poids, cette structure s’écarte et expose les anthères, les organes qui produisent le pollen.
Le pollen se dépose alors sur les pattes ou la poitrine de l’oiseau. Lorsque celui-ci visite une autre fleur, il peut en transporter une partie jusqu’au stigmate, permettant la pollinisation.
La fleur dispose ainsi d’une sorte de plateforme mobile : un petit mécanisme végétal qui fonctionne sans engrenages ni ressorts métalliques, uniquement grâce à la souplesse et à la disposition de ses tissus.
La forme du Strelitzia n’a donc pas pour fonction de tromper les oiseaux en leur faisant croire qu’ils rencontrent l’un de leurs congénères. Elle est avant tout liée à leur manière de se poser et de récolter le nectar.
Les relations entre fleurs et oiseaux peuvent prendre des formes très différentes. En Amérique du Sud, la pantoufle de Darwin, Calceolaria uniflora, possède elle aussi une relation particulière avec des oiseaux qui participent à sa pollinisation.
La fleur d’oiseau de paradis (Strelitzia reginae), dont les couleurs orange et bleu évoquent la tête d’un oiseau exotique. Crédit photo David J. Stang (CC BY-SA 4.0).
Des graines ornées de surprenantes excroissances orange
Une fois la fécondation réalisée, le Strelitzia peut produire un fruit prenant la forme d’une capsule coriace.
À l’intérieur se trouvent plusieurs graines sombres accompagnées d’une excroissance charnue orange appelée arille. Ce contraste entre le noir des graines et l’orange vif des arilles est presque aussi étonnant que les couleurs de la fleur elle-même.
Ces structures peuvent contribuer à attirer des oiseaux susceptibles de participer à la dispersion des graines. Les jardins botaniques de Kew évoquent cette possibilité, sans la présenter comme un mécanisme entièrement établi pour l’espèce.
La reproduction par graines reste toutefois difficile à obtenir en culture lorsque les pollinisateurs adaptés sont absents. C’est notamment pourquoi les horticulteurs multiplient fréquemment les Strelitzia par division des touffes.
Des fleurs oiseaux de paradis (Strelitzia reginae) dans le jardin botanique national de Kirstenbosch, au Cap, en Afrique du Sud. Crédit photo Brent Newhall (CC BY 2.0).
Une plante sud-africaine devenue célèbre grâce à une reine
Le Strelitzia reginae pousse naturellement en Afrique du Sud, depuis la région du Cap jusqu’au KwaZulu-Natal. On le rencontre notamment dans des zones de végétation arbustive et près de certains cours d’eau.
Cette plante vivace possède de grandes feuilles ovales, portées par de longs pétioles, qui rappellent celles des bananiers. Elle forme des touffes issues d’un rhizome souterrain et peut atteindre environ 1,20 m de hauteur.
Son histoire européenne remonte au XVIIIe siècle. En 1773, le botaniste Francis Masson l’introduit en Grande-Bretagne dans les collections des jardins botaniques royaux de Kew, près de Londres.
Sir Joseph Banks lui donne le nom de Strelitzia en hommage à Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, épouse du roi George III. Le terme reginae signifie quant à lui « de la reine » en latin.
L’oiseau de paradis possède ainsi un nom scientifique doublement royal, même si son apparence exotique lui a finalement assuré une célébrité bien plus grande que son histoire aristocratique.
Un Strelitzia reginae photographié en Afrique du Sud, son pays d’origine. Crédit photo Rosemary Harrison (CC BY-SA 4.0).
Peut-on cultiver la fleur oiseau de paradis en France ?
Malgré son apparence très tropicale, le Strelitzia reginae peut être cultivé en France, notamment dans les régions aux hivers doux. Il apprécie les emplacements lumineux et ensoleillés, les sols bien drainés et les températures relativement clémentes.
Sur le littoral méditerranéen, il peut être planté en pleine terre lorsque les conditions locales sont favorables et qu’il bénéficie d’une protection contre le froid.
Ailleurs, la culture en pot est généralement préférable. Elle permet de rentrer la plante pendant l’hiver dans une véranda ou une pièce très lumineuse, à l’abri du gel. Les jardins botaniques de Kew recommandent une température minimale d’environ 10 °C pour sa culture en conditions protégées.
Le Strelitzia peut demander plusieurs années avant de produire ses premières fleurs. Une fois installé, il offre néanmoins une floraison spectaculaire, chaque bractée pouvant donner naissance à plusieurs fleurs successives.
Il existe également d’autres espèces de Strelitzia, notamment Strelitzia nicolai, beaucoup plus imposant, qui peut atteindre plusieurs mètres de hauteur et produit des fleurs blanches et bleues.
Avec ses couleurs éclatantes et son ingénieux mécanisme de pollinisation, la fleur oiseau de paradis montre que la nature n’a pas besoin de plumes pour inventer une silhouette d’oiseau.
Une fleur oiseau de paradis (Strelitzia reginae). Crédit photo Justin Ennis (CC BY 2.0).
Sources pour aller plus loin
- Royal Botanic Gardens, Kew — Strelitzia reginae : description botanique, origine, histoire et reproduction
- Royal Botanic Gardens, Kew — Le mécanisme de pollinisation de la fleur oiseau de paradis
- North Carolina State University — Strelitzia reginae : caractéristiques et conseils de culture
- Royal Botanic Gardens, Kew — L’histoire du Strelitzia et les illustrations botaniques de Franz Bauer






