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Les pétroglyphes de Konkan : de mystérieuses gravures préhistoriques en Inde

Dans l’État du Maharashtra, dans l’ouest de l’Inde, d’immenses gravures rupestres vieilles de plusieurs milliers d’années ont été découvertes sur les plateaux rocheux de la région de Konkan. Certaines représentent des animaux gigantesques, notamment un éléphant de plusieurs mètres de long, tandis que d’autres dessinent des silhouettes humaines ou d’étranges formes géométriques. Ces œuvres, appelées pétroglyphes de Konkan, pourraient témoigner d’une tradition artistique remontant à quelque 12 000 ans.

Longtemps dissimulées sous des couches de terre, de boue et de végétation, nombre de ces gravures ont été redécouvertes à partir de 2012, grâce notamment au travail de passionnés et de chercheurs locaux. Leur origine soulève encore de nombreuses questions : qui a réalisé ces figures monumentales, à quelle époque et dans quel but ?

Immense pétroglyphe représentant un éléphant gravé dans la roche de Konkan en Inde
Une immense figure d’éléphant gravée sur un plateau rocheux de Konkan, photographiée par les explorateurs locaux. La photographie indique des dimensions de 14,5 mètres sur 12 mètres. Crédit photo Sudhir Risbud (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Les pétroglyphes de Konkan sont des gravures préhistoriques réalisées directement dans la roche, principalement sur des plateaux de latérite de l’ouest de l’Inde.
  • Leur tradition artistique pourrait remonter à environ 12 000 ans, mais toutes les figures ne sont pas précisément datées.
  • Ils représentent des éléphants, des rhinocéros, des tigres, des poissons, des oiseaux, des personnages humains et des motifs géométriques.
  • Les chercheurs envisagent notamment l’intervention de communautés de chasseurs-cueilleurs, sans pouvoir identifier avec certitude tous les auteurs.
  • Plusieurs ensembles figurent depuis 2022 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La découverte des pétroglyphes de Konkan en Inde

Les pétroglyphes de Konkan sont répartis sur de nombreux plateaux rocheux longeant la côte occidentale de l’Inde, principalement dans les districts de Ratnagiri et de Sindhudurg, au Maharashtra. D’autres ensembles sont également connus dans l’État voisin de Goa.

Si certaines gravures étaient connues des populations locales, leur importance archéologique a commencé à être mieux comprise au cours des années 2010. À partir de 2012, les campagnes de prospection ont progressivement révélé un ensemble d’une ampleur inattendue.

Plus de 1 500 figures réparties sur quelque 70 sites avaient été signalées dans les premiers inventaires largement relayés par la presse. Ces chiffres historiques doivent toutefois être distingués des inventaires scientifiques et des périmètres retenus pour la candidature au patrimoine mondial.

Le dossier présenté à l’UNESCO en 2022 décrit notamment plus de 600 figures dans neuf ensembles particulièrement remarquables, parmi lesquels Kasheli, Barsu, Rundhetali, Ukshi, Devi Hasol et Pansaymol.

Gravure rupestre ancienne sur le plateau de Barsu, dans la région de Konkan au Maharashtra en Inde


Une gravure rupestre du site de Barsu, l’un des principaux ensembles de pétroglyphes de Konkan. Crédit photo आर्या जोशी (CC BY-SA 4.0).

Quels animaux représentent les pétroglyphes de Konkan ?

Les gravures représentent aussi bien des animaux terrestres que des créatures marines : éléphants, tigres, rhinocéros, singes, sangliers, poissons, requins, raies ou encore oiseaux. Certaines espèces représentées ne vivent plus aujourd’hui dans cette région.

On y trouve également des figures humaines, des cercles, des spirales et des compositions géométriques dont la signification reste difficile à interpréter.

L’une des créations les plus remarquables se trouve à Kasheli, où un immense éléphant contient lui-même quelque 70 à 80 petites représentations animales, selon la documentation officielle transmise à l’UNESCO.

Des animaux aquatiques et terrestres sont ainsi gravés à l’intérieur de sa silhouette, comme si toute une partie du monde vivant avait été réunie dans le corps d’un seul éléphant.

Le dossier UNESCO indique pour cette composition une emprise d’environ 18 mètres sur 13 mètres, tandis qu’une photographie historique de Sudhir Risbud mentionne 14,5 mètres sur 12 mètres. Ces mesures différentes peuvent correspondre à des relevés ou à des périmètres distincts de la composition.

À Barsu, une autre gravure particulièrement étonnante représente un personnage humain encadré par deux tigres. L’ensemble occupe environ 17,5 mètres sur 4,5 mètres, et la silhouette humaine atteint près de 4 mètres de hauteur.

Les scènes animales dominent donc largement l’ensemble, même si les figures abstraites et humaines témoignent d’une iconographie plus complexe.

Contrairement aux gravures rupestres de Toro Muerto au Pérou, dont certains motifs sont interprétés comme des représentations de danse et de musique, les pétroglyphes de Konkan sont surtout connus pour leur bestiaire monumental et leurs compositions géométriques.

Qui a réalisé ces gravures préhistoriques il y a des milliers d’années ?

C’est l’une des grandes énigmes des pétroglyphes de Konkan.

Les premières interprétations ont attribué ces œuvres à des communautés préhistoriques de chasseurs-cueilleurs, notamment en raison de l’abondance des représentations animales et de l’absence apparente de scènes agricoles dans les principaux ensembles anciens.

Dans un reportage publié en 2018 par la BBC, Tejas Garge, alors responsable du département d’archéologie du Maharashtra, évoquait une origine remontant approximativement à 10 000 avant notre ère. Il soulignait que les figures représentaient des animaux terrestres et marins, mais pas d’activités agricoles.

Cette interprétation suggérait des populations dont les ressources dépendaient largement de la chasse et de la collecte.

Il faut cependant rester prudent : l’absence de représentations agricoles ne prouve pas qu’une population ignorait l’agriculture. Les gravures pouvaient avoir des fonctions symboliques, rituelles ou artistiques sans représenter toutes les activités de la vie quotidienne.

Comme pour les peintures rupestres de la grotte des nageurs du Sahara, ces représentations anciennes peuvent fournir de précieux indices sur les populations préhistoriques, leur environnement et leur manière de représenter le monde. Leur interprétation exige toutefois de distinguer ce qui est réellement visible des hypothèses formulées par les chercheurs.

La chronologie constitue une autre difficulté. Les figures n’ont pas toutes été datées directement et rien n’impose de considérer qu’elles ont été réalisées à une seule époque.

Le dossier de candidature à l’UNESCO envisage une tradition de gravure s’étendant du Mésolithique jusqu’aux premières périodes historiques, soit potentiellement plusieurs millénaires.

Parler d’une civilisation inconnue est donc une simplification. Les auteurs de certaines gravures restent effectivement mal identifiés, mais cela ne démontre pas l’existence d’une civilisation distincte dont les archéologues auraient entièrement perdu la trace.

Comment les pétroglyphes de Konkan ont-ils été gravés dans la roche ?

La plupart de ces grandes figures ont été réalisées à même les plateaux de latérite, une roche riche en fer, fréquente dans les régions tropicales soumises à une forte altération des sols.

Les graveurs ont utilisé différentes techniques : incision de contours, enlèvement de matière et creusement de certaines surfaces pour faire apparaître des formes en relief.

Les œuvres les plus imposantes ne sont donc pas de simples dessins superficiels. Certaines compositions ont nécessité un travail considérable pour créer des lignes continues, respecter des proportions et organiser les différents motifs sur plusieurs mètres.

Pétroglyphe de Rundhetali en Inde, grande composition géométrique gravée dans un plateau rocheux
Une composition rupestre du site de Rundhetali, remarquable par ses formes géométriques. Crédit photo Rutwij Apte (CC BY-SA 4.0).

Le site de Rundhetali illustre particulièrement bien cette maîtrise technique. Une grande composition abstraite y présente des formes circulaires, des projections symétriques et des motifs imbriqués.

Certaines parties ont été creusées sur plusieurs centimètres de profondeur. Le résultat témoigne d’une véritable préparation de l’espace et d’une connaissance des propriétés de la roche.

Des outils préhistoriques en quartz et en quartzite ont également été retrouvés à proximité de certaines gravures, notamment à Kasheli. Leur présence confirme une activité humaine ancienne, sans démontrer qu’ils ont nécessairement servi à exécuter les figures.

Des recherches archéologiques qui continuent de révéler leurs secrets

Les pétroglyphes de Konkan sont loin d’avoir livré toutes leurs informations.

Au-delà de leur âge et de l’identité de leurs auteurs, les chercheurs s’interrogent sur le choix des emplacements, l’orientation des figures et leurs éventuelles significations symboliques.

Une étude scientifique publiée en 2024 dans la revue L’Anthropologie s’est notamment intéressée au contexte géospatial du géoglyphe d’Ukshi.

Les chercheurs ont étudié l’orientation de cette grande figure d’éléphant et envisagé un rapport avec le nord magnétique. Cette hypothèse soulève des questions sur la manière dont les anciens habitants appréhendaient l’espace, mais elle ne constitue pas une preuve définitive de connaissances magnétiques élaborées.

L’étude des autres sites pourrait également permettre de mieux comprendre pourquoi certaines gravures sont essentiellement animales, tandis que d’autres privilégient des motifs géométriques.

Autre gravure rupestre préhistorique sur le plateau de Barsu dans la région de Konkan en Inde


Une autre gravure du plateau de Barsu, dans le Maharashtra, témoin de la diversité de l’art rupestre de Konkan. Crédit photo आर्या जोशी (CC BY-SA 4.0).

Ces découvertes rappellent que les grandes figures gravées au sol ne se limitent pas aux célèbres lignes de Nazca, au Pérou.

D’autres ensembles continuent d’être identifiés grâce aux nouvelles méthodes de prospection, comme les 303 nouveaux géoglyphes de Nazca découverts avec l’aide de l’intelligence artificielle.

À Konkan, les recherches s’appuient aussi sur la connaissance du terrain des habitants et des passionnés locaux, dont le rôle a été déterminant dans le repérage des gravures.

Les pétroglyphes de Konkan sont-ils classés au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Les pétroglyphes de Konkan figurent depuis le 17 février 2022 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, sous l’intitulé officiel Geoglyphs of Konkan Region of India.

Il s’agit d’une étape préparatoire à une éventuelle inscription, et non d’un classement définitif au patrimoine mondial.

La candidature concerne plusieurs ensembles situés dans les États du Maharashtra et de Goa. L’UNESCO souligne notamment la richesse de leurs représentations animales, la diversité des motifs et l’évolution des techniques de gravure.

Leur valeur tient également au fait qu’ils constituent de rares témoignages matériels des occupations préhistoriques de cette région littorale.

L’État du Maharashtra avait annoncé, lors des premières grandes campagnes de recherche, une enveloppe de 240 millions de roupies pour documenter et étudier plusieurs centaines de gravures. Il s’agit d’une annonce historique, qui ne doit pas être confondue avec un budget actuellement disponible.

La protection de ce patrimoine représente un enjeu majeur.

Les plateaux où se trouvent les gravures peuvent être menacés par les travaux routiers, l’exploitation de carrières, certaines activités agricoles, l’érosion et les dégradations causées par des visiteurs peu précautionneux.

Les spécialistes et les associations locales recommandent notamment de ne jamais nettoyer, gratter, mouiller volontairement ou marquer les gravures. Même un geste destiné à mieux faire apparaître les motifs peut endommager une surface ancienne.

Un témoignage exceptionnel des premières populations de l’Inde

Avec leurs éléphants gigantesques, leurs animaux marins et leurs compositions géométriques, les pétroglyphes de Konkan offrent un aperçu rare des représentations du monde élaborées par les populations anciennes de l’ouest de l’Inde.

Les chercheurs ne savent pas encore précisément qui a réalisé chaque ensemble, ni pourquoi certains motifs ont été choisis. Mais ces incertitudes n’enlèvent rien à leur importance : elles montrent au contraire tout ce qu’il reste à découvrir sur l’histoire préhistorique de la région.

Et lorsque l’on songe aux dimensions de certaines de ces gravures, une question demeure : comment leurs auteurs imaginaient-ils l’ensemble de leurs compositions alors qu’ils travaillaient directement au niveau du sol, sans pouvoir les contempler depuis le ciel ?

Sources pour aller plus loin

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