Au milieu de l’immense Salar de Arizaro, dans la province de Salta en Argentine, une masse sombre semble avoir été posée sur le désert de sel avec une règle et un compas. Le Cono de Arita se dresse presque seul dans la Puna, à environ 75 kilomètres de Tolar Grande, avec une silhouette si régulière qu’elle évoque immédiatement une pyramide construite par l’homme.
Cette apparence a nourri quantité d’histoires sur son origine. La plus répandue en faisait même un petit volcan qui aurait tenté d’entrer en éruption sans jamais y parvenir. La réalité géologique est différente et plutôt plus intéressante : le Cono de Arita est un relief résiduel sculpté par l’érosion dans des roches volcaniques anciennes. Le « mystère » tient donc moins à un volcan capricieux qu’à la manière dont l’érosion a laissé cette étonnante butte isolée au milieu du salar.
Le Cono de Arita isolé au milieu du Salar de Arizaro, dans la province de Salta. Crédit photo Ben Stubbs (CC BY 2.0).
À retenir
- Le Cono de Arita se trouve dans le Salar de Arizaro, dans la province de Salta, au nord-ouest de l’Argentine.
- Il est situé à environ 75 km de Tolar Grande, dans la haute Puna argentine.
- Contrairement à une explication très répandue, il ne s’agit pas d’un « volcan qui n’a pas réussi à entrer en éruption ».
- Les données géologiques le décrivent comme un relief résiduel formé par l’érosion, ou cerro testigo.
- Ses roches sont bien d’origine volcanique et datent du Miocène inférieur.
- Les sources touristiques officielles annoncent une hauteur d’environ 200 mètres, mais d’autres valeurs ont été publiées.
- Le Cono de Arita est considéré comme un lieu sacré par les habitants de la région.
Où se trouve le Cono de Arita ?
Le Cono de Arita se situe à l’extrémité sud-ouest du Salar de Arizaro, dans le département de Los Andes, province de Salta.
Ses coordonnées sont approximativement :
25°01′05″ S, 67°43′44″ O
soit :
-25.0181, -67.7289. Voici sa position sur Google Maps:
Nous sommes ici dans la Puna argentine, à environ 3 500 mètres d’altitude, dans un paysage sec, froid, très venteux et presque dépourvu d’arbres.
Le village de Tolar Grande constitue la principale base pour explorer la région. Le portail touristique officiel argentin situe le Cono de Arita à environ 75 km du village.
Le Cono de Arita se détache sur l’immensité du Salar de Arizaro. Crédit photo Ben Stubbs (CC BY 2.0).
Le Cono de Arita n’est pas un volcan qui a raté son éruption
Cette histoire a été répétée pendant des années : le Cono de Arita serait un petit volcan qui n’aurait jamais eu assez de force pour percer la croûte terrestre, former un cratère et expulser sa lave.
Le problème est simple : ce n’est pas ce que montre la géologie du site.
Une étude publiée par l’Asociación Geológica Argentina en s’appuyant sur la carte géologique officielle de la région décrit le Cono de Arita comme un « cerro testigo ».
En français, on parlerait d’une butte-témoin ou d’un relief résiduel : les matériaux qui entouraient autrefois cette masse rocheuse ont progressivement disparu sous l’effet de l’érosion, tandis qu’une partie plus résistante est restée debout.
Autrement dit, le cône n’est pas sorti du sol sous sa forme actuelle.
C’est plutôt le paysage autour de lui qui a été progressivement raboté.
Des roches volcaniques, mais pas un petit volcan
La confusion n’est pourtant pas totalement sortie de nulle part.
Les roches du Cono de Arita sont bien d’origine volcanique.
La carte géologique de la région les rattache à des volcanites du Miocène inférieur. Les matériaux de la base et ceux de la partie supérieure ne sont d’ailleurs pas parfaitement identiques : le sommet comprend notamment des matériaux ignimbritiques plus récents.
C’est ce mélange entre « roches volcaniques » et « forme en cône » qui a probablement aidé l’histoire du volcan avorté à s’installer.
Mais un relief constitué de roches volcaniques n’est pas automatiquement un volcan.
Le Cono de Arita dans le Salar de Arizaro, avec sa silhouette particulièrement régulière. Crédit photo Ben Stubbs (CC BY 2.0).
Une pyramide presque parfaite… mais pas vraiment une pyramide
Vue de loin, la comparaison est irrésistible.
Le relief sombre semble former une pyramide ou un cône presque géométrique, posé sur la surface claire et pratiquement horizontale du salar.
C’est aussi ce qui a donné naissance aux expressions de « pyramide naturelle » ou de « cône naturel parfait ».
Les géologues apportent toutefois une petite correction à cette perfection : la pente du Cono de Arita s’adoucit lorsqu’elle atteint sa base. Géométriquement, il ne s’agit donc même pas d’un cône parfait au sens strict.
Cela n’enlève rien à l’effet visuel. De nombreux reliefs naturels prennent des formes étonnamment régulières lorsque l’érosion agit longtemps sur des matériaux aux résistances différentes.
Le phénomène rappelle cette montagne en forme de pyramide en Antarctique, elle aussi devenue beaucoup plus mystérieuse sur Internet qu’elle ne l’est pour les géologues.
Quelle est la hauteur du Cono de Arita ?
Même ce chiffre apparemment simple n’est pas aussi évident qu’il y paraît.
Les portails touristiques officiels argentins donnent généralement une hauteur d’environ :
200 mètres.
Mais d’autres publications ont annoncé 147 mètres, et d’autres valeurs circulent également.
L’étude de l’Asociación Geológica Argentina cite précisément ces divergences parmi les exemples montrant à quel point les informations sur le Cono de Arita ont été copiées et simplifiées au fil du temps.
Pour une présentation touristique, environ 200 mètres reste donc la valeur officielle la plus couramment utilisée. Mais mieux vaut ne pas la présenter comme une mesure géodésique incontestable au centimètre près.
La silhouette presque géométrique du Cono de Arita dans la Puna argentine. Photo sebadelval (CC0 1.0).
Le Salar de Arizaro, un immense désert de sel des Andes
Le décor autour du Cono de Arita contribue énormément à son apparence.
Le Salar de Arizaro couvre environ 1 600 à 1 700 km² dans les Andes argentines et se trouve à environ 3 475 mètres d’altitude.
Il s’agit de l’un des plus grands salars des Andes centrales.
Les dépôts de sel se sont accumulés dans un bassin fermé où l’eau chargée en minéraux s’évapore, laissant derrière elle des couches d’évaporites, notamment de l’halite.
La région possède également d’importantes ressources en fer, cuivre, bore, onyx et autres minéraux.
À cette altitude, l’air extrêmement sec, les vents puissants et la faible végétation donnent au paysage un aspect presque abstrait.
Le contraste entre l’immense surface claire et le cône sombre accentue encore la sensation que le Cono de Arita a été déposé là.
Le spectacle rappelle inévitablement le Salar de Uyuni en Bolivie, même si Arizaro est bien plus minéral et généralement dépourvu de l’immense miroir d’eau saisonnier qui a rendu Uyuni célèbre.
Le Cono de Arita au milieu des paysages arides de Salta, en Argentine. Crédit photo Rodolfo Pace (CC BY 2.0).
Pourquoi le Cono de Arita semble-t-il parfois flotter ?
Sur certaines photographies prises à grande distance, la base du relief semble disparaître et le cône paraît légèrement détaché du sol.
Il n’est évidemment pas en lévitation.
La surface extrêmement plate du salar, le manque de points de repère, la distance et les différences de température entre le sol et l’air peuvent modifier la perception du relief.
La partie inférieure peut alors devenir beaucoup moins lisible que la silhouette sombre située au-dessus.
Dans un paysage où il n’existe presque ni arbre, ni maison, ni autre objet permettant d’évaluer les distances, le cerveau doit se débrouiller avec assez peu d’indices. Le Cono de Arita en profite volontiers.
Un lieu sacré pour les habitants de la région
La tentation est forte d’ajouter une civilisation oubliée, quelques cérémonies pré-incas et une poignée de légendes à un paysage pareil.
L’existence d’un grand site cérémoniel pré-inca au Cono de Arita n’est toutefois pas suffisamment documentée pour être présentée comme un fait établi.
Ce qui est en revanche clairement indiqué par le portail touristique officiel argentin est que le Cono de Arita constitue aujourd’hui un lieu sacré pour les habitants de la région.
Cette dimension doit être respectée par les visiteurs.
Cela signifie notamment que le Cono de Arita n’est pas simplement une montagne à conquérir pour obtenir une photo depuis son sommet.
Dans la Puna, la relation aux montagnes et au paysage reste étroitement liée aux traditions andines, comme on le constate également avec les cérémonies autour de la Pachamama et des sommets sacrés de la région.
Les hauts plateaux abritent aussi quelques organismes capables de supporter des conditions extrêmes, dont la yareta, une plante andine capable de vivre pendant plusieurs milliers d’années.
Comment aller au Cono de Arita ?
Le Cono de Arita se trouve dans une région très isolée.
Tolar Grande est situé à près de 400 km de la ville de Salta par la route, et le Cono se trouve encore à environ 75 km du village.
La Ruta Natural présente clairement la région comme une destination destinée aux voyageurs recherchant une expérience d’expédition et recommande de la découvrir avec des guides locaux ou spécialisés.
Les excursions utilisent généralement des véhicules adaptés aux pistes de la Puna.
À environ 3 500 mètres d’altitude, il faut également tenir compte :
- de l’altitude et de l’acclimatation ;
- du froid nocturne ;
- des fortes variations de température ;
- du vent ;
- de l’ensoleillement intense ;
- de l’éloignement des services et points de ravitaillement.
Le portail touristique national conseille particulièrement les périodes allant de mars à avril et d’octobre à décembre.
Vidéo du Cono de Arita
Voici une petite vidéo aérienne découverte de cette étrange pyramide dans le Salar de Arizaro:
Une pyramide naturelle dont la vraie histoire était cachée sous les légendes
Le Cono de Arita n’a finalement pas besoin d’être un volcan raté, une pyramide construite par une civilisation disparue ou le décor préféré des visiteurs extraterrestres.
Sa véritable histoire est déjà assez étonnante.
Des roches volcaniques formées au Miocène ont résisté tandis que l’érosion éliminait progressivement une partie des matériaux qui les entouraient. Ce qui reste aujourd’hui est une butte-témoin à la silhouette remarquablement régulière, isolée au milieu d’un désert de sel gigantesque.
Et lorsque la géologie produit presque toute seule une pyramide sombre de plus d’une centaine de mètres au milieu d’une plaine blanche, elle peut très bien se passer d’un coup de pouce des OVNI.
Sources pour aller plus loin
- Asociación Geológica Argentina — José Sellés-Martínez, étude sur l’origine géologique du Cono de Arita et les erreurs de vulgarisation : https://geologica.org.ar/wp-content/uploads/2023/01/AGA_Boletin_Brackebuschiano_2022_8.pdf
- La Ruta Natural — Tolar Grande, Salar de Arizaro, Cono de Arita et informations de visite : https://www.larutanatural.gob.ar/es/imperdible/86/tolar-grande
- Visit Salta — informations touristiques officielles sur Tolar Grande et le Cono de Arita : https://visit.turismosalta.gov.ar/post/tolar-grande/
- NASA Earth Observatory — Salar de Arizaro et géomorphologie de la Puna : https://science.nasa.gov/earth/earth-observatory/salar-de-arizaro-83914/
- Andean Geology / CONICET — données récentes sur le Salar de Arizaro et son contexte volcanique : https://ri.conicet.gov.ar/bitstream/handle/11336/274767/CONICET_Digital_Nro.f5d4b4e8-09e7-4d81-b6c8-376f1edb77e4_B.pdf?isAllowed=y&sequence=2





