À Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, Long Term Parking ressemble à un embouteillage que l’on aurait coulé dans le béton pour l’éternité. Cette œuvre monumentale de l’artiste Arman, de son vrai nom Armand Pierre Fernandez, empile 59 voitures dans une tour de béton de près de 20 mètres de haut.
Créée en 1982, cette sculpture est l’une des accumulations les plus spectaculaires de l’artiste. Ici, la voiture n’est plus un symbole de liberté, de vitesse ou de départ en vacances : elle devient matière première, fossile industriel, relique de la société de consommation. Un parking longue durée, donc, mais vraiment très longue durée.
Crédit mayukonbu.
À retenir
Long Term Parking est une œuvre monumentale réalisée par Arman en 1982 au Domaine du Montcel, à Jouy-en-Josas. Elle mesure environ 19,5 mètres de haut et rassemble 59 carcasses de voitures prises dans 1600 tonnes de béton.
Arman, l’artiste des accumulations
Armand Pierre Fernandez, dit Arman, est né à Nice en 1928 et mort à New York en 2005. Peintre, sculpteur et plasticien, il est surtout connu pour ses accumulations, ces œuvres où il rassemble des objets manufacturés en grandes quantités : montres, instruments de musique, outils, déchets, voitures.
Son pseudonyme “Arman” vient d’une erreur d’impression en 1958 : son prénom Armand aurait été imprimé sans le “d”. Comme quoi, une coquille peut parfois faire carrière. Beaucoup de rédactions aimeraient pouvoir en dire autant.
Arman appartient au mouvement du Nouveau Réalisme, qui s’intéresse aux objets du quotidien, à la consommation, à la production industrielle et à la manière dont ces objets racontent leur époque. Avec Long Term Parking, il ne se contente pas de montrer des voitures : il les transforme en monument, presque en vestige archéologique du XXe siècle.
Crédit Alessandra Larissa Repetti.
Long Term Parking : 59 voitures dans 1600 tonnes de béton
Long Term Parking a été réalisé en 1982 dans le parc du Domaine du Montcel, à Jouy-en-Josas. L’œuvre mesure environ 19,5 mètres de haut pour un peu plus de 6 mètres de large et de profondeur. Elle est constituée de 59 voitures réelles, superposées puis emprisonnées dans 1600 tonnes de béton.
L’ensemble forme une sorte de colonne automobile, à mi-chemin entre le totem, le parking vertical et la coupe géologique d’un embouteillage. Les carcasses ont été prises dans le béton, puis partiellement dégagées, laissant apparaître les carrosseries, les roues, les calandres et les fragments de véhicules.
La fiche officielle de l’Arman Studio référence l’œuvre sous le numéro ARM 002613, avec la technique “accumulation”, une édition unique et des dimensions précises de 19500 × 6096 × 6096 mm.
Une accumulation de voitures, entre art et critique de la consommation
Chez Arman, l’accumulation n’est pas seulement un effet visuel. Elle transforme l’objet banal en masse, en série, en symptôme. Une voiture seule raconte un usage, un modèle, une époque. Cinquante-neuf voitures empilées dans du béton racontent autre chose : la production industrielle, l’encombrement, la consommation, puis l’abandon.
Long Term Parking est donc une œuvre très lisible : même sans connaître l’histoire de l’art, on comprend immédiatement qu’il y a là quelque chose de volontairement excessif. La voiture, objet mobile par excellence, est immobilisée pour toujours. Le parking devient tombeau. Le progrès technique finit en millefeuille de carrosseries.
Cette idée de transformer l’automobile en matière sculpturale réapparaît sous d’autres formes, comme dans les compressions de voitures par Ichwan Noor, où la carrosserie est réduite à une forme compacte, presque abstraite, comme si la voiture avait été avalée par son propre design.
Dans un registre plus insolite encore, 2tout2rien avait déjà présenté Elkhart Tooth Stone, un bloc de béton rempli de milliers de dents. Avec Long Term Parking, on reste dans le béton et l’accumulation, mais les molaires ont été remplacées par des automobiles. Question confort, ce n’est pas forcément mieux.
Crédit mayukonbu.
Pourquoi cette œuvre marque autant les visiteurs
Long Term Parking impressionne d’abord par sa taille. Ce n’est pas une sculpture que l’on regarde comme un objet posé sur un socle : c’est une masse, une tour, presque un bâtiment. Elle impose au visiteur une confrontation physique avec l’accumulation.
L’œuvre joue aussi sur un contraste très efficace. Les voitures évoquent la route, le mouvement, la vitesse, les trajets. Le béton, lui, évoque l’arrêt, la masse, l’immobilité. En les combinant, Arman crée une image absurde et très forte : des véhicules faits pour circuler, condamnés à ne plus jamais bouger.
Ce renversement fonctionne d’autant mieux que la voiture est un objet chargé d’imaginaire. On la voit comme une promesse de liberté, d’évasion, parfois de statut social. Dans Long Term Parking, elle devient un objet standardisé parmi d’autres, compressé par le nombre et la matière.
L’automobile, une fois sortie de la route, devient souvent un terrain de jeu pour les artistes. Benedetto Bufalino l’a démontré avec ses vieilles voitures transformées en piscines et autres fours à pizzas, où l’épave ne finit pas enterrée dans le béton, mais recyclée avec un humour nettement plus baignable.
Crédit photo French hobbit.
Où voir Long Term Parking ?
Long Term Parking se trouve au Domaine du Montcel, à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines. Le site est aujourd’hui associé au Dolce by Wyndham Versailles – Domaine du Montcel. Le domaine a notamment accueilli l’ancienne Fondation Cartier pour l’art contemporain, avant son installation à Paris.
L’œuvre est visible dans le parc du domaine. Comme l’accès peut dépendre des conditions du site et de son activité hôtelière ou événementielle, il est préférable de vérifier les informations pratiques avant de se déplacer. Rien de pire que de partir voir 59 voitures dans du béton et de rester soi-même coincé sur le parking.
Dans la grande famille des monuments automobiles improbables, Long Term Parking peut aussi dialoguer avec Carhenge, le Stonehenge de voitures du Nebraska, autre manière de transformer des véhicules en paysage sculptural. Chez Arman, les voitures montent en tour ; au Nebraska, elles prennent des airs de mégalithes motorisés.
Adresse : Domaine du Montcel, Jouy-en-Josas, Yvelines, France
Coordonnées approximatives : 48.7649, 2.1696
Œuvre : Long Term Parking
Artiste : Arman / Armand Pierre Fernandez
Date : 1982
Technique : accumulation de voitures dans du béton
Long Term Parking en vidéo
Voici une vidéo de Long Term Parking, l’accumulation de voitures dans le béton réalisée par Arman à Jouy-en-Josas.
Avec cette œuvre, Arman a figé l’automobile dans une sorte de coupe archéologique du XXe siècle. D’autres artistes préfèrent lui ajouter des pattes, comme avec cette Coccinelle transformée en araignée géante, preuve qu’une voiture peut finir sa vie de bien des façons : dans le béton, en sculpture monumentale, ou en insecte mécanique légèrement inquiétant.
Sources pour aller plus loin
• Arman Studio – Long Term Parking, ARM 002613
• Domaine du Montcel – Long Term Parking, 1982
• Ville de Jouy-en-Josas – Domaine du Montcel et Long Term Parking
• Wikipédia – Long Term Parking



