Les Piliers de la création sont parmi les paysages cosmiques les plus célèbres jamais photographiés. Ces immenses colonnes de gaz et de poussière se trouvent dans la nébuleuse de l’Aigle, également appelée M16, à environ 6 500 années-lumière de la Terre. Rendues célèbres par Hubble en 1995, elles ont été observées avec un niveau de détail spectaculaire par le télescope spatial James Webb.
Avec sa caméra proche infrarouge NIRCam, Webb traverse une partie de la poussière qui masque les étoiles en lumière visible. Les piliers deviennent plus translucides et des centaines de jeunes étoiles apparaissent autour d’eux. Mais ce n’est pas simplement une « meilleure photo » de Hubble : les deux télescopes observent des longueurs d’onde différentes et révèlent donc des aspects complémentaires de cette immense région où naissent des étoiles.
Les Piliers de la création photographiés en proche infrarouge par la caméra NIRCam du télescope spatial James Webb. Crédit NASA, ESA, CSA, STScI ; traitement de l’image Joseph DePasquale, Anton Koekemoer et Alyssa Pagan (STScI).
À retenir
- Les Piliers de la création se trouvent dans la nébuleuse de l’Aigle, ou M16, à environ 6 500 années-lumière de la Terre.
- Hubble les a rendus célèbres avec une image publiée en 1995.
- Le plus grand pilier mesure environ 4 années-lumière de haut.
- James Webb les observe dans l’infrarouge avec ses instruments NIRCam et MIRI.
- NIRCam révèle notamment de nombreuses jeunes étoiles cachées par la poussière en lumière visible.
- MIRI met davantage en évidence la poussière et la structure des piliers.
- En 2024, la NASA a publié une visualisation 3D combinant notamment les données de Hubble et Webb.
Que sont les Piliers de la création ?
Les Piliers de la création sont de gigantesques colonnes de gaz moléculaire froid et de poussière situées au cœur d’une vaste région de formation d’étoiles de la nébuleuse de l’Aigle.
Leur surnom vient précisément de cette activité : de nouvelles étoiles se forment à l’intérieur de ces nuages de matière.
Les étoiles jeunes et massives situées à proximité émettent un puissant rayonnement ultraviolet qui érode progressivement les colonnes. Ce phénomène de photoévaporation sculpte leurs contours et dévoile peu à peu des zones de gaz plus dense dans lesquelles certaines étoiles sont en train de naître.
Ce mélange de destruction et de création explique une bonne partie de l’aspect spectaculaire du paysage : les mêmes étoiles qui éclairent et érodent les piliers participent à révéler les régions où une nouvelle génération d’astres est en formation.
Un processus similaire de naissance stellaire peut être observé dans NGC 602, un jeune amas d’étoiles également étudié par James Webb, où gaz et poussière entourent de nombreux objets stellaires en formation.
James Webb révèle des étoiles cachées par la poussière
L’image obtenue avec NIRCam, la caméra proche infrarouge de James Webb, donne aux Piliers un aspect très différent de celui des photographies classiques de Hubble.
Le proche infrarouge traverse plus facilement certaines couches de poussière. Là où Hubble montre des colonnes très opaques, Webb permet donc de voir davantage d’étoiles situées derrière ou autour des piliers.
Les petits points rouge orangé particulièrement brillants correspondent notamment à des étoiles très jeunes ou encore en formation. Le but scientifique ne consiste pas seulement à produire une image spectaculaire : les astronomes peuvent utiliser ces observations pour mieux compter les jeunes étoiles et estimer la quantité de gaz et de poussière présente dans la région.
La version NIRCam officielle couvre une zone d’environ 8 années-lumière de large et la NASA propose le fichier complet en 8423 × 14589 pixels.
James Webb utilise la même capacité d’observation infrarouge sur des objets extrêmement différents, par exemple dans ses images détaillées de plusieurs galaxies en spirale.
Hubble et James Webb : deux visions très différentes
Comparer directement les deux télescopes permet de comprendre immédiatement leur complémentarité.
Hubble observe ici principalement en lumière visible : les colonnes apparaissent épaisses, sombres et fortement découpées sur le fond de la nébuleuse. Webb regarde dans le proche infrarouge : la poussière devient en partie translucide et le champ se remplit d’étoiles supplémentaires.
Comparaison des Piliers de la création observés par Hubble, à gauche, et par James Webb en proche infrarouge, à droite. Crédit NASA, ESA, CSA, STScI et Hubble Heritage Team ; traitement Webb Joseph DePasquale, Anton Koekemoer et Alyssa Pagan (STScI).
Il ne faut donc pas considérer Webb comme un simple appareil photo spatial plus puissant ayant remplacé Hubble. Chaque télescope apporte une information différente selon les longueurs d’onde qu’il observe.
Cette complémentarité se retrouve également dans d’autres observations, notamment celles de la galaxie de la Roue de chariot observée par James Webb et Hubble.
Avec MIRI, la poussière reprend le premier rôle
James Webb a aussi observé les Piliers avec MIRI, son instrument consacré à l’infrarouge moyen.
Et le résultat semble presque représenter un autre objet.
De nombreuses étoiles brillantes visibles avec NIRCam deviennent beaucoup plus discrètes tandis que les immenses masses de poussière prennent une importance considérable. Les piliers apparaissent dans des nuances de gris, de bleu et de brun, avec seulement quelques étoiles rouges visibles à l’intérieur.
Cette différence vient du fait que l’infrarouge moyen est particulièrement efficace pour étudier la poussière froide et certaines structures dissimulées dans les nuages interstellaires.
Les Piliers de la création observés en infrarouge moyen avec l’instrument MIRI de James Webb. Crédit NASA, ESA, CSA, STScI ; traitement Joseph DePasquale et Alyssa Pagan (STScI).
Quand NIRCam et MIRI sont réunis dans une seule image
Les équipes de James Webb ont également combiné les observations de NIRCam et MIRI.
Le résultat réunit en quelque sorte les deux lectures du paysage : les très nombreuses étoiles révélées par le proche infrarouge apparaissent au milieu d’une structure de gaz et de poussière beaucoup plus détaillée grâce à l’infrarouge moyen.
Les étoiles nouvellement formées ressortent notamment sous la forme de points orange lumineux situés à proximité des piliers.
Image composite des Piliers de la création combinant les observations NIRCam et MIRI de James Webb. Crédit NASA, ESA, CSA, STScI ; traitement Joseph DePasquale, Alyssa Pagan et Anton Koekemoer (STScI).
Cette image rappelle que les couleurs des photographies astronomiques ne correspondent pas nécessairement à ce que verrait directement l’œil humain. Les instruments enregistrent différentes bandes de longueurs d’onde auxquelles sont ensuite attribuées des couleurs afin de rendre les données visibles et comparables.
Le plus grand pilier mesure environ 4 années-lumière
Le manque de repères rend ces structures trompeuses. Elles ressemblent presque à des falaises photographiées depuis quelques kilomètres, alors que leurs dimensions se comptent en années-lumière.
Le plus grand des trois piliers emblématiques mesure environ 4 années-lumière de la base à son sommet. Une seule année-lumière correspond à environ 9 460 milliards de kilomètres.
Même en connaissant les chiffres, visualiser réellement cette échelle reste difficile. Cette comparaison de la taille des objets célestes permet justement de remettre en perspective les dimensions parfois absurdes des étoiles, nébuleuses et galaxies.
Une visualisation 3D des Piliers de la création
En juin 2024, la NASA et le Space Telescope Science Institute sont allés plus loin en publiant une visualisation tridimensionnelle des Piliers.
Réalisée à partir de résultats scientifiques et de données provenant notamment de Hubble et James Webb, elle permet de se déplacer virtuellement autour et à l’intérieur des structures.
Ce travail ne prétend évidemment pas avoir photographié les Piliers sous tous les angles. Il s’agit d’un modèle tridimensionnel construit à partir des observations disponibles afin de mieux représenter leur géométrie et de comparer ce que révèlent la lumière visible et l’infrarouge.
La visualisation montre notamment une protoétoile nichée au sommet du pilier central, des jets bipolaires provenant d’une étoile en formation et une jeune étoile située dans le grand pilier de gauche. La NASA la présente comme sa visualisation multi-longueurs d’onde la plus détaillée de cette région lors de sa publication en 2024.
Pourquoi les Piliers de la création sont-ils devenus si célèbres ?
Ils n’ont pas attendu James Webb pour devenir une icône de l’astronomie.
L’image prise le 1er avril 1995 avec la caméra WFPC2 de Hubble a transformé cette petite partie de M16 en l’une des photographies spatiales les plus reconnaissables au monde. Elle montrait avec un niveau de détail alors exceptionnel les colonnes sombres éclairées et progressivement érodées par le rayonnement des jeunes étoiles voisines.
Près de trois décennies plus tard, James Webb n’a pas remplacé cette image : il en a proposé une autre lecture.
Et c’est probablement ce qui rend les Piliers de la création si intéressants scientifiquement. Selon l’instrument et la longueur d’onde utilisés, un même paysage cosmique peut passer d’une muraille opaque de poussière à une véritable pépinière remplie d’étoiles.
Sources pour aller plus loin
- NASA — Pillars of Creation, image NIRCam de James Webb
- NASA — Pillars of Creation, image MIRI
- NASA — image composite NIRCam et MIRI
- NASA — image historique des Piliers de la création par Hubble en 1995
- NASA — visualisation 3D Hubble et James Webb des Piliers de la création





superbe !
la question est probablement stupide, mais je me demande pourquoi c’est suffisamment lourd pour créer une multitude d’étoiles sans s’écrouler sous sa propre masse pour créer un méga trou noir
en tout cas, c’est magnifique, tellement loin et tellement représentatif de l’immensité de l’univers
J’avoue que mes connaissances en physique et en astronomie ne me permettent pas de répondre. Mais, oui c’est magnifique et juste incroyable!