À quoi ressemblait Amsterdam juste avant 1900 ? Les rues étaient déjà très animées, les tramways hippomobiles traversaient la ville, les quais débordaient d’activité et les canaux structuraient autant la circulation que le paysage. Ces 28 photos anciennes d’Amsterdam, prises entre 1890 et 1899, offrent un voyage particulièrement concret dans la capitale néerlandaise de la fin du XIXe siècle.
Elles sont l’œuvre de Jacob Olie (1834-1905), photographe amateur qui a documenté avec une remarquable constance les rues, les habitants, les marchés, les chantiers et les nouveaux quartiers de la ville. Ses images montrent un Amsterdam autour de 1900 encore très différent de celui d’aujourd’hui, mais où de nombreux lieux restent parfaitement reconnaissables.
L’Utrechtsestraat à Amsterdam le 20 juin 1898. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
À retenir
- Les 28 photographies présentées ici ont été prises à Amsterdam entre 1890 et 1899.
- Elles sont l’œuvre du photographe amstellodamois Jacob Olie.
- Olie commence à photographier dès les années 1860 et reprend intensivement cette activité autour de 1890.
- Ses clichés documentent les canaux, les marchés, les rues, les tramways, les quartiers en construction et la vie quotidienne.
- La collection Jacob Olie conservée par le Stadsarchief Amsterdam compte plusieurs milliers de photographies.
Jacob Olie, le photographe de l’Amsterdam des années 1890
Jacob Olie commence probablement à photographier Amsterdam dès 1861. Il fabrique lui-même son premier appareil et utilise alors le procédé au collodion humide, qui impose de préparer puis de développer très rapidement les plaques de verre. Cette contrainte limite naturellement ses déplacements.
Après une longue interruption, il reprend la photographie autour de 1890. Les plaques sèches à la gélatine lui offrent alors beaucoup plus de liberté et il parcourt la ville avec son appareil.
Pendant les quinze dernières années de sa vie, il réalise plusieurs milliers de clichés d’Amsterdam.
Son intérêt ne se limite pas aux monuments. Olie photographie volontiers des enfants dans une ruelle, des ouvriers, des marchés, des tramways, des bateaux ou simplement une rue un jour ordinaire.
C’est ce regard qui donne aujourd’hui autant de valeur à ses images : elles montrent moins une Amsterdam de carte postale qu’une ville réellement habitée à la fin du XIXe siècle.
Les rues et les habitants d’Amsterdam avant 1900
Les rues photographiées par Jacob Olie témoignent d’une ville où les piétons, charrettes et tramways hippomobiles partagent encore l’espace. Les automobiles sont absentes de ces scènes et beaucoup de quartiers possèdent une physionomie très différente de celle d’aujourd’hui.
L’une des images les plus vivantes de la série montre des enfants dans l’étroite ruelle au nom étonnant de Gebed Zonder End, littéralement « prière sans fin ».
Des enfants dans la ruelle Gebed Zonder End à Amsterdam en 1892. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Cette attention portée aux habitants rapproche le travail de Jacob Olie de celui d’autres pionniers de la photographie documentaire européenne. Quelques années plus tôt, John Thomson avait par exemple photographié la vie des rues de Londres en 1877.
La Grote Houtstraat le 21 septembre 1894. Dirk Eskens pose avec ses deux fils tandis que la Maria Magdalenakerk apparaît au fond. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Jan Luijkenstraat à Amsterdam le 4 juin 1898. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Les marchés fournissent également à Olie d’excellents sujets. Ils permettent de saisir en une seule photographie l’architecture, les vêtements, les métiers et la densité de la vie urbaine.
Le Noordermarkt à Amsterdam le 30 octobre 1896, avec ses habitants et ses étals. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Reguliersbreestraat à Amsterdam le 17 octobre 1899, quelques semaines seulement avant le changement de siècle. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
L’Utrechtsestraat revient plusieurs fois dans les archives de Jacob Olie. La comparaison des clichés pris à quelques années d’intervalle est particulièrement intéressante pour suivre l’évolution de la rue.
L’Utrechtsestraat à Amsterdam en 1893. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Scène de rue dans l’Utrechtsestraat à Amsterdam le 7 juillet 1897. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Le Weteringcircuit à Amsterdam le 20 juillet 1898. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Les canaux, les quais et le port d’Amsterdam
Impossible de documenter Amsterdam sans photographier l’eau. À la fin des années 1890, canaux et quais sont à la fois des voies de circulation, des lieux de travail et des espaces commerciaux.
L’Amstel apparaît ainsi derrière des embarcations, avec le spectaculaire Paleis voor Volksvlijt visible à l’arrière-plan.
L’Amstel le 1er avril 1894, avec le Paleis voor Volksvlijt à l’arrière-plan. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Geldersekade à Amsterdam en 1890. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Le Herengracht à Amsterdam le 30 mars 1894. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Les berges permettent aussi d’observer des infrastructures aujourd’hui disparues ou profondément transformées.
Le Lijnbaansgracht à l’angle du Reguliersgracht le 12 mars 1899. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Nassaukade en 1890, avec le moulin De Victor visible à l’arrière-plan. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Nicolaas Witsenkade à Amsterdam en 1891. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Une autre image montre combien certains quais sont encore directement liés au commerce et au stockage des marchandises.
Les Nieuwe Teertuinen et le Sloterdijkerbrug en 1890, au milieu des tonneaux et de l’activité commerciale du quai. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Prins Hendrikkade et l’activité portuaire d’Amsterdam le 30 juin 1897. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Pour voir la même ville et la même époque sous un aspect radicalement différent, on peut comparer ces images noir et blanc avec ces photochromes en couleurs d’Amsterdam au XIXe siècle.
Places, bâtiments et nouveaux quartiers d’Amsterdam
Les photographies de Jacob Olie montrent également une capitale en pleine mutation.
La place du Dam est déjà un centre majeur de circulation. Tramways, voitures hippomobiles et piétons occupent un espace urbain où plusieurs monuments ont depuis disparu.
La place du Dam à Amsterdam en 1890, animée par les tramways et la circulation. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La place du Dam en 1890, avec la Nieuwe Kerk et le monument surnommé « Naatje op de Dam ». Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Le Frederiksplein à Amsterdam en 1891. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Les transports collectifs évoluent eux aussi rapidement. Le dépôt de la Koninginneweg rappelle l’époque où les tramways de la ville sont encore tirés par des chevaux.
Le dépôt de tramways hippomobiles de la Koninginneweg en septembre 1893. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
L’Oosteinde à Amsterdam en 1890. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Paulus Potterstraat à Amsterdam le 8 novembre 1897. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Plantage Middenlaan à Amsterdam le 24 mai 1895. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La Roemer Visscherstraat à Amsterdam le 9 mai 1895. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Amsterdam autour de 1900, une ville en pleine transformation
Les images les plus intéressantes ne montrent pas toujours les lieux les plus beaux. Les chantiers, les rues encombrées de matériaux et les marchés racontent parfois davantage sur une ville que ses monuments.
Amsterdam connaît alors une période de croissance importante. Les infrastructures se développent, les transports évoluent et la ville déborde progressivement de ses limites historiques.
Jacob Olie photographie précisément ce moment où l’Amsterdam du XIXe siècle commence à devenir la métropole du XXe.
Le Nieuwezijds Voorburgwal à Amsterdam le 6 octobre 1897. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Travaux urbains dans la Spuistraat à Amsterdam le 10 juillet 1896. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
La dernière scène nous ramène à une activité aujourd’hui beaucoup moins associée au centre d’Amsterdam : le commerce du bétail.
Le Veemarkt, marché aux bestiaux d’Amsterdam, en 1890. Crédit photo Jacob Olie / Stadsarchief Amsterdam (domaine public).
Ces 28 photographies couvrent moins de dix ans, mais elles donnent déjà l’impression d’observer une ville en accéléré. Elles montrent surtout pourquoi les archives de Jacob Olie sont aujourd’hui si précieuses : derrière les canaux et les façades que l’on reconnaît encore, elles conservent les gestes, les métiers, les transports et les habitants d’un Amsterdam disparu depuis plus d’un siècle.
Sources pour aller plus loin
- Stadsarchief Amsterdam — Jacob Olie
- Ville d’Amsterdam — Amsterdam autour de 1900 à travers les yeux de Jacob Olie
- Stadsarchief Amsterdam — la famille Olie et les archives photographiques
- Vintage Everyday — série originale ayant servi à l’identification des 28 vues



























