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A Victorian Lady in Her Boudoir – le plus vieux film érotique britannique? [vidéo]

En 1896, alors que le cinéma vient à peine de naître, une jeune femme entre dans son boudoir et commence à retirer ses vêtements devant la caméra. La scène dure environ une minute et porte un titre délicieusement victorien : A Victorian Lady in Her Boudoir. Derrière cet effeuillage aujourd’hui bien sage se cache probablement le plus ancien film érotique britannique conservé.

Attribué au photographe et pionnier du cinéma Esmé Collings, installé à Brighton, ce court-métrage muet témoigne d’une époque où montrer une femme se déshabillant pouvait déjà constituer une attraction audacieuse. Plus de 130 ans après son tournage, son audace prête surtout à sourire.

Une femme se déshabille dans A Victorian Lady in Her Boudoir, film britannique de 1896
Une femme se déshabille dans A Victorian Lady in Her Boudoir (1896), court-métrage muet britannique attribué à Esmé Collings. Photogramme extrait du film. Source : Wikimedia Commons (domaine public).

À retenir

  • A Victorian Lady in Her Boudoir, également connu sous le titre Woman Undressing, est un film muet britannique de 1896.
  • Il est attribué à Esmé Collings, photographe et pionnier du cinéma installé à Brighton.
  • Le British Film Institute le considère comme le plus ancien film érotique britannique conservé dont il ait connaissance.
  • Le film montre une femme retirant plusieurs couches de vêtements, sans nudité explicite.
  • L’identification du réalisateur repose notamment sur un détail technique : les perforations de la pellicule originale.

Le plus vieux film érotique britannique ?

C’est en tout cas ce qu’indique le British Film Institute (BFI), qui conserve et documente cette étonnante archive des débuts du cinéma.

Le film, également répertorié sous les titres Woman Undressing ou A Woman Undressing, montre une femme pénétrant dans une pièce aménagée comme un boudoir.

Devant une caméra fixe, elle retire progressivement son chapeau, sa cape et plusieurs autres vêtements, avant de s’installer dans un fauteuil.

Une séance d’effeuillage qui paraît aujourd’hui remarquablement innocente, mais qui avait tout pour susciter la curiosité des spectateurs de 1896.

À l’époque victorienne, les conventions vestimentaires et les règles de bienséance sont particulièrement codifiées. Pour une femme, s’afficher en sous-vêtements devant un public constitue déjà une transgression.

Pas question, toutefois, de nudité explicite : la jeune femme conserve des vêtements de dessous, et le spectacle s’arrête bien avant ce que l’on associe aujourd’hui au strip-tease.

Le film permet au passage d’observer la complexité des tenues féminines de la fin du XIXe siècle. Entre jupes, corsets et jupons, l’habillage était une affaire autrement plus compliquée qu’aujourd’hui, comme l’illustrent aussi ces photographies de femmes en robes à crinoline au XIXe siècle.

Esmé Collings, un pionnier du cinéma à Brighton

Le film est attribué à Esmé Collings (1859-1936), un photographe britannique qui s’intéresse très tôt aux images animées.

Installé à Brighton, sur la côte sud de l’Angleterre, Collings fait partie de ces expérimentateurs qui contribuent à transformer la photographie en cinéma.

À cette époque, les appareils de prise de vues, les procédés de développement et les systèmes de projection évoluent rapidement. Les films durent souvent moins d’une minute et peuvent montrer aussi bien une scène de rue qu’un numéro comique ou une petite situation mise en scène.

Le boudoir de la jeune femme appartenait probablement à un décor aménagé dans l’un des studios photographiques de Collings. La qualité de l’éclairage, particulièrement soignée pour un film aussi ancien, renforce cette hypothèse.

Mais comment sait-on que Collings en est probablement le réalisateur ?

Un film identifié grâce aux trous de la pellicule

L’histoire de cette attribution ressemble presque à une petite enquête policière.

Pendant un temps, le film a été attribué à un autre pionnier du cinéma, Max Skladanowsky.

Les recherches sur la pellicule originale ont cependant révélé un indice déterminant : ses perforations correspondent à celles produites par le matériel utilisé par Esmé Collings.

Ces petits trous régulièrement espacés, qui permettent à la pellicule de défiler dans un appareil, peuvent ainsi contribuer à identifier un film réalisé plus d’un siècle auparavant.

L’attribution à Collings est aujourd’hui retenue par le BFI, même si les documents concernant les circonstances exactes du tournage restent limités.

Une scène audacieuse pour l’époque victorienne

L’intérêt de A Victorian Lady in Her Boudoir ne tient pas seulement au spectacle d’une femme retirant ses vêtements.

Il montre aussi que les premiers cinéastes avaient très vite compris une particularité de leur nouvelle invention : le cinéma permettait de regarder, en mouvement, des scènes auxquelles les spectateurs n’auraient pas nécessairement eu accès dans la vie quotidienne.

Le déshabillage devient ici un petit spectacle construit pour la caméra.

Selon le BFI, il est difficile de savoir si l’absence de nudité résultait d’un choix artistique, des conventions de l’époque ou de la prudence face aux lois sur l’obscénité.

Les circonstances précises de diffusion du film ne sont pas suffisamment documentées pour affirmer qu’il était réservé à des projections privées ou clandestines.

Son caractère suggestif n’en demeure pas moins évident dans le contexte de 1896.

Et c’est peut-être ce qui prête le plus à sourire aujourd’hui : pour un film présenté comme érotique, il faut une bonne dose d’imagination moderne pour y trouver quelque chose de véritablement torride.

1896, l’année des premiers films érotiques

La même année, en France, apparaît un autre court-métrage célèbre de cette histoire naissante : Le Coucher de la Mariée, considéré comme l’un des premiers films érotiques français.

Ce type de production reste très éloigné du cinéma érotique moderne. Il repose avant tout sur la curiosité suscitée par les mouvements du corps, les vêtements retirés et le sentiment d’assister à une scène privée.

Mais le cinéma de 1896 ne se limite évidemment pas aux boudoirs.

La même année, le réalisateur Robert William Paul filme la circulation sur Blackfriars Bridge à Londres, une autre petite séquence devenue un précieux témoignage du quotidien à l’époque victorienne.

Deux univers bien différents : d’un côté, une femme se déshabille devant une caméra ; de l’autre, des passants et des voitures à chevaux traversent un pont.

Dans les deux cas, ces films minuscules offrent aujourd’hui une fenêtre sur un monde disparu.

L’année suivante, une caméra immortalise également Jérusalem en 1897, dans une vidéo ancienne ensuite colorisée.

Avec le recul, A Victorian Lady in Her Boudoir n’est donc pas seulement un strip-tease vintage particulièrement sage. C’est aussi un document sur les débuts du cinéma, sur les vêtements de l’époque victorienne et sur les premières tentatives d’attirer les spectateurs grâce à des images un peu osées.

Sources pour aller plus loin

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