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Baigneurs à Étretat et au Tréport vers 1900 : les bains de mer de la Belle Époque [vidéo]

Costumes trois-pièces, longues robes, chapeaux, cabines de bain sur roues et premiers loisirs balnéaires : cette séquence ancienne nous ramène sur les plages d’Étretat et du Tréport au tournant du XXe siècle. La vidéo est souvent datée de 1899, mais cette année précise n’est pas établie : la restauration moderne situe plutôt les images quelque part entre 1896 et 1906.

Ces quelques minutes montrent surtout une époque où les bains de mer sont déjà à la mode, mais où aller à la plage reste aussi un événement social. Quant aux couleurs éclatantes, aux mouvements très fluides et au bruit des vagues, ils sont à prendre avec un grain de sel marin : ils ont été ajoutés plus d’un siècle après le tournage grâce à des traitements numériques et à l’intelligence artificielle.

La baignade à Étretat en 1899 peinte par Félix Vallotton
La baignade à Étretat en 1899, une scène contemporaine de la période à laquelle la vidéo est généralement rattachée. Crédit image Félix Vallotton (domaine public).

À retenir

  • La vidéo est généralement présentée comme datant de 1899, mais sa date exacte n’est pas connue ; la restauration évoque plutôt une période comprise entre 1896 et 1906.
  • Les scènes sont présentées comme ayant été filmées notamment à Étretat et au Tréport, en Normandie.
  • L’attribution à Georges Méliès reste une hypothèse : il a bien tourné plusieurs vues du littoral normand dans les années 1890, dont une au Tréport, mais rien ne permet d’attribuer avec certitude cette compilation au cinéaste.
  • Étretat est déjà une station balnéaire importante au XIXe siècle, tandis que l’arrivée du chemin de fer accélère considérablement le développement touristique du Tréport.
  • La version visible aujourd’hui a été nettoyée, agrandie, interpolée à 60 images par seconde, colorisée et sonorisée : la couleur et le son ne sont donc pas d’époque.

Ces images ont-elles vraiment été tournées en 1899 ?

Le titre sous lequel cette séquence est devenue virale, A Day at the Beach – c.1899, donne l’impression d’une datation précise. Elle ne l’est pas.

La personne ayant restauré les images indique elle-même ne pas connaître leur date exacte. L’étude des vêtements et des accessoires conduit plutôt à les placer entre 1896 et 1906. « 1899 » doit donc être compris comme une estimation commode autour du tournant du siècle, et non comme une date inscrite sur une bobine soigneusement rangée dans une boîte depuis 127 ans.

Cela ne retire rien à leur intérêt. Quelques années d’écart changent peu ce qu’elles racontent : le développement spectaculaire des loisirs balnéaires à la fin du XIXe siècle, au moment où photographie et cinéma commencent eux aussi à documenter la vie quotidienne.

Des scènes animées aussi anciennes restent d’ailleurs rares. À Londres, le trafic sur Blackfriars Bridge filmé en 1896 offre une autre fenêtre étonnante sur la vie ordinaire de cette période.

Georges Méliès a-t-il filmé ces baigneurs ?

La vidéo est souvent attribuée avec prudence à Georges Méliès. L’hypothèse n’est pas absurde : avant ses grands films à trucages, le pionnier français tourne également des « vues » documentaires en extérieur.

Le catalogue de la Star-Film confirme notamment qu’en 1896, Méliès filme sur le littoral normand. On lui doit entre autres Plage de Villers par gros temps, plusieurs vues de la jetée et de la plage de Trouville, ainsi qu’une Tempête sur la jetée du Tréport.

Cela prouve que Méliès était bien présent avec sa caméra sur ces côtes. En revanche, cela ne suffit pas pour lui attribuer les images de la compilation actuelle. Aucun élément documentaire solide ne permet pour l’instant de relier l’ensemble de ces plans à un film identifié de son catalogue.

La formulation la plus prudente reste donc : ces images sont parfois attribuées à Georges Méliès, mais cette attribution n’est pas établie.

Le cinéma est alors encore un objet extraordinairement jeune. À peu près à la même période, il commence déjà à explorer des terrains très différents, comme le montre Le Coucher de la Mariée, film français de 1896.

Étretat était déjà une station balnéaire bien avant 1900

Les falaises d’Étretat n’ont pas attendu Instagram pour attirer les visiteurs.

La Région Normandie documente les premières baignades organisées dans la commune vers 1843-1844. Un casino-établissement de bains ouvre ensuite le 18 juillet 1852. Cette même année, environ 1 500 plaisanciers fréquentent déjà Étretat ; quatre ans plus tard, ils sont entre 3 000 et 4 000, pour une population locale d’à peine 1 500 habitants.

La plage se transforme progressivement. Les pêcheurs continuent d’y travailler, mais villas, casino, digue-promenade et cabines de bain installent un nouveau décor destiné aux estivants.

Fait intéressant, hommes et femmes se baignent encore séparément en 1845, mais la mixité des bains est autorisée à Étretat dès 1854, une liberté assez précoce pour l’époque.

Le raccordement ferroviaire n’arrive qu’en 1895. Il place néanmoins les images de notre vidéo exactement dans cette période où le voyage vers Étretat devient plus simple.

Plage d'Étretat et falaise d'Aval à la fin du XIXe siècle


La plage d’Étretat et la falaise d’Aval entre 1855 et 1900, alors que la station balnéaire connaît son essor. Crédit photo photographe anonyme / Rijksmuseum (CC0).

Au Tréport, le train amène les vacanciers dès 1872

Le premier plan de la compilation restaurée est présenté comme montrant l’arrivée de voyageurs à la gare de Mers-Le Tréport. Le choix du décor serait parfaitement cohérent avec l’histoire de la station.

Selon l’office de tourisme local, la liaison Paris-Le Tréport est inaugurée en 1872. Le chemin de fer transforme radicalement l’accès au littoral : il n’est plus nécessaire de disposer de sa propre voiture hippomobile et de son équipage pour venir respirer l’air marin.

Les équipements suivent. Après l’ouverture de la ligne, le casino existant est agrandi en 1874. Un nouvel établissement beaucoup plus ambitieux ouvre en 1897 avec théâtre, salle de jeux, galerie vitrée de 75 mètres, salles de lecture et même salle d’escrime.

Autrement dit, si les images ont effectivement été tournées autour de 1900, elles documentent une station déjà bien rodée au tourisme. Le week-end à la mer ne vient pas de naître : il vient simplement d’acquérir un horaire de train.

Baigneurs sur la plage du Tréport en 1887 peints par Albert Aublet
Sur la plage, Le Tréport, peint par Albert Aublet en 1887 : la station balnéaire est déjà un lieu de promenade et de loisirs plusieurs années avant la période supposée du film. Crédit image Albert Aublet (domaine public).

Pourquoi allait-on à la plage presque entièrement habillé ?

En regardant la vidéo avec nos habitudes actuelles, un détail saute aux yeux : beaucoup de visiteurs semblent être venus à la plage habillés comme pour aller déjeuner chez leur banquier.

Il faut cependant distinguer les tenues de promenade des véritables costumes de bain. La plage de la Belle Époque est un lieu où l’on se baigne, certes, mais aussi où l’on marche, discute, observe les autres et se montre.

Hommes en costume et couvre-chef, femmes en robe longue, enfants soigneusement vêtus : rester sur les galets ou le sable ne signifie pas forcément aller dans l’eau.

Pour les nageuses, les costumes restent beaucoup plus couvrants qu’aujourd’hui : robes ou tuniques de bain, pantalons, bas et chaussures ont longtemps accompagné les baignades. Cette évolution est particulièrement visible dans les maillots de bain féminins du début du XXe siècle.

Les hommes connaissent eux aussi leur petite révolution textile. Quelques années plus tard, les maillots de bain masculins à rayures commencent à ressembler davantage à une véritable tenue de natation qu’à un vêtement porté par erreur dans l’eau.

Les étonnantes cabines de bain roulantes

La vidéo permet également d’apercevoir des cabines mobiles correspondant au principe des bathing machines, les fameuses cabines de bain sur roues utilisées dans de nombreuses stations balnéaires européennes.

Le principe est ingénieux, même s’il paraît aujourd’hui assez théâtral. Le baigneur ou la baigneuse entre dans une cabine pour se changer à l’abri des regards. La cabine peut ensuite être déplacée jusqu’au bord de l’eau, voire directement dans l’eau selon les modèles et les plages.

Ces véhicules répondent avant tout aux règles de pudeur. On peut ainsi enfiler son costume de bain et rejoindre la mer sans traverser toute la plage sous les yeux des promeneurs.

Historic England documente ce type de cabine dès le XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. Certaines étaient tirées par des chevaux ; elles restent courantes pendant une grande partie du XIXe siècle avant de céder progressivement la place aux cabines fixes.

Scène de bains de mer à Étretat au XIXe siècle par Eugène Lepoittevin
Une scène de bains de mer à Étretat peinte par Eugène Lepoittevin dans les années 1860, plusieurs décennies avant le film. Crédit image Eugène Lepoittevin (domaine public).

Une plage encore très mondaine

Les scènes montrent à quel point la plage de cette époque est différente de l’imaginaire contemporain du parasol, du short et de la serviette posée à vingt centimètres de celle du voisin.

On y vient autant pour prendre l’air, se promener et participer à la vie sociale que pour nager. Cela explique la quantité de vêtements visibles et la coexistence de promeneurs élégants, de baigneurs, d’enfants et d’activités nautiques.

Ce monde va pourtant évoluer rapidement. Quelques décennies plus tard, les plages de Hollande entre 1910 et 1930 montrent déjà des tenues plus pratiques et une culture balnéaire beaucoup plus proche des vacances modernes.

De l’autre côté de la Manche, les plages britanniques au début du XXe siècle conservent encore cette ambiance de transition, avec beaucoup de chapeaux, de vêtements et un rapport à la baignade assez éloigné de celui d’aujourd’hui.

Ce que l’intelligence artificielle a changé dans la vidéo

Il faut enfin garder en tête que nous ne regardons pas exactement les images telles qu’un spectateur les aurait vues autour de 1900.

Selon la description du travail de restauration, la source a d’abord été nettoyée pour réduire les défauts et le bruit. L’image d’origine, donnée pour environ 240p, a ensuite été agrandie jusqu’à une définition proche de la 4K.

La cadence a également été transformée. Les images originales, autour de 15 images par seconde, ont fait l’objet d’une interpolation pour atteindre 60 images par seconde. Un logiciel génère donc de nouvelles images intermédiaires afin de rendre les mouvements plus fluides.

Enfin, les images ont été colorisées avec DeOldify et une ambiance sonore a été ajoutée.

Les vêtements, les bâtiments, les falaises et les personnes appartiennent bien aux prises de vues anciennes. En revanche, les couleurs, la fluidité à 60 images par seconde et les sons sont des interprétations modernes.

Il vaut donc mieux voir cette version comme une porte d’entrée spectaculaire vers les images originales que comme une reproduction parfaitement fidèle de ce qu’aurait vu un spectateur en 1900. Le cinéma ancien n’était pas soudainement passé en 4K ; il bénéficie simplement ici d’un très sérieux coup de chiffon numérique.

Sources pour aller plus loin

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2 commentaires sur “Baigneurs à Étretat et au Tréport vers 1900 : les bains de mer de la Belle Époque [vidéo]”

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