Voici des portraits en studio de la comtesse Marie Louise von Larisch-Wallersee (1858-1940), nièce de l’impératrice Élisabeth d’Autriche, la célèbre Sissi, avec l’archiduchesse Marie-Valérie d’Autriche (1868-1924), fille cadette de l’impératrice. Deux cousines appartenant à la famille impériale, dont les destins prendront des chemins bien différents.
Ces photographies ont été réalisées à Budapest par le studio de Károly Koller, un photographe hongrois réputé du XIXe siècle. Longtemps présentées comme datant des environs de 1880, elles appartiennent à une série dont au moins un portrait est précisément daté de 1876 par le Wien Museum, à Vienne. À cette époque, Marie-Valérie n’avait que huit ans et Marie Larisch en avait dix-huit.
Marie Louise von Larisch-Wallersee et la jeune archiduchesse Marie-Valérie d’Autriche, photographiées dans le studio de Károly Koller à Budapest, probablement vers 1876.
À retenir
- Marie Louise von Larisch-Wallersee était la nièce de Sissi et la cousine du prince héritier Rodolphe d’Autriche.
- Marie-Valérie d’Autriche était la plus jeune fille de l’empereur François-Joseph Ier et de l’impératrice Élisabeth.
- Ces portraits ont été réalisés par Károly Koller à Budapest. Le Wien Museum date de 1876 l’une des photographies de cette série.
- Marie Larisch a été impliquée dans les événements ayant précédé le drame de Mayerling en 1889, qui a provoqué sa disgrâce.
- Marie-Valérie a épousé l’archiduc François-Sauveur d’Autriche, avec lequel elle a eu dix enfants. Ses descendants vivent encore aujourd’hui.
Deux cousines photographiées dans un studio de Budapest
Les photographies de Marie Larisch et de Marie-Valérie illustrent une pratique très répandue dans l’aristocratie européenne du XIXe siècle : le portrait de studio, destiné à conserver une image soignée de la famille. Les tenues, les attitudes et le décor étaient préparés pour l’occasion, comme dans de nombreux portraits de famille du XIXe siècle.
Les deux cousines ont pris plusieurs poses au cours de cette séance. Les variations sont parfois minimes, mais elles témoignent du travail du photographe, qui pouvait réaliser plusieurs clichés des mêmes personnes.
Le Wien Museum conserve un tirage à l’albumine représentant les deux jeunes femmes, attribué à Károly Koller et daté de 1876. Le support cartonné mesure 10,2 × 6,6 cm. Cette photographie, identifiée sous le numéro d’inventaire 198200, correspond à la deuxième image présentée ici.
Autre pose des deux cousines. Cette photographie de Károly Koller, datée de 1876, est conservée dans les collections du Wien Museum (inventaire 198200, reproduction de la collection sous licence CC0).
Cette tradition du portrait aristocratique s’est poursuivie tout au long du XIXe siècle. Quelques années plus tard, les photographies de la comtesse Élisabeth Greffulhe témoigneront elles aussi de l’importance de la pose, du vêtement et de l’élégance dans la représentation des femmes de la haute société.
Marie Larisch, la nièce de Sissi impliquée dans le drame de Mayerling
La comtesse Marie Louise Larisch von Moennich, également connue sous les noms de Marie Louise von Larisch-Wallersee, Marie von Wallersee-Larisch ou plus simplement comtesse Marie Larisch, est née le 24 février 1858 et morte le 4 juillet 1940.
Elle était la fille du duc Louis-Guillaume en Bavière, frère de l’impératrice Élisabeth, et de la comédienne Henriette Mendel. Elle était donc une nièce de Sissi, dont une statue à Budapest a connu une histoire particulièrement mouvementée.
Proche de la cour impériale, Marie Larisch a notamment été dame d’honneur de sa tante. Son appartenance à l’entourage de Sissi lui ouvrait les portes de la haute société austro-hongroise, mais elle lui a également valu d’être mêlée à l’un des scandales les plus célèbres de la dynastie des Habsbourg.
Son rôle dans le drame de Mayerling
Marie Larisch entretenait des relations étroites avec son cousin, le prince héritier Rodolphe d’Autriche, fils de Sissi et de François-Joseph Ier. Connue pour ses dépenses importantes, elle bénéficiait régulièrement de son soutien financier.
Elle a également joué un rôle d’intermédiaire entre Rodolphe, pourtant marié à la princesse Stéphanie de Belgique, et la jeune baronne Mary Vetsera, avec laquelle le prince entretenait une liaison.
Le 30 janvier 1889, Rodolphe, âgé de trente ans, et Mary Vetsera, âgée de dix-sept ans, ont été retrouvés morts dans le pavillon de chasse de Mayerling, près de Vienne.
L’explication historiquement retenue est que Rodolphe a tué Mary Vetsera avant de se suicider. Le secret entretenu par la cour, les récits contradictoires et les circonstances de leur mort ont longtemps alimenté les controverses et la légende romantique des amants maudits.
Le rôle de Marie Larisch dans l’organisation de leurs rencontres a été révélé après le drame. Elle a également été accusée d’avoir tiré un avantage financier de cette situation, une accusation à considérer avec prudence compte tenu des témoignages contradictoires et des récits rédigés après les événements.
La disgrâce de la comtesse Marie Larisch
Après Mayerling, Marie Larisch est tombée en disgrâce auprès de l’impératrice Élisabeth. La rupture avec sa tante a profondément modifié sa place dans l’entourage impérial et l’a progressivement éloignée de la noblesse autrichienne.
Elle s’est installée en Bavière. Son mari, le comte Georges Larisch de Moennich, a demandé le divorce et elle s’est ensuite remariée à deux reprises.
Sa fin de vie a été marquée par des difficultés financières et personnelles. Elle a publié plusieurs ouvrages de souvenirs consacrés à la maison impériale, avec l’aide de prête-plume. Ces récits ont contribué à entretenir l’intérêt pour Mayerling et pour l’intimité des Habsbourg, même si leur fiabilité historique doit être appréciée avec précaution.
Marie Larisch est morte en 1940, à l’âge de 82 ans, plus d’un demi-siècle après le scandale qui avait bouleversé son existence.
Marie-Valérie d’Autriche, la plus jeune fille de Sissi
L’archiduchesse Marie-Valérie Mathilde Amalie d’Autriche est née le 22 avril 1868 à Buda, quelques mois après le compromis austro-hongrois de 1867.
Elle était la quatrième et dernière enfant de l’empereur François-Joseph Ier et de l’impératrice Élisabeth d’Autriche. Ses frères et sœurs étaient Sophie, morte en bas âge en 1857, Gisèle et le prince héritier Rodolphe.
Marie-Valérie occupait une place particulière dans la famille impériale. Très attachée à sa plus jeune fille, Sissi l’a élevée dans un environnement fortement marqué par son affection pour la Hongrie. L’enfant était d’ailleurs surnommée « l’enfant hongrois » de l’impératrice.
Les photographies de Budapest témoignent ainsi d’une période de son enfance où elle évoluait encore dans l’entourage familial de sa mère, bien avant les tragédies qui ont frappé les Habsbourg.
Troisième portrait de Marie Louise von Larisch-Wallersee et de l’archiduchesse Marie-Valérie, attribué au studio de Károly Koller à Budapest, dans les années 1870.
Un mariage d’amour et dix enfants
Le 31 juillet 1890, Marie-Valérie a épousé l’archiduc François-Sauveur d’Autriche, un parent éloigné appartenant à la branche toscane des Habsbourg.
Contrairement à de nombreux mariages princiers de l’époque, cette union correspondait à son propre choix amoureux, encouragé par sa mère. Sissi souhaitait manifestement offrir à sa fille une liberté matrimoniale dont elle-même n’avait pas bénéficié.
Ce choix a suscité des réserves dans la famille, où les alliances dynastiques occupaient traditionnellement une place importante.
Le couple a eu dix enfants et s’est notamment installé au château de Wallsee, en Basse-Autriche.
Marie-Valérie possède donc une nombreuse descendance, et des descendants de Sissi vivent toujours aujourd’hui. Le portail historique consacré aux Habsbourg indique notamment que certains membres de cette descendance sont encore liés au château de Wallsee et à la villa impériale de Bad Ischl.
L’Ange de Wallsee
Marie-Valérie s’est également distinguée par ses activités caritatives. Elle a soutenu plusieurs associations et participé à la création d’établissements de soins et d’assistance, notamment des hôpitaux et des hospices.
Pendant la Première Guerre mondiale, elle s’est particulièrement investie dans les secours aux blessés et aux personnes démunies. Cette générosité lui a valu le surnom d’« Ange de Wallsee ».
Après la chute de la monarchie austro-hongroise en 1918, elle a accepté de renoncer aux privilèges liés à son ancien statut dynastique, ce qui lui a permis de rester en Autriche et de conserver ses biens.
Elle est morte le 6 septembre 1924, à l’âge de 56 ans, des suites d’un cancer du système lymphatique, généralement décrit comme un lymphome. Elle a été enterrée à Sindelburg, près de Wallsee, en Autriche.
À travers ces photographies de jeunesse, ce sont donc deux destins très différents qui se croisent : celui de Marie Larisch, emportée dans le scandale de Mayerling, et celui de Marie-Valérie, fille de Sissi devenue mère d’une grande famille et figure de la bienfaisance autrichienne.
Sources pour aller plus loin
- Wien Museum – Portrait de Marie-Valérie et Marie Larisch par Károly Koller, 1876
- Die Welt der Habsburger – François-Joseph, sa famille et ses descendants
- Die Welt der Habsburger – Le drame de Mayerling et la mort du prince héritier Rodolphe
- Austria-Forum – Biographie de Marie-Valérie d’Autriche
- Vintage Everyday – Portraits de Marie Louise von Larisch-Wallersee et Marie-Valérie



