Dashrath Manjhi, surnommé « Mountain Man », est devenu célèbre pour avoir taillé à la main un passage à travers une crête rocheuse près de son village de Gehlaur, dans l’État du Bihar en Inde. Armé essentiellement d’un marteau et d’un burin, il a consacré 22 ans à ce travail hors norme.
Son objectif n’était pas de battre un record ni de devenir célèbre. Il voulait surtout désenclaver son village après un drame familial et raccourcir un trajet qui compliquait l’accès aux soins et aux services essentiels.
Le passage taillé dans la roche par Dashrath Manjhi près de Gehlaur. Crédit photo Sumita Roy Dutta (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Dashrath Manjhi était un ouvrier originaire du village de Gehlaur, dans le Bihar, en Inde.
- Il a creusé pendant 22 ans un passage dans une crête à l’aide notamment d’un marteau et d’un burin.
- Le passage mesure environ 110 mètres de long, 9,1 mètres de large et 7,7 mètres de profondeur.
- Son travail a réduit le trajet entre les secteurs d’Atri et Wazirganj de 55 km à environ 15 km.
- Sa démarche est liée à la mort de son épouse Falguni Devi et aux difficultés d’accès aux soins depuis le village.
- Un mémorial lui est consacré à Gehlaur et l’Inde a émis un timbre à son effigie en 2016.
Qui était Dashrath Manjhi, le « Mountain Man » ?
Dashrath Manjhi est originaire de Gehlaur, un village du district de Gaya, dans l’État du Bihar, dans l’est de l’Inde.
Issu d’un milieu modeste, il travaille notamment comme ouvrier agricole. Sa vie reste longtemps celle d’un habitant rural parmi d’autres, dans une région où le relief complique fortement les déplacements entre certains villages et les localités voisines.
Le surnom de Mountain Man arrive plus tard, lorsqu’il devient connu pour avoir ouvert lui-même un passage à travers une crête rocheuse.
La mort de son épouse à l’origine du projet
L’histoire de Dashrath Manjhi est étroitement liée à son épouse, Falguni Devi.
Les récits consacrés au couple ne donnent pas tous exactement les mêmes détails sur son accident. La version la plus souvent rapportée raconte qu’elle a été grièvement blessée lors d’une chute dans la montagne, alors que le relief rendait déjà les déplacements difficiles.
Ce qui est mieux établi, c’est que l’isolement du village compliquait fortement l’accès aux soins. Après sa mort, Dashrath Manjhi décide de s’attaquer directement à l’obstacle qui sépare Gehlaur des zones voisines.
Son idée paraît démesurée : au lieu de contourner la montagne, il veut creuser un passage à travers la roche.
22 ans à creuser la montagne au marteau et au burin
Vers 1960, Dashrath Manjhi commence son travail.
Il ne dispose pas d’engins de chantier. Il utilise surtout un marteau, un burin et des outils manuels pour casser progressivement la roche.
Le chantier avance lentement, parfois seulement de quelques dizaines de centimètres, mais il continue pendant plus de deux décennies.
Les témoignages racontent qu’au début, certains habitants le prennent pour un fou. Avec le temps, quelques villageois l’aident ponctuellement en lui donnant de la nourriture ou en participant à l’achat d’outils.
En 22 ans, il finit par ouvrir un passage impressionnant.
Le chemin de Dashrath Manjhi : 110 mètres à travers la roche
Le passage réalisé par Dashrath Manjhi mesure environ :
- 110 mètres de long ;
- 9,1 mètres de large ;
- 7,7 mètres de profondeur.
Ces dimensions sont aujourd’hui reprises par le site officiel du tourisme du Bihar.
Le résultat est parfois appelé « tunnel de Dashrath Manjhi », mais le terme est trompeur : il ne s’agit pas d’un tunnel souterrain fermé. Manjhi a surtout creusé une tranchée à ciel ouvert à travers une crête rocheuse.
Son travail réduit le trajet entre les secteurs d’Atri et Wazirganj de 55 km à environ 15 km.
Au-delà du chiffre, le gain est très concret : les habitants disposent d’un accès plus direct vers les soins, les marchés et les services situés de l’autre côté du relief.
Cette manière de transformer directement une masse rocheuse rappelle, à une échelle évidemment très différente, le temple de Kailasa à Ellora, entièrement taillé dans la roche. Dans les deux cas, la pierre ne sert pas seulement de décor : elle devient le matériau même du projet.
Gehlaur, un village désenclavé
Le passage de Dashrath Manjhi change la géographie quotidienne de Gehlaur.
Avant son travail, la crête oblige les habitants à faire un long détour pour rejoindre les localités voisines. Après l’ouverture du passage, le trajet devient beaucoup plus court.
La transformation est d’autant plus remarquable qu’elle ne résulte pas d’un grand chantier public initial, mais de l’effort obstiné d’un homme pendant plus de vingt ans.
D’autres populations ont également adapté leur environnement rocheux de manière spectaculaire. En Iran, le village de Kandovan est directement creusé dans des formations de roche volcanique, preuve que la relation entre habitat humain et montagne peut prendre des formes très différentes.
Le mémorial de Dashrath Manjhi à Gehlaur
Dashrath Manjhi meurt en août 2007.
Il devient ensuite une figure très populaire en Inde et reçoit des hommages officiels. Un mémorial est aménagé à Gehlaur, avec une statue installée devant le site.
Le lieu est aujourd’hui référencé par le tourisme officiel du Bihar sous le nom de Dashrath Manjhi Memorial, à Gehlaur, dans le district de Gaya.
Statue de Dashrath Manjhi devant son mémorial à Gehlaur, dans le Bihar. Crédit photo Sumita Roy Dutta (CC BY-SA 4.0).
En 2016, India Post lui consacre également un timbre de la série Personalities of Bihar.
Timbre-poste consacré à Dashrath Manjhi, émis par India Post le 26 décembre 2016 dans la série Personalities of Bihar. Source India Post / Wikimedia Commons (Government Open Data License – India).
Dashrath Manjhi au cinéma
L’histoire de Dashrath Manjhi inspire plusieurs documentaires et adaptations.
La plus connue reste Manjhi – The Mountain Man, film indien sorti en 2015, qui retrace sa vie et son chantier hors norme.
La popularité du film contribue à faire connaître son histoire bien au-delà du Bihar.
Un exploit d’un tout autre type que celui de Jeanne Hachette mais qui inspire l’humanité, voici une courte vidéo sur ce personnage incroyable:
Plus de vingt ans de travail manuel pour raccourcir un trajet de plusieurs dizaines de kilomètres : l’histoire de Dashrath Manjhi reste surtout impressionnante par sa simplicité. Pas de machine, pas de grand chantier officiel au départ, seulement une idée extrêmement concrète et une persévérance presque absurde à l’échelle humaine.
Sources pour aller plus loin
- Bihar Tourism — Dashrath Manjhi Memorial
- India Post — timbres commémoratifs 2016
- Wikimedia Commons — passage creusé par Dashrath Manjhi
- Wikimedia Commons — statue et mémorial de Dashrath Manjhi
- Wikimedia Commons — timbre Dashrath Manjhi de 2016
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