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Des poussins manchots Empereur sautent d’une falaise de 15 mètres [vidéo]

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En janvier 2024, des centaines de jeunes manchots empereurs ont été filmés à Atka Bay alors qu’ils se jetaient dans l’océan depuis une plateforme de glace haute d’environ 15 mètres. Vidéo : National Geographic.

Quinze mètres de glace sous les pattes et l’océan Austral tout en bas : pour ces jeunes manchots empereurs, le premier départ vers la mer a pris des allures de grand plongeon. En janvier 2024, le réalisateur animalier Bertie Gregory a filmé à Atka Bay, en Antarctique, des centaines de poussins hésitant au bord d’une plateforme glaciaire avant de se laisser tomber dans l’eau.

La scène est spectaculaire, mais elle ne montre pas des oiseaux inconscients se jetant au hasard d’une falaise. Âgés d’environ cinq mois et arrivés au moment de leur émancipation, ces jeunes devaient rejoindre l’océan pour commencer à se nourrir seuls. Leur situation inhabituelle leur imposait simplement une entrée en mer nettement plus verticale que celle de la plupart des jeunes manchots empereurs.

À retenir

  • La scène a été filmée en janvier 2024 à Atka Bay, en Antarctique, par Bertie Gregory et son équipe.
  • La plateforme de glace dominait l’océan d’environ 15 mètres.
  • Les jeunes manchots avaient environ cinq mois et arrivaient au stade où ils quittent la colonie pour se nourrir seuls en mer.
  • La plupart des poussins observés ont survécu à la chute et sont partis en nageant.
  • De tels plongeons sont rares, mais un comportement comparable avait déjà été observé plusieurs décennies auparavant.

Poussin manchot empereur avec un adulte sur la banquise en Antarctique
Un poussin manchot empereur avec un adulte sur la banquise de la mer de Ross, en Antarctique. Crédit photo Brocken Inaglory (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi ces poussins manchots empereurs sautent-ils de 15 mètres ?

La réponse est assez simple : ils doivent rejoindre la mer pour manger.

Chez le manchot empereur (Aptenodytes forsteri), la reproduction est synchronisée avec le cycle annuel de la glace antarctique. Les poussins grandissent pendant plusieurs mois au sein de la colonie, nourris par leurs parents. À l’approche de l’été austral, ils perdent progressivement leur épais duvet gris et acquièrent les plumes qui leur permettront de nager et de s’isoler dans l’eau glaciale.

À Atka Bay, les parents des jeunes filmés avaient déjà regagné l’océan. Les poussins étaient donc arrivés au moment où ils devaient eux aussi partir en mer et commencer à capturer poissons, krill et calmars.

Seulement voilà : entre eux et leur garde-manger se trouvait cette fois une paroi de glace haute d’une quinzaine de mètres.

Un premier plongeon plutôt impressionnant

Les images montrent plusieurs centaines de jeunes regroupés au bord du vide. Pendant un moment, personne ne semble particulièrement pressé de tester la gravité.

Puis l’un d’eux tombe dans l’océan.

Après quelques secondes, il réapparaît à la surface et s’éloigne à la nage. D’autres finissent alors par suivre. Certains plongent relativement proprement, d’autres chutent beaucoup moins élégamment, leurs ailes étant évidemment conçues pour la propulsion sous l’eau et non pour le vol.

Selon les scientifiques interrogés par National Geographic, la majorité des jeunes observés ont survécu au saut. En 2025, le magazine évoquait parmi les facteurs susceptibles d’avoir limité la violence de l’impact leur petite taille, leurs plumes abdominales abondantes et leur musculature pectorale.

Avant de nager, les poussins doivent perdre leur duvet

Le moment du départ n’est pas anodin. Le duvet qui protège les poussins du froid lorsqu’ils vivent sur la glace n’est pas adapté à une vie prolongée dans l’océan.

Vers la fin de leur croissance, il laisse place au plumage juvénile qui leur permet de partir en mer. La British Antarctic Survey situe généralement cette émancipation entre décembre et janvier, au moment où la banquise estivale commence à se disloquer.

Un départ trop précoce peut au contraire être catastrophique : lorsque la glace se rompt avant que les jeunes aient acquis leurs plumes adaptées à l’eau, la mortalité peut être très importante.

Poussins manchots empereurs en train de perdre leur duvet en Antarctique


Des poussins manchots empereurs en pleine mue : leur duvet disparaît progressivement au profit du plumage qui leur permettra de partir en mer. Crédit photo François Guerraz (CC BY-SA 3.0).

Les manchots empereurs sautent-ils normalement d’aussi haut ?

Non. Une chute de 15 mètres n’est pas le départ en mer habituel d’un jeune manchot empereur.

Les colonies se reproduisent généralement sur de la banquise côtière stable. Lorsque vient le moment de partir, les jeunes peuvent normalement rejoindre l’eau depuis une hauteur beaucoup plus modeste.

La scène d’Atka Bay n’était toutefois pas totalement inédite. Gerald Kooyman, qui étudie les manchots empereurs depuis plusieurs décennies, a raconté avoir observé plus de trente ans auparavant près de 2 000 jeunes manchots confrontés à une paroi d’environ 20 mètres. Les oiseaux avaient fini par tomber ou se laisser tomber dans la mer.

La particularité de l’événement de 2024 est donc surtout d’avoir pu être documenté de manière aussi spectaculaire. National Geographic le présente comme la première séquence filmée montrant des poussins manchots empereurs effectuant un plongeon depuis une telle hauteur.

Pourquoi ces manchots se trouvaient-ils sur une plateforme glaciaire ?

C’est probablement la partie la plus intéressante de l’histoire, car l’explication a évolué depuis la diffusion des images.

En 2024, le déplacement de certaines colonies de la banquise vers des plateformes glaciaires avait notamment été présenté comme une possible adaptation à la diminution et à l’instabilité de la glace de mer. L’hypothèse était cohérente avec une réalité bien documentée : le manchot empereur dépend fortement d’une banquise suffisamment stable pour mener son cycle de reproduction à terme.

Mais cela ne suffit pas à expliquer ce qui se passe précisément à Atka Bay.

Une étude publiée en 2026 a suivi par satellite les déplacements de plusieurs colonies entre 2017 et 2024. À Atka Bay, les chercheurs ont constaté que les manchots étaient montés sur la plateforme glaciaire voisine au printemps pendant sept des huit années étudiées.

Plus surprenant encore, ils l’ont fait alors que la banquise restait stable, généralement plusieurs mois avant sa rupture estivale.

Les scientifiques envisagent donc également l’influence de facteurs très locaux, notamment le vent, l’accumulation de neige et la formation de rampes permettant aux oiseaux de passer de la banquise à la plateforme glaciaire. Dès 2013, des chercheurs avaient observé à Atka Bay une telle migration vers la plateforme malgré de bonnes conditions de banquise.

Autrement dit, le changement climatique constitue bien une menace majeure pour le manchot empereur, mais on ne peut pas affirmer que le saut spectaculaire filmé en 2024 a été directement provoqué par la fonte de la banquise.

Une espèce particulièrement dépendante de la glace

L’histoire reste néanmoins étroitement liée à l’évolution de l’environnement antarctique.

Les manchots empereurs ont besoin d’une glace côtière suffisamment stable pendant une grande partie de leur cycle reproducteur. Si elle disparaît trop tôt, les poussins peuvent se retrouver à l’eau avant d’avoir terminé leur mue.

La British Antarctic Survey a ainsi constaté des échecs de reproduction liés à la perte précoce de glace dans plusieurs colonies ces dernières années. En 2023, 14 des 66 colonies alors suivies avaient été affectées, après une saison 2022 encore plus mauvaise.

Les manchots peuvent néanmoins modifier leur emplacement. Des colonies ont été observées sur des plateformes glaciaires et d’autres se sont déplacées de plusieurs dizaines de kilomètres à la recherche d’une zone de reproduction plus favorable.

Le spectaculaire plongeon d’Atka Bay illustre donc surtout une chose : les manchots empereurs peuvent adopter des comportements étonnamment flexibles face à un environnement lui-même extrêmement changeant.

Les manchots antarctiques révèlent d’ailleurs bien d’autres adaptations étonnantes à leur environnement. Chez une autre espèce, le manchot à jugulaire peut dormir grâce à des milliers de micro-siestes de quelques secondes réparties au cours de la journée.

Sources pour aller plus loin

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