Voici Graham, la seule personne à pouvoir survivre à un accident de voiture… ou plus exactement la sculpture imaginant à quoi pourrait ressembler un humain conçu pour mieux résister aux forces d’une collision. Cette création hyperréaliste a été réalisée par l’artiste australienne Patricia Piccinini pour la Transport Accident Commission de l’État de Victoria, en Australie.
Graham a été conçu avec l’appui du chirurgien traumatologue Christian Kenfield, du Royal Melbourne Hospital, et du spécialiste des accidents David Logan, du Monash University Accident Research Centre. Le résultat est volontairement étrange : pas de cou, un crâne massif, un visage aplati, une cage thoracique renforcée et des jambes très particulières.
Graham, sculpture imaginant à quoi pourrait ressembler un humain adapté aux forces d’un accident routier. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
À retenir
- Graham n’est pas une personne réelle, mais une sculpture hyperréaliste créée en 2016.
- Il a été imaginé par Patricia Piccinini avec le chirurgien Christian Kenfield et l’expert en accidentologie David Logan.
- Son corps est conçu pour illustrer les adaptations qu’un humain devrait posséder pour mieux supporter les forces d’un accident routier.
- Il n’a pratiquement pas de cou, possède un crâne renforcé, un visage aplati et une cage thoracique protégée.
- Ses genoux et ses pieds ont également été modifiés pour mieux supporter les impacts et permettre des mouvements inhabituels.
- Le projet a été créé pour la campagne de sécurité routière Towards Zero de la Transport Accident Commission australienne.
Qui est Graham ?
La Transport Accident Commission a dévoilé Graham en juillet 2016 afin de sensibiliser le public à la vulnérabilité du corps humain lors d’un accident.
L’idée est simple : notre anatomie permet de supporter les chocs et les vitesses que l’être humain peut générer par ses propres moyens, mais elle est beaucoup moins adaptée aux énormes forces produites lors d’une collision entre véhicules.
Les voitures, les routes et les vitesses ont évolué beaucoup plus vite que notre corps. Graham représente donc une sorte d’humain alternatif qui aurait évolué spécialement pour survivre aux accidents de la route.
L’œuvre a été créée par Patricia Piccinini à partir des connaissances médicales de Christian Kenfield et des travaux de David Logan sur les mécanismes des accidents.
Cette exploration artistique d’un corps humain transformé trouve d’ailleurs un écho, dans un univers beaucoup plus poétique, dans les sculptures de Christina Bothwell consacrées aux métamorphoses du corps.
Pourquoi Graham est-il sans cou ?
C’est probablement le détail le plus frappant de sa silhouette : Graham semble presque totalement dépourvu de cou.
Chez Graham, le cou a pratiquement disparu afin de limiter les mouvements violents de la tête lors d’une collision. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
Lors d’un choc brutal, la tête continue à se déplacer alors que le torse est retenu ou ralentit soudainement. Cette différence de mouvement peut provoquer de graves traumatismes au niveau des vertèbres cervicales.
Chez Graham, le cou a donc été supprimé autant que possible et la tête semble s’enfoncer directement dans le torse. Le but théorique est de réduire les mouvements de flexion et d’extension susceptibles de provoquer des lésions cervicales.
Cette silhouette insolite explique aussi pourquoi la page apparaît régulièrement dans Google Images sur des recherches comme « personne sans cou » ou « humain sans cou ».
Le profil de Graham montre la quasi-disparition du cou et l’épaisseur inhabituelle de son crâne. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
Un visage et un crâne conçus pour absorber les chocs
La tête de Graham est également très différente de celle d’un humain ordinaire.
Son crâne est plus massif et contient davantage de structures capables d’absorber l’énergie d’un impact. L’objectif est notamment de limiter le déplacement du cerveau à l’intérieur de la boîte crânienne lors d’un choc brutal.
Son visage est également plus plat. Les parties saillantes du nez et des oreilles sont réduites afin qu’elles soient moins exposées aux blessures.
L’aspect général est étrange, mais chaque caractéristique correspond à un type de traumatisme observé lors d’accidents réels.
Une cage thoracique transformée en airbag naturel
Le torse de Graham est sans doute la partie la plus spectaculaire après sa tête.
La cage thoracique de Graham est renforcée par des structures protectrices jouant un rôle comparable à celui d’un airbag. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
Ses côtes sont renforcées et séparées par des sortes de poches de tissu contenant un fluide. Elles jouent un rôle proche de celui de petits airbags naturels destinés à amortir les impacts et à protéger les organes internes.
L’idée rappelle le principe des dispositifs de sécurité modernes : répartir ou absorber progressivement l’énergie du choc plutôt que de la transmettre directement au corps.
Cette manière de rendre visibles les structures anatomiques du corps humain rappelle, dans un registre historique totalement différent, les étonnantes machines anatomiques de la chapelle Sansevero à Naples.
Un dos et des épaules conçus pour encaisser les impacts
La disparition du cou modifie également profondément l’arrière de la silhouette.
Le dos et la nuque de Graham montrent comment sa tête est presque directement intégrée au haut du torse. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
Les épaules, la nuque et le haut du dos forment un ensemble beaucoup plus massif que chez une personne normale.
Là encore, le but est de limiter les mouvements relatifs entre la tête et le torse et d’offrir davantage de matière capable d’absorber l’énergie lors d’une collision.
Des genoux et des jambes adaptés aux accidents
Les jambes de Graham ont elles aussi été complètement repensées.
Ses genoux peuvent se déplacer dans davantage de directions que ceux d’un humain ordinaire. Cette souplesse supplémentaire est censée diminuer les risques de rupture lorsque les jambes subissent une force latérale ou une rotation anormale.
Les jambes et les pieds de Graham sont adaptés pour absorber davantage d’énergie et permettre des mouvements impossibles à un humain ordinaire. Crédit image Transport Accident Commission (TAC), Victoria.
Ses pieds sont également différents et fonctionnent davantage comme des ressorts.
Ce type de morphologie pourrait théoriquement aider un piéton à bondir plus rapidement hors de la trajectoire d’un véhicule, mais aussi à mieux encaisser certains impacts.
Évidemment, Graham n’est pas une proposition sérieuse d’évolution de notre espèce. Il sert avant tout à rendre visibles les faiblesses de notre corps.
Pourquoi le corps humain résiste-t-il si mal aux accidents de voiture ?
Le problème fondamental vient de la quantité d’énergie mise en jeu.
À faible vitesse, notre squelette, nos muscles et nos organes peuvent absorber une certaine quantité de contraintes. Mais lorsque la vitesse augmente, l’énergie cinétique augmente très rapidement.
C’est pourquoi les systèmes de sécurité cherchent avant tout à réduire ou à répartir cette énergie : ceintures de sécurité, airbags, zones de déformation, barrières routières, limitation de vitesse ou freinage automatique.
La campagne Graham ne cherche donc pas vraiment à montrer comment transformer un humain pour qu’il survive aux accidents.
Elle montre au contraire pourquoi nous avons besoin de voitures, de routes et de vitesses adaptées à notre vulnérabilité.
Une campagne de sécurité routière devenue virale
Le caractère dérangeant et très réaliste de Graham a rapidement fait le tour du monde.
Moins d’une semaine après son lancement en juillet 2016, le site officiel du projet avait enregistré plus de 10,4 millions de pages vues.
La sculpture a été exposée à la State Library of Victoria avant de partir dans plusieurs villes australiennes.
Le projet faisait partie de la stratégie Towards Zero, qui repose sur une idée simple : les humains feront toujours des erreurs, mais le système routier doit être conçu pour éviter que ces erreurs se terminent par des blessures graves ou la mort.
Graham en vidéo
Voici Graham en vidéo, avec une présentation de son corps et des différentes adaptations imaginées pour mieux résister aux accidents :
Sources pour aller plus loin
- Transport Accident Commission – Introducing Graham: the only person designed to survive on our roads
- Transport Accident Commission – The science behind Graham
- Transport Accident Commission – Graham reaches millions as road safety campaign goes global






