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L’arbre qui pousse à l’envers de Baiae

Dans les ruines des anciens thermes romains de Baiae, à Bacoli, près de Naples en Italie, se trouve un étrange arbre qui pousse à l’envers. Suspendu au plafond d’une voûte antique, ce figuier possède des branches qui pendent vers le sol, comme si la gravité avait décidé de lui jouer un mauvais tour.

Cet arbre à l’envers de Baiae est un figuier sauvage dont les racines sont ancrées dans la maçonnerie romaine. Malgré sa position inhabituelle et la faible luminosité de son abri, il continue de développer son feuillage et pourrait même produire occasionnellement des figues. Son origine exacte reste toutefois mystérieuse.

Figuier poussant à l'envers depuis le plafond d'une voûte romaine aux thermes de Baiae à Bacoli en Italie
Le figuier renversé des thermes romains de Baiae, à Bacoli, près de Naples. Crédit photo Hyspaosines (CC BY-SA 2.0).

À retenir

  • L’arbre qui pousse à l’envers de Baiae se trouve dans le parc archéologique des thermes de Baia, dans la commune de Bacoli, près de Naples.
  • Il s’agit d’un figuier sauvage, probablement un figuier commun (Ficus carica), dont les branches descendent depuis une ancienne voûte romaine.
  • Deux hypothèses expliquent son apparition : la repousse des racines d’un figuier coupé pendant les fouilles ou la germination d’une graine dans une fissure.
  • Son développement n’est pas contraire aux lois de la nature : les plantes réagissent notamment à la gravité et à la lumière.
  • Le figuier est devenu l’une des curiosités les plus photographiées des ruines de Baïes, ancienne station thermale fréquentée par l’aristocratie romaine.

Un figuier sauvage qui pousse la tête en bas

À première vue, l’arbre semble avoir été planté à l’envers dans le plafond d’une pièce voûtée. Ses racines disparaissent dans les pierres et son feuillage descend presque jusqu’au sol.

Ce n’est pourtant pas une sculpture, une installation artistique ou un arbre retourné volontairement par des jardiniers. Il s’agit d’un véritable figuier vivant, dont la croissance a adopté une forme particulièrement inhabituelle.

Le figuier commun est une espèce méditerranéenne bien adaptée aux terrains rocheux. Dans les régions chaudes, ses graines peuvent germer dans les fissures de murs, sur des falaises ou parmi les pierres de bâtiments abandonnés.

Ses racines sont capables de s’étendre dans de petites ouvertures pour rechercher l’eau et les éléments nutritifs. À Baïes, cette aptitude lui permet de subsister dans une maçonnerie vieille de près de deux millénaires.

Vue verticale du figuier à l'envers suspendu à une ancienne voûte des thermes romains de Baiae


Une autre vue du figuier à l’envers de Baiae, dont les branches pendent sous la voûte romaine. Crédit photo Kleuske (CC BY-SA 3.0).

L’endroit ressemble à une petite grotte, avec une ouverture laissant pénétrer la lumière du jour. Cette situation n’est pas idéale pour un figuier, qui apprécie habituellement les expositions ensoleillées.

Pourtant, le végétal reste suffisamment vigoureux pour renouveler ses feuilles. Plusieurs descriptions du site mentionnent même l’apparition occasionnelle de figues, bien que la fructification ne soit pas documentée de manière régulière.

Cet arbre n’est donc pas simplement un vieux tronc ayant survécu dans les ruines : il poursuit son développement dans un environnement que l’on aurait imaginé peu favorable.

Comment l’arbre à l’envers de Baiae est-il apparu ?

L’histoire de ce figuier intrigue depuis des décennies, notamment parce que personne ne sait exactement comment il a commencé à pousser dans cette position.

Le Gruppo Archeologico Campi Flegrei, une association locale consacrée au patrimoine des Champs Phlégréens, a présenté en avril 2026 les deux principales hypothèses avancées pour expliquer sa présence dans la voûte.

Un figuier coupé pendant les fouilles archéologiques ?

La première explication remonte aux années 1940, lorsque des fouilles archéologiques ont remis au jour différentes parties du complexe thermal romain.

Selon cette hypothèse, un figuier poussait à la surface de la voûte. L’arbre aurait été coupé lors du dégagement des vestiges afin de préserver ou de rendre accessible la structure.

Seulement, ses racines étaient déjà solidement installées dans les fissures de la maçonnerie. Au lieu de mourir, la souche aurait produit de nouvelles pousses de l’autre côté de la voûte, vers l’intérieur de la pièce.

Le figuier se serait ainsi progressivement développé vers le bas.

Ce scénario est plausible : les figuiers possèdent une remarquable capacité de reprise après une taille sévère, lorsque leur système racinaire demeure vivant.

Il rappelle la résistance d’un autre arbre célèbre, l’arbre de vie de Kalaloch Beach, qui continue de pousser sur la côte américaine malgré l’érosion du terrain sous ses racines.

Ou une simple graine tombée dans une fissure ?

Une seconde possibilité est beaucoup plus simple.

Une graine de figuier, transportée par un oiseau ou déposée naturellement sur la maçonnerie, aurait trouvé une fissure contenant suffisamment de terre et d’humidité pour germer.

Les racines se seraient alors enfoncées dans la structure, tandis que les nouvelles pousses auraient gagné l’espace libre situé sous la voûte.

Cette explication n’a rien d’impossible. On observe régulièrement de jeunes arbres s’installer dans les murs anciens, les cheminées abandonnées ou les bâtiments en ruine.

Aucune de ces deux hypothèses n’est cependant démontrée. L’association archéologique locale précise qu’il manque une documentation scientifique permettant de reconstituer précisément l’origine du figuier.

Le mystère concerne donc surtout la manière dont l’arbre s’est installé, et non sa capacité à survivre dans cette position.

Pourquoi un arbre peut-il pousser à l’envers ?

On présente parfois le figuier de Baiae comme un arbre qui défie les lois de la gravité. En réalité, il y répond, comme toutes les plantes.

Deux mécanismes biologiques permettent de comprendre son développement : le gravitropisme et le phototropisme.

Le gravitropisme correspond à la réaction de croissance des plantes à la gravité. Les racines présentent généralement un gravitropisme positif, puisqu’elles tendent à pousser vers le bas, tandis que les tiges présentent le plus souvent un gravitropisme négatif et cherchent à se développer vers le haut.

Le phototropisme, de son côté, oriente la croissance de certaines parties de la plante en fonction de la lumière disponible.

Dans le cas du figuier de Baiae, les branches se sont développées depuis un point d’ancrage situé au-dessus de l’espace ouvert de la voûte. Elles peuvent se recourber ou adopter des orientations variées pour accéder à la lumière.

Le poids des branches et des feuilles contribue également à leur aspect pendant.

L’arbre n’a donc pas inversé le fonctionnement de ses racines et de ses feuilles : c’est surtout sa position dans l’architecture qui donne l’impression d’une croissance à l’envers.

La nature produit d’autres exemples de croissance inhabituelle, notamment le Bialbero de Casorzo, un arbre qui pousse sur un autre arbre en Italie.

Dans un autre registre, les habitants du Meghalaya, en Inde, tirent même parti de la croissance des racines pour créer des ponts vivants qui se renforcent au fil des années.

Baiae, la station thermale des riches Romains

Le figuier à l’envers n’est pas installé dans n’importe quel bâtiment abandonné.

Baiae, aujourd’hui appelée Baia, était l’une des stations balnéaires les plus réputées de l’Antiquité romaine. Située sur les rives du golfe de Naples, dans la région volcanique des Champs Phlégréens, elle bénéficiait de nombreuses sources d’eau chaude naturelles.

L’aristocratie romaine venait y séjourner pour se détendre, profiter des bains et organiser des réceptions dans des villas luxueuses.

Des personnages aussi célèbres que Jules César, Néron ou Caligula sont associés à cette cité de villégiature. Il est d’ailleurs possible de découvrir aujourd’hui plusieurs reconstitutions du visage de Jules César et d’autres grandes figures de l’Antiquité, dont les noms restent liés à l’histoire de Rome.

Certains récits situent le figuier sous une voûte appartenant autrefois à une villa de Néron. Toutefois, cette attribution précise n’est pas suffisamment documentée pour être considérée comme certaine. Le complexe actuellement visité rassemble plusieurs ensembles résidentiels et thermaux datant de différentes périodes.

Vestiges du complexe thermal romain de Baia, à Bacoli près de Naples en Italie
Les vestiges du complexe thermal romain de Baia, à Bacoli, près de Naples. Crédit photo Ra Boe / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0 DE).

Une réputation de plaisirs et d’excès

Baiae n’était pas seulement appréciée pour ses eaux thermales et ses paysages. La station possédait aussi une réputation de lieu de plaisirs, de fêtes et de comportements jugés excessifs par certains auteurs romains.

Une formule attribuée à l’érudit Varron résume cette réputation : les hommes âgés y redeviendraient de jeunes garçons, et les jeunes garçons s’y comporteraient comme des jeunes filles.

Cette remarque, souvent reprise dans les récits historiques consacrés à Baïes, reflète surtout le regard moral porté par certains Romains sur les habitudes de la bonne société.

Les vestiges témoignent en tout cas de la richesse des aménagements : salles de réception, terrasses, thermes, mosaïques et constructions monumentales.

Pourquoi une partie de Baiae se trouve-t-elle sous la mer ?

Une partie de l’ancienne station balnéaire est aujourd’hui submergée.

Cette situation est liée au bradyséisme, un phénomène de soulèvement et d’affaissement lent du sol caractéristique des Champs Phlégréens. Les mouvements du terrain, associés à l’évolution du niveau marin, ont progressivement entraîné l’immersion de certains quartiers antiques.

On peut aujourd’hui découvrir une partie de ces vestiges dans le parc archéologique sous-marin de Baia, notamment lors de visites en plongée ou dans le cadre d’excursions autorisées.

Le figuier renversé appartient, lui, au site terrestre des anciens thermes. Il n’est donc pas nécessaire de plonger pour l’observer.

Vidéo de l’arbre qui pousse à l’envers de Baiae

Voici une vidéo montrant l’environnement de cet étonnant figuier suspendu dans une ancienne voûte romaine.

Où voir l’arbre à l’envers de Baiae en Italie ?

L’arbre se trouve dans le parc archéologique des thermes de Baia (Parco archeologico delle Terme di Baia), dans la commune de Bacoli, à l’ouest de Naples.

Adresse : Via Sella di Baia, 80070 Bacoli (NA), Italie.

Coordonnées GPS indiquées pour le figuier : 40° 48′ 58.68″ N, 14° 4′ 15.96″ E, soit environ 40.8163, 14.0711 en degrés décimaux. Voici la position sur Google Maps:

thermes baia italie maps

Le parc est généralement ouvert du mardi au dimanche et fermé le lundi. Les horaires varient selon la saison.

L’accès est contingenté afin de protéger les vestiges. Le site officiel annonce une capacité maximale de 50 visiteurs toutes les 30 minutes et une durée de visite limitée à 120 minutes.

L’achat des billets en ligne est vivement conseillé et obligatoire pour les groupes de plus de dix personnes et les établissements scolaires. Les conditions d’accès peuvent évoluer, notamment en raison des activités sismiques des Champs Phlégréens.

Avant de vous rendre sur place, consultez les horaires, tarifs et conditions de visite sur le site officiel du Parc archéologique des Champs Phlégréens.

Une fois dans les ruines, il ne reste plus qu’à chercher la voûte sous laquelle le figuier a décidé de prendre ses habitudes. Après presque deux millénaires d’histoire romaine, les pierres de Baiae continuent visiblement de réserver quelques surprises.

Sources pour aller plus loin

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