À quoi ressemblait vraiment Ramsès II, l’un des pharaons les plus célèbres de l’Égypte antique ? Une équipe de chercheurs a tenté de répondre à cette question en réalisant une reconstitution du visage de Ramsès II à partir de sa momie, de données de tomodensitométrie et de techniques de reconstruction faciale en 3D.
Le résultat ne doit pas être pris comme une photographie du souverain, évidemment. Personne n’a retrouvé Ramsès II en selfie devant Abou Simbel, dommage pour les archives. Mais cette reconstitution donne une idée saisissante de ce qu’a pu être son visage, aussi bien à un âge avancé, proche de celui de sa mort, que dans une version rajeunie vers 45 ans.
À retenir
- La reconstitution du visage de Ramsès II s’appuie sur l’étude de sa momie, notamment sur des données de tomodensitométrie et des observations anatomiques.
- Deux portraits principaux ont été produits : un Ramsès II âgé d’environ 90 ans, proche de son âge au moment de sa mort, et une version rajeunie autour de 45 ans.
- Il ne s’agit pas du “vrai visage” au sens photographique, mais d’une reconstruction scientifique et artistique fondée sur des indices osseux, tissulaires et historiques.
- Le résultat donne un visage humain à un souverain monumental, souvent réduit à ses statues, ses temples et son image de pharaon tout-puissant.
Une reconstitution du visage de Ramsès II à partir de sa momie
Ramsès II a régné au cours de la XIXe dynastie, pendant environ 66 ans, entre 1279 et 1213 avant notre ère. Surnommé Ramsès le Grand, il a laissé une trace immense dans l’histoire égyptienne : temples, statues colossales, campagnes militaires, propagande royale savamment huilée… Le pharaon savait déjà travailler son image bien avant l’invention du service communication.
Pour recréer son visage, le travail a été mené par le Face Lab de Liverpool John Moores University, sous la direction de Caroline Wilkinson, en collaboration avec la professeure Sahar Saleem, radiologue à l’Université du Caire et spécialiste de l’imagerie médicale appliquée aux momies égyptiennes.
L’équipe s’est appuyée sur des tomodensitogrammes, souvent appelés CT scans, ainsi que sur des photographies rapprochées de la tête momifiée et sur la documentation archéologique disponible. L’objectif était de produire une représentation plausible du visage de Ramsès II, en tenant compte de la structure du crâne, de l’épaisseur des tissus, des muscles, de la peau, de la chevelure et des informations encore lisibles sur la momie.
Dans le même esprit, mais sur d’autres périodes, 2tout2rien avait déjà présenté des reconstitutions faciales réalistes de personnages historiques, où la science, l’anatomie et l’interprétation artistique se rencontrent pour redonner un visage à des figures du passé.
Crédit photo Subhasish Baidya.
Ramsès II jeune ou âgé : pourquoi deux visages circulent
La reconstitution de Ramsès II est souvent diffusée en deux versions. La première montre le pharaon âgé, autour de 90 ans, proche de son apparence supposée à la fin de sa vie. La seconde utilise un procédé de rajeunissement pour proposer un visage autour de 45 ans, âge auquel Ramsès II se trouvait encore dans une période de pleine activité politique et militaire.
Crédit photo Face Lab LJMU / Youtube.
Cette distinction est importante. Un homme de 90 ans et un homme de 45 ans n’ont pas le même visage, même quand ils portent la double couronne et une confiance personnelle sculptée dans le granit. Les chercheurs ont donc cherché à montrer à la fois l’individu âgé dont la momie conserve les traits, et le souverain dans une période plus proche de sa puissance politique.
Cette démarche rappelle que les reconstitutions du passé ne sont jamais de simples “avant/après” magiques. Elles reposent sur un faisceau d’indices : le crâne donne la structure générale, les tissus mous sont estimés par des méthodes médico-légales, et certains détails comme la couleur de peau, des yeux ou des cheveux doivent être interprétés avec prudence.
Scanner, anatomie et hypothèses : comment travaille une reconstitution faciale
La tomodensitométrie permet d’obtenir des images internes du corps sans détruire la momie. Dans le cas de Ramsès II, cette imagerie aide à distinguer les différentes couches : os, tissus conservés, bandages, matériaux de momification et éléments encore présents sur le visage.
À partir de ces données, un modèle 3D du crâne peut être établi. Les spécialistes ajoutent ensuite les volumes musculaires et les tissus mous selon des méthodes proches de celles utilisées en médecine légale. Le visage n’apparaît donc pas “automatiquement” en appuyant sur un bouton : il est reconstruit étape par étape, en combinant données anatomiques, références scientifiques et décisions artistiques contrôlées.
Crédit photo : G. Elliot Smith ; « Catalogue General Antiquites Egyptiennes du Musee du Caire : The Royal Mummies » ; Wikimedia Commons.
Ce type de travail ne concerne pas seulement les pharaons. Les progrès de l’imagerie médicale et de la modélisation 3D permettent aussi de mieux comprendre des individus beaucoup plus anciens, comme dans la reconstitution du visage d’un Égyptien de 30 000 ans. Dans les deux cas, le but est moins de produire une image spectaculaire que de rapprocher un individu lointain de notre regard contemporain.
Peut-on vraiment parler du “vrai visage” de Ramsès II ?
La formule “vrai visage de Ramsès II” est séduisante, et elle correspond à ce que beaucoup de lecteurs cherchent. Mais elle mérite une nuance : une reconstitution faciale n’est pas une photographie. Elle donne une hypothèse informée, pas une certitude absolue.
Les os déterminent une grande partie des volumes du visage, mais ils ne disent pas tout. Les rides, les expressions, la texture de la peau, la forme exacte des lèvres, certaines asymétries ou la manière dont un visage “vivait” au quotidien restent hors d’atteinte. Même la couleur de la peau, des yeux ou des cheveux repose sur des indices et sur le contexte historique, pas sur une image directe.
C’est précisément ce qui rend ces reconstructions intéressantes : elles ne prétendent pas remplacer l’histoire, elles lui donnent un point d’entrée visuel. Ramsès II cesse un instant d’être seulement une statue colossale, un nom de manuel ou une momie en vitrine. Il redevient un homme, avec un visage, un nez, une mâchoire, un regard reconstruit — bref, quelqu’un qu’on pourrait presque croiser, même si l’entretien serait probablement un peu tendu.
Ramsès II, un pharaon devenu icône
Ramsès II est l’un des souverains les plus célèbres de l’Égypte antique. Son règne exceptionnellement long, ses constructions monumentales et son usage très efficace de l’image royale ont largement contribué à sa postérité.
Il est associé à des sites majeurs comme Abou Simbel, au souvenir de la bataille de Qadesh, et à une diplomatie royale ambitieuse. Il est aussi parfois identifié, dans certaines traditions, au pharaon de l’Exode, même si cette association reste débattue et ne fait pas consensus historique.
La reconstitution de son visage s’inscrit donc dans une longue histoire de représentation. Les statues de Ramsès II montraient le roi tel que le pouvoir voulait le présenter : puissant, jeune, ordonné, presque intemporel. La reconstruction faciale, elle, part du corps réel conservé par la momification. Elle ne remplace pas les statues ; elle les complète avec une dimension beaucoup plus humaine.
Pour replacer cette démarche dans un autre contexte antique, on peut aussi voir des reconstitutions de visages de Jules César et d’autres personnages antiques. Là encore, ces images servent à réduire l’écart entre les grands noms de l’histoire et les personnes réelles qui se cachaient derrière les bustes, les monnaies et les récits.
Quand la 3D rapproche les mondes disparus
La reconstitution faciale n’est qu’une partie d’un mouvement plus large : utiliser les outils numériques pour redonner forme aux mondes anciens. Un visage, une ville, un temple ou une capitale disparue peuvent être modélisés, comparés, animés, discutés.
C’est ce qui rend ces images puissantes. Elles ne se contentent pas de dire “voici le passé” ; elles invitent à regarder comment on le reconstruit. Dans un registre urbain, un survol de la Rome antique en vidéo montre comment une ville disparue peut reprendre du volume grâce à la 3D. Et de l’autre côté de l’Atlantique, une reconstitution 3D de Tenochtitlan permet d’imaginer l’ancienne capitale mexicaine avant sa destruction.
Avec Ramsès II, l’échelle change : on ne reconstruit pas une ville, mais un visage. Pourtant, l’effet est comparable. Une distance de plus de trois millénaires se réduit brusquement. Le pharaon ne redevient pas vivant, mais il redevient regardable autrement qu’en profil gravé sur une paroi.
La vidéo de la reconstitution du visage de Ramsès II
Voici la vidéo présentant la reconstitution du visage de Ramsès II par tomodensitométrie, avec les portraits réalisés à partir de sa momie et des données anatomiques disponibles.
FAQ rapide
À quoi ressemblait Ramsès II ?
La reconstitution propose un visage au nez marqué, à la mâchoire forte et aux traits bien définis. Deux versions sont généralement montrées : Ramsès II âgé, proche de son apparence à la mort, et Ramsès II rajeuni autour de 45 ans.
La reconstitution montre-t-elle le vrai visage de Ramsès II ?
Elle montre une hypothèse très documentée, mais pas une certitude photographique. Les chercheurs travaillent à partir de la momie, du crâne, de données de tomodensitométrie, d’indices anatomiques et d’informations historiques.
Qui a réalisé la reconstitution du visage de Ramsès II ?
Le projet a été mené par le Face Lab de Liverpool John Moores University, avec Caroline Wilkinson, en collaboration avec Sahar Saleem, professeure de radiologie à l’Université du Caire et spécialiste des momies égyptiennes.
Pourquoi existe-t-il une version jeune de Ramsès II ?
Ramsès II est mort à un âge très avancé, autour de 90 ans. Les chercheurs ont donc produit une version correspondant à son âge au moment de sa mort, puis une version rajeunie autour de 45 ans pour montrer son apparence possible à l’époque de sa pleine activité.
Où se trouve la momie de Ramsès II ?
La momie de Ramsès II est conservée au National Museum of Egyptian Civilization, au Caire. Elle avait été déplacée dans l’Antiquité vers la cache royale de Deir el-Bahari afin de la protéger des pillages.
Sources pour aller plus loin
- Journal of Archaeological Science — Revealing the face of Ramesses II through computed tomography, digital 3D facial reconstruction and CGI
- Liverpool John Moores University — fiche de publication sur la reconstitution faciale de Ramsès II
- LJMU — Face of the Great Pharaoh revealed
- Live Science — Ancient Egyptian pharaoh Ramesses II’s face revealed in reconstruction
- National Museum of Egyptian Civilization — fiche de la momie de Ramsès II
- Face Lab LJMU / YouTube — Facial depiction of Ramesses II




en même temps, ce qui est pratique, c’est que c’est difficilement contestable ^^