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La première caméra-collier sur un loup sauvage [vidéo]

Imaginez suivre un loup sauvage dans les forêts du Minnesota, au ras du sol, tandis qu’il renifle les arbres, explore les sous-bois et cherche son prochain repas. C’est cette expérience inhabituelle que propose une caméra fixée au collier d’un loup, grâce à des images rendues publiques en avril 2021 par les scientifiques du Voyageurs Wolf Project.

L’expérience a réservé une surprise aux chercheurs. Le loup filmé, un mâle solitaire identifié sous le numéro V089, ne se contentait pas de parcourir les bois : il savait également pêcher. Ses vidéos ont apporté de nouvelles informations sur un comportement alimentaire longtemps peu documenté chez les loups de l’intérieur des terres.

Images filmées par une caméra-collier portée par le loup sauvage V089 dans le Minnesota
Images filmées depuis le collier du loup V089 dans les forêts du Minnesota. Capture de la vidéo originale du Voyageurs Wolf Project / YouTube.

À retenir

  • En avril 2021, le Voyageurs Wolf Project a dévoilé ce qu’il présentait comme les premières images obtenues avec une caméra-collier portée par un loup sauvage.
  • Le loup filmé, baptisé V089, était un mâle solitaire vivant dans le nord du Minnesota, aux États-Unis.
  • Son collier a enregistré de courtes séquences pendant 43 jours, du 28 avril au 9 juin 2020.
  • La caméra filmait 30 secondes au début de chaque heure de jour, soit environ sept minutes quotidiennes.
  • Les chercheurs ont notamment découvert des images montrant V089 en train de manger au moins trois poissons capturés le long de l’Ash River.

Une caméra installée sur un véritable loup sauvage

Le Voyageurs Wolf Project est un programme de recherche de l’université du Minnesota consacré à l’écologie et au comportement des loups dans le Greater Voyageurs Ecosystem, une vaste région de forêts, de lacs et de zones humides située autour du parc national des Voyageurs, près de la frontière canadienne.

Pour comprendre comment ces prédateurs utilisent leur territoire, les scientifiques combinent plusieurs méthodes : colliers GPS, caméras automatiques, observations de terrain et analyse des traces laissées par les animaux.

Au printemps 2020, ils ont décidé d’aller plus loin en équipant un loup sauvage d’un collier GPS intégrant une caméra vidéo.

L’animal choisi était V089, un mâle solitaire. Contrairement aux loups vivant au sein d’une meute, il se déplaçait seul sur son territoire.

Il s’agissait bien d’un loup sauvage, et non d’un chien présentant simplement une apparence lupine, comme le Tamaskan, une race de chien ressemblant à un loup.

La distinction a son importance : les chercheurs souhaitaient observer les comportements spontanés d’un prédateur évoluant librement dans son environnement naturel.

Le 14 avril 2021, ils ont publié les images en les présentant comme les premières séquences filmées depuis le collier d’un loup sauvage, à leur connaissance.

Cette précaution est importante : leur annonce ne constitue pas une démonstration qu’aucune autre équipe n’avait jamais essayé une méthode comparable.

Comment fonctionnait la caméra-collier du loup V089 ?

L’équipement provenait de l’entreprise Vectronic Aerospace, spécialisée dans les dispositifs électroniques de suivi des animaux sauvages.

Il s’agissait d’un collier Vertex Plus, associant un système GPS à une caméra miniature.

Le dispositif enregistrait les positions de l’animal à intervalles réguliers et capturait de courtes vidéos de son environnement immédiat.

Mais contrairement à une caméra sportive classique, il ne filmait pas en continu.

Seulement 30 secondes de vidéo par heure

La caméra était programmée pour enregistrer 30 secondes au début de chaque heure de jour, approximativement entre 6 heures et 20 heures.

Sur une journée comptant 14 heures de lumière, cela ne représentait donc que sept minutes d’images.

Ce fonctionnement limitait notamment la consommation d’énergie et le volume de données enregistrées.

Le collier a fonctionné pendant 43 jours, du 28 avril au 9 juin 2020, avant de se détacher automatiquement, conformément à sa programmation.

Les scientifiques ont ensuite pu récupérer et analyser les images.

Ces enregistrements offrent un aperçu inédit du quotidien du loup, mais ne constituent pas un film continu de ses journées. De nombreux événements ont nécessairement eu lieu entre deux séquences.

Une vue parfois gênée par la fourrure

Autre difficulté, assez amusante à constater : la caméra était placée autour du cou de V089, pas sur sa tête.

On ne voit donc pas exactement le monde à travers ses yeux.

L’objectif filme depuis sa poitrine et son cou, avec une partie de la fourrure du loup qui vient régulièrement obstruer l’image.

Entre les poils, les mouvements brusques et les changements d’orientation, les séquences sont parfois chaotiques.

Mais elles permettent tout de même d’observer l’animal lorsqu’il marche, renifle son environnement, se repose, se lèche les pattes ou examine des restes d’animaux.

Et surtout, elles ont révélé une habitude alimentaire particulièrement intéressante.

La découverte inattendue : un loup sauvage qui pêche

Le comportement le plus remarquable observé grâce à la caméra est celui de V089 lorsqu’il se nourrit de poissons.

Les images montrent le loup consommant trois poissons différents, tous capturés et mangés au même endroit, le long de l’Ash River, dans le Minnesota.

Compte tenu de la fréquence très limitée des enregistrements et du temps passé par l’animal sur place, les chercheurs estiment qu’il avait probablement capturé davantage de poissons.

La caméra ne permet toutefois pas de connaître le nombre exact de ses prises.

Cette découverte est importante parce qu’elle confirme que certains loups de cette région exploitent directement les ressources des cours d’eau.

Des loups pêcheurs déjà observés dans le Minnesota

Avant les images de V089, l’équipe avait notamment documenté la pêche chez les loups de la meute Bowman Bay.

Ces animaux capturaient des poissons d’eau douce dans un petit cours d’eau, notamment pendant les périodes où les poissons se rassemblaient pour se reproduire.

Les chercheurs pouvaient se demander si cette activité était une particularité propre à une seule meute ou si elle existait ailleurs dans la région.

Avec V089, la réponse est devenue plus claire.

Un loup solitaire pouvait lui aussi exploiter les poissons d’un autre cours d’eau.

Les chercheurs ont également recueilli des indices de pêche chez d’autres loups du secteur.

Une étude scientifique publiée en 2023 dans Royal Society Open Science a ensuite approfondi ces observations, en décrivant les comportements de pêche de plusieurs loups suivis entre 2017 et 2021.

Il ne s’agit pas de prétendre que les loups sont devenus des spécialistes de la pêche. Ce sont des prédateurs opportunistes, capables d’adapter leur alimentation aux ressources disponibles.

Dans certaines conditions, les poissons peuvent simplement représenter une proie accessible et intéressante.

Que nous apprend cette caméra sur la vie des loups ?

Une caméra portée directement par un animal offre un point de vue très différent de celui des pièges photographiques installés dans les bois.

Une caméra fixe ne filme que les animaux qui passent devant son objectif.

Un collier-caméra, lui, accompagne son porteur au fil de ses déplacements et peut enregistrer des activités qui se déroulent loin des sentiers surveillés.

Cette approche complète les informations fournies par les colliers GPS, qui permettent de connaître la position d’un animal sans nécessairement savoir ce qu’il fait.

Les scientifiques peuvent ainsi mieux comprendre certains comportements alimentaires, les déplacements individuels et l’utilisation de différents habitats.

Le Voyageurs Wolf Project utilise également des caméras automatiques pour suivre de nombreuses autres espèces.

L’une de ses vidéos montre par exemple les nombreux animaux qui empruntent un barrage de castors comme passage à travers une zone humide.

Ces installations permettent parfois de surprendre des comportements discrets, notamment chez les jeunes animaux. Le projet a ainsi filmé de jeunes louveteaux faisant leurs premiers essais de hurlement.

Les mêmes forêts abritent aussi d’autres prédateurs difficiles à observer, dont témoignent les images de lynx photographiés pendant l’hiver dans le Minnesota.

L’ensemble de ces observations contribue à mieux comprendre la vie sauvage d’un territoire où les grands prédateurs interagissent avec les castors, les cervidés, les poissons et de nombreuses autres espèces.

Quelques images supplémentaires du loup V089

En complément de la vidéo principale, le Voyageurs Wolf Project avait partagé deux publications Instagram consacrées à cette expérience.

La première publication date d’avril 2021 :

Voir la première publication du Voyageurs Wolf Project sur Instagram

La seconde présente d’autres images publiées par l’équipe scientifique :

Voir la seconde publication du Voyageurs Wolf Project sur Instagram

Ces documents complètent les images filmées depuis le collier et donnent un aperçu du travail réalisé sur le terrain.

Le plus surprenant reste probablement que quelques minutes d’enregistrement par jour aient suffi pour révéler une information aussi intéressante sur le comportement alimentaire d’un loup sauvage.

Sources pour aller plus loin

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