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Les animaux sauvages qui traversent un barrage de castors [vidéo]

Pendant plusieurs mois, une caméra automatique installée sur un barrage de castors dans le nord du Minnesota a enregistré les passages de la faune sauvage. L’ouvrage construit pour retenir l’eau s’est ainsi révélé être aussi un excellent pont, régulièrement emprunté pour franchir une zone humide sans avoir à se mettre à l’eau.

Les images ont été enregistrées par le Voyageurs Wolf Project entre juillet 2017 et janvier 2018, dans le Voyageurs National Park. La vidéo publiée sous le titre évoquant une période de huit mois montre surtout quelque chose que les biologistes connaissent bien : dans les paysages boréaux, un barrage de castors peut devenir une véritable voie de circulation pour de nombreux animaux.

Barrage de castors dans une forêt du Minnesota
Un barrage de castors près de la Baptism River, dans le Minnesota. Crédit photo Superior National Forest / USDA Forest Service (domaine public).

À retenir

  • La caméra a filmé le même barrage de castors de juillet 2017 à janvier 2018 dans le Voyageurs National Park, au Minnesota.
  • Les barrages peuvent servir de passages naturels à la faune dans des zones humides difficiles à traverser.
  • Le castor du Canada est considéré comme un véritable ingénieur d’écosystème, capable de modifier durablement l’écoulement de l’eau et les habitats.
  • Le Voyageurs Wolf Project utilise régulièrement des caméras automatiques près des barrages pour étudier les déplacements des loups et des autres animaux.
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  • La relation entre loups et castors est assez savoureuse : les loups peuvent emprunter les barrages construits par des animaux qu’ils chassent également.

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Des mois de passages filmés sur le même barrage de castors

La caméra avait été placée directement sur un barrage du Voyageurs National Park, vaste territoire de forêts, de lacs et de zones humides situé à l’extrême nord du Minnesota, près de la frontière canadienne.

Le piège photographique est resté en place entre juillet 2017 et janvier 2018. Il a donc enregistré le même endroit au fil des saisons, avec les changements de végétation, l’arrivée du froid puis de la neige.

L’intérêt de la séquence n’est pas seulement de voir défiler des animaux devant un objectif. Elle montre comment un élément du paysage créé par une espèce peut être utilisé par toute une communauté animale.

Un barrage constitue en effet une sorte de chaussée étroite entre deux rives. Pour un animal terrestre, quelques mètres de branches, de boue et de végétaux bien tassés peuvent éviter une traversée dans l’eau ou un long détour autour d’un étang.

Le principe rappelle, à une autre échelle, les écoducs construits pour permettre à la faune de franchir les routes. Sauf qu’ici, l’ingénieur chargé des travaux mesure environ un mètre avec la queue et travaille principalement avec ses incisives.

Pourquoi les barrages de castors deviennent-ils des autoroutes pour la faune ?

Le Voyageurs Wolf Project emploie une expression particulièrement parlante pour décrire ces ouvrages : des « wildlife highways », autrement dit des autoroutes pour la faune.

Dans les paysages du nord du Minnesota, les castors créent des étangs qui peuvent interrompre ou compliquer les déplacements terrestres. Mais le barrage responsable de cette retenue fournit en même temps un passage relativement stable au-dessus de l’eau.

Les biologistes du projet expliquent d’ailleurs installer régulièrement, notamment en hiver, des caméras sur ou à proximité des barrages. Les traces laissées dans la neige montrent que loups et autres animaux utilisent fréquemment ces endroits pour circuler.

La situation n’est pas propre au Minnesota. Dès qu’un élément étroit concentre les possibilités de franchissement — barrage, arbre tombé, passage rocheux — les déplacements de la faune peuvent converger vers lui. Une caméra placée au bon endroit devient alors une petite gare de triage du monde sauvage. C’est exactement ce que montre aussi cette rivière franchie par de nombreux animaux grâce à un simple tronc.

Le castor, un ingénieur des zones humides

Le castor du Canada (Castor canadensis) ne construit évidemment pas ses barrages pour faciliter la circulation de ses voisins. Son objectif est de ralentir l’eau et d’obtenir une profondeur suffisante autour de son territoire et de sa hutte.

Le National Park Service décrit les castors comme de véritables « ingénieurs de la nature ». En bloquant partiellement ruisseaux et petites rivières avec du bois, de la boue et des végétaux, ils créent des étangs et modifient parfois profondément le paysage.

Le Voyageurs National Park compte ainsi des centaines d’étangs de castors. Ces zones humides fournissent des habitats à de nombreuses espèces, notamment à des oiseaux d’eau, des animaux aquatiques et de grands mammifères.

Tout commence pourtant souvent avec des branches et de petits troncs. Les incisives du rongeur sont suffisamment efficaces pour venir rapidement à bout de certains arbres, comme le montre ce castor coupant un jeune peuplier en moins d’une minute.

Un chantier modeste à l’échelle d’une rivière peut ainsi modifier l’écoulement de l’eau, créer un étang, favoriser une zone humide… puis finir par devenir un pont pour les autres habitants de la forêt.

Pourquoi le Voyageurs Wolf Project surveille-t-il les barrages ?

Le Voyageurs Wolf Project est un programme de recherche lié à l’Université du Minnesota qui étudie l’écologie des loups dans le Greater Voyageurs Ecosystem. Le projet s’intéresse notamment à leur alimentation, leurs déplacements, leur reproduction et leur comportement pendant la saison sans neige.

Observer directement un loup dans les forêts denses du nord du Minnesota n’a rien de simple. Les chercheurs utilisent donc des colliers GPS, des caméras automatiques et, plus récemment, des dispositifs capables de filmer directement depuis l’animal. L’équipe a notamment obtenu des images tournées par une caméra-collier portée par un loup sauvage.

Les barrages de castors constituent des emplacements particulièrement intéressants pour les pièges photographiques parce qu’ils concentrent une partie des déplacements. Au lieu de placer une caméra au hasard parmi quelques milliers d’arbres, autant surveiller le pont du quartier.

Quand les loups empruntent les ouvrages construits par leurs proies

La relation entre les deux espèces ne s’arrête pas à la circulation.

Dans le nord du Minnesota, les castors font également partie des proies des loups, en particulier pendant la saison sans neige. Des travaux menés par l’Université du Minnesota et le Voyageurs Wolf Project ont montré que certains loups utilisent une technique d’affût : ils attendent parfois longtemps près des zones fréquentées par les castors avant de tenter une attaque.

Les chercheurs ont même montré que cette prédation pouvait avoir des conséquences indirectes sur les zones humides. Lorsqu’un loup tue un castor qui vient de s’installer dans un nouveau secteur, un barrage récemment construit peut ne plus être entretenu et finir par céder.

Voilà donc un constructeur dont les ouvrages profitent parfois à ses propres prédateurs. La nature n’a manifestement pas prévu de clause de non-concurrence dans le permis de construire.

Une seconde caméra a filmé un barrage pendant plus d’un an

Le Voyageurs Wolf Project a renouvelé l’expérience quelques années plus tard avec une caméra installée juste au sud du Voyageurs National Park.

Cette fois, les images couvrent la période allant de mars 2019 à avril 2020. La succession des saisons rend encore plus visible le rôle du barrage comme passage permanent à travers la zone humide.

Au-delà du petit défilé animalier, ces caméras rappellent surtout qu’un barrage de castors est bien davantage qu’un tas de branches posé dans une rivière. Il transforme l’eau, la végétation, les habitats et même les chemins empruntés par la faune alentour.

Sources pour aller plus loin

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