Dans la province du Balouchistan, au sud-ouest du Pakistan, se trouve une étonnante formation rocheuse appelée le Sphinx du Balouchistan, ou lion du Balouchistan. Perché au sommet d’un relief aride, ce sphinx naturel du Pakistan ressemble étrangement au célèbre Sphinx de Gizeh, en Égypte.
Situé dans le parc national de Hingol, le long de la route côtière de Makran, ce rocher possède ce qui paraît être une tête humaine, une coiffe de pharaon et un corps de lion allongé. Une ressemblance si troublante qu’elle a alimenté des théories sur l’existence d’un monument sculpté par une civilisation disparue. Pourtant, les études géologiques racontent une histoire bien différente.
Le Sphinx du Balouchistan, également appelé lion du Balouchistan, dans le parc national de Hingol au Pakistan. Crédit photo Bilal Mirza (CC BY 2.0).
À retenir
- Le Sphinx du Balouchistan, également appelé Balochistan Sphinx ou sphinx du Pakistan, est une formation rocheuse naturelle située dans le parc national de Hingol.
- Il se trouve près du col de Buzi, le long de la route côtière de Makran, dans la province pakistanaise du Balouchistan.
- Sa silhouette évoque le grand Sphinx de Gizeh, notamment par sa tête, son corps allongé et les reliefs rappelant une coiffe pharaonique.
- Certains auteurs ont affirmé qu’il pourrait s’agir d’un monument sculpté par une civilisation ancienne, mais aucune preuve archéologique convaincante ne soutient cette hypothèse.
- Les études géologiques expliquent cette formation par l’altération et l’érosion des roches sédimentaires du Makran.
- Le parc de Hingol abrite d’autres curiosités naturelles, dont la Princesse de l’espoir, une formation évoquant une silhouette féminine.
Où se trouve le Sphinx du Balouchistan ?
Le Sphinx du Balouchistan se dresse près du col de Buzi, dans le district de Lasbela, au sein du parc national de Hingol. Ce vaste espace protégé est situé sur la côte du Makran, à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Karachi.
La route côtière de Makran, également connue sous le nom de Makran Coastal Highway, traverse des paysages spectaculaires de montagnes dénudées, de vallées désertiques et de falaises découpées. Elle permet d’apercevoir plusieurs formations rocheuses insolites, dont ce curieux sphinx.
La région est également connue pour ses plages, ses volcans de boue et le fleuve Hingol, qui traverse le parc avant de rejoindre la mer d’Arabie.
Contrairement à ce que certaines descriptions laissent entendre, le Sphinx du Balouchistan ne se situe pas dans la vallée de l’Indus proprement dite. Il appartient aux reliefs de la côte du Makran, une région géologique et géographique distincte.
Une étrange ressemblance avec le Sphinx de Gizeh
De loin, le Sphinx du Balouchistan possède une silhouette étonnamment proche de celle du célèbre monument égyptien.
On distingue une sorte de visage humain de profil, un front, un nez et un menton. Les reliefs situés derrière la tête peuvent évoquer le némès, la coiffe traditionnelle des pharaons, tandis que la masse rocheuse horizontale ressemble au corps d’un lion couché.
La comparaison devient encore plus frappante lorsqu’on observe uniquement la partie supérieure du rocher.
Gros plan sur la tête du Sphinx du Balouchistan, dont les contours naturels évoquent un visage humain coiffé d’un némès. Image recadrée à partir d’une photographie de Bilal Mirza (CC BY 2.0).
Ces similitudes ont amené certains observateurs à se demander si le rocher pouvait être une sculpture monumentale, réalisée par une civilisation très ancienne puis oubliée.
Mais l’interprétation de ces formes dépend beaucoup du point de vue. Ce qui apparaît comme un visage parfaitement reconnaissable sous un certain angle peut devenir un simple relief irrégulier lorsqu’on change de perspective.
C’est précisément ce phénomène qui contribue au mystère du Sphinx du Pakistan.
Le prétendu temple du Balouchistan et la théorie de Bibhu Dev Misra
L’un des principaux défenseurs de l’hypothèse d’une construction humaine est Bibhu Dev Misra, un auteur indépendant qui s’intéresse aux civilisations anciennes et à leurs traditions.
Selon lui, le Sphinx du Balouchistan ne serait pas une simple formation géologique, mais une sculpture monumentale appartenant à un vaste complexe architectural oublié.
À proximité du rocher, il croit notamment distinguer les vestiges d’un ancien temple hindou, avec un hall d’entrée, des piliers taillés dans la roche, des escaliers et diverses structures artificielles.
Certaines formes seraient même, selon son interprétation, des représentations des divinités hindoues Ganesh et Kartikeya.
L’auteur suppose qu’une partie de cet ensemble aurait été recouverte de sédiments et profondément altérée par l’érosion, ce qui expliquerait la disparition de ses détails architecturaux.
Ces affirmations ont ensuite circulé sur de nombreux sites consacrés aux mystères archéologiques et aux civilisations disparues.
Le problème est qu’elles reposent essentiellement sur l’interprétation visuelle de formes rocheuses. Aucun ensemble de vestiges archéologiques documentés, d’outils de taille, d’inscriptions ou de preuves de construction ne permet actuellement de confirmer l’existence du temple supposé.
Il serait toutefois incorrect de considérer l’absence de preuves comme une démonstration définitive de l’impossibilité de toute intervention humaine. Simplement, l’hypothèse d’un monument artificiel n’est pas étayée, alors qu’une explication géologique existe.
Une formation naturelle sculptée par l’érosion
L’explication scientifiquement étayée de l’origine du Sphinx du Balouchistan est beaucoup moins mystérieuse, mais tout aussi étonnante : ce sont les processus naturels d’altération et d’érosion qui ont modelé sa silhouette.
Le parc national de Hingol se trouve dans une région tectoniquement active, à proximité de la zone où la plaque arabique s’enfonce sous la marge eurasiatique.
Ce contexte géologique a contribué à soulever, plisser et déformer d’importantes séries de roches sédimentaires. Dans le secteur du Sphinx, on trouve notamment des alternances de marnes, de schistes argileux, de siltites et de grès.
Toutes ces roches ne résistent pas de la même manière à l’érosion. Les matériaux les plus tendres se désagrègent plus rapidement, tandis que les couches plus résistantes peuvent subsister sous forme de corniches, de blocs et de reliefs isolés.
Le vent, la pluie, les variations de température et le ruissellement accentuent progressivement ces différences.
Le Sphinx du Balouchistan dans son environnement géologique naturel. Crédit photo Salman (CC BY-SA 4.0).
Une étude scientifique publiée en 2021 dans la revue Geoheritage décrit précisément les caractéristiques géologiques et géomorphologiques du parc de Hingol. Les chercheurs y présentent le Sphinx du Balouchistan comme l’un des remarquables reliefs naturels façonnés par les processus d’altération et d’érosion.
Une autre étude publiée en 2025, associant observations géologiques de terrain et données satellitaires, confirme l’importance du patrimoine géologique du parc.
La NASA décrit elle aussi explicitement le Sphinx du Balouchistan comme une formation rocheuse naturelle ressemblant au grand Sphinx de Gizeh.
Autrement dit, nul besoin d’imaginer une dynastie de sculpteurs oubliés pour expliquer son apparence.
La paréidolie, ou l’art de reconnaître des visages partout
La ressemblance avec le monument égyptien est renforcée par un phénomène bien connu : la paréidolie.
Notre cerveau est particulièrement efficace pour reconnaître des visages et des silhouettes familières, même lorsque ceux-ci ne sont constitués que de formes aléatoires.
C’est ce qui nous fait voir un visage dans une façade, un animal dans les nuages ou encore une tête d’ours à la surface de Mars.
Les reliefs naturels peuvent ainsi prendre une apparence presque intentionnelle. Certains sont suffisamment réguliers pour susciter des interrogations sur leur origine, comme cette montagne en forme de pyramide en Antarctique.
Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement les silhouettes humaines. En Chine, le rocher éléphant de Guilin semble représenter un pachyderme plongeant sa trompe dans l’eau, alors qu’il s’agit également d’une formation naturelle.
Et en Argentine, le Cono de Arita présente une géométrie si régulière qu’il ressemble à une pyramide presque parfaite au milieu d’un désert de sel.
La Princesse de l’espoir, une autre sculpture naturelle du parc de Hingol
Le Sphinx du Balouchistan n’est pas la seule curiosité rocheuse du parc national de Hingol.
À proximité de la route côtière se trouve également la Princesse de l’espoir, ou Princess of Hope, une formation naturelle qui évoque la silhouette d’une femme debout, regardant vers l’horizon.
Son nom aurait été popularisé par l’actrice Angelina Jolie lors d’une visite au Pakistan en 2002.
La Princesse de l’espoir, formation rocheuse naturelle du parc national de Hingol au Pakistan, évoquant une silhouette féminine. Crédit photo Furqanlw (CC BY-SA 4.0).
Sa ressemblance avec une statue humaine s’explique par les mêmes phénomènes géologiques que ceux qui ont donné naissance au Sphinx : l’érosion différentielle de couches rocheuses aux résistances variables.
Ces deux curiosités ne sont que quelques exemples des paysages inhabituels de Hingol, qui abrite également des falaises aux formes tourmentées, des plages sauvages et des volcans de boue.
Les formations rocheuses les plus spectaculaires du parc sont ainsi devenues des attractions touristiques et des sujets d’étude pour les géologues.
Le Sphinx du Balouchistan : monument perdu ou illusion naturelle ?
L’histoire du Sphinx du Balouchistan illustre à quel point un paysage naturel peut nourrir l’imagination.
Il suffit d’une tête vaguement humaine, d’un corps allongé et de quelques lignes rappelant une architecture ancienne pour faire naître l’hypothèse d’une civilisation oubliée.
Cette théorie a le mérite d’être spectaculaire, mais elle n’est pas étayée par des découvertes archéologiques. Les caractéristiques géologiques du lieu fournissent en revanche une explication cohérente et documentée.
Le Pakistan possède de véritables monuments anciens, dont certains restent méconnus et menacés, comme le tombeau de Bibi Jawindi à Uch Sharif, remarquable mausolée du XVe siècle.
Quant au Sphinx du Balouchistan, son origine naturelle ne lui enlève rien de sa singularité. La géologie peut parfois produire des sculptures suffisamment convaincantes pour faire douter de l’absence de sculpteur.
Vidéo : le mystère du Sphinx du Balouchistan démystifié
Voici une vidéo consacrée au Sphinx du Balouchistan, à sa ressemblance avec le monument égyptien et aux arguments avancés pour expliquer son origine naturelle.
Sources pour aller plus loin
- NASA Earth Observatory – Hingol National Park et ses formations rocheuses naturelles
- Geoheritage (2021) – Geological and Geomorphological Characteristics of Hingol National Park
- Geoheritage (2025) – Unlocking the Geoheritage Potential of Hingol National Park
- Historic Mysteries – The Balochistan Sphinx and the theories about its origin




