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Camouflage de sauterelle : Haemodiasma presque invisible sur l’écorce [vidéo]

Il faut parfois attendre que l’animal bouge pour comprendre ce que l’on regarde. Dans cette vidéo tournée par le photographe naturaliste David Weiller près du Río Napo, dans la région de Yasuní en Équateur, une sauterelle du genre Haemodiasma se confond presque totalement avec l’écorce sur laquelle elle est posée.

Ses couleurs, ses motifs et les irrégularités de son corps brouillent sa silhouette au point qu’elle semble faire partie du tronc. Ce camouflage de sauterelle est un bel exemple de crypsis : plutôt que de ressembler exactement à un autre animal, l’insecte devient simplement extrêmement difficile à distinguer de son environnement.

Sauterelle Haemodiasma camouflée sur une écorce en Équateur
Une sauterelle Haemodiasma sp. camouflée sur une écorce près du Río Napo, dans la région de Yasuní en Équateur. Image extraite d’une vidéo de David Weiller.

À retenir

  • L’insecte filmé par David Weiller est identifié prudemment comme Haemodiasma sp. : son espèce exacte n’est pas établie.
  • Le genre Haemodiasma appartient aux Tettigoniidae, la famille des sauterelles à longues antennes appelées katydids en anglais nord-américain.
  • Son camouflage repose notamment sur des couleurs, motifs et reliefs proches de ceux de son support.
  • En biologie, on parlera surtout de crypsis lorsque l’apparence d’un animal réduit les chances qu’il soit détecté.
  • La vidéo a été tournée dans la région de Yasuní en Équateur, au cœur de la haute Amazonie.

Une sauterelle Haemodiasma presque indétectable sur l’écorce

La sauterelle filmée appartient au genre Haemodiasma, un groupe de Tettigoniidae néotropicaux.

Il serait tentant de l’identifier comme Haemodiasma tessellata, une espèce particulièrement spectaculaire du même genre, mais les informations associées à la vidéo de David Weiller restent volontairement plus prudentes : Haemodiasma sp.

Autrement dit, le genre est identifié, mais pas nécessairement l’espèce.

C’est une précision utile, car plusieurs espèces peuvent partager des formes et des stratégies de camouflage comparables.

Haemodiasma tessellata, sauterelle camouflée dans la végétation


Haemodiasma tessellata, une espèce du même genre que la sauterelle filmée par David Weiller, photographiée au Costa Rica. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

Comment fonctionne ce camouflage de sauterelle ?

Le premier élément saute aux yeux une fois l’insecte repéré : ses teintes se rapprochent fortement de celles de son environnement.

Mais un bon camouflage ne repose pas uniquement sur la couleur.

Les motifs irréguliers et les reliefs du corps empêchent également l’œil de reconnaître immédiatement une silhouette d’insecte. Les contours habituels des pattes, des ailes ou de l’abdomen se mélangent visuellement aux ombres, aux lichens et aux aspérités du support.

Les biologistes regroupent sous le terme de camouflage différentes stratégies qui rendent un animal plus difficile à détecter ou à reconnaître.

La crypsis concerne plus particulièrement les caractères qui réduisent les chances d’être détecté alors même que l’animal reste visible. La ressemblance avec le fond, appelée background matching, en est l’un des mécanismes les plus classiques.

C’est exactement le petit jeu que propose cette sauterelle : elle est bien devant les yeux, mais le cerveau tarde à comprendre qu’il y a un insecte dans l’image.

Ce genre de disparition visuelle atteint parfois des sommets chez les Tettigoniidae, comme chez cette sauterelle lichen dont le corps semble couvert de végétation.

Pourquoi bouge-t-elle aussi lentement ?

Dans la vidéo, l’insecte avance avec une certaine lenteur.

Il faut rester prudent sur son intention : on ne peut pas regarder quelques secondes d’images et conclure que la sauterelle « décide » de ralentir spécifiquement pour tromper un prédateur.

En revanche, le comportement peut participer à l’efficacité générale d’un camouflage. Un animal parfaitement accordé à son arrière-plan devient brusquement beaucoup plus facile à repérer dès qu’un mouvement trahit sa présence.

Chez les animaux cryptiques, apparence et comportement peuvent ainsi fonctionner ensemble pour réduire la détection.

Ici, même lorsque la sauterelle commence à se déplacer, ses motifs restent si proches de ceux de son support qu’il faut quelques secondes pour suivre correctement sa progression.

Camouflage, mimétisme ou crypsis ?

Dans le langage courant, on parle souvent de « mimétisme » pour tout animal qui ressemble à son environnement.

Le terme n’est pas absurde, mais il recouvre en biologie des phénomènes différents.

Le mimétisme désigne généralement une ressemblance avec un autre organisme ou un objet identifiable. Une chenille qui ressemble à un serpent, par exemple, donne à l’observateur une fausse identité à interpréter.

Dans la crypsis, l’objectif est plutôt de ne pas être détecté du tout.

Une sauterelle dont les couleurs et les motifs se confondent avec l’écorce relève donc surtout du camouflage cryptique, même si la frontière entre crypsis, masquerade et mimétisme peut devenir moins nette chez certaines espèces.

Le règne des insectes est particulièrement généreux dans ce domaine. Le bucéphale ressemble par exemple à un morceau de branche cassée, tandis que Pogonogaster tristani disparaît presque dans les lichens.

Sauterelle lichen camouflée dans la végétation en Équateur
Une autre sauterelle spécialiste du camouflage, photographiée en Équateur et identifiée sur Wikimedia Commons comme Dysonia simplicipes. Crédit photo Pavel Kirillov (CC BY-SA 2.0).

Yasuní, un terrain idéal pour les spécialistes du camouflage

La scène filmée par David Weiller se déroule près du Río Napo, dans la région de Yasuní, en Amazonie équatorienne.

La réserve de biosphère de Yasuní est reconnue par l’UNESCO depuis 1989. Elle appartient au bassin supérieur de l’Amazone et est considérée comme l’une des régions présentant la plus forte diversité biologique par unité de surface au monde.

Son immense forêt tropicale offre une quantité presque infinie de supports visuels : feuilles fraîches ou mortes, troncs, écorces, mousses, lichens et branches.

Dans cet environnement où prédateurs et proies vivent littéralement les uns sur les autres, ne pas être vu peut devenir un sérieux avantage.

Forêt amazonienne de Yasuní en Équateur
La forêt tropicale de Yasuní en Amazonie équatorienne, région où David Weiller a filmé la sauterelle Haemodiasma. Crédit photo ALAI – Agencia Latinoamericana de Información (CC BY-SA 4.0).

Les sauterelles sont loin d’être les seules championnes du camouflage

Feuilles, brindilles, écorce, fleurs, mousse ou fientes d’oiseaux : l’évolution a produit chez les insectes une belle collection de déguisements qui n’ont nécessité ni costume ni maquillage.

Les Tettigoniidae sont particulièrement connus pour leurs formes rappelant la végétation, mais les papillons, mantes, phasmes, chenilles et coléoptères utilisent eux aussi des stratégies comparables.

Une sélection de ces insectes qui semblent déguisés en feuilles, branches ou autres éléments de leur environnement permet d’ailleurs de mesurer jusqu’où le camouflage peut aller.

Dans le cas de cette Haemodiasma, il suffit toutefois d’une écorce bien choisie et de quelques mouvements discrets pour réussir un numéro de disparition particulièrement efficace.

Davantage de photographies et de vidéos naturalistes sont disponibles sur le site de David Weiller.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Camouflage de sauterelle : Haemodiasma presque invisible sur l’écorce [vidéo]”

  1. Retour de ping : Le stupéfiant camouflage d'une chenille en tarentule [video] - 2Tout2Rien

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