Le bucéphale, Phalera bucephala, est un papillon nocturne au camouflage si réussi que l’on pourrait tout simplement l’appeler le papillon bout de bois.
Ce petit lépidoptère de la famille des Notodontidae ressemble à s’y méprendre à un rameau cassé : ses ailes gris argenté évoquent l’écorce tandis que leurs extrémités jaune-beige donnent l’illusion du bois clair visible à l’intérieur d’une branche fraîchement brisée.
Bucéphale adulte, Phalera bucephala, avec ses ailes repliées qui lui donnent l’apparence d’un morceau de branche. Crédit photo Patrick Clement (CC BY 2.0).
À retenir
- Le Bucéphale (Phalera bucephala) est un papillon de nuit commun en France et en Europe.
- Son envergure tourne autour de 4 à 6 cm, et certainement pas 60 cm.
- Au repos, ses ailes repliées lui donnent l’apparence remarquable d’un rameau cassé.
- Ses chenilles jaunes et noires vivent d’abord en groupes et se nourrissent des feuilles de nombreux arbres feuillus.
- L’espèce passe l’hiver sous forme de chrysalide dans le sol.
- Le papillon adulte ne se nourrit pas : il vit grâce aux réserves accumulées pendant son stade larvaire.
Détail de la tête et du thorax d’un Bucéphale. Crédit photo gailhampshire (CC BY 2.0).
Le papillon bout de bois, commun en Europe
Le Bucéphale est largement répandu dans le Paléarctique : on le rencontre dans toute la France et dans une grande partie de l’Europe, jusqu’en Asie orientale. Il fréquente surtout les forêts de feuillus, les lisières, les parcs, les jardins et les friches arborées.
Selon les régions, les adultes sont surtout observés de la fin du printemps au cœur de l’été. Les données britanniques culminent en juin et juillet, tandis que les observations françaises peuvent commencer dès la fin mai et se prolonger jusqu’en août.
L’espèce est également appelée Lunule ou Porte-écu jaune. Son nom scientifique bucephala vient d’un terme grec signifiant « tête de taureau », également à l’origine du nom Bucéphale porté par le célèbre cheval d’Alexandre le Grand.
Bucéphale adulte photographié près d’une lisière forestière en Saxe. Crédit photo Radler59 (CC BY-SA 4.0).
Un camouflage qui imite une branche cassée
Le tour de passe-passe fonctionne surtout lorsque le papillon reste immobile, ailes serrées contre son corps. Sa silhouette devient cylindrique, les zones grisâtres rappellent l’écorce et les taches couleur chamois situées aux extrémités simulent le bois mis à nu par une cassure.
Ce camouflage va un peu plus loin qu’une simple couleur adaptée au décor : le prédateur ne doit pas seulement avoir du mal à voir le papillon, il peut carrément le prendre pour un objet sans intérêt alimentaire.
En biologie, cette stratégie est parfois qualifiée de « mascarade » : l’animal reste visible, mais il ressemble suffisamment à une branche, une feuille ou un autre élément de son environnement pour ne pas être identifié comme une proie.
Le règne des insectes a produit quelques spécialistes du genre. Kallima inachus pousse par exemple l’imitation jusqu’à ressembler à une véritable feuille morte, tandis que cette sélection d’insectes qui semblent déguisés en tout autre chose montre que la branche cassée est loin d’être le seul costume disponible.
Bucéphales adultes au repos. Crédit photo Lukas Large (CC BY-SA 2.0).
La chenille du Bucéphale est beaucoup moins discrète
Voilà où le déguisement change totalement de registre. Contrairement au papillon adulte, la chenille du Bucéphale ne ressemble pas vraiment à un bout de bois. D’autres chenilles ont en revanche poussé cette stratégie beaucoup plus loin, comme cette chenille-bâton capable de se faire passer pour une véritable branche.
Elle est jaune, marquée de noir, couverte de poils assez visibles et les jeunes chenilles vivent en groupes. Elles peuvent se rassembler en nombre sur une même branche et consommer une bonne partie de son feuillage.
Cette vie grégaire explique probablement une partie des recherches autour de « chenille bout de bois » : la chenille appartient bien au fameux papillon bout de bois, mais elle-même n’a rien d’une brindille particulièrement convaincante.
Chenilles de Bucéphale, Phalera bucephala. Crédit photo Beentree (CC BY-SA 3.0).
Les chenilles sont polyphages et apprécient de nombreux feuillus : chênes, saules, bouleaux, peupliers, aulnes, hêtres, ormes, tilleuls ou noisetiers figurent parmi leurs plantes-hôtes.
Elles peuvent parfois défolier entièrement certaines branches lorsqu’elles sont nombreuses, mais le Bucéphale reste une espèce commune et cette consommation de feuillage fait partie de son cycle naturel.
Une vie adulte très brève et sans repas
Après leur développement, les chenilles quittent leur plante-hôte et gagnent le sol. Elles s’y transforment en chrysalides dans une petite cavité et c’est généralement sous cette forme que l’espèce passe l’hiver.
Au printemps ou au début de l’été suivant, les adultes émergent. La femelle pond ensuite ses œufs en groupes bien ordonnés sur la face inférieure des feuilles, et une nouvelle génération de chenilles commence à grignoter les arbres.
Bucéphale adulte, Phalera bucephala. Crédit photo Radler59 (CC BY-SA 4.0).
Le papillon adulte a alors une priorité assez claire : se reproduire. Il ne se nourrit plus et fonctionne avec l’énergie accumulée pendant sa vie de chenille.
Cette stratégie existe chez plusieurs grands papillons nocturnes. Elle atteint des proportions encore plus spectaculaires chez le papillon Atlas, autre adulte qui vit essentiellement sur les réserves constituées par sa chenille.
Autrement dit, le Bucéphale passe sa jeunesse à manger des feuilles et sa vie d’adulte à ressembler à du bois. Chacun son programme.
Vidéo du papillon bout de bois
Voici une petite vidéo montrant ces étonnants Bucéphales, Phalera bucephala :
Bucéphale adulte au repos. Crédit photo gailhampshire (CC BY 2.0).
Le Bucéphale n’est évidemment pas le seul insecte capable de disparaître devant nos yeux. Sur une écorce appropriée, cette sauterelle Haemodiasma devient elle aussi presque indétectable, avec une stratégie différente mais un résultat tout aussi efficace.
Sources pour aller plus loin
- Oreina / Artemisiae – Phalera bucephala en France
- Butterfly Conservation – Buff-tip, Phalera bucephala
- UKMoths – Buff-tip
- Forest Research – chenilles de Bucéphale et autres espèces présentes sur les chênes
- Polish Journal of Agronomy – biologie de Phalera bucephala






