Quand on pense à la coiffure de la princesse Leia, on voit aussitôt apparaître ses deux célèbres rouleaux de cheveux de chaque côté de la tête, ces fameux macarons capillaires devenus l’un des signes visuels les plus reconnaissables de la pop culture. Ce que l’on sait moins, c’est que cette silhouette évoque très fortement une coiffure traditionnelle hopi portée par de jeunes femmes non mariées. Derrière l’image galactique se cache donc une parenté bien plus terrestre, bien plus ancienne, et nettement plus intéressante qu’un simple caprice de coiffure hollywoodienne.
À retenir :
la coiffure “à macarons” de Leia rappelle très clairement une coiffure hopi en larges boucles latérales, associée à de jeunes femmes non mariées. La ressemblance visuelle est forte, même si l’histoire exacte de cette inspiration est un peu plus nuancée qu’on ne le lit souvent.
Une coiffure bien réelle, bien avant Star Wars
La coiffure hopi dont il est question n’a rien d’une légende inventée après coup pour enjoliver l’histoire de Star Wars. Elle existait bien avant l’arrivée de Leia sur les écrans et s’inscrivait dans un cadre culturel précis. Il ne s’agissait pas d’un simple effet de style, mais d’une coiffure codée, liée à la jeunesse féminine et à une étape particulière de la vie. Vue ainsi, la parenté avec Leia prend tout de suite une autre ampleur : on ne parle plus seulement d’une coiffure originale de science-fiction, mais d’une forme ancienne que le cinéma a réinterprétée.
Cette continuité apparaît d’autant mieux lorsqu’on regarde d’anciens portraits de jeunes Amérindiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. On y voit à quel point les cheveux, les vêtements et les postures pouvaient porter un langage social et culturel, bien au-delà de la simple apparence.
La coiffure de Leia vient-elle vraiment des Hopi ?
C’est ici qu’il faut éviter les raccourcis trop commodes. Dire que Leia “copie” exactement une coiffure hopi serait aller trop vite. Dire qu’il n’y a aucun rapport serait tout aussi maladroit. La vérité se situe entre les deux : la parenté visuelle est très nette, mais les explications données au fil du temps autour de la création du personnage ont varié.
George Lucas a expliqué avoir cherché, pour Leia, quelque chose qui ne soit pas soumis à la mode du moment, avec une inspiration venant du sud-ouest et du Mexique du tournant du XXe siècle. Plus tard, d’autres témoignages liés à l’univers Star Wars ont relié beaucoup plus explicitement la coiffure de Leia à un modèle hopi, en expliquant que la technique d’origine n’avait pas été reproduite fidèlement sur le tournage. Au fond, c’est peut-être ce léger flottement qui rend l’histoire encore meilleure : Hollywood a simplifié une forme plus complexe, mais la silhouette initiale reste suffisamment puissante pour demeurer reconnaissable des décennies plus tard.
Pourquoi parle-t-on de coiffure à macarons ?
En français, on parle volontiers de coiffure à macarons parce que les deux volumes latéraux de Leia évoquent immédiatement deux pâtisseries bien rondes, parfaitement symétriques. L’image fonctionne très bien, elle est parlante, et elle s’est imposée presque naturellement. Mais elle simplifie aussi beaucoup la coiffure hopi d’origine, qui relevait d’un véritable savoir-faire et d’un code culturel précis.
Ce type de raccourci visuel n’est d’ailleurs pas propre à Leia. Dès qu’une coiffure ancienne ou traditionnelle arrive dans le regard contemporain, elle est souvent réduite à sa forme la plus frappante. Pourtant, certaines coupes racontent bien davantage que leur seule silhouette, comme le montre par exemple l’étonnante coupe Amasunzu du Rwanda ou encore ces coiffures de femmes malgaches du début du XXe siècle, où les cheveux deviennent eux aussi un véritable signe identitaire.
Ce que symbolisait cette coiffure chez les Hopi
Chez les Hopi, cette coiffure n’était pas portée au hasard. Elle était associée aux jeunes femmes non mariées et marquait une étape de la vie. C’est ce qui donne au parallèle avec Leia une profondeur inattendue. Les fameux macarons de la princesse ne sont plus seulement un détail de costume ingénieux ou une trouvaille graphique réussie ; ils renvoient aussi, même sous une forme transformée, à une coiffure qui disait déjà quelque chose du passage à l’âge adulte, de la place dans la communauté et de l’identité féminine.
Cette lecture change complètement l’image. On ne regarde plus simplement une héroïne de science-fiction coiffée de manière étrange ; on perçoit aussi comment une forme traditionnelle, une fois passée par le filtre hollywoodien, peut devenir une icône mondiale en perdant une partie de son sens d’origine tout en en conservant encore l’écho.
Une technique bien plus élaborée qu’il n’y paraît
La coiffure hopi traditionnelle ne consistait pas à enrouler vaguement deux mèches sur les côtés pour obtenir un effet rond à peu près photogénique. Elle demandait une mise en forme précise, avec un support permettant de structurer ces larges boucles latérales. C’est justement cette sophistication qui explique pourquoi la version de Leia paraît proche, mais pas identique. Le cinéma en a retenu l’impact visuel, pas toute la finesse du procédé.
Ce passage d’une technique complexe à une version simplifiée explique aussi pourquoi la coiffure de Leia est devenue si immédiatement mémorisable. En quelques secondes, elle se reconnaît entre mille. Ce n’est plus seulement une coiffure, c’est presque un logo capillaire. Et il faut admettre que pour deux rouleaux de cheveux, la carrière est assez remarquable.
Les Hopi, un peuple bien réel, pas un simple décor d’inspiration
Il faut aussi rappeler une évidence que beaucoup de contenus sur le sujet oublient : les Hopi ne sont pas une image figée dans un passé lointain. Il s’agit d’un peuple autochtone bien réel, avec une culture vivante, une histoire propre et un territoire situé dans le nord-est de l’Arizona. Réduire leur coiffure à une simple anecdote esthétique liée à Star Wars revient à couper l’image de tout ce qui lui donne sa profondeur.
Cette question du regard porté sur les femmes amérindiennes apparaît très bien dans les portraits d’Ah-Weh-Eyu peints par Goldie Jamison Conklin, où beauté, mise en scène et représentation extérieure se mêlent étroitement. Là encore, les cheveux, les ornements et la présentation de soi ne sont jamais de simples détails : ils participent d’une construction visuelle et culturelle beaucoup plus large.
Hopi est un diminutif de Hopituh Shi-nu-mu qui signifie le peuple pacifique. Un peuple d’agriculteurs, une tribu matriarcale, du nord-est de l’Arizona qui fait parti du groupe amérindien des Pueblos.
Une icône pop coiffée par l’histoire
C’est sans doute ce qui rend cette histoire si réussie. D’un côté, une coiffure hopi traditionnelle, codée, ancienne, liée à un statut précis. De l’autre, l’une des coiffures les plus célèbres de toute la culture populaire mondiale. Entre les deux, il y a le cinéma, ses réinterprétations, ses approximations, et sa prodigieuse capacité à faire passer une forme ancienne pour une invention futuriste.
On retrouve d’ailleurs ce même pouvoir visuel dans ces démonstrations de coiffures féminines hongroises du début du XXe siècle ou dans les coiffures marcellées aux ondes Marcel des années 1920, où le travail du cheveu devient lui aussi un véritable langage. Leia appartient à cette famille d’images qui ne se contentent pas d’habiller un visage : elles racontent instantanément quelque chose, avant même qu’un personnage ouvre la bouche.
Une coiffure venue de loin, devenue universelle
La coiffure de Leia ne sort donc pas de nulle part. Elle doit beaucoup à une forme plus ancienne, plus codée et plus enracinée, même si le passage par Hollywood en a arrondi les contours et simplifié le sens. C’est sans doute ce qui explique sa force durable : elle semble purement futuriste, alors qu’elle transporte en réalité un héritage beaucoup plus ancien.
Et c’est peut-être là le plus beau paradoxe de cette histoire. La science-fiction aime donner l’impression d’inventer le monde de demain, mais elle commence souvent par recycler, transformer et styliser des formes venues d’hier. Dans le cas de Leia, l’espace n’a pas inventé les macarons capillaires : il s’est contenté de les expédier dans une galaxie lointaine.
Sources pour aller plus loin
• Université de l’Utah – coiffure hopi traditionnelle de jeune fille
• Time – les explications de George Lucas sur la coiffure de Leia
• StarWars.com – retour sur l’origine visuelle de la coiffure de Leia
• Hopi Tribe – site officiel de la nation hopi































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