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Les lacs d’Ubari, splendides oasis au milieu du désert

Au cœur du Fezzan, dans le sud-ouest de la Libye, quelques taches d’eau et de végétation apparaissent entre les immenses dunes de l’erg d’Ubari. Parmi elles, Umm al-Maa et Gaberoun offrent l’une de ces images presque irréelles où des palmiers bordent un lac en plein Sahara.

Ces lacs ne sont pourtant pas de simples flaques miraculeusement oubliées par le désert. Ils sont liés à une histoire climatique et hydrologique complexe : le Fezzan a connu plusieurs grandes périodes humides, parfois avec d’immenses lacs, tandis que les plans d’eau actuels occupent des dépressions entre les dunes et dépendent largement des eaux souterraines.

Lac Umm al-Maa au milieu des dunes de l’erg d’Ubari en Libye
Umm al-Maa dans l’erg d’Ubari ; le lac Mandara, déjà asséché lors de la prise de vue en 2010, apparaît à l’arrière-plan. Crédit photo Jürgen Büttner (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Les lacs d’Ubari se trouvent dans le Fezzan, au sud-ouest de la Libye, au milieu d’un vaste erg saharien.
  • Le Fezzan a connu plusieurs épisodes climatiques humides et un immense paléolac, le Megafezzan, a pu atteindre environ 135 000 km² lors de certaines phases anciennes.
  • Les petits lacs actuels ne sont pas simplement les restes directs de ce mégalac : ils occupent des dépressions interdunaires et sont largement alimentés par les eaux souterraines.
  • Umm al-Maa et Gaberoun comptent parmi les lacs-oasis les plus connus de l’erg d’Ubari.
  • Certains anciens lacs, comme Mandara, se sont fortement réduits ou asséchés.
  • Les voyages en Libye sont actuellement formellement déconseillés par le ministère français des Affaires étrangères.

Les lacs d’Ubari, des oasis au cœur du Fezzan

L’erg d’Ubari, également appelé Awbari ou Idehan Ubari, forme une vaste mer de dunes dans le Sahara libyen. Dans certaines dépressions, la nappe phréatique se trouve suffisamment proche de la surface pour alimenter des lacs permanents ou saisonniers.

C’est ce mécanisme qui explique la présence de ces étendues d’eau entourées de sable. Leur origine est donc différente de celle d’une oasis alimentée directement par une rivière : ici, les eaux souterraines jouent un rôle essentiel.

Le contraste entre dunes orangées, eau sombre ou turquoise et végétation explique pourquoi ces paysages sont devenus emblématiques du Fezzan. Ils rappellent par certains aspects Yueyaquan, le lac du Croissant de Lune cerné par les dunes en Chine, même si leur histoire hydrologique est différente.

Lac entre les dunes de l’erg d’Ubari dans le Sahara libyen


Un lac au milieu des dunes de l’erg d’Ubari. Crédit photo Waielbi (CC BY-SA 3.0).

Avant le désert, le Fezzan a connu d’immenses lacs

Le paysage actuel ne doit pas faire croire que le Sahara a toujours ressemblé à cette immensité aride. Les recherches géologiques montrent que le bassin du Fezzan a connu plusieurs épisodes lacustres au cours de centaines de milliers, et même de millions d’années.

Pendant certaines périodes interglaciaires du Pléistocène, le climat était suffisamment humide pour permettre la formation d’un immense plan d’eau baptisé lac Megafezzan. Les estimations scientifiques lui attribuent une superficie maximale pouvant atteindre environ 135 000 km², soit davantage que la superficie de la Grèce.

Les phases plus récentes ont produit des lacs nettement plus petits. Il serait donc trompeur d’imaginer un unique lac géant ayant tranquillement séché jusqu’à laisser les quelques oasis visibles aujourd’hui. Le Fezzan a connu une succession de périodes humides et arides, avec des réseaux hydrologiques qui ont changé à plusieurs reprises.

Cette histoire rejoint celle d’autres témoignages d’un Sahara autrefois plus humide, comme la célèbre grotte des Nageurs et ses peintures rupestres.

Oasis et lac au milieu des dunes de l’erg d’Ubari en Libye
Oasis et lac au milieu des dunes de l’erg d’Ubari, dans le Fezzan libyen. Crédit photo Luca Galuzzi (CC BY-SA 2.5).

Umm al-Maa, l’un des joyaux de l’erg d’Ubari

Umm al-Maa, également écrit Um el Ma, Oum el Ma ou Umm al-Maa, signifie littéralement « mère de l’eau ». Le lac mesure approximativement 800 mètres de long pour 140 mètres de large et se trouve à environ 446 mètres d’altitude.

Ses rives couvertes de palmiers contrastent avec les dunes qui l’entourent presque complètement. Cette configuration en fait l’une des images les plus connues des oasis d’Ubari.

L’eau est alimentée par les nappes souterraines et subit une forte évaporation sous le climat saharien. Les sels dissous se concentrent donc progressivement. Les lacs de la région peuvent être salés à hypersalins, mais leur composition varie suffisamment pour qu’il soit préférable d’éviter les généralisations du type « cinq fois plus salés que la mer ».

Oasis d’Umm al-Maa entourée de dunes dans l’erg d’Ubari


Le lac salé Umm al-Maa, photographié en mai 2005 dans le Fezzan. Crédit photo Sfivat (domaine public).

Gaberoun, un autre lac-oasis spectaculaire

À quelques dizaines de kilomètres de là se trouve Gaberoun, également transcrit Gabroun ou Gabroon. Le lac se situe vers 26°48′ N, 13°32′ E, au milieu des dunes du Fezzan.

Gaberoun est entouré de roseaux, de palmiers et de traces d’occupation humaine. Comme Umm al-Maa, il constitue un exemple spectaculaire de lac interdunaire dans une région où les précipitations modernes sont extrêmement faibles.

Lac Gaberoun entouré de palmiers dans l’erg d’Ubari en Libye
Le lac Gaberoun entouré de palmiers dans l’erg d’Ubari. Crédit photo Franzfoto (CC BY-SA 3.0).

Mandara, un lac qui s’est presque effacé du paysage

Toutes les oasis de l’erg d’Ubari n’ont pas conservé le même visage. Mandara, autrefois régulièrement photographié comme un lac bordé de palmiers, s’est fortement réduit au cours des dernières décennies.

Le phénomène était déjà visible au début des années 2000. La photographie de Jürgen Büttner placée en tête de cet article date de novembre 2010 et identifie explicitement Mandara comme asséché à l’arrière-plan d’Umm al-Maa.

Cet exemple rappelle que ces petits plans d’eau constituent des systèmes fragiles. Ils dépendent étroitement du niveau des nappes souterraines, de l’évaporation, des rares épisodes pluvieux et des prélèvements d’eau dans la région.

D’où vient l’eau des lacs d’Ubari ?

Le Sahara actuel reçoit trop peu de précipitations régulières pour entretenir directement de tels lacs. Des études géologiques récentes confirment l’importance de la recharge et de la circulation des eaux souterraines dans les systèmes lacustres interdunaires du Fezzan.

Une partie de cette eau s’est infiltrée durant des périodes climatiques beaucoup plus humides. Les pluies exceptionnelles peuvent encore participer ponctuellement à la recharge, mais le fonctionnement actuel repose largement sur les aquifères.

Ces eaux ne sont pas pour autant une ressource infinie. Les nappes du sud libyen sont utilisées pour l’agriculture et l’alimentation des populations, notamment dans une région où les eaux de surface sont pratiquement absentes. Il serait cependant excessif d’attribuer directement l’assèchement de chaque lac au seul projet de la Grande Rivière Artificielle : la dynamique locale dépend de plusieurs facteurs et reste encore imparfaitement documentée.

Des lacs salés au milieu du Sahara

La forte évaporation concentre progressivement les minéraux dans ces bassins fermés. Des dépôts de sels et de carbonates témoignent d’ailleurs de cette longue histoire lacustre dans toute la région.

La salinité varie toutefois d’un site à l’autre et au cours du temps. Certains lacs présentent des eaux fortement salines et alcalines, sans atteindre nécessairement les valeurs extrêmes observées ailleurs dans le monde, comme au lac Gaet’ale en Éthiopie.

Autrement dit, l’image de l’oasis paradisiaque entourée de palmiers est exacte pour les yeux, mais un peu moins pour la gourde.

Les oasis d’Ubari, des milieux fragiles

L’évolution de Mandara montre que ces paysages ne sont pas figés. Baisse locale des nappes, prélèvements, évaporation intense et variations climatiques peuvent modifier rapidement la superficie d’un petit lac interdunaire.

Cette fragilité rapproche les lacs d’Ubari d’autres points d’eau sahariens, comme la Guelta d’Archei au Tchad, même si les mécanismes hydrologiques et les dimensions sont différents.

La région possède ainsi une double valeur : elle offre des paysages spectaculaires, mais constitue aussi une archive naturelle permettant aux chercheurs de reconstituer les anciens épisodes du « Sahara vert ».

Vidéo d’un lac de l’erg d’Ubari

Cette vidéo historique montre le lac Mandara dans l’erg d’Ubari. Elle doit être regardée comme un témoignage d’un paysage ayant depuis beaucoup évolué :

Peut-on visiter les lacs d’Ubari aujourd’hui ?

Ces paysages apparaissent encore dans de nombreux guides de voyage consacrés au Sahara libyen, mais le contexte actuel n’a plus rien à voir avec celui des circuits touristiques organisés avant 2011.

En 2026, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille formellement tout déplacement en Libye, en raison notamment de l’instabilité sécuritaire, du risque d’affrontements, de la criminalité et des enlèvements. Il ne faut donc pas considérer cet article comme une invitation à organiser actuellement une excursion dans l’erg d’Ubari.

Sources pour aller plus loin

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