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Route 36 à La Paz, l’étrange légende du bar clandestin à cocaïne

À La Paz, en Bolivie, Route 36, aussi appelé Ruta 36, est devenu l’un de ces lieux dont la réputation dépasse largement la réalité vérifiable. Présenté depuis des années comme un bar clandestin à cocaïne, l’endroit est surtout connu par des récits de voyageurs, des articles de presse et une légende urbaine tenace : celle d’un établissement illégal, mouvant, fréquenté par des touristes en quête d’expérience interdite.

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Crédit photo Dan Gold/Unsplash.

Le lieu aurait changé régulièrement d’adresse, précisément parce qu’il n’a rien d’un bar officiel. Route 36 n’est donc pas une adresse à conseiller ni un “bon plan” de voyage. C’est plutôt une curiosité sulfureuse, un morceau de tourisme underground devenu symbole d’un malaise plus large : celui du rapport entre la feuille de coca, profondément ancrée dans les cultures andines, et la cocaïne, substance illégale issue d’un tout autre circuit. Une nuance importante, sinon on finit vite par confondre tisane traditionnelle et soirée très mal inspirée.

À retenir
Route 36 La Paz désigne un bar clandestin décrit dans plusieurs médias comme un établissement illégal lié à la consommation de cocaïne.
Les informations disponibles restent difficiles à vérifier : le lieu aurait fonctionné de manière éphémère, en changeant régulièrement d’emplacement.
La feuille de coca possède en Bolivie des usages traditionnels, sociaux et culturels anciens, notamment dans les régions andines, mais la cocaïne reste une drogue illégale. Cette distinction est essentielle.

Route 36, ou Ruta 36, un bar clandestin devenu mythe

Route 36 apparaît dans les récits de voyage à la fin des années 2000. Le Guardian l’a notamment décrit en 2009 comme le “premier bar à cocaïne du monde”, en insistant sur son rôle dans un tourisme de la drogue attirant certains backpackers à La Paz.

D’autres médias ont ensuite repris ou exploré cette histoire, en décrivant un lieu illégal, semi-secret, parfois présenté comme un bar pop-up où l’on pouvait acheter de la cocaïne en plus des boissons. Vice, en 2015, le décrivait comme un établissement clandestin et mobile de La Paz, suffisamment connu pour sembler paradoxalement difficile à cacher.

C’est précisément ce paradoxe qui a nourri la légende. Route 36 serait à la fois “secret” et connu de nombreux voyageurs, introuvable officiellement mais raconté partout, interdit mais durable dans l’imaginaire touristique. Une sorte de Schrödinger du bar clandestin : fermé, ouvert, déplacé, raconté… et jamais vraiment simple à vérifier.

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Crédit photo Pedro Szekely (CC BY-NC-SA 2.0).

Un lieu illégal, mouvant et difficile à confirmer

L’un des éléments les plus souvent associés à Ruta 36 La Paz est son caractère instable. Les récits le décrivent comme un bar qui ne resterait pas longtemps au même endroit, afin d’éviter les contrôles, les plaintes ou une attention trop directe des autorités.

D’après plusieurs témoignages de voyageurs et reportages, Route 36 fonctionnerait principalement par bouche à oreille. On ne tomberait donc pas dessus au hasard en cherchant un comptoir sympathique pour boire un verre après une balade dans La Paz. L’établissement serait même destiné presque exclusivement aux touristes étrangers, les Boliviens n’y étant généralement pas admis selon ces récits. Une manière de limiter les risques, les regards indiscrets et les problèmes locaux, même si ce type d’organisation reste par définition difficile à confirmer.

Cette mobilité rend les informations délicates à vérifier. Il ne s’agit pas d’un établissement touristique référencé, ni d’un lieu culturel, ni d’un bar que l’on peut documenter avec des horaires et une adresse fiable. Les sources disponibles reposent surtout sur des témoignages, des reportages et des récits de voyageurs. Autrement dit : on est plus près de la légende urbaine documentée que de la fiche Google Maps avec happy hour à 18 h.

C’est aussi pour cela que l’article doit être lu comme une curiosité sociologique et urbaine, pas comme une invitation. La cocaïne est illégale en Bolivie, et les lieux associés à sa vente relèvent d’activités clandestines.

La Paz, altitude, tourisme et réputation sulfureuse

La Paz possède déjà une image très forte auprès des voyageurs : une ville perchée à plus de 3 600 mètres d’altitude, spectaculaire, chaotique, minérale, entourée de montagnes et traversée par un téléphérique devenu emblématique. Mais la Bolivie ne se résume évidemment pas à cette légende sulfureuse : entre l’Altiplano, les vallées andines et des paysages presque irréels comme le salar de Uyuni, le plus grand désert de sel du monde, le pays offre un décor bien plus vaste que les récits de tourisme clandestin.

Dans ce contexte, Route 36 a surtout ajouté une couche plus sombre : celle d’un tourisme de transgression. Le problème est que ce type de réputation écrase souvent la complexité du pays. La Bolivie n’est pas “le pays de Route 36”. Elle est aussi un territoire andin, une mosaïque de cultures, de paysages, de traditions et de tensions économiques. Réduire La Paz à un bar clandestin serait aussi subtil que résumer Paris à un pigeon nerveux devant une boulangerie.

Route 36 intéresse justement parce qu’il se situe au croisement de plusieurs réalités : économie illicite, récits de voyageurs, tolérance supposée, corruption possible, curiosité morbide et construction médiatique d’un lieu “interdit”.

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Crédit photo Szymon Kochański (CC BY-NC-ND 2.0).

Feuille de coca et cocaïne : une confusion à éviter

Pour comprendre l’ambiguïté du sujet, il faut distinguer clairement la feuille de coca et la cocaïne. Dans les Andes, la coca est utilisée depuis longtemps dans des pratiques sociales, rituelles et quotidiennes. Elle peut être mâchée, consommée en infusion ou associée à des usages traditionnels, notamment contre la fatigue ou le mal d’altitude.

La cocaïne, elle, est un produit transformé, illégal et inscrit dans des réseaux criminels. La confusion entre les deux alimente souvent des clichés sur la Bolivie. Elle est pourtant essentielle à éviter : parler de Route 36 ne revient pas à parler de la culture traditionnelle de la coca, mais bien d’un lieu clandestin lié à une drogue illégale.

La Bolivie encadre la culture légale de la coca dans certaines zones. En 2017, le pays a porté la limite nationale de culture légale à 22 000 hectares, une décision défendue au nom des usages traditionnels mais critiquée par ceux qui craignaient une alimentation indirecte du marché illicite.

Cette nuance est d’autant plus importante que les récits médiatiques autour de la cocaïne ont tendance à avaler tout le reste, comme un trou noir en chemise hawaïenne. L’Amérique du Sud a déjà produit d’autres histoires où le narcotrafic laisse des traces inattendues dans le paysage, jusqu’au cas très particulier des hippopotames de Pablo Escobar, surnommés les “cocaine hippos”, devenus un problème écologique en Colombie. Route 36 relève d’un autre registre, mais il montre lui aussi comment un imaginaire lié à la drogue peut finir par façonner la perception d’un lieu.

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Plantation de coca en Bolivie. Crédit photo Matthew Winterburn (CC BY-NC-SA 2.0).

Une attraction du tourisme underground

La célébrité de Route 36 tient moins à son décor qu’à son interdit. L’endroit a été raconté comme une étape extrême pour voyageurs en quête de sensations, notamment des backpackers attirés par l’idée de pénétrer dans un lieu impossible, clandestin et sulfureux.

Selon les récits qui ont fait sa réputation, Route 36 serait connu comme l’un des rares endroits où des clients étrangers auraient pu commander de la cocaïne directement au comptoir, sans provoquer de réaction particulière dans l’établissement. C’est précisément cette image — à la fois choquante, illégale et presque absurde — qui a alimenté sa célébrité internationale.

Mais cette mythologie a un prix. Elle transforme une activité illégale en anecdote de voyage, et un pays entier en décor de transgression. C’est ce qui rend Route 36 intéressant comme sujet d’article, mais très mauvais comme modèle de tourisme. Le meilleur usage de ce bar reste probablement de le lire, pas de le chercher.

Route 36 et l’image internationale de la Bolivie

Pour beaucoup de Boliviens, ce genre de réputation est problématique. Elle associe le pays à la cocaïne alors que la réalité locale est beaucoup plus nuancée. La Bolivie, ce sont aussi des milieux naturels extrêmes, des cultures andines anciennes et des espèces adaptées à des conditions difficiles, comme la yareta, cette plante de l’Altiplano capable de vivre plusieurs milliers d’années. Autant dire qu’entre une plante millénaire et un bar clandestin, le pays a plusieurs fiches d’identité dans le tiroir.

Reste que la longévité prêtée à Route 36 interroge. Un lieu clandestin aussi connu aurait probablement disparu rapidement si les autorités locales avaient eu la volonté ou les moyens de le faire cesser durablement. Plusieurs récits suggèrent une forme de tolérance, voire de corruption policière, mais ce point doit rester formulé avec précaution : les preuves publiques sont limitées, et l’existence même du bar repose sur un fonctionnement mouvant et opaque.

Le business de la drogue reste néanmoins un sujet majeur dans la région. La Colombie et ses cartels ont davantage marqué l’imaginaire mondial, mais la Bolivie reste concernée par les tensions entre culture traditionnelle de la coca, usages légaux encadrés et trafic de cocaïne. Dans cette zone grise, l’insolite devient moins amusant et plus révélateur. Ce bar raconte autant les fantasmes des touristes que la réalité bolivienne. Il dit quelque chose de notre manière de consommer les lieux “interdits”, de transformer une marge urbaine en attraction, et parfois de confondre curiosité et imprudence.

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Feuilles de coca sur le marché de Bolivie. Crédit photo Julie Laurent (CC BY-NC-ND 2.0).

Un bar célèbre, mais pas une adresse

Route 36 reste donc un objet étrange : célèbre, mais introuvable officiellement ; raconté, mais difficile à documenter ; associé à La Paz, mais mobile ; connu sous le nom espagnol Ruta 36, mais surtout popularisé par des récits internationaux.

C’est ce flou qui l’a rendu mythique. Un bar classique aurait une façade, une carte, des horaires, des avis en ligne et probablement un cocktail trop cher avec une rondelle de citron fatiguée. Route 36, lui, fonctionne surtout comme une rumeur persistante. Et dans le tourisme underground, la rumeur vaut parfois mieux qu’une enseigne lumineuse.

Il faut cependant garder la bonne distance : Route 36 n’est pas un monument, ni un patrimoine, ni une expérience à recommander. C’est une curiosité controversée, liée à des activités illégales, dont l’intérêt est surtout documentaire.

Route 36, entre légende urbaine et malaise touristique

L’histoire de Route 36 à La Paz montre comment un lieu clandestin peut devenir mondialement connu sans jamais devenir vraiment public. Le bar existe moins comme adresse que comme récit : une histoire que les voyageurs se transmettent, que les médias racontent, que les forums relancent, et que la ville elle-même semble parfois vouloir oublier.

Ce n’est pas l’insolite joyeux d’une maison tordue ou d’un animal improbable. C’est un insolite plus sombre, fait de clandestinité, de tourisme de la drogue et de réputation internationale ambiguë. Un sujet curieux, oui, mais à manipuler avec des pincettes. Et idéalement avec des gants, un casque, et un bon sens de la nuance.

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Crédit photo Daniel Maciel (CC BY 2.0).

Sources pour aller plus loin

Stylist – Témoignage d’un touriste
The Guardian — The world’s first cocaine bar
Vice — This Is What Bolivia’s Notorious Cocaine Cocktail Bar Is Actually Like
Associated Press — Coca leaves remain a source of work, faith and identity in Bolivia
RUSI — Bolivian Coca Cultivation and the International Cocaine Trade
UNODC — Bolivia Coca Cultivation Monitoring Report 2024

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