En Bolivie, à plus de 3 600 mètres d’altitude, une étendue blanche presque parfaitement plane semble se prolonger jusqu’à l’horizon. Avec environ 10 582 km², le Salar de Uyuni est le plus grand désert de sel du monde, un paysage minéral si vaste qu’il est visible depuis l’espace.
Mais son apparence change complètement selon la saison. Sec, il devient une immense mosaïque blanche craquelée ; recouvert de quelques centimètres d’eau, il se transforme en miroir géant, au point de faire disparaître la frontière entre le sol et le ciel.
Le Salar de Uyuni à l’aube, recouvert d’une fine couche d’eau qui transforme sa surface en miroir. Crédit photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Le Salar de Uyuni se trouve dans l’Altiplano bolivien, à environ 3 650 mètres d’altitude.
- Avec environ 10 582 km², il constitue le plus grand salar du monde.
- Il est le vestige de vastes lacs préhistoriques qui occupaient autrefois cette région des Andes.
- En saison humide, une fine couche d’eau peut transformer le salar en miroir naturel géant.
- Sa surface extrêmement plane sert de terrain de référence pour calibrer certains instruments satellitaires.
- Les saumures situées sous la croûte saline contiennent d’importantes ressources en lithium.
Le plus grand désert de sel du monde
Le Salar de Uyuni occupe le sud-ouest de la Bolivie, dans le département de Potosí. La NASA lui attribue une superficie de 10 582 km², soit un territoire légèrement plus grand que la Corse et presque aussi vaste que la grande île d’Hawaï.
Le mot salar désigne un bassin salé fermé où l’eau s’évapore sans rejoindre l’océan. Les sels et autres minéraux dissous restent alors piégés dans le bassin et s’accumulent progressivement.
La surface d’Uyuni est principalement constituée d’une croûte de sels dominée par l’halite, le chlorure de sodium qui compose également le sel de table.
Le contraste entre cette immensité blanche et les reliefs volcaniques de l’Altiplano donne au lieu une apparence presque irréelle. Ce n’est donc pas un hasard si le Salar figure parmi ces paysages qui semblent appartenir à une autre planète.
Vue panoramique du Salar de Uyuni, en Bolivie. Crédit photo Abel Maestro Garcia (Public Domain Mark 1.0).
Comment s’est formé le Salar de Uyuni ?
Le Salar n’est pas le fond d’un lac qui se serait simplement asséché une seule fois.
Le bassin de l’Altiplano a connu, pendant des dizaines de milliers d’années, plusieurs grands épisodes lacustres. D’anciens lacs ont occupé une partie considérable de la région avant de se réduire sous l’effet des changements climatiques et de l’évaporation.
À mesure que l’eau disparaissait, les minéraux dissous se concentraient et formaient progressivement l’épaisse croûte saline visible aujourd’hui.
La NASA indique qu’il y a environ 40 000 ans, un vaste lac occupait encore une partie importante du sud-ouest bolivien. Le Salar de Uyuni est l’un des grands vestiges de cette histoire lacustre.
Le Salar de Uyuni et son immense étendue blanche de sel, avec les montagnes de l’Altiplano à l’horizon. Crédit photo Ali M Martin (CC BY 2.0).
Pourquoi le Salar de Uyuni est-il aussi plat ?
À première vue, la surface paraît absolument horizontale. Elle ne l’est évidemment pas au millimètre près, mais elle compte parmi les surfaces naturelles les plus planes connues.
Cette régularité résulte du fonctionnement même du bassin. Lorsque de l’eau recouvre temporairement le salar, elle redistribue les sels dissous. L’évaporation dépose ensuite de nouveaux minéraux dans les petites dépressions, contribuant à lisser progressivement la surface.
Cette planéité exceptionnelle explique pourquoi le Salar ne sert pas uniquement de décor aux photographes.
Le Salar de Uyuni en Bolivie, vaste étendue saline de l’Altiplano. Crédit photo Jen Morgan (CC BY-ND 2.0).
Pourquoi le Salar de Uyuni sert-il à calibrer des satellites ?
Une surface immense, claire, stable, relativement homogène et presque parfaitement plane est extrêmement utile aux spécialistes de l’observation de la Terre.
Le Salar de Uyuni a ainsi servi de site de référence pour tester et calibrer des instruments embarqués sur des satellites, notamment des altimètres et certains capteurs optiques.
L’USGS utilise encore une zone d’environ 25 × 25 kilomètres du Salar comme site de calibration. Elle se situe à environ 3 650 mètres d’altitude et présente une forte réflectance ainsi qu’une bonne stabilité en saison sèche.
Ce ne sont donc pas vraiment « les astronautes qui calibrent les satellites », comme on le lit parfois : ce sont surtout les scientifiques qui exploitent les propriétés exceptionnelles du terrain.
Les motifs polygonaux, souvent hexagonaux, formés à la surface de la croûte de sel du Salar de Uyuni en Bolivie. Crédit photo Dan / twiga-swala (CC BY-SA 2.0).
Quand le Salar de Uyuni devient-il un miroir géant ?
L’image la plus célèbre du Salar montre des voyageurs semblant marcher au milieu du ciel.
Cet effet apparaît lorsqu’une fine couche d’eau recouvre une partie du sel. Si le vent reste faible, la surface agit alors comme un gigantesque miroir.
Le phénomène se produit surtout pendant la saison humide austral, généralement entre décembre et mars. Son apparition dépend toutefois directement des précipitations : le Salar peut être partiellement inondé, presque sec ou parfois trop recouvert d’eau pour être facilement traversé.
À l’inverse, pendant la saison sèche, notamment d’avril à novembre, le paysage est dominé par la croûte blanche et les motifs polygonaux formés à sa surface.
Ce spectacle de miroir naturel a même donné naissance à des comparaisons à l’autre bout du monde, comme à Chichibugahama, surnommée la plage miroir du Japon.
Une fine couche d’eau recouvre le Salar de Uyuni et transforme sa surface en miroir. Crédit photo Phil Whitehouse (CC BY 2.0).
Le sel est-il encore récolté sur le Salar ?
Oui. L’exploitation traditionnelle du sel fait partie depuis longtemps des activités locales.
Des monticules de sel récolté sur le Salar de Uyuni, en Bolivie. Crédit photo Phil Whitehouse (CC BY 2.0).
Le sel extrait est rassemblé en petits tas afin de faciliter son égouttage et son séchage avant d’être transporté.
Ces alignements de cônes blancs sont longtemps devenus l’une des images classiques d’Uyuni, même si l’exploitation des saumures riches en lithium représente aujourd’hui un enjeu économique autrement plus important.
Incahuasi, une île de cactus au milieu du sel
L’immense surface blanche n’est pas totalement uniforme. Plusieurs reliefs rocheux émergent du Salar comme des îles.
La plus connue est Incahuasi, une ancienne formation rocheuse située au milieu de l’étendue saline. Elle est notamment couverte de grands cactus colonnaires, dont certains atteignent plusieurs mètres de hauteur.
Ces îles offrent un contraste particulièrement étrange : roche sombre, cactus géants et, tout autour, une mer de sel parfaitement blanche.
Elles constituent également des témoins de l’histoire géologique de l’Altiplano, certaines étant associées à d’anciens récifs et dépôts formés lorsque la région était occupée par de vastes lacs.
Isla Incahuasi et ses cactus géants au milieu du Salar de Uyuni, en Bolivie. Crédit photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).
Le lithium caché sous le Salar de Uyuni
Sous la croûte de sel se trouvent des saumures très riches en minéraux, notamment en lithium, devenu essentiel à la fabrication des batteries rechargeables.
Il faut cependant distinguer les ressources géologiques des réserves réellement exploitables.
Dans son bilan 2026, l’USGS estime que la Bolivie possède environ 23 millions de tonnes de ressources identifiées en lithium. Ce chiffre concerne le pays et ne doit donc pas être présenté comme une quantité directement exploitable sous le seul Salar de Uyuni.
Le gouvernement bolivien développe depuis plusieurs années des installations destinées à récupérer le lithium dans les saumures du secteur. L’exploitation reste techniquement complexe : le climat relativement frais et humide de l’Altiplano ralentit notamment l’évaporation, tandis que la composition chimique des saumures complique leur traitement.
Ce gigantesque paysage touristique est donc aussi devenu un territoire stratégique pour l’industrie mondiale des batteries.
Un ancien hôtel entièrement construit en sel
Le sel d’Uyuni n’a pas uniquement servi à remplir des sacs.
Un hôtel construit en blocs de sel sur le Salar de Uyuni, photographié en 1999 alors que les environs étaient recouverts d’une fine couche d’eau. Crédit photo Leonora (Ellie) Enking (CC BY-SA 2.0).
Plusieurs constructions touristiques de la région ont été bâties avec des blocs découpés directement dans la croûte saline. Sols, murs et parfois mobilier exploitent ainsi le matériau disponible sur place.
Le Salar de Uyuni vu du ciel
Vu depuis les airs, le Salar prend encore une autre dimension : l’étendue blanche tranche brutalement avec les montagnes brunes et volcaniques de l’Altiplano.
La NASA utilise régulièrement des photographies prises depuis la Station spatiale internationale ou des images satellitaires pour étudier et illustrer cette région.
Voici également une vue aérienne du Salar filmée par drone :
Comment visiter le Salar de Uyuni ?
La ville d’Uyuni constitue le principal point de départ des excursions vers le Salar. La visite s’effectue généralement en véhicule tout-terrain avec un chauffeur connaissant les pistes et les conditions du terrain.
La situation change fortement selon la saison.
En période sèche, les véhicules peuvent parcourir de grandes portions de la croûte saline. En période humide, certaines zones deviennent impraticables ou peuvent être temporairement fermées lorsque l’eau devient trop profonde.
L’altitude mérite également d’être prise au sérieux : autour de 3 650 mètres, l’oxygène est nettement moins abondant qu’au niveau de la mer. Les températures peuvent chuter fortement dès que le soleil disparaît.
Les coordonnées centrales utilisées par l’USGS sont approximativement :
20.38° S, 66.95° O. Voici sa position sur Google Maps:
Pour rester dans les grands paysages salins d’Amérique du Sud, on peut également découvrir le Cono de Arita, cône presque parfait posé dans le Salar de Arizaro, en Argentine.
Un paysage blanc qui change de visage avec l’eau
Le Salar de Uyuni n’est donc pas simplement une immense plaque de sel.
C’est à la fois le plus grand désert de sel du monde, le vestige d’anciens lacs, une surface de référence scientifique, une destination touristique majeure et un gigantesque réservoir de saumures riches en lithium.
Sec, il ressemble à un désert blanc craquelé. Avec quelques centimètres d’eau, il devient l’un des plus grands miroirs naturels de la planète.
Et dans un registre très différent, la Salton Sea en Californie montre ce qui peut arriver lorsqu’un bassin salé fermé évolue sous l’effet combiné de l’évaporation et des activités humaines.
Sources pour aller plus loin
- NASA Earth Observatory – An Expanse of White in Bolivia
- NASA Earth Observatory – A Salt Bath in Bolivia
- NASA Earth Observatory – Lithium Harvesting at Salar de Uyuni
- USGS – Uyuni Salt Flats Calibration Site
- USGS – Mineral Commodity Summaries 2026, Lithium










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