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Yareta : la plante des Andes qui peut vivre plusieurs milliers d’années

À première vue, on pourrait prendre la yareta pour une énorme mousse verte ayant englouti les rochers. Pourtant, la yareta, ou llareta (Azorella compacta), est une plante ligneuse de la famille des Apiacées, la même grande famille botanique que les carottes, le persil ou le céleri. Elle pousse dans les Andes, parfois à plus de 5 000 mètres d’altitude, sous la forme de coussins si compacts qu’ils paraissent presque solides.

Sa réputation tient surtout à sa lenteur. Des estimations anciennes ont attribué à certaines très grosses yaretas des âges pouvant atteindre plusieurs milliers d’années. Les recherches récentes invitent toutefois à la prudence : les quelques millimètres de croissance annuelle sont bien documentés, mais les âges de 2 000 ou 3 000 ans restent généralement des extrapolations plutôt que des datations directes. Une nuance qui n’enlève pas grand-chose à l’exploit : dans les Andes, même pousser de quelques centimètres est un projet à très long terme.

Yareta Azorella compacta formant un coussin compact dans les Andes
Une yareta, ou llareta (Azorella compacta), formant son caractéristique coussin végétal extrêmement compact. Crédit Photo S. Rae (CC BY 2.0).

À retenir

  • La yareta, également appelée llareta, porte le nom scientifique Azorella compacta.
  • Ce n’est pas une mousse, mais une plante ligneuse de la famille des Apiacées.
  • Elle pousse principalement dans les Andes du Pérou, de Bolivie, du Chili et du nord-ouest de l’Argentine.
  • Son aire altitudinale connue s’étend approximativement de 3 000 à 5 300 mètres.
  • Ses nombreuses petites tiges et feuilles sont tellement serrées qu’elles forment un coussin végétal presque solide.
  • Une étude publiée en 2021 estime sa croissance à long terme à seulement 1,3 à 3,5 mm par an.
  • Des yaretas ont été estimées à plusieurs milliers d’années, mais ces âges extrêmes reposent surtout sur des extrapolations de croissance.
  • Elle a autrefois été massivement récoltée comme combustible pour les mines de cuivre et de salpêtre.
  • Au Chili, Azorella compacta est actuellement classée Vulnérable.

Qu’est-ce que la yareta (Azorella compacta) ?

La yareta est une plante de haute montagne originaire des Andes centrales. On rencontre aussi son nom sous la forme llareta, particulièrement courante dans les pays hispanophones.

Malgré son apparence de mousse géante, elle appartient aux Apiacées. Son anatomie devient beaucoup plus claire lorsqu’on regarde la plante de près : un coussin est composé d’une multitude de petites tiges très rapprochées qui convergent vers une structure racinaire basale.

À l’extrémité de chaque tige se trouve une minuscule rosette de feuilles résineuses. Elles ne mesurent généralement que 3 à 6 mm de longueur.

Lorsque les feuilles meurent, elles ne disparaissent pas toutes immédiatement. Une partie de cette matière végétale s’accumule à l’intérieur du coussin, remplissant progressivement les espaces entre les tiges. La plante devient ainsi extrêmement dense.

Elle peut conserver son aspect vert tout au long de l’année, ce qui produit un contraste assez improbable avec les paysages minéraux, bruns et gris de l’Altiplano.

Pourquoi la yareta ressemble-t-elle à une énorme mousse verte ?

Cette forme en coussin n’est pas une fantaisie esthétique de la botanique.

À plusieurs milliers de mètres d’altitude, les plantes doivent supporter des vents violents, une atmosphère sèche, un rayonnement solaire intense, de fortes différences de température entre le jour et la nuit et des périodes de gel.

La yareta répond à ces contraintes en restant basse, dense et compacte.

Les innombrables petites pousses se protègent mutuellement. Le vent circule moins facilement à l’intérieur du coussin et les variations de température y sont atténuées.

Autrement dit, la yareta construit en quelque sorte son propre petit abri climatique. Pas de chauffage central, certes, mais à 4 500 mètres on prend ce qu’on trouve.

Gros plan sur les petites feuilles serrées d’une yareta Azorella compacta


Gros plan sur la surface extrêmement compacte d’une yareta, formée d’une multitude de minuscules feuilles serrées les unes contre les autres. Crédit Photo S. Rae (CC BY 2.0).

Comment la yareta survit-elle à plus de 5 000 mètres ?

Azorella compacta pousse dans la Puna et l’Altiplano, depuis le sud du Pérou jusqu’à l’ouest de la Bolivie, au nord du Chili et au nord-ouest de l’Argentine.

Les données officielles chiliennes indiquent une présence entre environ 3 000 et 5 300 mètres d’altitude. Cela place la yareta parmi les plantes ligneuses qui atteignent les plus hautes altitudes du monde.

Elle affectionne particulièrement les versants rocheux et les zones où de gros blocs offrent aux jeunes plantes un peu de protection. Dans le parc national Lauca, au Chili, les populations étudiées se rencontrent notamment entre environ 3 800 et 5 200 mètres.

D’autres plantes ont développé des stratégies complètement différentes pour vivre dans ces montagnes. Dans les mêmes Andes, la gigantesque puya de Raimondi peut patienter des décennies avant son unique floraison. La yareta a choisi une autre technique : pousser extrêmement lentement et surtout ne pas dépasser beaucoup du sol.

Yareta Azorella compacta dans les hautes Andes de Tarapacá au Chili
Une yareta photographiée dans la région de Tarapacá, dans le nord du Chili. Crédit Photo Matt Berger (CC BY 4.0).

Combien pousse une yareta chaque année ?

On lit parfois le chiffre d’une croissance d’environ 1,5 cm par an. Cette valeur est toutefois beaucoup trop simple pour décrire la croissance réelle de la plante.

Les mesures effectuées sur de courtes périodes peuvent en effet donner des résultats très variables. Une étude menée au Chili avait par exemple mesuré une progression radiale de 1,7 cm en quatorze mois sur certains individus.

Mais une mesure prise sur un peu plus d’un an ne permet pas de connaître la vitesse moyenne d’une plante susceptible de vivre pendant des siècles.

Une étude publiée en 2021 dans le Journal of Arid Environments a utilisé la datation au carbone 14 de morceaux de tiges emprisonnés à différentes profondeurs dans une yareta poussant sur le volcan Misti, près d’Arequipa au Pérou.

Les chercheurs ont obtenu une estimation de croissance à long terme comprise entre seulement 1,3 et 3,5 millimètres par an.

À cette vitesse, gagner un mètre d’épaisseur peut représenter plusieurs siècles de travail végétal.

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Crédit photo Juliakokhanova/DepositPhotos.

Une yareta peut-elle vraiment vivre 3 000 ans ?

C’est la question qui a largement contribué à rendre cette plante célèbre.

Des publications scientifiques ont repris des estimations attribuant aux plus grandes yaretas des âges pouvant approcher 3 000 ans. Le raisonnement paraît assez simple : on mesure la taille du coussin, on estime sa vitesse moyenne de croissance et on remonte le temps.

Mais cette méthode possède une faiblesse évidente : la croissance n’est pas parfaitement constante pendant des milliers d’années.

Les conditions climatiques changent, différentes parties d’un coussin peuvent croître à des vitesses différentes et les mesures effectuées pendant quelques années ne représentent pas nécessairement plusieurs siècles.

L’étude radiocarbone publiée en 2021 apporte justement un point de comparaison beaucoup plus solide.

Sur l’individu étudié au volcan Misti, des fragments situés à 15 et 29 cm sous la surface vivante ont été datés. En prolongeant leur modèle de croissance jusqu’au cœur de la plante, les chercheurs estiment que celle-ci avait commencé à pousser quelque part entre 1462 et 1830.

Cette yareta avait donc probablement plusieurs siècles, mais pas 3 000 ans.

Cela ne démontre pas qu’aucune yareta ne puisse atteindre un âge millénaire. Cela montre simplement qu’il faut distinguer un âge directement contraint par des mesures d’un âge obtenu par extrapolation.

Même chez les végétaux dont les records sont beaucoup mieux documentés, déterminer l’âge exact demande de la prudence. C’est notamment le cas de Mathusalem, le célèbre pin Bristlecone plusieurs fois millénaire de Californie.

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Crédit photo Joan Simon (CC BY-SA 2.0).

Une plante-coussin qui crée son propre microclimat

La forme compacte de la yareta ne profite pas seulement à la plante elle-même.

Les scientifiques qualifient les plantes-coussins des hautes Andes d’« ingénieurs de l’écosystème ».

Leur masse végétale freine le vent et atténue localement les différences de température. Le coussin peut aussi retenir de la matière organique et contribuer progressivement à la formation d’un sol dans des endroits où celui-ci est particulièrement pauvre.

Ces conditions plus favorables peuvent faciliter l’installation d’autres plantes à proximité.

Dans un milieu où quelques degrés ou un peu d’humidité supplémentaire peuvent faire une différence considérable, une grosse masse verte apparemment immobile devient donc un petit morceau d’infrastructure écologique.

Quelle taille peut atteindre une yareta ?

Les individus décrits dans la documentation chilienne mesurent couramment environ 1 mètre de hauteur pour 1 à 2 mètres de diamètre, parfois davantage.

Sur certaines pentes rocheuses, des coussins irréguliers peuvent former des masses beaucoup plus importantes et atteindre plusieurs mètres.

Mais une grosse yareta n’est pas simplement un tas de petites plantes indépendantes collées les unes aux autres. Sa structure comprend de nombreuses tiges fasciculées étroitement associées à une base racinaire.

Le résultat est si dense que la plante peut donner l’impression d’une matière dure recouverte d’une peau verte.

La yareta produit-elle des fleurs ?

Oui, mais il faut s’approcher sérieusement pour les remarquer.

Chaque petite rosette peut produire quelques fleurs jaune verdâtre, regroupées en minuscules ombelles. Les fruits secs qui suivent ne mesurent eux-mêmes que quelques millimètres.

Tout est donc miniature à la surface de cette énorme masse végétale.

Yareta Azorella compacta en fructification à Potosí en Bolivie
Une yareta en fructification photographiée dans la province de Nor Lípez, dans le département de Potosí en Bolivie. Crédit Photo Fabien Anthelme (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi les yaretas ont-elles servi de combustible ?

La lenteur qui rend aujourd’hui la yareta remarquable a aussi contribué à la mettre en difficulté.

Dans les hauts plateaux andins, le bois utilisable comme combustible est rare. Or la yareta forme une masse dense et contient une résine à fort pouvoir calorifique.

Les populations de l’Altiplano l’ont donc utilisée comme combustible pendant très longtemps.

À petite échelle, ce prélèvement pouvait rester limité. La situation a radicalement changé avec le développement industriel des mines.

Une exploitation massive par les mines de cuivre et de salpêtre

Aux XIXe et XXe siècles, de grandes quantités de yareta ont été récoltées pour fournir du combustible aux activités minières du cuivre et du salpêtre.

La documentation chilienne décrit une exploitation incontrôlée pendant près d’un demi-siècle, suffisamment intense pour faire disparaître la plante sur de vastes superficies.

Les besoins liés aux chemins de fer ont également pesé sur les populations. La construction et l’entretien des lignes internationales Arica-La Paz et Antofagasta-Oruro figurent parmi les causes historiques de destruction citées.

Le problème est assez facile à comprendre : lorsque vous brûlez en quelques heures une biomasse qui a demandé plusieurs siècles pour atteindre une taille importante, le bilan de renouvellement devient rapidement mauvais.

À partir des années 1950, la réglementation et l’arrivée de combustibles de remplacement ont contribué à réduire cette exploitation au Chili.

La yareta est-elle aujourd’hui menacée ?

La réponse dépend du territoire considéré.

Au Chili, le système officiel de classification des espèces maintient actuellement Azorella compacta dans la catégorie Vulnérable (VU A2d).

Parmi les pressions répertoriées figurent la dégradation de l’habitat et la récolte de la plante.

Certaines populations bénéficient néanmoins de la protection d’espaces naturels comme le parc national Lauca, le parc national Volcán Isluga ou la réserve nationale Las Vicuñas.

Il serait en revanche incorrect de transformer automatiquement cette classification chilienne en statut mondial. La fiche officielle chilienne indique d’ailleurs que l’espèce ne dispose pas actuellement d’une évaluation mondiale UICN équivalente permettant d’affirmer qu’elle est globalement « Vulnérable ».

Quels sont les usages traditionnels de la llareta ?

La yareta n’a pas seulement servi de combustible.

Des usages traditionnels de différentes parties de la plante sont documentés dans les Andes. Les feuilles ont notamment servi à extraire de la résine, tandis que les racines et les fleurs ont été employées dans différents usages domestiques et médicinaux.

Les sources ethnobotaniques mentionnent des préparations traditionnelles liées notamment aux troubles respiratoires.

Il faut cependant distinguer clairement usage traditionnel et efficacité médicale démontrée. Le fait qu’une plante soit employée depuis longtemps dans une pharmacopée locale ne signifie pas qu’un traitement ait été validé par des essais cliniques modernes.

Où peut-on voir des yaretas dans les Andes ?

L’aire de répartition de Azorella compacta traverse quatre pays :

Pérou, Bolivie, Chili et Argentine.

Les hauts plateaux du nord chilien, notamment autour du parc national Lauca et de Parinacota, offrent de très beaux paysages de yaretas.

La plante est également présente dans les hautes terres boliviennes, notamment autour de Potosí.

Certaines poussent dans les paysages volcaniques et salins qui entourent le Salar de Uyuni, le gigantesque désert de sel bolivien. Leur vert presque fluorescent tranche alors avec les roches, les volcans et les sols desséchés de l’Altiplano.

Yareta Azorella compacta près du Salar de Uyuni en Bolivie
Une yareta photographiée dans les paysages andins autour du Salar de Uyuni en Bolivie. Crédit Photo Jenny Mealing (CC BY 2.0).

Une stratégie de survie à l’opposé de la vitesse

La yareta illustre assez bien une règle que l’on oublie parfois lorsque l’on regarde la végétation : survivre ne signifie pas nécessairement pousser vite.

Dans les Andes, cette plante a choisi une stratégie presque inverse. Elle reste près du sol, fabrique des feuilles minuscules, forme une masse compacte, économise ses ressources et avance parfois de seulement quelques millimètres par an.

On retrouve une lenteur comparable, sous une forme complètement différente, chez Welwitschia mirabilis, l’étrange plante millénaire du désert du Namib.

Deux continents, deux silhouettes totalement improbables et la même conclusion : lorsque l’environnement devient vraiment hostile, être pressé n’est pas forcément un avantage.

La yareta en vidéo

Une courte vidéo permet de mieux percevoir le volume et la texture de ces grands coussins végétaux, beaucoup plus massifs qu’ils ne paraissent sur certaines photographies.

Questions fréquentes sur la yareta

Yareta et llareta désignent-elles la même plante ?

Oui. Yareta et llareta sont deux noms communs employés pour Azorella compacta. On trouve également les formes yarita et champa dans certaines sources sud-américaines.

La yareta est-elle une mousse ?

Non. Malgré son apparence, la yareta est une plante vasculaire ligneuse appartenant à la famille des Apiacées. Son aspect de mousse vient de ses milliers de minuscules feuilles regroupées en un coussin extrêmement compact.

Combien de temps vit une yareta ?

Certaines grandes yaretas ont été estimées à plusieurs milliers d’années, parfois jusqu’à environ 3 000 ans. Ces chiffres extrêmes reposent cependant essentiellement sur des extrapolations de taille et de vitesse de croissance. Une étude radiocarbone publiée en 2021 a montré qu’un individu étudié au Pérou avait probablement commencé à pousser entre 1462 et 1830.

À quelle vitesse pousse Azorella compacta ?

Les mesures de croissance varient selon la période et les conditions. Une étude portant sur le long terme estime une progression moyenne d’environ 1,3 à 3,5 mm par an.

À quelle altitude pousse la yareta ?

Son aire altitudinale connue s’étend approximativement de 3 000 à 5 300 mètres, ce qui en fait l’une des plantes ligneuses poussant aux altitudes les plus élevées au monde.

Pourquoi la yareta est-elle si compacte ?

Cette structure réduit l’exposition au vent et atténue les variations de température à l’intérieur du coussin. Elle constitue donc une adaptation particulièrement efficace aux conditions extrêmes de la haute montagne andine.

Pourquoi a-t-on brûlé de la yareta ?

Sa masse dense et riche en résine possède un fort pouvoir calorifique. Elle a longtemps constitué une source de combustible dans les Andes, puis a été exploitée beaucoup plus intensivement pour les industries minières du cuivre et du salpêtre.

La yareta est-elle protégée ?

Au Chili, Azorella compacta est actuellement classée Vulnérable et sa récolte est réglementée. Plusieurs populations se trouvent également dans des espaces naturels protégés.

Sources pour aller plus loin

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