Taormine possède une géographie assez improbable : une vieille ville accrochée aux reliefs de la côte orientale de la Sicile et, presque 200 mètres plus bas, un minuscule îlot couvert de végétation posé dans la mer Ionienne. Isola Bella est devenue l’une des images emblématiques de Taormina, son nom italien, mais ce petit morceau de roche cache davantage qu’une jolie plage pour cartes postales.
Lors de notre passage en Sicile en juillet 2026, nous avons découvert et photographié Taormine entre le littoral d’Isola Bella et les pierres du centre historique. Un parcours qui montre deux visages très différents d’une même ville : la Sicile turquoise au niveau de la mer et la Sicile médiévale quelques virages plus haut.
Isola Bella au pied de Taormine, sur la côte orientale de la Sicile. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Isola Bella, la petite île emblématique de Taormine
Vue d’en haut, Isola Bella ressemble presque à une poignée de végétation déposée sur un rocher. L’îlot se trouve dans la baie comprise entre le cap Sant’Andrea et le cap de Taormine et n’est séparé du rivage que par un étroit passage de galets.
Selon le niveau de la mer et les conditions, cette langue de terre peut être émergée ou partiellement recouverte d’eau. Isola Bella oscille donc visuellement entre île et presqu’île, ce qui contribue beaucoup à son allure particulière.
Elle portait autrefois le nom d’isola di Santo Stefano. Son histoire moderne commence notamment en 1806, lorsque Ferdinand Ier de Bourbon en fait don dans le contexte de l’administration de Taormine.
Mais c’est surtout à la fin du XIXe siècle que son paysage se transforme.
Florence Trevelyan transforme l’îlot en jardin
En 1890, Isola Bella est achetée par Florence Trevelyan, une aristocrate britannique installée à Taormine. Passionnée par les jardins et la nature, elle fait construire une habitation et introduit différentes essences végétales sur ce rocher jusque-là beaucoup plus austère.
Florence Trevelyan est régulièrement présentée comme une proche parente de la reine Victoria. Ce qui est certain, c’est qu’elle appartenait à une famille britannique bien introduite dans les cercles de la cour et qu’elle a joué un rôle majeur dans l’histoire paysagère de Taormine.
L’aspect actuel de l’île doit également beaucoup aux frères Leone et Emilio Bosurgi, industriels de Messine qui l’ont achetée en 1954. Ils ont développé sur le site une résidence composée de plusieurs pavillons.
La construction est particulièrement discrète depuis l’extérieur : une partie des bâtiments se glisse entre les rochers et la végétation. Même une petite piscine a été aménagée de façon à rester largement dissimulée dans le paysage.
La végétation et les constructions d’Isola Bella se confondent avec les rochers de l’îlot. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
En 1984, la Région sicilienne a reconnu Isola Bella comme monument naturel présentant un intérêt historique et artistique. Elle l’a finalement acquise en 1990 et une réserve naturelle orientée a été créée en 1998.
Le site dépend aujourd’hui du Parco archeologico di Naxos e Taormina. Après une fermeture temporaire, l’accès à l’îlot a rouvert le 20 juin 2026, quelques semaines avant notre passage. La petite blague typiquement sicilienne est que l’accès à cet îlot est payant…
Isola Bella en vidéo
Voici une petite vue en vidéo, prise en haut des escaliers descendant à la plage:
De la mer au centre de Taormine
La grande particularité de Taormine est que sa plage la plus célèbre et son centre historique ne sont pas du tout au même niveau.
La funivia Taormina–Mazzarò permet justement de relier les deux. L’installation franchit officiellement 170,5 mètres de dénivelé sur un peu plus de 725 mètres de longueur inclinée, avec une pente maximale de 68 %.
En été 2026, l’exploitant ASM annonçait un départ environ toutes les 15 minutes, avec un tarif touristique de 6 € pour un trajet simple et 10 € aller-retour. Les horaires et tarifs pouvant changer, mieux vaut vérifier le site officiel avant une visite.
Et c’est plutôt appréciable : essayer d’approcher chaque monument du centre de Taormine en voiture relève moins de la visite culturelle que d’une expérience sur les limites psychologiques de l’automobiliste.
Avec la chaleur, nous déconseillons la montée à pied vers la vieille ville, la pente étant plutôt raide. Nous avons choisi l’option montée en funivia et descente à pied, plus accessible malgré les températures.
Il y a sous le funiculaire un parking. Il y a peu de place, mieux vaut arriver tôt le matin!
Porta Messina, l’entrée dans le centre historique
Porta Messina marque l’une des principales entrées du centre historique de Taormine, à quelques minutes à pied de la station haute de la funivia. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
En remontant depuis Isola Bella avec la funivia, Porta Messina est l’une des premières portes monumentales que l’on rencontre avant d’entrer sur le Corso Umberto. La station supérieure se trouve à environ 200 mètres de cette ancienne entrée de la ville.
Avec Porta Catania à l’autre extrémité, elle encadre le grand axe piéton qui traverse le cœur historique de Taormine. Passer sous son arche marque donc assez bien le changement d’ambiance : quelques minutes plus tôt, on regarde encore la mer depuis la cabine de la funivia ; juste après, on se retrouve entre façades anciennes, boutiques et ruelles du centre.
Corso Umberto, l’épine dorsale de Taormine
Une fois dans la ville haute, l’ambiance change complètement. La mer reste souvent présente en arrière-plan, mais Taormine devient un enchaînement de petites places, de façades anciennes et de passages resserrés.
Le Corso Umberto traverse une bonne partie du centre historique entre Porta Messina et Porta Catania. C’est autour de cet axe piéton que se concentrent plusieurs des monuments les plus connus de la ville.
Le célèbre théâtre antique de Taormine se trouve à proximité et reste évidemment l’un des monuments majeurs de la cité. Nous nous concentrons ici sur les lieux photographiés pendant notre passage : le Duomo et la Torre dell’Orologio.
La côte orientale de la Sicile réserve d’ailleurs des ambiances très différentes à quelques dizaines de kilomètres seulement. Plus au sud, près d’Acireale, nous avions découvert la Spiaggia del Mulino et ses étonnantes sources d’eau froide, une plage volcanique beaucoup moins touristique qu’Isola Bella.
Le Duomo de Taormine, une cathédrale qui ressemble à une forteresse
Le Duomo di Taormina, dédié à saint Nicolas de Bari, avec sa façade médiévale crénelée. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Installée sur la Piazza Duomo, la cathédrale de Taormine est officiellement dédiée à San Nicola di Bari, saint Nicolas de Bari.
Son architecture tranche avec l’idée que l’on se fait généralement d’une cathédrale italienne. Sa façade massive en pierre, percée de fenêtres étroites et couronnée de créneaux, explique son surnom fréquent de « cathédrale-forteresse ».
L’histoire de l’édifice s’étale sur plusieurs périodes. Une première église médiévale existait au XIIIe siècle, puis l’ensemble a été largement reconstruit et remanié autour du XVe siècle avant de connaître d’autres transformations aux XVIe et XVIIIe siècles.
Le portail principal actuel date notamment de 1636.
L’intérieur adopte un plan en croix latine, avec une nef centrale, deux collatéraux et trois absides. Après l’exubérance dorée de la cathédrale de Monreale et de son immense Christ Pantocrator, le contraste est assez brutal : ici, la pierre et la silhouette défensive dominent largement l’impression générale.
La fontaine baroque de la Piazza Duomo, surmontée de la centauresse qui symbolise Taormine. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Devant la cathédrale se trouve un autre symbole de Taormine : la fontaine baroque de la Piazza Duomo, construite en 1635. Elle est aussi appelée Quattro Fontane, les « quatre fontaines », en référence aux quatre petites vasques disposées autour de son bassin central.
Mais son détail le plus curieux se trouve tout en haut. La statue représente une centauresse couronnée, emblème de Taormine, tenant un sceptre et un globe. La créature est parfois appelée « Minotaure » dans les descriptions anciennes, alors qu’il s’agit bien d’une figure féminine à corps de centaure.
La Torre dell’Orologio, la porte qui coupe Taormine en deux
La Torre dell’Orologio et son passage voûté au cœur du centre historique de Taormine. Crédit photo Rincevent/2tout2rien.fr (CC BY-SA 4.0).
Un peu plus loin sur le Corso Umberto apparaît la Torre dell’Orologio, l’un des éléments architecturaux les plus reconnaissables de Taormine.
Elle marque la limite de la Piazza IX Aprile et porte aussi le nom de Porta di Mezzo, littéralement la « porte du milieu ». Ce nom n’a rien de poétique : la tour séparait historiquement le bourg médiéval de la partie plus ancienne de la ville.
Une première tour a été élevée au XIIe siècle sur les restes d’une structure défensive beaucoup plus ancienne.
Cette tour médiévale n’est cependant pas exactement celle que l’on voit aujourd’hui. Elle a été détruite en 1676 pendant les combats qui ont touché Taormine, puis reconstruite dès 1679.
C’est lors de cette reconstruction que le grand cadran d’horloge a été installé.
Piazza IX Aprile, entre pierre, mer et Etna
La Torre dell’Orologio ouvre directement sur la Piazza IX Aprile. C’est probablement l’un des endroits où la géographie spectaculaire de Taormine devient la plus évidente.
D’un côté se succèdent les bâtiments historiques et les terrasses du centre. De l’autre, le relief plonge vers la côte ionienne et offre, lorsque la visibilité coopère, un vaste panorama vers la mer et l’Etna.
Cette superposition explique en grande partie l’impression laissée par Taormine : la ville n’est jamais tout à fait séparée de son paysage. Même au milieu des vieilles pierres, la pente et la Méditerranée restent omniprésentes.
Taormine et Isola Bella : notre impression
Taormine est clairement l’une des destinations les plus touristiques de Sicile et il serait difficile de prétendre y avoir découvert un petit village secret ignoré des guides. En plein été, vous ne serez vraisemblablement pas seul à avoir eu l’idée géniale de voir Isola Bella.
Mais le succès du lieu s’explique assez facilement.
En quelques kilomètres, on passe d’une petite île presque entièrement recouverte de végétation à un centre historique médiéval perché au-dessus de la mer. Cette différence d’altitude et d’ambiance donne au site beaucoup plus de relief qu’une simple station balnéaire.
Lors de notre passage en juillet 2026, c’est surtout cette opposition qui nous a marqués : Isola Bella appartient au paysage côtier, tandis que le Duomo, le Corso Umberto et la Torre dell’Orologio donnent à Taormine son épaisseur historique.
Ce n’est donc pas seulement une jolie île en contrebas d’une jolie ville. C’est un petit concentré de Sicile où la mer, la végétation, l’histoire et l’architecture semblent avoir été empilées verticalement. Probablement parce qu’à Taormine, construire à plat aurait été beaucoup trop simple.
Et malgré le côté escarpé, n’espérez pas être seuls à déambuler sur le Corso Umberto, il fait office d’autoroute à touristes.
Informations pratiques pour Isola Bella et Taormine
Isola Bella : baie de Mazzarò, Taormina, Sicile, Italie. Coordonnées approximatives : 37.8504, 15.3008. Voici la position sur Google Maps:
L’accès à la partie visitable de l’île est payant : en 2026, le billet coûte 6 € en plein tarif et 3 € en tarif réduit. La plage devant Isola Bella reste accessible indépendamment de cette visite.
Centre de Taormine : Corso Umberto et Piazza IX Aprile, 98039 Taormina, Sicile.
Duomo di Taormina : Piazza Duomo.
Théâtre antique : l’un des monuments incontournables de Taormine, mais aussi l’un des plus fréquentés. En été, mieux vaut arriver dès l’ouverture, à 9 h : lors de notre passage en juillet, le site était vraiment bondé et nous avons abandonné devant l’attente sous la chaleur. Acheter le billet en ligne permet également d’éviter la file à la billetterie. En 2026, l’entrée plein tarif coûte 14 €.
Funivia Taormina–Mazzarò : elle relie le secteur de Mazzarò à la ville haute. Les horaires et tarifs variant selon la saison, il est préférable de consulter ASM Taormina avant le déplacement. Le parking en dessous (que nous avons utilisé) s’appelle Parcheggio Mazzaro.
Sources pour aller plus loin
- Parco archeologico di Naxos e Taormina — Isola Bella
- Parco archeologico di Naxos e Taormina — histoire d’Isola Bella
- ASM Taormina — funivia Taormina-Mazzarò
- Comune di Taormina — Duomo di Taormina
- Arcipretura di Taormina — Basilica San Nicola
- TravelTaormina — Torre dell’Orologio






