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Les derniers vétérans de Napoléon photographiés en uniforme vers 1858

Ces portraits montrent d’anciens soldats de Napoléon, photographiés plusieurs décennies après les campagnes de la Révolution et de l’Empire. Ils ont alors souvent entre 70 et 80 ans, portent encore l’uniforme de leurs anciens régiments, et arborent pour la plupart la médaille de Sainte-Hélène, créée par Napoléon III en 1857 pour honorer les vétérans des campagnes de 1792 à 1815.

Ce qui rend ces images si puissantes, c’est le décalage temporel : ces hommes ont connu l’Europe des charges de cavalerie, des shakos, des aigles impériales et de Waterloo, mais ils sont photographiés à une époque où le daguerréotype et le portrait photographique commencent seulement à inscrire les visages dans l’histoire. La Grande Armée appartient déjà au passé, mais certains de ses survivants sont encore là, droits, raides, moustachus, parfois fragiles, et assez décidés à ne pas poser en robe de chambre.

Grenadier Burg, vétéran de Napoléon photographié vers 1858 en uniforme de la Garde
Grenadier Burg, 24ème Régiment de la Garde de 1815.

À retenir

  • Ces portraits montrent probablement des vétérans de Napoléon photographiés vers 1858, plus de quarante ans après Waterloo.
  • La série est conservée dans l’Anne S. K. Brown Military Collection de la Brown University Library, qui évoque quinze portraits originaux montés sur carton.
  • La médaille de Sainte-Hélène aide à dater les images : elle a été créée par Napoléon III le 12 août 1857 pour les vétérans des campagnes de la Révolution et de l’Empire.
  • Les uniformes doivent être lus avec prudence : certains sont d’origine, mais d’autres semblent avoir été retouchés ou recoupés au XIXe siècle.

Qui sont ces vétérans de Napoléon photographiés vers 1858 ?

Ces hommes sont d’anciens soldats ayant servi pendant les guerres de la Révolution française et de l’Empire napoléonien. On y croise des grenadiers, hussards, dragons, lanciers, chasseurs à cheval, un mamelouk de la Garde ou encore un sergent du Génie. Autrement dit, une petite mosaïque militaire de l’époque napoléonienne, captée non pas par un peintre de bataille, mais par l’objectif d’un photographe anonyme.

La série est généralement datée de 1858, même si les circonstances exactes restent discutées. Brown University Library indique que les portraits pourraient avoir été pris autour du 5 mai, date anniversaire de la mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène en 1821. Des vétérans de l’Empire se réunissaient alors à Paris, notamment autour de la colonne Vendôme, pour honorer la mémoire de l’empereur.

Monsieur Mauban, vétéran des guerres napoléoniennes du 8e régiment de dragons photographié vers 1858


Monsieur Mauban, 8ème Régiment de Dragons de 1815.

Ces images ne montrent donc pas de jeunes soldats partant en campagne, mais des survivants. La guerre est derrière eux depuis longtemps. Waterloo remonte à 1815, Napoléon est mort depuis 1821, et la France vit alors sous le Second Empire de Napoléon III.

Pourquoi ces portraits sont-ils si rares ?

Les guerres napoléoniennes précèdent l’essor de la photographie. Le daguerréotype est annoncé officiellement en France en 1839, bien après les grandes campagnes impériales. En clair, la photographie arrive trop tard pour documenter les soldats de Napoléon pendant leur jeunesse militaire, mais juste à temps pour saisir certains vétérans encore vivants.

C’est ce qui rend cette série précieuse. Elle offre probablement l’un des rares ensembles de portraits photographiques de soldats ayant servi sous Napoléon Ier, posant en uniforme ou avec des éléments d’uniforme. À travers ces visages âgés, on voit des hommes qui avaient pu traverser les campagnes de 1809, 1813, 1814 ou 1815, puis survivre à des décennies de changements politiques.

La comparaison avec la guerre de Sécession est utile. Quelques années plus tard, le conflit américain sera abondamment photographié. Les portraits de soldats de la guerre de Sécession appartiennent déjà à un monde où la photographie accompagne beaucoup plus directement la guerre. Pour les soldats de Napoléon, l’appareil arrive après la bataille, au sens très littéral.

1858 : la médaille de Sainte-Hélène et le souvenir de l’Empire

La médaille de Sainte-Hélène joue un rôle important dans la lecture de ces portraits. Créée par décret le 12 août 1857 par Napoléon III, elle est destinée aux militaires ayant servi pendant les campagnes de 1792 à 1815. La Grande Chancellerie la présente comme la première médaille commémorative française destinée à tous les vétérans des campagnes de la Révolution et de l’Empire.

Cette médaille est visible sur plusieurs portraits de la série. Elle explique pourquoi la date de 1858 est souvent retenue : les vétérans ne pouvaient pas la porter avant sa création. Elle donne aussi à ces photographies une dimension commémorative. Ces hommes ne posent pas seulement comme anciens soldats ; ils posent comme survivants officiellement reconnus d’une époque devenue légende nationale.

Monsieur Moret, vieux grognard de Napoléon en uniforme du 2e régiment de hussards
Monsieur Moret, 2ème Régiment de Hussards 1814/15.

Le 5 mai ajoute une autre couche de sens. Cette date est celle de la mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène. Sous le Second Empire, elle pouvait donner lieu à des hommages, des rassemblements et des gestes de mémoire autour de la figure impériale. Ces vieux soldats, parfois appelés “vieux de la vieille”, devenaient alors des témoins vivants d’un passé que Napoléon III cherchait aussi à réactiver politiquement.

Vieux grognards, grenadiers, hussards et dragons

Le mot grognard est souvent employé pour désigner les vieux soldats de Napoléon, en particulier ceux de la Garde impériale. À l’origine, il évoque ces militaires aguerris, réputés fidèles, endurants et prompts à râler. Une spécialité française, mais avec baïonnette et bonnet à poil.

Dans cette série, plusieurs uniformes racontent la diversité de l’armée impériale. Le grenadier Burg renvoie à l’infanterie d’élite de la Garde. Monsieur Mauban représente les dragons, cavalerie capable de combattre à cheval comme à pied. Monsieur Moret et Monsieur Maire portent des uniformes de hussards, cavaliers légers souvent associés à une certaine flamboyance vestimentaire.

Monsieur Ducel, mamelouk de la Garde de Napoléon photographié vers 1858


Monsieur Ducel, Mameluke de la Garde 1813-1815.

Monsieur Ducel, en mamelouk de la Garde, rappelle quant à lui l’imaginaire oriental très présent après la campagne d’Égypte. Les mamelouks de la Garde impériale formaient une unité spectaculaire par son uniforme, ses armes et son héritage visuel. Sur le portrait, ce n’est pas seulement un ancien soldat que l’on regarde, mais une part du théâtre militaire napoléonien.

Dans un autre registre lié aux curiosités de l’époque napoléonienne, Napoléon aurait aussi affronté le Turc mécanique, le célèbre automate joueur d’échecs, une machine truquée mais très habile pour nourrir le mythe de l’intelligence artificielle avant l’heure. L’époque aimait déjà les uniformes, les machines et les illusions bien huilées.

Chasseurs à cheval, hussards et lanciers : la précision des uniformes

Les légendes de ces portraits rappellent la diversité de la cavalerie napoléonienne. Monsieur Schmit est associé au 2e régiment de chasseurs à cheval, Monsieur Loria au 24e régiment de chasseurs à cheval, tandis que le sergent Delignon apparaît en uniforme de chasseur à cheval de la Garde.

Cette précision compte, car ces unités appartiennent pleinement à l’univers militaire du Premier Empire. Les chasseurs à cheval formaient une cavalerie légère, mobile, utilisée pour l’éclairage, les reconnaissances, les liaisons et les charges rapides. Aux côtés des hussards, dragons et lanciers, ils composaient l’une des silhouettes les plus reconnaissables de l’armée napoléonienne.

Monsieur Schmit, vétéran du 2e régiment de chasseurs à cheval photographié vers 1858
Monsieur Schmit, 2e régiment de chasseurs à cheval, 1813-1814.

Sergent Delignon en uniforme de chasseur à cheval de la Garde de Napoléon
Sergent Delignon, en uniforme de chasseur à cheval de la Garde, 1809-1815.

Monsieur Loria, chasseur à cheval et chevalier de la Légion d’honneur photographié vers 1858
Monsieur Loria, 24e régiment de chasseurs à cheval, chevalier de la Légion d’honneur.

Ce que ces portraits racontent de la Grande Armée

Ces portraits ne montrent pas la Grande Armée en campagne. Ils montrent ce qu’il en reste dans les années 1850 : des hommes âgés, des uniformes conservés ou réajustés, des décorations, des poses d’atelier, une mémoire entretenue et parfois mise en scène.

La Brown University Library souligne d’ailleurs que certains uniformes semblent avoir été recoupés par des tailleurs des années 1850. Cela ne retire pas leur valeur historique, mais oblige à les lire avec nuance. On n’est pas devant un instantané pris au bivouac après Austerlitz. On est devant une reconstitution personnelle, mémorielle et vestimentaire, réalisée par des survivants qui posent plusieurs décennies après leur service.

Sergent Taria, vieux grognard de Napoléon en uniforme de grenadier de la Garde


Sergent Taria, Grenadier de la Garde, 1809-1815.

L’intérêt est justement là. Ces hommes ne sont plus les soldats de leur jeunesse, mais ils veulent encore être reconnus comme tels. Le portrait devient une manière de dire : j’y étais. J’ai porté cet uniforme. J’ai servi dans cette armée. Le temps a passé, mais l’identité militaire demeure.

Des images anciennes à lire avec prudence

Comme beaucoup de documents anciens, ces portraits ont circulé avec des légendes parfois simplifiées, parfois approximatives. Les noms et régiments auraient été inscrits au crayon au dos des cartons au XXe siècle. Le photographe n’est pas identifié avec certitude. La date exacte reste probable, non absolument démontrée.

Il faut donc éviter d’en faire des preuves trop parfaites. Ces portraits sont rares, précieux et très parlants, mais ils ne résument pas à eux seuls les guerres napoléoniennes. Ils racontent surtout la mémoire de ces guerres sous le Second Empire, à travers des survivants photographiés comme des reliques vivantes d’un passé militaire prestigieux.

On retrouve cette tension dans d’autres séries de portraits historiques. Les soldats posent, choisissent leur posture, leurs armes, leur uniforme, leur décor. Même les portraits d’infirmières de la guerre de Sécession ne sont pas seulement des documents médicaux ou militaires : ce sont aussi des images construites, où une personne se présente devant la postérité.

Les derniers visages de l’Empire

Les portraits restants prolongent cette rencontre rare entre les vétérans de Napoléon et les débuts de la photographie. Hussards, lanciers, hommes du Génie ou anciens cavaliers de la Garde : chacun apporte un visage à une armée que l’on connaît surtout par les récits de batailles, les uniformes et les grandes cartes militaires.

Plus de quarante ans après Waterloo, ces hommes ne posent plus comme des combattants en campagne, mais comme des témoins d’un monde déjà entré dans la légende.

Monsieur Vitry, vétéran de Napoléon de la garde départementale photographié vers 1858
Monsieur Vitry, jeune garde Impériale.

Monsieur Dupont, fourrier du 1er régiment de hussards sous Napoléon
Monsieur Dupont, fourrier du 1er Régiment de Hussards.

Maréchal des logis-major Fabry du 1er régiment de hussards photographié vers 1858s
Maréchal des logis-major Fabry, 1er Régiment de Hussards.

Monsieur Maire, vétéran du 7e régiment de hussards des guerres napoléoniennes


Monsieur Maire, 7e Régiment de Hussards, vers 1809-15.

Monsieur Lefebvre, sergent du 2e régiment du Génie en 1815 photographié vers 1858
Monsieur Lefebvre, sergent du 2e Régiment du Génie, 1815.

Monsieur Dreuse, vétéran du 2e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde
Monsieur Dreuse, 2ème Régiment de Lanciers de la Garde, vers 1813-1814.

Monsieur Verlinde, vétéran du 2e régiment de lanciers photographié en uniforme vers 1858
Monsieur Verlinde, 2ème Régiment de Lanciers, 1815.

Ces visages ne donnent pas seulement une apparence aux guerres napoléoniennes. Ils montrent aussi la longue survivance d’une mémoire militaire. En 1858, ces hommes ne sont plus sur les champs de bataille, mais ils restent des témoins physiques d’un monde qui avait déjà basculé dans la légende.

FAQ rapide

Ces portraits montrent-ils vraiment des soldats de Napoléon ?

Oui, ils sont généralement présentés comme des portraits de vétérans des guerres de la Révolution et de l’Empire. La série est conservée dans l’Anne S. K. Brown Military Collection de la Brown University Library.

Quand ces portraits ont-ils été pris ?

La date exacte n’est pas certaine, mais 1858 est souvent retenu. Les vétérans portent la médaille de Sainte-Hélène, créée en août 1857, ce qui rend une datation antérieure peu probable.

Pourquoi parle-t-on de vieux grognards ?

Le terme “grognard” désigne souvent les vieux soldats de Napoléon, en particulier ceux de la Garde impériale. Il évoque des soldats expérimentés, fidèles, endurcis, et réputés pour leur franc-parler.

La médaille visible sur les portraits est-elle une décoration napoléonienne ?

Il s’agit de la médaille de Sainte-Hélène, créée par Napoléon III en 1857 pour honorer les vétérans des campagnes de 1792 à 1815. Elle est postérieure à Napoléon Ier, mais liée à la mémoire de ses soldats.

Pourquoi ces photos sont-elles rares ?

Les guerres napoléoniennes ont eu lieu avant l’essor du portrait photographique. Ces images captent donc des survivants âgés, photographiés plusieurs décennies après leur service.

Les uniformes sont-ils tous authentiques ?

La Brown University Library indique que certains uniformes semblent avoir été recoupés ou ajustés par des tailleurs des années 1850. Ils sont donc précieux, mais doivent être lus avec prudence.

Faut-il dire chasseur alpin pour certains portraits ?

Non. Dans ce contexte, il faut dire chasseur à cheval. Les chasseurs alpins sont créés bien après l’époque napoléonienne.

Sources pour aller plus loin

Toutes les photos: crédits : Anne S. K. Brown Military Collection / Brown University Library.

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