Aller au contenu

La Heinkel Kabine, microvoiture allemande des années 50-60

Dans les années 1950, l’Europe a produit une belle série de microvoitures étranges, économiques et souvent très mignonnes, parfois au point de ressembler à des appareils électroménagers qui auraient obtenu leur permis. Parmi elles, la Heinkel Kabine tient une place à part.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-16
Crédit photo Daan Noske / Anefo (domaine public).

Conçue par Heinkel Flugzeugwerke, constructeur allemand surtout connu pour ses avions, cette petite voiture à bulle a été produite en Allemagne à partir de 1956. Avec sa porte frontale, ses dimensions minuscules et son habitacle étonnamment pratique, elle fait partie de ces véhicules d’après-guerre qui ont cherché à répondre à une question simple : comment se déplacer à bas coût quand une vraie voiture restait trop chère ?

À retenir

La Heinkel Kabine est une microvoiture allemande produite par Heinkel entre 1956 et 1958 en Allemagne, avant des fabrications sous licence dans d’autres pays.
Elle a existé en versions trois roues et quatre roues, notamment sous les types 150, 153 et 154.
Selon les versions, elle utilisait un petit moteur monocylindre quatre temps d’environ 173 à 204 cm³, pour une puissance autour de 9 à 10 ch.
La production a ensuite continué sous licence, notamment au Royaume-Uni sous le nom Trojan 200.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-1


Crédit photo Sicnag (CC BY 2.0).

Une microvoiture née dans l’Europe d’après-guerre

La Heinkel Kabine appartient à la grande famille des bubble cars, ces petites voitures à bulle qui ont connu un vrai succès dans l’Europe des années 1950. Le contexte explique beaucoup de choses : les carburants coûtaient cher, le pouvoir d’achat restait limité, les villes avaient besoin de véhicules compacts, et tout le monde ne pouvait pas s’offrir une berline familiale.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-2
Crédit photo harry_nl (CC BY-NC-SA 2.0).

Heinkel a d’abord été un constructeur aéronautique. Après la Seconde Guerre mondiale, comme d’autres industriels allemands liés à l’aviation, l’entreprise s’est tournée vers d’autres productions. Elle a notamment fabriqué des scooters, puis s’est lancée dans la microvoiture. Cette logique de véhicule minimal n’était pas totalement nouvelle : bien avant la Kabine, la Zaschka, voiture pliable à 3 roues de 1929, explorait déjà l’idée d’une mobilité urbaine minuscule, économique et franchement inventive.

Cette reconversion donne à la Kabine un charme particulier. Elle n’a évidemment rien d’un avion, mais elle garde quelque chose d’ingénieux, de compact et de très rationalisé. Une petite cabine roulante, en somme. Le nom Kabine n’a pas été choisi pour rien.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-3


Crédit photo Georg Peter Landsiedel (CC BY-NC-SA 2.0).

Une porte frontale et un air de cousine de l’Isetta

La première chose que l’on remarque sur la Heinkel Kabine, c’est sa porte frontale. L’avant de la voiture s’ouvre pour permettre d’entrer dans l’habitacle, comme sur la célèbre BMW Isetta. Cette solution permettait de gagner de la place et de simplifier l’accès dans un véhicule très court.

Cette porte donne à la voiture un air de petite capsule roulante, dans la même famille d’idées que la Zündapp Janus, autre microvoiture allemande aux portes très inhabituelles. Les années 1950 ont clairement été une période où les ingénieurs automobiles se sont demandé : “Et si on entrait autrement dans une voiture ?” Puis certains ont vraiment essayé.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-4
Crédit photo mikkelz (CC BY-NC-SA 2.0).

Le lien visuel avec l’Isetta est évident, mais la Heinkel avait sa propre personnalité. Le Lane Motor Museum souligne même que, malgré un moteur plus petit, la Heinkel pouvait se montrer aussi rapide qu’une BMW Isetta, notamment parce qu’elle était plus légère et plus spacieuse. Elle appartenait à un univers automobile où chaque centimètre comptait.

Ces microvoitures n’étaient pas pensées pour impressionner sur l’autoroute, mais pour transporter deux personnes avec un minimum de carburant, de métal et d’encombrement. Aujourd’hui, elles ont surtout l’air de petites capsules rétro. À l’époque, elles étaient une solution très concrète.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-5
Crédit photo Georg Peter Landsiedel (CC BY-NC-SA 2.0).

Les versions de la Heinkel Kabine

La Heinkel Kabine a connu plusieurs versions. Le Heinkel Club Deutschland distingue notamment la Kabine 150, équipée d’un moteur de 173 cm³ et produite en 1956, puis les Kabine 153 et Kabine 154, produites d’octobre 1956 à juin 1958, avec des motorisations autour de 198 à 204 cm³ selon les variantes.

Le Heinkel Trojan Club indique qu’environ 11 975 voitures auraient été produites en Allemagne entre décembre 1955 et juin 1958 à l’usine de Speyer. Le club distingue trois grands types : le Type 150 à trois roues, le Type 153 à trois roues et le Type 154 à quatre roues.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-6
Crédit photo Michel Curi (CC BY 2.0).

Ces détails peuvent sembler très techniques, mais ils expliquent pourquoi on trouve parfois des descriptions différentes selon les sources : certaines Heinkel Kabine sont des tricycle cars, d’autres ont quatre roues, et les cylindrées varient légèrement selon les séries et les marchés.

Dans l’imaginaire automobile, la voiture à trois roues évoque souvent des engins à la réputation contrastée, jusqu’à la Reliant Robin, devenue l’une des voitures anglaises les plus moquées. La Heinkel Kabine appartient toutefois à une logique différente : celle de la microvoiture économique d’après-guerre, pas du gag roulant permanent.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-7


Crédit photo Mike Simonds (CC BY-ND 2.0).

Heinkel Trojan, la suite britannique

La carrière de la Heinkel Kabine ne s’est pas arrêtée à l’Allemagne. Après la fin de la production allemande, le modèle a connu des fabrications sous licence. Une tentative a eu lieu en Irlande avec Dundalk Engineering Company, puis la production a surtout continué au Royaume-Uni sous le nom Trojan 200.

Cette version britannique a prolongé la vie de la petite voiture dans les années 1960. C’est pourquoi on trouve parfois des Heinkel Kabine, des Heinkel Trojan ou des Trojan 200 mêlées dans les collections et les ventes de microcars. Même famille, mêmes gènes de voiture à bulle, mais passeport différent.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-8
Crédit photo Claus Gerull (CC BY-NC-ND 2.0).

La famille des microvoitures européennes compte d’ailleurs plusieurs cousins très attachants, de la Peel P50, minuscule voiture britannique devenue célèbre pour sa taille record, aux modèles plus expérimentaux qui ont tenté de réinventer la mobilité à très petite échelle.

Ce genre de trajectoire n’est pas rare dans l’histoire des petits véhicules populaires. Les idées circulaient, les licences aussi, et les microvoitures passaient parfois d’un pays à l’autre avec une facilité que leurs petits moteurs n’auraient peut-être pas totalement assumée en montée.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-9
Crédit photo vmpyr_david (CC BY-NC-ND 2.0).

Une voiture minuscule, mais pas sans confort

La Heinkel Kabine mesurait environ 2,55 m de long, pour 1,37 m de large et 1,32 m de haut selon les fiches techniques couramment reprises. Son poids tournait autour de 250 à 290 kg selon les versions. Elle utilisait une boîte manuelle à quatre rapports avec marche arrière, un détail important pour une microvoiture à porte frontale : sortir d’un stationnement sans devoir soulever la voiture à la main reste appréciable.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-10
Crédit photo gordonplant (CC BY 2.0).

À l’intérieur, l’espace restait évidemment limité, mais la Kabine pouvait accueillir deux adultes et, selon les configurations, un petit siège ou un espace arrière. La disposition rappelle que ces voitures étaient pensées comme une alternative à la moto ou au scooter, pas comme une rivale d’une grande berline.

Elles offraient un toit, une carrosserie, une relative protection contre la pluie, et une consommation très basse. Dans le même esprit de recherche d’un véhicule ultra-compact, mais avec une esthétique encore plus futuriste, l’Œuf électrique de 1942 avait déjà imaginé une voiture minuscule, légère et presque transparente, bien avant que les microcars des années 1950 ne deviennent un phénomène plus visible.

Dans l’Europe d’après-guerre, une microvoiture comme la Heinkel Kabine pouvait donc représenter un compromis très sérieux. Le luxe, parfois, commence simplement quand on arrive au travail sans avoir pris toute l’averse sur le nez.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-11


Crédit photo David Quigley (CC BY 2.0).

Un design étrange, mais logique

La Heinkel Kabine fait sourire aujourd’hui parce qu’elle ressemble à une petite bulle posée sur des roues. Mais son design répondait à des contraintes très concrètes : réduire le coût, limiter le poids, économiser le carburant et proposer un habitacle fermé dans un format minuscule.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-12
Crédit photo Andrew Bone (CC BY 2.0).

Sa carrosserie arrondie, son grand vitrage et sa porte frontale lui donnent une silhouette très reconnaissable. Elle est étrange, oui, mais pas absurde. C’est plutôt une petite leçon de design contraint : quand on dispose de peu de place, peu de puissance et peu de budget, chaque choix doit servir à quelque chose.

C’est aussi pour cette raison que la Kabine reste plus attachante que certaines expériences automobiles franchement mal nées, comme la Hoffmann de 1951, souvent citée parmi les pires voitures du monde. La Heinkel était bizarre, mais elle avait une vraie logique d’usage. Dans le monde des voitures insolites, c’est déjà une belle victoire.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-13
crédit photo Georg Sander (CC BY-NC 2.0).

Un petit symbole de l’ingéniosité automobile d’après-guerre

La Heinkel Kabine n’a pas marqué l’histoire par sa puissance, son luxe ou sa vitesse. Elle l’a fait autrement : par son format, sa logique économique, son design de bulle et son lien inattendu avec un constructeur aéronautique.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-14
crédit photo IISG (CC BY-SA 2.0)

Elle raconte une époque où l’automobile devait parfois être réduite à l’essentiel : trois roues, ou quatre, un petit moteur, une porte, deux places, un toit, et juste assez de courage mécanique pour sortir de la ville. Aujourd’hui, elle fait sourire par ses proportions, mais elle rappelle aussi une vraie intelligence de conception.

Dans la grande famille des voitures anciennes étranges, la Heinkel Kabine reste donc une petite réussite : un véhicule minuscule, rationnel, attachant, et suffisamment insolite pour qu’on se demande encore comment autant de personnalité a pu tenir dans une si petite cabine.

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-15


crédit photo IISG (CC BY-SA 2.0)

17-photos-vintage-de-la-Heinkel-Kabine-tricar-des-annees-50-60-17
crédit photo IISG (CC BY-SA 2.0)

Vidéo de la Heinkel Kabine

En complément, voici une vidéo de cette Heinkel Bubble, avec notamment des images de cette bulle sur trois roues en train de rouler:

Sources pour aller plus loin

Heinkel Club Deutschland — modèles Heinkel Kabine 150, 153 et 154, cylindrées et périodes de production
Heinkel Trojan Club — historique des Heinkel Kabine, production allemande et types 150, 153, 154
Lane Motor Museum — Heinkel Kabine 1956, contexte d’après-guerre et comparaison avec la BMW Isetta
Bruce Weiner Microcar Museum — 1956 Heinkel Kabine, fiche historique et technique

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *