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L’Œuf électrique : la voiture en forme d’œuf de Paul Arzens née en 1942

Avec sa carrosserie arrondie, ses immenses surfaces transparentes et ses trois petites roues, L’Œuf électrique ressemble davantage à une capsule échappée d’un dessin futuriste qu’à une automobile née en pleine Seconde Guerre mondiale.

Pourtant, Paul Arzens a bien construit cette étonnante voiture en forme d’œuf en 1942, à Paris. Alors que le carburant était sévèrement rationné sous l’Occupation, le peintre et designer français a choisi une propulsion électrique alimentée par cinq lourdes batteries.

Le résultat pouvait atteindre 70 km/h et parcourir environ 100 km avant recharge. Plus surprenant encore : après la guerre, lorsque l’essence est redevenue plus facilement disponible, Arzens a fait exactement l’inverse de ce que l’industrie automobile fait aujourd’hui. Il a remplacé le moteur électrique par un moteur à essence.

L’Œuf électrique, voiture en forme d’œuf de Paul Arzens construite en 1942
L’Œuf électrique de Paul Arzens, photographié à la Cité de l’Automobile de Mulhouse. Crédit photo Alf van Beem (CC0 1.0).

À retenir

L’Œuf électrique a été construit par Paul Arzens en 1942, pendant l’Occupation allemande.
Il possède trois roues et une carrosserie ovoïde mêlant aluminium et grandes surfaces de Plexiglas.
Son châssis repose notamment sur un tube en Duralinox.
Sa propulsion électrique utilisait cinq batteries qui pesaient ensemble environ 300 kg.
Il atteignait environ 70 km/h et disposait d’une autonomie annoncée d’environ 100 km.
Après la guerre, Paul Arzens a remplacé la propulsion électrique par un moteur monocylindre Peugeot de 125 cm³.
Arzens a conservé la voiture jusqu’à sa mort en 1990.
L’Œuf a intégré les collections du Musée des Arts et Métiers en 1993 et est aujourd’hui déposé à la Cité de l’Automobile de Mulhouse.

Une voiture électrique née en pleine Occupation

Paul Arzens n’était pas constructeur automobile.

Né en 1903, il avait étudié à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et travaillait comme peintre, décorateur et créateur de véhicules lorsqu’il s’est lancé dans ses propres automobiles expérimentales.

En 1938, il avait déjà réalisé une spectaculaire voiture baptisée La Baleine, construite sur un châssis de Buick et caractérisée par une immense carrosserie inspirée de l’aéronautique.

Quatre ans plus tard, le contexte était radicalement différent.

La France était occupée et l’essence destinée aux particuliers était fortement rationnée.

Arzens a alors imaginé une automobile extrêmement compacte et légère capable de se passer de carburant : L’Œuf électrique.

L’idée d’une petite voiture à trois roues n’était pas entièrement nouvelle. Dès 1929, la Zaschka proposait déjà une étonnante voiture démontable à trois roues, pensée pour réduire au maximum l’encombrement.

Arzens est toutefois allé beaucoup plus loin dans la recherche d’une carrosserie légère et d’un habitacle presque entièrement vitré.

Pourquoi cette voiture ressemble-t-elle autant à un œuf ?

Son surnom n’a pas demandé un grand effort d’imagination.

L’habitacle forme une véritable bulle ovoïde reposant sur trois roues minuscules.

La structure associait plusieurs matériaux encore très modernes pour une automobile de l’époque.

La carrosserie employait de l’aluminium, tandis que les vastes surfaces transparentes étaient réalisées en Plexiglas courbé.

Le châssis utilisait notamment un tube de Duralinox.

Tout était pensé pour limiter au maximum la masse de la structure afin de compenser celle beaucoup moins raisonnable des batteries.

La transparence n’avait pas seulement une fonction esthétique.

Le Musée des Arts et Métiers rappelle qu’Arzens utilisait également son véhicule comme atelier ambulant. Peintre avant d’être designer automobile, il profitait de cette vision panoramique pour observer le paysage et pouvait même travailler depuis son étrange capsule roulante.

Une voiture avec baie vitrée intégrale parce que son propriétaire voulait peindre : voilà une option que les configurateurs automobiles modernes ont curieusement oubliée.

Vue arrière de la voiture en forme d’œuf de Paul Arzens


Vue arrière de L’Œuf électrique, qui permet de distinguer sa carrosserie ovoïde et ses très grandes surfaces transparentes. Crédit photo Claus Ableiter (CC BY-SA 4.0).

Cinq batteries pesant à elles seules 300 kg

Le principal problème des véhicules électriques n’est manifestement pas né avec le XXIe siècle : les batteries pesaient lourd.

Très lourd.

L’Œuf électrique embarquait cinq batteries installées à l’arrière. Le Musée des Arts et Métiers indique qu’elles totalisaient environ 300 kg.

Elles constituaient donc de très loin l’élément le plus massif de cette voiture dont tout le reste avait été conçu avec une obsession inverse : aluminium, structure tubulaire, Plexiglas et encombrement minimal.

Cette concentration de masse à proximité du sol participait également à l’abaissement du centre de gravité.

Arzens avait relié son châssis tubulaire à une fourche arrière dite « élastique ». Le musée souligne que cette disposition permettait de conserver une assiette correcte et un centre de gravité très bas.

Autrement dit, sous ses airs de jouet ovoïde, L’Œuf n’était pas seulement un exercice de style.

100 km d’autonomie et 70 km/h en 1942

Les performances paraissent modestes face à celles d’une voiture électrique moderne, mais replacées en 1942 elles deviennent nettement plus intéressantes.

Avec ses batteries, L’Œuf électrique pouvait atteindre environ :

70 km/h de vitesse maximale et 100 km d’autonomie.

Ce n’était évidemment pas une automobile destinée à traverser la France.

Pour circuler dans Paris et autour de la capitale en pleine période de rationnement, ces performances étaient en revanche largement suffisantes.

Il faut surtout éviter de présenter Arzens comme le créateur visionnaire de « la voiture électrique moderne avant tout le monde ». Les automobiles électriques existaient déjà depuis plusieurs décennies.

Son originalité venait plutôt de la combinaison :

format ultracompact + trois roues + matériaux légers + grande surface vitrée + propulsion électrique.

Cette association lui donne aujourd’hui encore une allure étonnamment moderne.

Pourquoi seulement trois roues ?

Les trois roues permettaient de simplifier et d’alléger l’ensemble.

L’Œuf possède deux roues à l’avant et une roue à l’arrière, intégrée sous la partie effilée de la carrosserie.

Ce choix rapproche le véhicule de la famille des tricars et cyclecars, catégories dans lesquelles les ingénieurs ont régulièrement cherché à réduire le nombre de pièces, le poids et le coût.

Plus tard, cette formule a donné naissance à des engins beaucoup plus minimalistes encore. la Peel P50, produite dans les années 1960, est par exemple devenue la plus petite voiture de série du monde avec ses trois roues et son habitacle pour une seule personne.

Toutes les trois-roues n’ont cependant pas été aussi heureuses dans leur conception : la Hoffmann de 1951 a démontré qu’un tricar pouvait également devenir une remarquable collection de mauvaises idées.

L’Œuf était heureusement beaucoup mieux né.

Après la guerre, L’Œuf électrique est devenu… thermique

C’est probablement le détail le plus savoureux de son histoire.

Paul Arzens avait choisi l’électricité principalement pour contourner la pénurie d’essence imposée par la guerre.

Une fois le conflit terminé, le carburant est redevenu disponible.

Arzens a alors retiré les batteries et remplacé la propulsion électrique par un moteur monocylindre Peugeot de 125 cm³.

Aujourd’hui, de nombreux projets cherchent à transformer des automobiles anciennes à essence en véhicules électriques.

Paul Arzens a donc pratiqué le rétrofit dans l’autre sens.

Sa voiture a conservé son nom d’Œuf électrique alors même qu’elle ne fonctionnait plus à l’électricité. Le marketing automobile avait déjà découvert qu’un bon nom peut survivre à quelques changements techniques.

L’Œuf électrique n’était pas seulement un prototype de salon

Il serait trompeur d’imaginer l’Œuf comme un concept car construit uniquement pour être exposé sous des projecteurs.

Paul Arzens l’a réellement utilisé comme voiture personnelle.

Le Musée des Arts et Métiers indique qu’il en est resté propriétaire jusqu’à son décès en 1990.

Cette utilisation quotidienne explique aussi certains choix très pratiques de l’engin : visibilité exceptionnelle, petites dimensions et conception destinée aux déplacements urbains.

L’Œuf était unique, mais il roulait réellement dans les rues de Paris.

C’est sans doute ce qui le rend plus intéressant qu’un simple prototype futuriste : l’objet bizarre photographié aujourd’hui dans un musée a effectivement transporté son créateur pendant une partie de sa vie.

Paul Arzens, de La Baleine aux locomotives de la SNCF

L’Œuf n’est qu’une petite partie du travail de Paul Arzens.

Avant lui, Arzens avait créé La Baleine en 1938, une automobile presque opposée dans ses proportions : très longue, spectaculaire et inspirée des formes aérodynamiques.

Les deux véhicules montrent néanmoins la même approche.

Arzens ne dessinait pas seulement des carrosseries. Il cherchait à donner aux machines une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

La Baleine et L’Œuf électrique, deux automobiles de Paul Arzens
L’Œuf électrique aux côtés de La Baleine, autre automobile dessinée par Paul Arzens. Crédit photo Arnaud 25 (CC BY-SA 4.0).

Cette démarche s’est ensuite exprimée à une tout autre échelle.

Arzens a travaillé pendant des décennies sur le design ferroviaire français. On lui doit notamment les formes arrondies de plusieurs locomotives électriques de la famille « Jacquemin », puis le célèbre profil à « nez cassé » adopté par différentes locomotives de la SNCF à partir des années 1960 et 1970.

Passer d’un œuf électrique de trois roues à une locomotive CC 6500 demande une certaine amplitude dans le carnet de croquis.

L’Œuf annonçait-il les bubble cars des années 1950 ?

Visuellement, il est difficile de regarder L’Œuf sans penser aux petites bubble cars apparues massivement après la guerre.

Leur logique répondait à des contraintes assez semblables : limiter les dimensions, la masse et le coût tout en proposant une véritable carrosserie fermée.

La Heinkel Kabine des années 1950 possède ainsi elle aussi un habitacle en forme de petite bulle et a existé en version trois roues.

Il faut toutefois parler de ressemblance et de parenté de philosophie plutôt que d’influence directe lorsque celle-ci n’est pas documentée.

C’est pourquoi l’ancienne affirmation selon laquelle L’Œuf aurait directement inspiré la Google Car n’a pas été conservée ici.

La silhouette peut évoquer différents véhicules plus récents, mais une ressemblance ne suffit pas à établir une filiation.

De L’Œuf électrique à la Microlino

L’idée d’une minuscule voiture électrique destinée avant tout à la ville n’a évidemment pas disparu.

Des décennies après Paul Arzens, la Microlino a repris le principe de la petite voiture électrique urbaine à carrosserie fermée, avec une esthétique davantage héritée des microcars des années 1950.

Les technologies ont énormément changé, mais la question reste étonnamment proche :

combien de voiture faut-il réellement pour transporter une ou deux personnes en ville ?

En 1942, Arzens avait répondu avec trois roues, cinq batteries et beaucoup de Plexiglas.

Où voir L’Œuf électrique aujourd’hui ?

Après la mort de Paul Arzens en 1990, son automobile a rejoint en 1993 les collections du Musée des Arts et Métiers, dans le cadre d’une importante dation comprenant plusieurs véhicules et modèles ferroviaires du designer.

Les automobiles de cette collection sont déposées à la Cité de l’Automobile de Mulhouse, où L’Œuf est présenté avec d’autres créations d’Arzens.

Il demeure donc possible de voir de près cette étrange capsule qui circulait réellement dans Paris il y a plus de huit décennies.

Et l’objet conserve quelque chose de déroutant : sans connaître sa date, il est difficile de deviner qu’il a été construit en pleine Seconde Guerre mondiale.

Vidéo de L’Œuf électrique

Cette vidéo permet de découvrir le véhicule sous différents angles et de mieux comprendre ses proportions particulièrement compactes.

Entre sa roue arrière presque cachée, ses minuscules roues avant et son gigantesque pare-brise arrondi, L’Œuf ressemble encore aujourd’hui à une automobile venue d’une chronologie légèrement différente de la nôtre.

Sources pour aller plus loin

Musée des Arts et Métiers – L’Œuf électrique de Paul Arzens
Musée des Arts et Métiers – L’Œuf électrique, voiture et atelier ambulant de Paul Arzens
Wikimedia Commons – photographies libres de L’Œuf électrique
Wikimedia Commons – véhicules et créations de Paul Arzens

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2 commentaires sur “L’Œuf électrique : la voiture en forme d’œuf de Paul Arzens née en 1942”

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