Sur l’île d’Hokkaido, au nord du Japon, un petit plan d’eau semble avoir reçu quelques litres de colorant bleu. Entouré de troncs d’arbres morts, Aoi Ike, l’étang bleu de Shirogane, passe selon la lumière du turquoise au bleu cobalt et parfois au vert émeraude. Pourtant, personne n’a vidé un pot de peinture dans l’eau : ce décor presque irréel résulte d’un mélange de géologie, de minéraux et de physique.
Le plus étonnant est que ce paysage situé près de Biei n’est pas vraiment naturel. Aoi Ike est apparu presque accidentellement à la suite de travaux réalisés en 1988 pour protéger la région des coulées de boue liées au mont Tokachi. Quant à sa réputation d’étang « toxique », elle mérite une sérieuse nuance : les sources officielles japonaises expliquent sa couleur, mais ne présentent pas Aoi Ike comme une mare empoisonnée.
L’étang bleu de Shirogane à Biei, avec ses troncs morts émergeant d’une eau aux étonnantes nuances bleues. Crédit photo AndyLeungHK (CC0).
À retenir
- Aoi Ike, 青い池 en japonais, signifie simplement « étang bleu ».
- Il se trouve à Shirogane, près de Biei, sur l’île japonaise d’Hokkaido.
- L’étang est apparu à la suite de travaux de lutte contre les coulées de boue réalisés en 1988 dans le secteur du mont Tokachi.
- Sa couleur provient notamment de particules colloïdales contenant des composés d’aluminium qui diffusent la lumière.
- La teinte varie avec le soleil, la météo, la pluie, la saison et la quantité de particules présentes dans l’eau.
- Aucune source officielle consultée ne décrit Aoi Ike comme un étang « toxique pour l’homme ».
Aoi Ike, un étang bleu apparu presque par accident
Aoi Ike se trouve dans le secteur de Shirogane, au sud-est de Biei, au pied de la chaîne du Tokachidake. Le mont Tokachi est toujours un volcan actif et la région doit composer depuis longtemps avec les risques de coulées de boue et d’érosion volcanique.
En 1988, des ouvrages ont été construits afin de limiter les dégâts susceptibles d’être provoqués par ces coulées. De l’eau s’est progressivement accumulée derrière l’un des aménagements et a submergé une partie de la végétation. L’étang bleu est donc un effet secondaire involontaire d’un ouvrage de prévention des risques naturels.
L’endroit n’avait pas été conçu pour devenir une attraction touristique. Quelques décennies plus tard, il figure pourtant parmi les paysages les plus photographiés d’Hokkaido. Pour un bassin de rétention, la reconversion est plutôt réussie.
Aoi Ike photographié en juillet 2019, avec les arbres et leurs reflets au milieu des eaux bleues de Shirogane. Crédit photo Blondinrikard Fröberg (CC BY 2.0).
Pourquoi l’eau d’Aoi Ike est-elle aussi bleue ?
La couleur d’Aoi Ike ne vient pas d’un pigment bleu dissous dans l’eau. Elle résulte essentiellement de la façon dont la lumière interagit avec de minuscules particules en suspension.
Dans le secteur de Shirogane, plusieurs eaux de compositions différentes se mélangent. Certaines proviennent notamment de zones riches en composés d’aluminium autour de Shirahige Falls et du bassin de la rivière Biei. Au contact des différentes eaux, des particules colloïdales se forment ou restent en suspension.
Lorsque la lumière solaire rencontre ces particules microscopiques, elle est diffusée dans différentes directions. Les courtes longueurs d’onde correspondant au bleu sont particulièrement visibles pour notre œil, ce qui donne au bassin son extraordinaire coloration. L’Office national du tourisme japonais cite notamment la présence naturelle d’hydroxyde d’aluminium colloïdal.
Le fond clair du bassin pourrait également accentuer cette luminosité en réfléchissant une partie de la lumière. Il s’agit donc d’un phénomène plus subtil que « l’aluminium colore l’eau en bleu ».
Les chutes Shirahige jaillissent de la falaise avant de rejoindre la rivière Biei. Les eaux minéralisées de ce secteur participent aux phénomènes à l’origine des teintes bleues observées autour de Shirogane. Crédit photo OKJaguar (CC BY-SA 4.0).
Le phénomène n’a donc rien à voir avec celui qui produit les couleurs spectaculaires du Grand Prismatic Spring de Yellowstone. Dans cette immense source chaude américaine, les couleurs périphériques proviennent notamment de communautés de microorganismes thermophiles. Deux palettes très voyantes, mais deux recettes différentes.
L’étang bleu d’Aoi Ike est-il vraiment toxique ?
C’était l’affirmation de l’ancienne version de cet article : l’eau aurait été « toxique pour les humains » en raison de sa teneur en aluminium et autres minéraux.
Les sources officielles de Biei et de l’Office national du tourisme japonais ne présentent pourtant pas Aoi Ike comme un étang toxique. Elles expliquent sa composition minérale et son extraordinaire couleur, mais ne décrivent pas l’eau comme un poison pour l’être humain.
Cela ne transforme évidemment pas Aoi Ike en piscine municipale. Le bassin n’est pas un lieu de baignade, il ne faut pas entrer dans l’eau et il convient de rester sur les zones de visite aménagées. De même, la présence de minéraux n’est certainement pas une invitation à remplir sa gourde.
L’ancienne réputation d’« étang toxique » semble donc surtout provenir d’un raccourci : eau chargée en composés minéraux + baignade interdite = eau toxique. Cette conclusion n’est pas suffisamment étayée.
Une forêt morte sous les eaux de Shirogane
La couleur ne suffit pas à expliquer l’étrangeté du paysage. Des dizaines de troncs gris se dressent au-dessus de la surface, comme les restes d’une forêt engloutie.
Et c’est plus ou moins ce qu’ils sont.
Lorsque l’eau s’est accumulée à la suite des travaux de 1988, elle a submergé des arbres présents sur le site. Le JNTO cite notamment des mélèzes et des bouleaux. Les arbres morts ont perdu leurs branches les plus fines et leur feuillage, mais une partie des troncs est toujours debout.
Les troncs morts se dressent au-dessus de l’étang bleu de Shirogane, photographié en septembre 2015 à Biei. Crédit photo Noriyoshi Emura (CC BY-SA 3.0).
Cette combinaison d’eau turquoise et de bois blanchi donne au lieu une esthétique presque graphique. Dans un environnement radicalement différent, les arbres submergés d’Aoi Ike rappellent un peu les silhouettes d’arbres morts de Deadvlei, en Namibie : là-bas, c’est au contraire l’absence d’eau qui a créé le décor.
Aoi Ike n’est pas toujours aussi bleu
Les photographies les plus célèbres peuvent donner l’impression qu’Aoi Ike possède en permanence une couleur bleu électrique. Sur place, la réalité est plus changeante.
L’office de tourisme de Biei précise que la météo, la quantité de lumière, le vent, la fonte des neiges et les précipitations modifient l’apparence du bassin. Après de fortes pluies ou pendant certaines périodes de fonte, l’eau peut devenir plus trouble et perdre une partie de son bleu.
À d’autres moments, elle prend des nuances turquoise, cobalt ou vert émeraude. Le décor change également avec la végétation environnante : vert vif au début de l’été, couleurs chaudes en automne puis neige en hiver.
L’étang bleu de Shirogane le 6 octobre 2025, avec les couleurs automnales de la végétation qui contrastent avec celles du bassin. Crédit photo lumoplank (CC0).
Le paysage d’Hokkaido devenu célèbre grâce à Apple
Aoi Ike était déjà connu des photographes japonais, mais sa notoriété internationale a fortement progressé grâce à une image réalisée par le photographe japonais Kent Shiraishi.
En juillet 2012, Apple a lancé OS X Mountain Lion. Une photographie hivernale de l’étang bleu faisait partie des fonds d’écran proposés avec le système d’exploitation. Elle s’est ainsi retrouvée sur des millions d’ordinateurs dans le monde.
L’image associait le bleu caractéristique du bassin à une forêt enneigée, donnant à ce coin relativement discret d’Hokkaido une visibilité internationale assez inattendue. L’étang artificiel conçu pour gérer des coulées de boue venait de décrocher une seconde carrière, cette fois comme paysage de bureau.
Voir Aoi Ike en hiver et de nuit
L’hiver transforme complètement le lieu. Lorsque la neige et la glace recouvrent l’étang, le bleu naturel de l’eau peut même disparaître sous la surface gelée.
Pour permettre de découvrir Aoi Ike sous un autre visage, Biei organise pendant la saison froide une illumination nocturne. Des éclairages mettent alors en valeur la neige, les troncs et la surface du bassin. Les dates et horaires précis sont actualisés par l’office de tourisme de Biei selon les saisons.
Aoi Ike illuminé à la tombée de la nuit en avril 2023, lorsque les éclairages transforment les arbres et la surface du bassin. Crédit photo Calistemon (CC BY-SA 4.0).
Comment visiter l’étang bleu de Shirogane ?
Aoi Ike se trouve à Shirogane, sur le territoire de Biei à Hokkaido. Depuis le centre de Biei, il faut compter environ 20 minutes en voiture ou en bus. Le site se trouve près de la route préfectorale 966 et l’étang n’est qu’à quelques minutes à pied du parking.
Pour les conducteurs utilisant les systèmes de navigation japonais, le Map Code officiel est 349 568 888.
Le site est accessible toute l’année. Le parking dispose d’environ 220 places pour les voitures et 20 pour les bus. Depuis le 1er juillet 2026, le tarif officiel est de 1 000 yens pour une voiture, 300 yens pour une moto et 6 000 yens pour un véhicule de 6 mètres ou plus.
Les horaires du parking sont actuellement de 7 h à 19 h de mai à octobre et de 8 h à 21 h 30 de novembre à avril. L’office de tourisme recommande également de privilégier le matin : par beau temps, la circulation est particulièrement importante entre 13 h et 15 h.
À proximité, les chutes Shirahige méritent clairement le détour. Et si les paysages lacustres d’Hokkaido vous plaisent, l’île abrite également le mystérieux lac Mashu ainsi que le lac Toyoni et son étonnante forme de cœur.
Vidéo de l’étang bleu de Biei
L’association touristique de Biei propose également cette vidéo officielle d’Aoi Ike, qui permet de mieux apprécier le bassin, les arbres et son environnement que sur une simple photographie :
Sources pour aller plus loin
- Biei Tourism Association — Shirogane Blue Pond, origine, couleur, saisons, accès et illumination
- Biei Tourism Association — fiche pratique officielle de l’étang bleu
- Biei Tourism Association — tarifs du parking applicables depuis juillet 2026
- Office national du tourisme japonais — Étang Bleu de Biei
- Japan National Tourism Organization — Blue Pond, hiver et photographie de Kent Shiraishi





