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Des enregistrements rares du son d’une raie [vidéo]

On imagine volontiers les raies glissant silencieusement au-dessus du fond marin. Pourtant, plusieurs individus filmés en Indonésie et en Australie ont produit de véritables séries de clics, suffisamment nets pour être entendus directement sur les vidéos.

Ces observations ont donné lieu en 2022 à une publication scientifique présentant les premiers enregistrements documentés de production volontaire de sons par des raies sauvages. Deux espèces sont concernées : la raie de mangrove Urogymnus granulatus et la pastenague à queue de vache Pastinachus ater.

Raie de mangrove Urogymnus granulatus nageant sous l'eau
Une raie de mangrove (Urogymnus granulatus) photographiée à Nosy Iranja, à Madagascar. Crédit photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Des raies sauvages ont bien été enregistrées produisant volontairement de courts clics.
  • L’étude publiée en 2022 concerne Urogymnus granulatus et Pastinachus ater.
  • Les clics ne durent généralement que quelques dizaines de millisecondes.
  • Ils apparaissent lorsque les raies sont approchées de très près, ce qui suggère un rôle d’avertissement ou de défense.
  • Le mécanisme exact de production du son reste encore mal compris.
  • Depuis cette découverte, d’autres espèces de raies et même un requin ont été documentés en train de produire activement des sons.

Les raies font-elles vraiment du bruit ?

Oui, au moins certaines espèces.

Avant ces observations, les élasmobranches — le groupe qui rassemble notamment les requins et les raies — étaient surtout connus pour leur capacité à entendre les sons sous-marins, beaucoup moins pour en produire volontairement.

Des bruits avaient déjà été associés à l’alimentation ou aux mouvements de certains élasmobranches. Dès 1970, des raies Rhinoptera bonasus maintenues en captivité avaient également émis des clics lorsqu’elles étaient fortement dérangées.

Mais les séquences étudiées en 2022 apportaient quelque chose de nouveau : des raies sauvages produisant spontanément des sons dans leur milieu naturel en réaction à l’approche d’un humain.

C’est très loin du complexe chant nuptial de la baleine à bosse : ici, pas de longue mélodie sous-marine, mais une succession de petits « clics » secs.

Trois raies enregistrées en Indonésie et en Australie

Les chercheurs ont étudié trois observations réalisées indépendamment entre 2017 et 2018.

Une femelle adulte Urogymnus granulatus, dont le disque mesurait environ un mètre de large, a été filmée en décembre 2018 près de Gili Trawangan, en Indonésie. Elle a commencé à cliquer lorsqu’un plongeur s’est approché à environ deux mètres.

Un jeune individu de la même espèce, large d’environ 40 cm, avait auparavant été observé à Magnetic Island, sur la Grande Barrière de corail australienne.

Enfin, une Pastinachus ater adulte a été filmée dans seulement 70 cm d’eau près de Heron Island, également sur la Grande Barrière de corail.

Dans les trois cas, les sons ont commencé lorsque l’observateur s’est approché et ont cessé lorsque la distance a augmenté.

Raie à queue de vache Pastinachus ater nageant au large de l'Australie


Une raie à queue de vache (Pastinachus ater) au large de l’Australie. Crédit photo dennis and aimee jonez (CC BY-SA 2.0).

À quoi ressemble le son produit par une raie ?

Les sons enregistrés sont extrêmement courts.

Chez les deux Urogymnus granulatus, les clics duraient environ 10 à 25 millisecondes. Leur fréquence maximale se situait selon les séquences entre environ 1 031 et 1 875 Hz.

Chez Pastinachus ater, les cinq clics analysés étaient un peu plus longs, entre 21 et 91 millisecondes, avec des fréquences maximales proches de 1 400 à 1 500 Hz.

Ce sont donc des impulsions très brèves, mais pas de simples bruits accidentels provoqués par le déplacement de l’animal.

Les vidéos montrent que chaque clic coïncide avec des mouvements de la région crânienne et des spiracles, ces ouvertures situées derrière les yeux qui participent à la circulation de l’eau vers les branchies.

Comment une raie produit-elle ces clics ?

C’est justement l’une des questions qui restent ouvertes.

Les chercheurs ont observé une contraction des spiracles et de la région de la tête au moment précis où le son est produit, mais le mécanisme anatomique exact n’a pas encore été démontré.

Il pourrait impliquer un mouvement très rapide de structures de la tête ou une brusque expulsion d’eau, mais il serait prématuré d’attribuer définitivement le son aux spiracles, aux mâchoires ou à une autre structure.

Le poisson garde encore son petit secret de fabrication.

Un avertissement contre les prédateurs ?

Le contexte des observations suggère principalement une fonction défensive.

Les raies commencent à cliquer lorsque les plongeurs ou observateurs arrivent très près d’elles, puis cessent lorsque ceux-ci s’éloignent. Les chercheurs envisagent donc un signal d’avertissement destiné à surprendre ou décourager une menace.

Les sons pourraient également servir à prévenir d’autres raies.

Lors de l’observation du jeune Urogymnus granulatus à Magnetic Island, les autres individus du groupe se sont rapprochés après l’émission des clics. Cela pourrait indiquer une forme de communication entre congénères, mais une seule observation ne suffit évidemment pas à le démontrer.

Les raies savent écouter leur environnement et peuvent elles-mêmes réagir à différents sons. Cette découverte montre désormais que certaines ne se contentent pas d’écouter.

D’autres raies ont depuis été surprises en train de cliquer

L’étude de 2022 n’est finalement pas restée longtemps un cas isolé.

En Méditerranée, une raie lisse, Raja brachyura, a été enregistrée au large de la Corse en produisant elle aussi une série de clics. L’étude publiée en 2024 rapporte des impulsions d’environ 10 à 20 millisecondes, mais à une fréquence plus élevée que celles enregistrées chez les deux premières espèces.

Des comportements sonores semblables ont également été observés chez Raja radula et la torpille marbrée Torpedo marmorata.

Puis le cercle s’est encore élargi : une étude publiée en 2025 a documenté une production active de clics chez le requin Mustelus lenticulatus.

La frontière entre animaux marins réputés « silencieux » et espèces capables de produire des sons devient donc de moins en moins nette.

Les élasmobranches réservent décidément encore quelques surprises, comme le montrent également cette étrange chimère surnommée requin fantôme filmée en profondeur ou le requin-chabot ocellé capable de « marcher » sur le fond.

Sources pour aller plus loin

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