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Du pain à la farine de cafard : l’idée très sérieuse derrière une recette qui coupe un peu l’appétit

Des scientifiques brésiliens ont réalisé un pain à la farine de cafard. Oui, la phrase donne envie de vérifier deux fois son croissant, mais l’expérience n’a rien d’une blague de cantine.

L’idée était de tester une farine riche en protéines obtenue à partir de Nauphoeta cinerea, une blatte élevée en captivité, aussi appelée blatte cendrée ou lobster cockroach en anglais. Pas question donc de ramasser les cafards du dessous d’évier pour les passer au moulin. Même dans la gastronomie du futur, il reste quelques limites à la poésie culinaire.

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« Cockroach #2 » par Mike Keeling/Flickr (CC BY-ND 2.0).

À retenir

Le pain à la farine de cafard a été développé par des chercheuses de l’université fédérale de Rio Grande, au Brésil, dans le cadre de recherches sur les protéines alternatives. La farine a été produite à partir de blattes de l’espèce Nauphoeta cinerea, élevées spécifiquement, déshydratées, broyées et tamisées. L’objectif n’était pas de choquer gratuitement, mais d’explorer une source de protéines plus concentrée que la farine de blé classique.

De la farine de cafard, vraiment ?

Le mot “cafard” déclenche immédiatement des images peu appétissantes : cuisine sale, placards douteux, insecte qui file sous le frigo à 2 h du matin. Pourtant, les insectes utilisés dans cette expérience ne sont pas des blattes domestiques récupérées au hasard.

Les chercheuses ont travaillé avec Nauphoeta cinerea, une espèce de blatte élevée en conditions contrôlées. Cette espèce a été choisie pour sa teneur élevée en protéines et son profil nutritionnel. Les insectes ont été déshydratés, puis broyés et tamisés afin d’obtenir une farine fine, utilisée pour enrichir du pain de blé.

Ce type d’expérience s’inscrit dans le champ plus large de l’entomophagie, c’est-à-dire la consommation d’insectes par les humains. Elle peut sembler très étrange en Europe, mais elle existe depuis longtemps dans de nombreuses cultures. Le ahuautle, ce “caviar aztèque” à base d’œufs de punaise, rappelle d’ailleurs que les insectes peuvent aussi avoir une vraie histoire culinaire.

Une farine plus riche en protéines que le blé

Selon les données reprises par les chercheuses, cette farine de blatte contient environ 40 % de protéines de plus qu’une farine de blé standard. Elle apporte aussi des acides aminés, des lipides et des acides gras intéressants.

L’objectif n’est pas de remplacer entièrement la farine de blé, mais de l’enrichir. Dans l’étude, la farine de Nauphoeta cinerea a été incorporée à la pâte pour améliorer la teneur nutritionnelle du pain. On reste donc sur un pain au blé, mais complété par une poudre d’insecte. Ce n’est pas une baguette qui bouge encore, rassurez-vous.

L’étude scientifique publiée en 2017 parle précisément d’un pain enrichi avec de la farine de blatte cendrée. Les insectes ont été déshydratés, broyés puis tamisés, avec une granulométrie réduite à environ 1,18 mm avant incorporation.

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Crédit photo Andressa Lucas et Lauren Menegon.

Pourquoi utiliser des insectes dans l’alimentation ?

Les insectes intéressent les chercheurs pour plusieurs raisons. Ils peuvent contenir beaucoup de protéines, nécessiter moins d’espace que l’élevage traditionnel, convertir efficacement leur nourriture en biomasse et produire moins de déchets selon les systèmes d’élevage.

Les chercheurs expliquent:

Nous avons choisi la blatte parce que c’est l’insecte qui a la plus forte teneur en protéines, près de 70 %. Elle contient huit des neuf acides aminés essentiels, des acides gras de haute qualité (comme les oméga-3 et les oméga-9) et nous pouvons en utiliser presque 100 %, avec très peu de résidus. Aujourd’hui, nous étudions l’utilisation des grillons et des ténébrions.

Cela ne signifie pas que tout le monde mangera bientôt du pain aux cafards au petit-déjeuner. Il s’agit surtout d’explorer des ingrédients alternatifs dans un monde où la population augmente, où les ressources agricoles sont sous pression et où l’industrie alimentaire cherche de nouvelles sources de protéines.

Dans un registre plus directement culinaire, le Japon propose déjà des spécialités beaucoup plus visibles, comme les jibachi senbei, des crackers aux guêpes entières. À côté, la farine de cafard a presque l’air discrète. Presque.

Farine de cafard et farines d’insectes : attention à la confusion

Les recherches autour de la farine de cafard ne doivent pas être confondues avec les autorisations européennes récentes concernant certaines farines d’insectes. Dans l’Union européenne, plusieurs produits à base d’insectes ont été autorisés comme “nouveaux aliments” après évaluation, notamment des préparations issues de vers de farine, de grillons ou de criquets.

En janvier 2025, la Commission européenne a par exemple autorisé la poudre de larves de Tenebrio molitor traitée aux UV dans certains aliments. Mais il s’agit de vers de farine jaunes, pas de cafards. Et ces ingrédients doivent être clairement indiqués dans la liste des ingrédients, avec des avertissements liés aux allergies quand c’est nécessaire.

Cette distinction est importante, car les réseaux sociaux mélangent souvent tout : vers de farine, grillons, criquets, “farine d’insectes”, cafards, complots alimentaires et croissants imaginaires à la blatte. L’expérience brésilienne sur Nauphoeta cinerea reste un projet de recherche précis, pas une preuve que des cafards seraient cachés dans le pain vendu en boulangerie.

Est-ce dangereux de manger de la farine de cafard ?

Dans un cadre scientifique ou industriel contrôlé, la question porte surtout sur la sécurité sanitaire, l’élevage, l’alimentation des insectes, les contaminants, les allergènes et les conditions de transformation. On ne parle pas d’insectes sauvages ou domestiques consommés au hasard.

Les farines d’insectes peuvent présenter un risque allergique, notamment chez certaines personnes sensibles aux crustacés, aux mollusques ou aux acariens, car il peut exister des réactions croisées. Ce point est régulièrement souligné dans les évaluations européennes sur les nouveaux aliments issus d’insectes.

Pour le consommateur, la règle simple reste donc : pas d’ingrédient surprise, pas d’insecte caché, et un étiquetage clair quand un produit autorisé en contient. Pour le pain à la farine de cafard de l’étude brésilienne, on reste dans un cadre expérimental et universitaire, pas dans la baguette du coin.

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Crédit photo Andressa Lucas et Lauren Menegon.

Et le goût, dans tout ça ?

Les chercheuses ont indiqué que l’incorporation de farine de blatte ne transformait pas le pain en expérience gustative impossible. L’idée était justement de tester si une farine plus riche en protéines pouvait être utilisée dans un aliment quotidien sans ruiner totalement la texture et l’acceptation du produit.

C’est souvent l’un des grands défis de l’alimentation à base d’insectes : le blocage est moins nutritionnel que culturel. Une poudre intégrée dans une pâte passe plus facilement qu’un insecte entier bien visible. Entre un cracker japonais où l’on voit les guêpes et une farine incorporée dans du pain, le cerveau ne réagit pas tout à fait de la même manière.

Ce qui n’empêche pas l’expression “farine de cafard” de rester redoutablement efficace pour mettre une table entière en silence… Alors que d’autres se régalent d’araignées grillées.

Le nom scientifique de la farine de cafard

Le “nom scientifique” associé à cette farine de cafard est Nauphoeta cinerea. Il s’agit de l’espèce de blatte utilisée dans l’étude, parfois appelée en français blatte cendrée et en anglais cinereous cockroach ou lobster cockroach.

Ce détail est essentiel pour éviter de généraliser. “Cafard” est un nom courant très large, qui regroupe de nombreuses espèces de blattes. Certaines vivent dans les habitations, d’autres sont élevées en laboratoire, en terrariophilie ou pour l’alimentation animale. Toutes ne se valent pas, et toutes ne finissent pas dans une miche expérimentale brésilienne.

Une idée vraiment utile ou juste provocante ?

Le pain à la farine de cafard a évidemment un énorme potentiel de titre insolite. Mais derrière l’effet “beurk”, l’expérience pose une vraie question : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour diversifier les sources de protéines ?

Les insectes ne remplaceront pas demain la boulangerie traditionnelle, et personne n’est obligé de rêver d’une baguette à la blatte. En revanche, ils font déjà partie de recherches sur l’alimentation durable, la nutrition et les ressources futures. L’intérêt scientifique est donc réel, même si l’emballage marketing demandera un peu de doigté.

On peut imaginer que “pain enrichi en protéines alternatives” passera mieux sur une carte que “tartine de cafard”. Le pouvoir des mots, parfois, sauve le petit-déjeuner.

Sources pour aller plus loin

CABI Digital Library — Bread enriched with flour from cinereous cockroach (Nauphoeta cinerea), résumé de l’étude publiée en 2017
AGRIS / FAO — Bread enriched with flour from cinereous cockroach (Nauphoeta cinerea), fiche bibliographique de l’étude
Entomofago — Cockroaches to innovate the food industry in Brazil, interview sur le choix de Nauphoeta cinerea
Vice / Munchies — Meet the Scientists Who Are Making Bread with Cockroach Flour, article de 2017 sur les chercheuses brésiliennes
Commission européenne — Approval of another insect/insect-derived food as a Novel Food, informations officielles sur les nouveaux aliments issus d’insectes
EFSA Journal — Safety of frozen and dried forms of whole yellow mealworm, avis scientifique sur Tenebrio molitor
AFP Factuel — Non, les farines d’insectes autorisées par la Commission européenne ne seront pas cachées dans les aliments

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