Dans le comté d’Antrim, près de Bushmills en Irlande du Nord, environ 40 000 colonnes de basalte s’avancent dans l’océan comme les pavés d’une route inachevée. Ce spectaculaire site volcanique porte le nom de Chaussée des Géants, ou Giant’s Causeway en anglais.
Depuis le début du XVIIIe siècle, les visiteurs viennent parcourir ce promontoire de pierre aux formes étonnamment régulières. La légende y voit l’œuvre d’un géant souhaitant rejoindre l’Écosse ; la géologie raconte plutôt le refroidissement lent d’une épaisse coulée de lave vieille d’environ 60 millions d’années.
La Chaussée des Géants (The Giant’s Causeway) sur la côte d’Antrim. Crédit photo Giuseppe Milo (CC BY 2.0).
À retenir
- La Chaussée des Géants se trouve près de Bushmills, sur la côte nord de l’Irlande du Nord.
- Elle rassemble environ 40 000 colonnes de basalte formées il y a près de 60 millions d’années.
- Les colonnes sont souvent hexagonales, mais certaines possèdent quatre, cinq, sept ou davantage de côtés.
- Une coulée de lave a rempli une ancienne vallée avant de refroidir, de se contracter et de se fracturer.
- La légende attribue la construction de la chaussée au géant irlandais Fionn mac Cumhaill, ou Finn MacCool.
- La Chaussée des Géants et sa côte sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986.
- Il est possible de rejoindre les rochers gratuitement à pied, tandis que le stationnement principal et les services du centre d’accueil sont associés à la formule payante Visitor Experience.
Où se trouve la Chaussée des Géants ?
La Chaussée des Géants se situe au pied des falaises du plateau d’Antrim, sur la côte septentrionale de l’Irlande du Nord. Elle se trouve à environ trois kilomètres du village de Bushmills.
L’adresse du centre d’accueil est : 44 Causeway Road, Bushmills, County Antrim, BT57 8SU, Irlande du Nord.
Les coordonnées du site sont approximativement : 55° 14′ 34,1″ N, 6° 30′ 22,7″ O (55.2428, -6.5063). Voici la position sur Google Maps:
Son nom irlandais officiel est Clochán an Aifir. Le mot clochán désigne notamment un passage constitué de pierres ou une chaussée.
L’ancienne appellation Clochán na bhFómharach, parfois associée aux Fomoires de la mythologie irlandaise, apparaît encore dans plusieurs ouvrages et présentations touristiques. Elle ne constitue toutefois pas le nom irlandais de référence actuellement enregistré.
La Chaussée des Géants au pied des falaises d’Antrim. Crédit photo Nathaniel McQueen (CC BY 2.0).
Chaussée des Géants ou marche des Géants ?
Le véritable nom français du site est bien « Chaussée des Géants ». L’expression « marche des Géants » est néanmoins régulièrement employée et recherchée, probablement parce que les sommets plats des colonnes ressemblent à un immense escalier descendant vers l’océan.
Une chaussée désigne un passage aménagé ou surélevé permettant de franchir un terrain difficile ou une étendue d’eau. Le mot correspond donc parfaitement à la légende selon laquelle les pierres formaient autrefois un chemin entre l’Irlande et l’Écosse.
La « marche des Géants » n’est donc pas un autre monument : il s’agit simplement d’une appellation approximative de la célèbre Chaussée des Géants.
Comment la Chaussée des Géants s’est-elle formée ?
La formation de la Chaussée des Géants commence au début du Paléogène, il y a environ 60 millions d’années. À cette époque, l’ouverture progressive de l’Atlantique Nord s’accompagne d’une intense activité volcanique entre l’actuelle Irlande du Nord et l’ouest de l’Écosse.
Plusieurs éruptions recouvrent le paysage de coulées de lave basaltique. Après une première phase volcanique, l’activité cesse suffisamment longtemps pour que la surface du basalte s’altère sous un climat chaud et humide.
Cette période de repos produit une épaisse couche rouge riche en fer et en aluminium, toujours visible dans certaines falaises de la côte. Les géologues la nomment formation interbasaltique.
Lorsque l’activité volcanique reprend, une nouvelle coulée de lave descend dans une ancienne vallée. À l’emplacement de la Chaussée des Géants, elle forme un lac de lave pouvant atteindre environ 90 mètres de profondeur.
La lave ne s’est donc pas simplement infiltrée dans des fissures préexistantes, comme l’indiquait l’ancienne version de cet article. Elle a rempli une vaste dépression, puis elle s’est lentement refroidie et solidifiée.
The Giants Causeway par Johan Wieland (CC BY-ND 2.0).
Pourquoi les colonnes de basalte sont-elles hexagonales ?
En refroidissant, le basalte diminue légèrement de volume. La roche déjà solidifiée se contracte et accumule des contraintes mécaniques jusqu’à l’apparition de fissures.
Ces fractures se développent à partir des surfaces de refroidissement, puis progressent dans la masse rocheuse. Elles tendent à se rejoindre selon des angles proches de 120 degrés, ce qui favorise la formation de polygones à six côtés.
L’hexagone permet de répartir efficacement les contraintes tout en remplissant une surface sans laisser de vide. Le principe général rappelle les réseaux polygonaux visibles dans une couche de boue qui sèche, même si les matériaux et les échelles sont évidemment très différents.
Toutes les colonnes de la Chaussée des Géants ne sont pourtant pas hexagonales. Le refroidissement n’ayant pas été parfaitement homogène, certaines présentent quatre, cinq, sept, huit ou davantage de faces.
La largeur des colonnes dépend notamment de la vitesse à laquelle la lave a perdu sa chaleur. Un refroidissement lent favorise généralement de larges prismes, tandis qu’un refroidissement plus rapide produit un réseau de fractures plus serré.
Cette structure géologique est appelée disjonction colonnaire ou prismation colonnaire. Elle apparaît également dans les orgues basaltiques du canyon Stuðlagil, autour de la cascade noire de Svartifoss et dans les colonnes de basalte de Kirkjugólf ressemblant étrangement à un sol pavé comme celui d’une église.
Sommets polygonaux des colonnes de la Chaussée des Géants. Photo : DeveshT (CC0).
Une chronologie volcanique révisée en 2026
Une étude publiée en juin 2026 par le Geological Survey of Northern Ireland et le British Geological Survey a précisé la chronologie du volcanisme paléogène de la région.
Selon ces nouvelles datations, les roches volcaniques d’Irlande du Nord se sont formées pendant une période d’environ 5,5 millions d’années. Cette durée est inférieure d’environ huit millions d’années à certaines estimations précédentes.
Ces 5,5 millions d’années correspondent à l’ensemble de l’activité volcanique régionale. Ils ne représentent pas le temps nécessaire au refroidissement de la coulée ayant donné naissance aux colonnes.
Les glaciers, les cours d’eau, les vagues et l’érosion ont ensuite dégagé les différentes couches volcaniques. Les colonnes ne se sont donc pas formées directement au bord de la mer : le paysage qui les entourait a progressivement été entaillé et retiré.
La légende de Finn MacCool et Benandonner
Pour la tradition irlandaise, les colonnes ne proviennent évidemment pas de la contraction thermique d’un lac de lave. Elles sont l’œuvre du géant Fionn mac Cumhaill, plus connu sous le nom anglicisé de Finn MacCool.
Finn souhaite affronter son rival écossais Benandonner, mais la mer sépare les deux géants. Il construit alors une chaussée de pierres entre l’Irlande et l’Écosse afin de rejoindre son adversaire à pied sec.
Lorsque Finn découvre la taille imposante de Benandonner, il comprend que le combat risque de tourner assez rapidement au concassage d’Irlandais. Sa femme le déguise alors en énorme bébé et l’installe dans un berceau.
En voyant ce nourrisson démesuré, Benandonner imagine la taille du père et préfère regagner précipitamment l’Écosse. Dans sa fuite, il détruit la plus grande partie de la chaussée afin d’empêcher Finn de le poursuivre.
La légende explique ainsi pourquoi des colonnes similaires apparaissent sur l’île écossaise de Staffa, de l’autre côté de la mer.
Si l’activité des géants pour façonner le paysage reste bien sûr une légende, comme pour les monts chocolat de Bohol. Si les géants appartiennent aux légendes, certaines découvertes anciennes ont toutefois alimenté l’idée d’individus d’une taille exceptionnelle, comme dans l’énigmatique dossier du géant de Castelnau, sans apporter pour autant de preuve concluante.
The Giants Causeway par Johan Wieland (CC BY-ND 2.0).
La grotte de Fingal a-t-elle la même origine ?
Sur l’île écossaise de Staffa, la grotte de Fingal présente elle aussi de longues colonnes de basalte. Ses parois évoquent les tuyaux d’un immense orgue plongeant dans l’océan.
Cette ressemblance ne constitue pas seulement un heureux soutien à la légende. Les basaltes du comté d’Antrim et ceux de l’ouest de l’Écosse appartiennent au même grand épisode volcanique lié à l’ouverture de l’Atlantique Nord.
Les deux formations ne sont pas les vestiges littéraux d’un pont continu construit par Finn MacCool. Elles partagent néanmoins une véritable histoire géologique régionale.
Pour une fois, la légende et la science regardent donc dans une direction assez voisine, même si elles n’empruntent pas exactement la même chaussée.
Un site majeur dans l’histoire de la géologie
La Chaussée des Géants attire les visiteurs depuis au moins trois siècles. Elle joue également un rôle important dans le développement des sciences de la Terre.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, les colonnes alimentent les débats sur l’origine du basalte. Certains naturalistes considèrent alors ces roches comme des dépôts formés dans l’eau, tandis que d’autres défendent leur origine volcanique.
L’étude de la Chaussée des Géants et des falaises environnantes permet progressivement de reconstituer une succession de coulées de lave, de longues périodes d’altération puis de nouvelles éruptions.
La Chaussée des Géants et sa côte sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986. L’ancienne version de cet article indiquait 1987, année également associée à d’autres mesures de protection du site, mais l’inscription officielle date bien de l’année précédente.
Le périmètre protégé ne se limite pas au pavement le plus photographié. Les falaises exposent plusieurs coulées de lave, les couches rouges interbasaltiques et différentes étapes de l’histoire volcanique du plateau d’Antrim.
Cet endroit incroyable qui semble appartenir à une autre planète figure naturellement parmi ces lieux terrestres aux allures extraterrestres et ces paysages bizarres, surréalistes et pourtant réels.
Les colonnes de la Chaussée des Géants face à l’Atlantique. Crédit photo Giuseppe Milo (CC BY 2.0).
Que voir à la Chaussée des Géants ?
La Grande Chaussée, ou Grand Causeway, constitue la partie la plus célèbre. Il s’agit du plus grand des trois principaux affleurements de colonnes du site.
Plusieurs formations rocheuses ont reçu des noms inspirés par leur silhouette ou par la légende :
- Giant’s Organ, l’Orgue du Géant, est formé de longues colonnes verticales adossées à la falaise ;
- Wishing Chair, le Fauteuil des vœux, est un siège naturel composé de colonnes dont la surface a été polie par d’innombrables visiteurs ;
- Giant’s Boot, la Botte du Géant, évoque une chaussure de pierre de taille très respectable ;
- The Camel est une ancienne intrusion basaltique dont la silhouette rappelle un animal couché ;
- les sentiers au sommet des falaises permettent d’observer la côte, les différentes coulées volcaniques et la couche rouge interbasaltique.
L’Orgue du Géant et ses longues colonnes verticales. Crédit photo Jennifer Morrow (CC BY 2.0).
Comment visiter la Chaussée des Géants ?
Il est possible de rejoindre gratuitement les rochers à pied en empruntant le passage public. Cet accès gratuit ne comprend toutefois pas le stationnement principal, le centre d’interprétation, les audioguides ou les visites commentées.
La formule payante Visitor Experience comprend notamment :
- une place réservée dans le parking principal ;
- l’accès au centre d’accueil et à son exposition ;
- un audioguide disponible dans plusieurs langues ;
- les visites guidées organisées pendant la journée ;
- l’accès à la boutique, au café et aux équipements d’accessibilité.
La réservation préalable est fortement recommandée, particulièrement pendant la haute saison.
Un parking distinct destiné aux marcheurs se trouve au 60 Causeway Road. Une formule Park and Ride est également proposée depuis Bushmills, tandis qu’une navette accessible relie le centre d’accueil aux colonnes pendant ses heures de fonctionnement.
Les horaires, les prix et les conditions de stationnement peuvent évoluer. Il est donc préférable de consulter le site officiel du National Trust avant le déplacement plutôt que de transformer un ancien tarif en fossile numérique.
La Chaussée des Géants est également desservie par les transports publics depuis Coleraine. Depuis Belfast ou Londonderry, le trajet combine généralement le train jusqu’à Coleraine puis une liaison en bus.
Dans les environs, il est possible de poursuivre la découverte du comté d’Antrim avec Dark Hedges, le célèbre tunnel d’arbres de Game of Thrones et avec le château de Dunluce perché au bord des falaises.
Quand visiter la Chaussée des Géants ?
Le site peut être découvert toute l’année, mais les conditions changent rapidement sur cette côte exposée au vent, à la pluie et aux embruns.
Le matin tôt et la fin de journée offrent généralement une lumière plus douce et une fréquentation moins dense. Les couchers de soleil peuvent être spectaculaires, à condition que les nuages irlandais acceptent de lever momentanément le rideau.
Il faut prévoir de bonnes chaussures et rester prudent sur les colonnes. Le basalte devient particulièrement glissant lorsqu’il est humide, et certaines parties du parcours sont irrégulières ou pentues.
Les sommets plats des colonnes ressemblent à un pavement, mais ils ne constituent pas pour autant un trottoir municipal récemment réceptionné.
>Les vagues autour des colonnes de la Chaussée des Géants. Crédit photo Giuseppe Milo (CC BY 2.0).
Pourquoi ne faut-il pas coincer de pièces entre les colonnes ?
Certains visiteurs ont pris l’habitude d’enfoncer des pièces de monnaie dans les fissures du basalte, comme s’il s’agissait d’un puits à souhaits horizontal.
Cette pratique endommage pourtant le site. Les pièces se corrodent, augmentent de volume et exercent une pression sur la roche. Elles peuvent provoquer l’écaillage du basalte et laisser des traces de rouille.
Le National Trust a lancé une opération de retrait dont le coût dépasse plusieurs dizaines de milliers de livres. La meilleure contribution au patrimoine consiste donc à repartir avec ses pièces dans sa poche et ses photographies dans son téléphone.
Vidéo de la Chaussée des Géants
La vue aérienne révèle la forme générale de la Grande Chaussée et la manière dont les colonnes se prolongent sous la mer. Depuis le sol, elles ressemblent à un gigantesque escalier ; depuis le ciel, elles évoquent plutôt une coulée de pierres figée au contact de l’océan.
Et en Irlande du Nord, découvrez également le pont de Foley parmi ces ponts mystiques qui semblent amener dans un autre monde.
Sources pour aller plus loin
- British Geological Survey — formation géologique de la Chaussée des Géants et de la côte d’Antrim
- British Geological Survey — chronologie du volcanisme d’Irlande du Nord révisée en 2026
- UNESCO — Chaussée des Géants et sa côte, patrimoine mondial depuis 1986
- National Trust — présentation officielle et informations pratiques
- National Trust — accès gratuit à pied, stationnement, transports et Visitor Experience
- National Trust — dégâts causés par les pièces coincées dans le basalte
- Logainm — nom irlandais Clochán an Aifir








