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Eshima Ohashi, le pont qui ressemble à des montagnes russes

Au Japon, le pont Eshima Ohashi relie Matsue, dans la préfecture de Shimane, à Sakaiminato, dans celle de Tottori, au-dessus du lac Nakaumi. Photographié de face et à longue focale, il semble parfois grimper presque à la verticale, comme si une portion de montagnes russes s’était égarée au milieu d’une route ordinaire.

La réalité est nettement moins inquiétante : sa pente maximale atteint 6,1 % du côté de Shimane et 5,1 % côté Tottori. L’impression de mur vient surtout de la perspective et de l’utilisation d’un téléobjectif. Mais Eshima Ohashi reste un ouvrage remarquable : son tablier s’élève à environ 45 mètres afin de laisser passer de grands navires et sa travée centrale atteint 250 mètres.

Pont Eshima Ohashi au Japon photographié au téléobjectif avec sa pente spectaculaire
Eshima Ohashi photographié à longue focale, ce qui accentue fortement son impression de pente. Crédit photo mstk east (CC BY 2.0).

À retenir

  • Eshima Ohashi franchit le lac Nakaumi entre les préfectures japonaises de Shimane et Tottori.
  • Sa pente atteint 6,1 % côté Shimane et 5,1 % côté Tottori, très loin de la quasi-verticalité suggérée par certaines photographies.
  • Le pont proprement dit mesure 1 446,2 mètres selon l’administration portuaire japonaise ; l’Office national du tourisme japonais présente généralement le franchissement comme long d’environ 1,7 km.
  • Sa travée centrale atteint 250 mètres et permet le passage de navires de 5 000 tonnes.
  • Il s’agit d’un pont à cadre rigide en béton précontraint, et non d’un pont en arche.
  • Son spectaculaire aspect de « montagnes russes » vient principalement de la compression de perspective produite par les téléobjectifs.

Eshima Ohashi, un pont spectaculaire entre Shimane et Tottori

Eshima Ohashi, ou Eshima Ohashi Bridge pour les anglophones, franchit le lac Nakaumi entre Eshima, rattachée à Matsue dans la préfecture de Shimane, et Sakaiminato dans la préfecture de Tottori.

L’administration japonaise chargée du port de Sakaiminato donne une longueur précise de 1 446,2 mètres pour le pont. L’Office national du tourisme japonais parle quant à lui d’environ 1,7 km, une valeur couramment utilisée pour présenter l’ensemble du franchissement et de ses approches.

Le pont a été mis en service le 16 octobre 2004. Le programme d’aménagement officiel s’est étendu sur plusieurs années afin d’améliorer les échanges entre les zones industrielles situées de part et d’autre du chenal et de fluidifier la circulation autour du port.

Eshima Ohashi est aujourd’hui devenu presque aussi connu pour ses photos que pour sa fonction routière. Dans cette petite famille des infrastructures capables de tromper l’œil, il rejoint parfaitement le pont de Storseisundet en Norvège, dont la route semble soudain plonger dans le vide.

Une pente de 6,1 %, beaucoup moins folle qu’elle en a l’air

Vu de loin, le côté Shimane peut évoquer une rampe de lancement. Pourtant, une pente de 6,1 % signifie simplement que la route gagne environ 6,1 mètres d’altitude pour 100 mètres parcourus horizontalement. Du côté de Tottori, la pente maximale tombe à 5,1 %.

Ce n’est donc pas une route presque verticale et encore moins une véritable montagne russe. L’effet devient spectaculaire parce que la montée est longue, le sommet masque une partie de la descente et les photographies les plus connues sont réalisées depuis une grande distance.

Une vue prise avec une focale normale donne déjà une impression beaucoup plus raisonnable. Et vue de côté, la fameuse « rampe » retrouve soudain un profil de pont parfaitement fréquentable.

Vue latérale du pont Eshima Ohashi montrant sa pente réelle


Eshima Ohashi photographié de côté depuis le nord : sous cet angle, sa pente apparaît nettement moins spectaculaire. Crédit photo 写真投稿用 (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi Eshima Ohashi paraît-il presque vertical sur certaines photos ?

Le véritable responsable n’est donc pas un ingénieur japonais particulièrement joueur : c’est surtout le téléobjectif.

Une longue focale réduit visuellement les différences de profondeur entre les différents plans de l’image. Ce phénomène, appelé compression de perspective, donne l’impression que les parties éloignées du pont sont beaucoup plus proches les unes des autres qu’elles ne le sont réellement. La longueur de la montée paraît alors réduite tandis que son dénivelé reste visible : la pente semble brutalement augmenter.

L’une des photographies de cet article en fournit une démonstration presque parfaite. Ses métadonnées EXIF indiquent une focale de 240 mm, soit l’équivalent de 360 mm sur un appareil 24 × 36. On est donc très loin du grand-angle d’un téléphone.

La photographie ci-dessous pousse encore davantage cet effet. Elle a été réalisée depuis Daikon Island, de l’autre côté du lac Nakaumi, avec une longue focale. Le résultat transforme une pente routière de 6,1 % en mur qui semble tout juste compatible avec une fusée.

Pont Eshima Ohashi photographié au téléobjectif avec sa pente apparemment presque verticale
Eshima Ohashi photographié au téléobjectif depuis Daikon Island, avec une spectaculaire compression de perspective. Crédit photo Totti (CC BY-SA 4.0).

Ce jeu avec notre perception rappelle d’autres ouvrages où la photographie change complètement la lecture de l’architecture. Aux Pays-Bas, l’aqueduc Veluwemeer semble ainsi faire disparaître les voitures sous l’eau, là encore avec un résultat bien plus étrange sur certaines images que sur un plan d’ingénieur.

Pourquoi Eshima Ohashi a-t-il été construit aussi haut ?

Cette hauteur n’a rien d’une coquetterie architecturale. Eshima Ohashi se trouve sur un axe maritime permettant notamment d’accéder aux ports de Yonago, Yasugi et Matsue.

L’administration portuaire japonaise précise que le passage devait rester accessible à des navires de 5 000 tonnes. C’est cette contrainte qui explique la hauteur du tablier ainsi que la spectaculaire travée centrale de 250 mètres.

Avant Eshima Ohashi, le franchissement reposait sur une infrastructure beaucoup moins adaptée à la cohabitation entre circulation routière et navigation. Le nouveau pont permet aux véhicules de traverser en continu tout en laissant les bateaux passer dessous.

Le principe est finalement inverse de celui de certaines constructions où la route disparaît pour libérer la navigation. Le célèbre Øresundsbron entre le Danemark et la Suède finit par exemple sa traversée sous la mer dans un tunnel. Même problème de circulation, réponse d’ingénieur complètement différente.

Un pont à cadre rigide en béton précontraint

Eshima Ohashi est parfois décrit à tort comme un « pont en arche ». Il s’agit en réalité d’un pont à cadre rigide en béton précontraint, ou pont en cadre PC selon la terminologie technique japonaise.

Dans ce type de structure, les piles et le tablier travaillent ensemble comme un ensemble rigide. L’administration japonaise décrit plus précisément une structure en béton dans laquelle les piles et le tablier sont intégrés afin de résister collectivement aux efforts.

Sa travée centrale de 250 mètres constitue un élément particulièrement remarquable : les autorités japonaises la présentent comme la plus longue du Japon pour ce type de pont à cadre rigide en béton précontraint.

Pont Eshima Ohashi au-dessus du lac Nakaumi au Japon


Eshima Ohashi photographié en 2014. Crédit photo mstk east (CC BY 2.0).

Betafumi-zaka, le pont devenu célèbre grâce à une publicité

Au Japon, Eshima Ohashi est également connu sous le surnom de Betafumi-zaka (ベタ踏み坂), une expression évoquant une pente sur laquelle il faudrait appuyer franchement sur l’accélérateur.

Ce surnom a gagné une audience nationale lorsque le pont est apparu dans une publicité automobile de Daihatsu. L’angle de prise de vue mettait naturellement en valeur sa montée spectaculaire, et les photographies ont ensuite circulé dans le monde entier sous des appellations telles que « roller coaster bridge », « crazy bridge » ou, plus abusivement, « pont le plus dangereux du monde ».

Sur ce dernier point, aucune donnée sérieuse ne permet de présenter Eshima Ohashi comme particulièrement dangereux. Son aspect spectaculaire est avant tout une affaire de photographie.

C’est aussi ce qui le distingue d’autres ponts devenus viraux grâce à leur conception elle-même, comme le Golden Bridge du Vietnam, qui semble soutenu par deux mains gigantesques.

Eshima Ohashi en images : l’effet montagnes russes change avec l’angle

Les différentes photographies d’Eshima Ohashi montrent à quel point un même ouvrage peut changer d’allure selon la distance, la focale et la position du photographe.

Depuis très loin et avec un téléobjectif, la pente se compacte jusqu’à paraître vertigineuse. Depuis le côté, le pont dévoile au contraire une montée progressive destinée à atteindre la hauteur nécessaire au trafic maritime. Depuis ses approches, on comprend enfin que les automobilistes ne sont pas en train de négocier le premier sommet d’un grand huit.

Vue de dessous du pont Eshima Ohashi au Japon
Eshima Ohashi au Japon. Crédit photo mstk east (CC BY 2.0).

À une échelle autrement gigantesque, le pont Hong Kong-Zhuhai-Macau combine ponts, tunnel sous-marin et îles artificielles. Deux ouvrages très différents, mais une même idée : adapter la route aux contraintes de la navigation plutôt que demander poliment aux bateaux de changer de métier.

Peut-on traverser Eshima Ohashi à pied ou à vélo ?

Oui. L’Office national du tourisme japonais indique que le pont peut être parcouru à pied ou à vélo. Son sommet offre une vue sur le lac Nakaumi et, lorsque les conditions sont bonnes, sur le mont Daisen.

Depuis la gare de Sakaiminato, il faut compter environ deux kilomètres, soit approximativement 30 minutes à pied pour rejoindre le pont.

Pour retrouver l’effet photographique le plus spectaculaire, il faut au contraire s’éloigner du pont et utiliser une longue focale depuis la rive ou les environs de Daikon Island. Plus le photographe recule et zoome, plus la route donne l’impression d’avoir oublié les recommandations habituelles des ingénieurs.

Les coordonnées approximatives du pont sont : 35.5204, 133.1999. Voici sa position sur Google Maps:

Vidéo : traverser le pont Eshima Ohashi

Cette vidéo montre le passage sur Eshima Ohashi et permet de comparer l’impression ressentie sur la chaussée avec les célèbres images prises au téléobjectif :

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Eshima Ohashi, le pont qui ressemble à des montagnes russes”

  1. A premier vu on dirais du photoshop mais en connaissant le travail des japonais, rien n’est impossible
    Ça rentre dans l’insolite
    Bon weekend

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