La Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia est une voiture de luxe unique réalisée en 1938 pour le pilote automobile, aviateur et inventeur français André Dubonnet. Avec sa silhouette profilée, ses portes étonnantes et son allure venue du futur, cette automobile représente l’une des créations les plus audacieuses de l’âge d’or de la carrosserie française.
Construite sur le châssis d’une Hispano-Suiza H6B, elle embarque le moteur plus gros et plus puissant de la H6C, ainsi qu’une nouvelle carrosserie dessinée par le spécialiste de l’aérodynamique Jean Andreau et réalisée par le célèbre carrossier Jacques Saoutchik. Mais derrière son élégance spectaculaire se cache également un véritable laboratoire roulant destiné à tester les inventions de Dubonnet.

La Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia, exemplaire unique de 1938. Crédit photo : Alden Jewell (CC BY 2.0).
À retenir sur la Hispano-Suiza Dubonnet Xenia
- Cette automobile unique de 1938 a été réalisée pour André Dubonnet à partir d’un châssis Hispano-Suiza H6B.
- Elle utilise un moteur H6C à six cylindres en ligne de 7 983 cm³, développant environ 160 chevaux.
- Sa carrosserie aérodynamique a été dessinée par Jean Andreau et fabriquée par Jacques Saoutchik.
- Elle possède des portes à mécanisme pantographique, un pare-brise enveloppant et une suspension indépendante Hyperflex conçue par Dubonnet.
- Son nom rend hommage à Xenia Howard-Johnston, la deuxième épouse d’André Dubonnet, décédée en 1936.
Une Hispano-Suiza exceptionnelle conçue pour André Dubonnet
La Dubonnet Xenia trouve son origine dans une Hispano-Suiza H6B datant de 1932, dont André Dubonnet avait acquis le châssis. Celui-ci a été profondément transformé afin d’accueillir ses propres innovations mécaniques, une motorisation plus puissante et une carrosserie entièrement nouvelle.
André Dubonnet n’était pas seulement l’héritier d’une famille fortunée. Ancien pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale, notamment au sein de l’escadrille SPA 3 des Cigognes, il s’était également illustré comme pilote automobile avant de se consacrer à l’invention de systèmes de suspension.
Il était par ailleurs l’héritier de la famille à l’origine du célèbre apéritif Dubonnet, dont les publicités ont marqué l’histoire de l’affiche française. La marque apparaissait notamment sur une affiche publicitaire réalisée par les frères Clérice en 1912, bien avant les célèbres créations de Cassandre.
Pour construire la Xenia, Dubonnet s’est entouré de deux personnalités remarquables : Jean Andreau, ingénieur et spécialiste des formes aérodynamiques, et Jacques Saoutchik, dont l’atelier parisien était réputé pour ses carrosseries luxueuses et originales.

La carrosserie profilée de la Dubonnet Xenia, conçue par Jean Andreau et réalisée par Saoutchik. Crédit photo : Alden Jewell (CC BY 2.0).
Avant de faire réaliser cette spectaculaire automobile Art déco, André Dubonnet avait déjà commandé une Hispano-Suiza H6C Tulipwood à carrosserie en bois pour courir la Targa Florio de 1924, une création inspirée des techniques aéronautiques.
Une carrosserie Art déco inspirée de l’aviation
L’extérieur de la Dubonnet Xenia présente de nombreux détails inspirés de l’aviation et de l’Art déco, en raison de l’époque, mais aussi de l’histoire personnelle de Dubonnet en tant qu’ancien pilote de chasse.
Parmi ces détails, on peut citer le pare-brise enveloppant, la grande calandre à lattes sous le long capot et les portes non conventionnelles qui s’ouvrent en s’écartant d’abord de la carrosserie avant de glisser vers l’arrière.
Ce mécanisme, appelé ouverture pantographique, permet aux portes de se déplacer parallèlement à la carrosserie plutôt que de pivoter comme des portières ordinaires. Il renforce l’impression d’avoir affaire à un appareil futuriste plutôt qu’à une automobile construite dans les années 1930.
Le pare-brise, constitué d’une large surface vitrée courbe, évoque quant à lui le cockpit d’un avion. Associé aux lignes très basses de la carrosserie, il offre au conducteur une visibilité panoramique inhabituelle pour l’époque.

Le profil aérodynamique de la Hispano-Suiza Dubonnet Xenia, photographiée à Hampton Court en 2022. Crédit photo : Calreyn88 (CC BY-SA 4.0).
Une automobile dessinée pour fendre l’air
L’accent mis par Dubonnet sur l’aérodynamique se retrouve également dans l’ensemble du design extérieur.
Les ailes avant évasées se rétrécissent en forme de larme vers l’arrière, tout comme la poupe de la voiture, terminée par une extrémité effilée. Les phares sont intégrés dans les ailes pour éviter les éléments saillants qui perturberaient l’écoulement de l’air.
La Dubonnet Xenia possède également des jupes d’ailes couvrant presque entièrement ses roues arrière afin de réduire la traînée, une solution déjà expérimentée sur des véhicules de record de vitesse terrestre au cours de la décennie précédente.
Même le dessous de la voiture a été habillé pour améliorer son profil aérodynamique, une attention au soubassement encore peu courante à l’époque.

Un autre aperçu des lignes de la Dubonnet Xenia. Crédit photo : Mark Wheadon (CC BY-SA 2.0).
Cette recherche de fluidité rapproche la Xenia d’autres automobiles d’exception de la même époque, comme la Pierce-Arrow Silver Arrow de 1933, une berline américaine dont les formes profilées semblaient elles aussi annoncer les voitures du futur.

La Hispano-Suiza Dubonnet Xenia au concours d’élégance de Hampton Court en septembre 2022. Crédit photo : Calreyn88 (CC BY-SA 4.0).
Un moteur H6C de huit litres et une suspension révolutionnaire
Sous cette spectaculaire carrosserie, la Dubonnet Xenia utilise le moteur six cylindres en ligne amélioré de l’Hispano-Suiza H6C.
Ce moteur à simple arbre à cames en tête, d’une cylindrée de 7 983 cm³, utilise un bloc en aluminium et un vilebrequin usiné dans une ébauche d’acier forgé, associant légèreté et robustesse.
Il développe environ 160 chevaux à 3 050 tr/min, une puissance considérable pour une voiture de cette époque. La motorisation est associée à une boîte de vitesses manuelle à quatre rapports.
Grâce à l’aérodynamisme de sa carrosserie, la Xenia est parfois créditée d’une vitesse maximale théorique d’environ 177 km/h. Cette valeur doit toutefois être considérée comme une estimation plutôt que comme une performance officiellement mesurée.
Mais le moteur n’était pas la seule innovation de cette automobile.
La suspension Hyperflex mise au point par André Dubonnet
Dès les années 1920, André Dubonnet avait travaillé avec l’ingénieur Antoine-Marie Chedru sur un système de suspension indépendante destiné à améliorer le confort et la tenue de route des automobiles.
Brevetée en 1927, cette technologie utilisait des bras indépendants et des ressorts, permettant aux roues de réagir aux irrégularités de la route sans imposer les mêmes mouvements à l’essieu opposé.
Le système a ensuite été perfectionné sous le nom de Hyperflex.
La Dubonnet Xenia était équipée de cette suspension indépendante aux quatre roues. Elle servait ainsi de véhicule de démonstration pour les innovations de son propriétaire, qui cherchait à combiner confort, stabilité et performances à grande vitesse.
Des variantes de la suspension Dubonnet ont d’ailleurs été adoptées ou expérimentées par plusieurs constructeurs automobiles au cours des années 1930, notamment General Motors.
Derrière son apparence extravagante, cette Hispano-Suiza était donc aussi une véritable voiture expérimentale, conçue pour démontrer que le progrès mécanique pouvait s’associer au luxe.

La Dubonnet Xenia, qui associait une carrosserie particulièrement aérodynamique à une suspension indépendante innovante. Crédit photo : Brian Snelson (CC BY 2.0).
Pourquoi André Dubonnet a-t-il appelé sa voiture Xenia ?
L’histoire de cette automobile est également marquée par un hommage personnel.
André Dubonnet avait épousé en secondes noces Xenia Howard-Johnston, une Américaine décédée en 1936, après seulement quatre années de mariage.
Lorsque la voiture a été achevée en 1938, Dubonnet a décidé de la baptiser Xenia en mémoire de son épouse disparue, bien qu’il se soit remarié entre-temps.
Ce nom ajoute une dimension particulière à cette création exceptionnelle, à la fois prototype technique, chef-d’œuvre de carrosserie et hommage à une personne aimée.

La Hispano-Suiza Dubonnet Xenia, l’une des carrosseries les plus originales de la fin des années 1930. Crédit photo : Brian Snelson (CC BY 2.0).
Que devient la Hispano-Suiza Dubonnet Xenia après 1938 ?
Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la voiture a été dissimulée afin d’échapper aux destructions et aux réquisitions.
Elle a réapparu le 9 juin 1946, à l’occasion d’une parade organisée pour l’ouverture d’un tunnel routier à Saint-Cloud, près de Paris.
Dans les années 1960, elle a été acquise par Alain Balleret, président du club français Hispano-Suiza, qui a entrepris sa restauration.
La Xenia est ensuite passée entre les mains de plusieurs collectionneurs. En 1999, elle a été achetée par l’Américain Charles Morse, puis acquise en 2003 par Peter Mullin, grand amateur de carrosseries françaises de l’entre-deux-guerres.
Elle a été présentée dans plusieurs concours d’élégance prestigieux, notamment à Pebble Beach et à Amelia Island, remportant des distinctions récompensant son dessin exceptionnel.
La voiture a longtemps été associée au Mullin Automotive Museum, en Californie. Après la fermeture de celui-ci en 2024, elle a rejoint la collection du Petersen Automotive Museum de Los Angeles.

La Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia exposée au Petersen Automotive Museum de Los Angeles en août 2024. Crédit photo : TaurusEmerald (CC BY-SA 4.0).
Une des plus belles automobiles Art déco des années 1930
Avec sa carrosserie fuselée, son pare-brise enveloppant et ses portes à mécanisme pantographique, la Dubonnet Xenia semble appartenir à une époque bien plus récente que celle de sa fabrication.
Elle témoigne de l’inventivité des carrossiers français des années 1930, capables de produire des véhicules uniques dont les lignes étaient aussi importantes que les performances.
Cette créativité se retrouve également dans la Delahaye Type 165, autre merveille française de la fin des années 1930, dont la carrosserie spectaculaire avait été réalisée par Figoni et Falaschi.
L’esthétique aérodynamique et les lignes Art déco ne se limitaient d’ailleurs pas aux voitures de prestige. On les retrouve également sur la surprenante Henderson KJ Streamline de 1935, une moto entièrement carénée au dessin presque futuriste.
La Dubonnet Xenia demeure pourtant un cas à part : contrairement à bien des créations de style de son époque, elle était aussi destinée à tester des technologies susceptibles d’améliorer les automobiles de demain.
Vidéo de la Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia
Voici une vidéo de cette splendide voiture des années 1930 lors d’un concours d’élégance automobile. Une occasion d’apprécier ses proportions inhabituelles, ses détails de carrosserie et ses lignes spectaculaires autrement qu’en photographie.
Sources pour aller plus loin
- Revs Institute — Hispano Suiza H6C Xenia: How the Unique Star Came to Be : histoire, moteur, suspension et carrosserie.
- Frist Art Museum — 1938 Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia Coupe : contexte historique et présentation du modèle.
- Wikipédia — Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia : histoire du modèle unique de 1938, caractéristiques techniques, carrosserie Saoutchik et propriétaires successifs.
