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Delahaye Type 165 : l’une des plus belles voitures françaises des années 1930

Avec son capot interminable, ses quatre roues presque dissimulées et ses ailes qui semblent avoir été dessinées d’un seul geste, la Delahaye Type 165 ressemble davantage à une sculpture Art déco qu’à une automobile conçue avant la Seconde Guerre mondiale.

Sous cette carrosserie spectaculaire signée Figoni et Falaschi se cache pourtant une mécanique issue de la compétition : un moteur V12 de 4,5 litres dérivé de celui de la Delahaye Type 145. L’exemplaire le plus célèbre a représenté la France à l’Exposition universelle de New York en 1939, avec un détail légèrement embarrassant pour une voiture de prestige : il est arrivé aux États-Unis sans son moteur définitif.

Delahaye Type 165 rouge carrossée par Figoni et Falaschi en 1939
La Delahaye Type 165. Crédit photo Iain Cameron (CC BY 2.0).

À retenir

  • La Delahaye Type 165 a été présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1938.
  • Elle dérive de la Type 145 de compétition et utilise un V12 atmosphérique d’environ 4,5 litres.
  • Sa carrosserie aérodynamique a été créée par le carrossier parisien Figoni et Falaschi.
  • Le châssis 60744 a représenté la France à l’Exposition universelle de New York en 1939.
  • La voiture est arrivée à New York sans son moteur définitif, qui n’était pas prêt à temps.
  • Elle a ensuite roulé avec une mécanique Cadillac avant de retrouver le V12 Delahaye qui lui était destiné.
  • Le nombre de Type 165 construites reste discuté : deux roadsters Figoni et Falaschi sont clairement identifiés, mais quatre ou cinq châssis sont parfois comptabilisés.
  • L’exemplaire de New York appartient désormais au Petersen Automotive Museum de Los Angeles.

Une voiture française née de la compétition

Delahaye n’a pas toujours produit des automobiles de prestige. La marque française, fondée à la fin du XIXe siècle, a également fabriqué des véhicules utilitaires, des camions, des autobus et du matériel destiné aux services d’incendie.

Dans les années 1930, son directeur Charles Weiffenbach a renforcé l’image sportive de l’entreprise. Cette stratégie a notamment donné naissance à la Type 135, devenue l’une des Delahaye les plus célèbres, puis aux voitures de course à moteur V12 des Types 145 et 155.

La Type 145 avait été développée pour affronter les voitures allemandes de Mercedes-Benz et Auto Union. Son moteur atmosphérique de 4,5 litres permettait à Delahaye de participer aux Grands Prix organisés selon la nouvelle réglementation entrée en vigueur en 1938.

La Type 165 a repris cette architecture mécanique, mais avec un châssis allongé, un moteur assagi et une carrosserie destinée à la route. Delahaye voulait ainsi démontrer qu’une mécanique conçue pour la compétition pouvait servir de base à une automobile de grand tourisme particulièrement luxueuse.

Le passage de la piste au salon automobile demandait tout de même quelques adaptations. La Type 165 n’avait pas vocation à secouer son propriétaire entre deux bottes de paille avec un mécanicien assis sur le réservoir.

Un V12 de 4,5 litres sous un très long capot

Lors du Salon de Paris de 1938, la presse spécialisée a décrit un V12 de 4 490 cm³ proche de celui des voitures de Grand Prix.

Le moteur de compétition utilisait trois carburateurs. Sur la Type 165 routière, Delahaye a installé un carburateur Solex double corps, plus adapté à un usage civil. Le vilebrequin reposait sur sept paliers, une architecture ambitieuse pour une voiture française produite en si petite quantité.

La puissance annoncée à Paris atteignait 160 ch selon la mesure française de l’époque. Des fiches techniques plus récentes avancent environ 184 chevaux, mais les méthodes de calcul et les configurations mécaniques ne sont pas toujours précisées.

La transmission passait par une boîte électromagnétique Cotal à quatre rapports présélectionnés. Le conducteur choisissait le rapport à l’aide d’une petite commande, puis le changement intervenait lorsqu’il actionnait l’embrayage.

La vitesse maximale est elle aussi sujette à des chiffres parfois enthousiastes. Une valeur située autour de 180 à 190 km/h paraît cohérente pour la Type 165 carrossée. Les 230 km/h régulièrement cités correspondent davantage aux performances prêtées aux Type 145 de compétition, plus légères et nettement moins encombrées de chrome.

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Crédit photo Thesupermat (CC BY-SA 3.0).

Figoni et Falaschi, couturiers de l’automobile

Le châssis ne suffit pas à expliquer la célébrité de la Delahaye Type 165. Son apparence vient surtout de la carrosserie réalisée par Figoni et Falaschi, atelier parisien installé à Boulogne-Billancourt.

Joseph Figoni dessinait les voitures tandis qu’Ovidio Falaschi gérait notamment la partie commerciale de l’entreprise. Leur atelier a habillé des châssis Delahaye, Delage, Talbot-Lago, Bugatti et Alfa Romeo avec des formes inspirées par l’Art déco et le Streamline Moderne.

Ce courant associait les courbes fluides, les lignes horizontales et les volumes profilés à une idée de vitesse et de modernité. Une voiture devait sembler en mouvement même lorsqu’elle restait immobile au milieu d’un salon.

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crédit photo Rex Gray (CC BY 2.0)

La Type 165 réunit presque tout le vocabulaire de Figoni et Falaschi :

  • des ailes avant et arrière très enveloppantes ;
  • des roues partiellement ou totalement carénées ;
  • des phares intégrés dans les ailes ;
  • une poupe longue et effilée ;
  • une calandre chromée particulièrement imposante ;
  • un pare-brise pouvant s’escamoter dans la carrosserie ;
  • des filets chromés qui soulignent les courbes de la voiture.

Cette recherche rappelle celle de l’Hispano-Suiza H6B Dubonnet Xenia, autre chef-d’œuvre aérodynamique français de 1938. Dans les deux cas, la carrosserie enveloppe la mécanique au lieu de simplement la recouvrir.

Vue de profil de la Delahaye Type 165 et de sa carrosserie Art déco


La Delahaye Type 165 exposée à Rétromobile en 2012. Crédit photo Thesupermat (CC BY-SA 3.0).

Pourquoi la Delahaye Type 165 paraît-elle si longue ?

La voiture mesure approximativement 4,55 mètres, ce qui n’est pas exceptionnel pour une automobile de prestige. Son apparence interminable vient surtout de ses proportions.

L’habitacle est repoussé vers l’arrière, derrière un capot très long destiné à accueillir le V12. Les ailes s’étendent sans rupture visible le long des flancs, tandis que les roues carénées ne fournissent presque aucun repère pour mesurer visuellement la voiture.

Le pare-brise bas et la poupe effilée renforcent encore cette impression. La carrosserie semble avoir été étirée par le vent, bien qu’elle ait été façonnée à la main dans les ateliers de Figoni et Falaschi.

Les filets chromés jouent également un rôle important. Ils accompagnent le regard depuis la calandre jusqu’à l’arrière de la voiture, comme les lignes de vitesse dessinées autour d’un véhicule de bande dessinée. Sauf qu’ici, elles sont en métal et demandent probablement un chiffon légèrement plus coûteux.

Vue de profil de la Delahaye Type 165 et de ses roues carénées
La silhouette de profil de la Delahaye Type 165 lors du Marin-Sonoma Concours d’Elegance en 2012. Crédit photo David Berry (CC BY 2.0).

Une vedette du Salon de Paris en 1938

La Type 165 a été présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1938. Le magazine britannique Motor Sport l’a alors décrite comme l’une des voitures les plus élégantes de l’exposition.

Sa silhouette tranchait avec les carrosseries plus verticales encore courantes à cette époque. Les phares disparaissaient dans les ailes, les roues avant étaient presque entièrement cachées et la capote se repliait sous un panneau métallique.

Cette architecture permettait au cabriolet fermé de conserver une allure cohérente, puis de devenir un roadster extrêmement bas lorsque le toit et le pare-brise étaient escamotés.

La Type 165 appartenait à une époque où les constructeurs vendaient souvent un châssis motorisé, ensuite confié à un carrossier choisi par le client. Les ateliers français pouvaient ainsi produire des automobiles presque uniques, loin des chaînes industrielles modernes.

Les images de la fabrication des voitures Talbot dans les années 1930 montrent justement ce mélange d’industrie et d’artisanat, avec des carrosseries encore largement assemblées et ajustées à la main.

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Crédit photo Edvvc (CC BY 2.0).

La Delahaye envoyée à New York sans son moteur

La France a choisi une Type 165 pour représenter son industrie automobile à l’Exposition universelle de New York de 1939. Le châssis aujourd’hui identifié sous le numéro 60744 a reçu une spectaculaire carrosserie rouge de Figoni et Falaschi.

Un problème est toutefois apparu avant l’expédition : le moteur V12 définitif n’était pas terminé. La voiture devait embarquer pour les États-Unis afin de respecter le calendrier de l’exposition, et elle est donc partie sans sa mécanique complète.

La Delahaye a été exposée dans le pavillon français comme une vision de l’automobile du futur. Son capot comportait même une ouverture destinée à montrer le moteur absent, ce qui demandait une certaine confiance dans la capacité du public à regarder ailleurs.

La carrosserie a néanmoins produit l’effet attendu. Dans une exposition consacrée au « monde de demain », la Type 165 représentait parfaitement l’idée française du progrès : une technologie issue de la course, enveloppée dans une robe spectaculaire.

La guerre a condamné la voiture à rester aux États-Unis

L’Exposition universelle devait se poursuivre en 1940, mais la guerre a bouleversé le destin du véhicule. La France a été envahie et la voiture n’est pas retournée normalement dans les ateliers Delahaye.

Les récits ne décrivent pas tous de la même manière son immobilisation administrative. Ils convergent cependant sur les points essentiels : la Type 165 est restée aux États-Unis pendant la guerre, puis elle a été vendue après le conflit sans avoir reçu son V12 d’origine.

Un moteur Cadillac a ensuite été installé afin de rendre la voiture utilisable. Elle a circulé entre plusieurs propriétaires américains et a notamment été signalée en Californie, à New York et à Hawaï.

Cette mécanique de substitution a permis au cabriolet de rouler, mais elle a aussi transformé l’un des projets les plus ambitieux de Delahaye en automobile hybride : carrosserie parisienne, châssis français et cœur américain.

Delahaye Type 165 vue de trois quarts avant avec sa grande calandre chromée
La Delahaye Type 165 vue de trois quarts avant lors de l’exposition Motion. Autos, Art, Architecture au musée Guggenheim de Bilbao en 2022. Crédit photo Kuroczynski (CC BY-SA 4.0).

Une restauration avec le V12 qui lui était destiné

Au milieu des années 1980, Peter Mullin et Jim Hull ont acheté la voiture, alors très éloignée de sa configuration d’origine. Une restauration approfondie a commencé afin de retrouver la carrosserie, les équipements et la mécanique prévus en 1939.

Le moteur V12 destiné au châssis a été retrouvé en Europe et acheté au comte Hubertus von Dönhoff. La voiture et sa mécanique ont ainsi été réunies plusieurs décennies après leur séparation.

La restauration a demandé plusieurs années. La Delahaye a ensuite été présentée au Concours d’élégance de Pebble Beach en 1992, puis dans de nombreuses expositions consacrées à l’Art déco et à l’histoire automobile.

En 2023, le cabriolet a encore reçu un prix dans sa catégorie à Pebble Beach. Plus de huit décennies après son arrivée incomplète à New York, il avait enfin droit aux applaudissements avec toutes ses pièces principales au bon endroit.

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Crédit photo David Berry (CC BY 2.0).

Combien de Delahaye Type 165 ont été construites ?

Le chiffre de cinq exemplaires est très souvent repris, mais il demande une explication.

Deux roadsters Type 165 carrossés par Figoni et Falaschi sont généralement identifiés avec certitude. Ils correspondent aux automobiles les plus connues et aux formes spectaculaires associées aujourd’hui au modèle.

D’autres sources comptabilisent quatre ou cinq châssis Type 165, dont certains ont reçu des carrosseries différentes, notamment chez Henri Chapron. Elles incluent parfois des voitures inachevées, transformées ou difficiles à distinguer des Type 145 dont elles dérivent.

Il est donc trompeur d’affirmer que cinq cabriolets identiques à celui de New York ont été construits. La formulation la plus prudente est la suivante : la série Type 165 a probablement compté quatre ou cinq châssis, mais seulement deux roadsters Figoni et Falaschi sont clairement documentés.

Cette confusion n’a rien d’exceptionnel pour des automobiles produites presque artisanalement à la veille d’une guerre. Les registres, les numéros de châssis, les moteurs et les carrosseries n’ont pas toujours suivi la même route.

Les principales caractéristiques de la Delahaye Type 165

  • Constructeur : Delahaye
  • Carrossier : Figoni et Falaschi pour les deux roadsters les plus connus
  • Présentation : Salon de l’automobile de Paris, 1938
  • Moteur : V12 atmosphérique monté à l’avant
  • Cylindrée : environ 4 490 cm³
  • Puissance : 160 ch annoncés en 1938, environ 180 ch selon certaines fiches ultérieures
  • Transmission : propulsion
  • Boîte de vitesses : Cotal électromagnétique à quatre rapports
  • Empattement : environ 3,21 mètres
  • Longueur : environ 4,55 mètres
  • Carrosserie : cabriolet-roadster en aluminium
  • Châssis de la voiture de New York : 60744

Art déco, aérodynamisme et automobile-sculpture

La Delahaye Type 165 n’est pas seulement une voiture ancienne très rare. Elle représente une période durant laquelle les carrossiers français ont cherché à transformer l’automobile en œuvre d’art mobile.

L’aérodynamisme scientifique commençait à influencer les formes, mais l’efficacité n’était pas l’unique objectif. Les ailes enveloppantes, les roues masquées et les filets chromés de la Type 165 servaient autant à créer une silhouette spectaculaire qu’à réduire la résistance à l’air.

Aux États-Unis, la Pierce-Arrow Silver Arrow de 1933 avait déjà exploré cette image de la voiture du futur avec une carrosserie lisse et des roues de secours cachées.

La même année que l’Exposition de New York, la Schlörwagen allemande a poussé l’aérodynamisme beaucoup plus loin. Sa forme était techniquement remarquable, mais elle ressemblait davantage à une aile d’avion ayant avalé une berline. La Delahaye, elle, a privilégié l’élégance.

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Crédit photo Iain Cameron (CC BY 2.0).

Où se trouve aujourd’hui la Delahaye Type 165 ?

Pendant plusieurs années, le cabriolet appartenait au Mullin Automotive Museum d’Oxnard, en Californie. Ce musée créé par Peter et Merle Mullin était consacré aux automobiles françaises de la période Art déco.

Après la mort de Peter Mullin en 2023, le musée a fermé ses portes en février 2024. La fondation Mullin a donné quatre de ses voitures emblématiques au Petersen Automotive Museum de Los Angeles, dont la Delahaye Type 165, une Type 145, la Talbot-Lago T150 CS « goutte d’eau » et l’Hispano-Suiza Dubonnet Xenia.

La Type 165 appartient donc désormais aux collections du Petersen. Le musée dispose depuis 2026 d’un espace consacré à la collection Mullin dans son niveau souterrain appelé The Vault. La présence précise de chaque véhicule peut varier selon les expositions et les opérations de conservation : mieux vaut vérifier avant d’organiser un pèlerinage chromé jusqu’à Los Angeles.

Cabriolet Delahaye Type 165 rouge vu de trois quarts avant
La Delahaye Type 165 lors d’un concours automobile en Californie. Crédit photo Rex Gray (CC BY-SA 2.0).

La Delahaye Type 165 en vidéo

Cette vidéo permet d’observer les courbes de la carrosserie, les roues carénées et les nombreux détails chromés de la Delahaye Type 165.

Questions fréquentes sur la Delahaye Type 165

Qui a dessiné la Delahaye Type 165 ?

La carrosserie des deux roadsters les plus célèbres a été dessinée par Joseph Figoni et réalisée par l’atelier parisien Figoni et Falaschi.

Quel moteur équipe la Delahaye Type 165 ?

La voiture utilise un V12 atmosphérique d’environ 4,5 litres dérivé du moteur de compétition de la Delahaye Type 145.

Pourquoi la voiture de New York était-elle dépourvue de moteur ?

Le V12 définitif n’était pas terminé lorsque la voiture a dû être expédiée pour l’Exposition universelle de 1939. La carrosserie a donc été présentée sans sa mécanique complète.

La Delahaye Type 165 a-t-elle roulé avec un moteur Cadillac ?

Oui. Après la Seconde Guerre mondiale, l’exemplaire resté aux États-Unis a reçu une mécanique Cadillac afin de pouvoir circuler. Il a retrouvé plus tard le moteur V12 Delahaye qui lui était destiné.

Combien de Delahaye Type 165 existent ?

Deux roadsters Figoni et Falaschi sont clairement documentés. Selon le périmètre retenu, les historiens évoquent quatre ou cinq châssis Type 165 au total.

Quelle était la vitesse maximale de la Delahaye Type 165 ?

Les chiffres varient fortement. Une vitesse d’environ 180 à 190 km/h paraît plus crédible pour le cabriolet routier que les 230 km/h parfois repris à partir des Type 145 de compétition.

Où peut-on voir la Delahaye Type 165 de l’Exposition de New York ?

Elle appartient au Petersen Automotive Museum de Los Angeles. Son exposition au public peut varier selon la programmation et les rotations de véhicules.

Sources pour aller plus loin

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