Avec ses deux petites cornes dressées sur la tête et deux autres prolongements à l’arrière du corps, la chenille cornue du Léda semble avoir été dessinée pour un film de science-fiction miniature. Pourtant, cette étrange larve verte appartient simplement à Melanitis leda, un papillon largement répandu en Afrique, en Asie et en Océanie.
Vue en gros plan, sa tête paraît spectaculaire. Dans son environnement naturel, c’est une autre histoire : sa couleur verte lui permet au contraire de se faire discrète parmi les graminées. Ses fameuses « cornes » ne sont pas des dards et leur fonction précise reste mal comprise. Le monstre miniature est donc nettement moins redoutable qu’il n’en a l’air.
Chenille verte de Melanitis leda avec ses prolongements caractéristiques sur la tête. Crédit photo Vinayaraj (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Melanitis leda, appelé Léda en français et Common Evening Brown en anglais, appartient à la famille des Nymphalidae.
- Sa chenille verte possède deux prolongements en forme de cornes sur la tête et deux autres à l’extrémité de l’abdomen.
- Elle porte également de nombreuses soies fines, d’où son aspect légèrement velu en macrophotographie.
- Contrairement à ce que suggère son allure, cette chenille n’est pas connue pour être dangereuse ou urticante pour l’humain.
- Elle se nourrit surtout de graminées, parmi lesquelles figurent le riz, la canne à sucre et différentes herbes sauvages.
- Le papillon adulte vole principalement à l’aube et au crépuscule.
- Son apparence varie fortement entre saison humide et saison sèche.
Melanitis leda, le papillon derrière cette chenille cornue
Melanitis leda est une espèce de papillon de la famille des Nymphalidae et de la sous-famille des Satyrinae. En français, l’espèce est généralement appelée Léda ; son nom anglais Common Evening Brown, que l’on pourrait traduire par « brun commun du soir », fait référence à ses habitudes crépusculaires.
Les adultes sont en effet beaucoup plus actifs à l’aube et peu avant le coucher du soleil. Pendant la journée, ils restent volontiers dissimulés dans la végétation ou le sous-bois et ne prennent leur envol que lorsqu’ils sont dérangés.
La chenille est nettement plus colorée que le futur papillon : son corps cylindrique est essentiellement vert, ponctué de petites marques claires et couvert de soies très fines.
Chenille de Melanitis leda photographiée en Inde. Crédit photo Vinayaraj (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi cette chenille possède-t-elle quatre pointes ?
La partie la plus étonnante se trouve évidemment sur sa tête. Deux prolongements brunâtres et couverts de fines soies forment ce qui ressemble à une paire de petites cornes.
À l’autre extrémité du corps se trouvent deux prolongements supplémentaires ressemblant à une petite queue fourchue. La silhouette de la larve devient ainsi particulièrement curieuse : deux pointes devant, deux derrière.
Il est tentant d’y voir un système destiné à effrayer un prédateur ou à lui faire confondre l’avant et l’arrière de la chenille. La fonction antiprédatrice précise de ces appendices n’est toutefois pas clairement démontrée et mieux vaut éviter de transformer une hypothèse séduisante en certitude biologique.
D’autres chenilles ont développé des silhouettes encore plus extravagantes, comme les étonnantes chenilles à tête de dragon, dont les excroissances donnent elles aussi une apparence presque irréelle.
Une chenille de Melanitis leda dont la tête porte deux prolongements caractéristiques en forme de cornes. Crédit photo Vinayaraj (CC BY-SA 4.0).
Une chenille verte plutôt bien camouflée
Son apparence paraît voyante lorsqu’elle occupe presque tout l’écran d’une photographie macro. À l’échelle d’une plante, la chenille de Melanitis leda est au contraire assez bien camouflée.
Elle se repose notamment sous les feuilles, parfois alignée le long d’une nervure. Son corps vert se confond alors beaucoup mieux avec les graminées qui constituent l’essentiel de son alimentation.
Cette stratégie est moins spectaculaire que celle de la chenille du baron commun qui ressemble presque à une nervure de feuille, mais elle repose sur le même principe : rendre la silhouette de l’animal difficile à distinguer de son support.
Les petites taches claires et les fines soies qui recouvrent le corps peuvent également contribuer à casser son contour lorsqu’elle se trouve au milieu de la végétation.
La coloration verte de la chenille de Melanitis leda lui permet de se confondre avec les feuilles et les graminées. Crédit photo Vinayaraj (CC BY-SA 4.0).
Est-elle vraiment velue ?
L’ancien titre de cet article la qualifiait de « cornue et velue ». L’expression n’est pas complètement absurde lorsqu’on observe la larve en macrophotographie : sa tête et son corps portent effectivement de nombreuses soies fines.
Elle n’est cependant pas « poilue » à la manière de certaines chenilles couvertes d’une épaisse toison. Ses soies restent relativement clairsemées.
Le qualificatif de chenille cornue est donc beaucoup plus caractéristique pour identifier cette espèce.
La chenille du Léda est-elle dangereuse ?
Son apparence peut faire hésiter avant de la toucher : entre les cornes de la tête, les deux pointes postérieures et les petites soies, l’ensemble semble presque défensif.
Mais les « cornes » du Léda ne sont ni des dards ni des aiguillons venimeux. Les descriptions entomologiques de l’espèce ne signalent pas non plus de dispositif urticant comparable à celui de certaines chenilles processionnaires.
Il reste évidemment préférable de ne pas manipuler inutilement un animal sauvage, mais Melanitis leda n’est pas connu comme une chenille dangereuse pour l’être humain.
Certains Lépidoptères ont adopté des stratégies visuelles beaucoup plus impressionnantes encore : la chenille de la pyrale de la sorcière peut ainsi prendre l’apparence d’une petite tarentule.
Une chenille de Melanitis leda : ses cornes donnent une allure impressionnante, mais ne constituent pas des aiguillons. Crédit photo Vinayaraj (CC BY-SA 4.0).
Que mange la chenille de Melanitis leda ?
La larve est principalement associée aux graminées de la famille des Poaceae. Cette capacité à utiliser de nombreuses plantes-hôtes contribue probablement à expliquer l’immense aire de répartition de l’espèce.
Parmi les plantes documentées figurent notamment le riz (Oryza sativa), la canne à sucre (Saccharum officinarum), différentes espèces de sorgho, Imperata cylindrica, Leersia hexandra et plusieurs autres graminées sauvages.
La chenille peut donc être observée dans les prairies et les milieux naturels, mais également dans des paysages agricoles. Dans les rizières, elle est d’ailleurs connue en anglais sous le nom de greenhorned caterpillar, littéralement « chenille verte cornue ».
Les dégâts restent généralement localisés, mais une population importante de larves peut consommer une partie du feuillage des plants de riz. La jolie créature de macrophotographie est alors regardée d’un œil un peu moins attendri par l’agriculteur.
De la chenille cornue à la chrysalide
Comme tous les papillons, Melanitis leda passe par une métamorphose complète : œuf, chenille, chrysalide puis adulte.
Les œufs sont petits, sphériques et pâles. Après plusieurs stades larvaires, la chenille cesse de s’alimenter et recherche un emplacement où se transformer.
Sa chrysalide contraste avec son apparence cornue : elle est lisse, verte et relativement discrète. Chez les populations décrites en Australie, elle mesure autour de 2 cm et reste suspendue à la plante par son extrémité.
Chrysalide verte de Melanitis leda photographiée en Inde. Crédit photo Anitava Roy (CC BY-SA 4.0).
Quel papillon devient cette étrange chenille ?
La transformation est radicale. La chenille vert vif et cornue donne naissance à un papillon essentiellement brun dont la face supérieure des ailes présente notamment des zones orangées et des ocelles évoquant des yeux.
Le dessous des ailes est particulièrement variable et souvent très cryptique. Au repos dans la végétation sèche ou parmi les feuilles mortes, le papillon devient beaucoup plus difficile à repérer.
L’adulte se nourrit notamment de fruits très mûrs ou en décomposition et de sève. Ce régime permet d’ailleurs aux chercheurs qui travaillent sur l’espèce d’utiliser des pièges appâtés avec des fruits fermentés.
Son activité principalement crépusculaire explique son nom anglais de Common Evening Brown.
Melanitis leda adulte photographié au Kerala, en Inde. Ce spécimen appartient à une forme de saison humide. Crédit photo Jeevan Jose / Jee & Rani Nature Photography (CC BY-SA 4.0).
Un papillon qui change d’apparence avec les saisons
Melanitis leda possède une autre particularité remarquable : son apparence peut changer selon les conditions saisonnières.
Les formes associées à la saison humide portent généralement des ocelles plus grands et plus contrastés. Ces motifs ressemblant à des yeux peuvent détourner les attaques de certains prédateurs vers les ailes plutôt que vers le corps de l’insecte.
Pendant la saison sèche, les ocelles deviennent au contraire plus petits. Les ailes antérieures présentent aussi des extrémités davantage recourbées et les prolongements des ailes postérieures peuvent être plus marqués.
La face inférieure des ailes peut alors prendre des teintes et des dessins particulièrement cryptiques, utiles lorsqu’un papillon immobile repose parmi des feuilles sèches.
Cette plasticité saisonnière est suffisamment marquée pour que Melanitis leda soit aujourd’hui utilisé comme modèle de recherche pour comprendre comment température, humidité, alimentation et génétique influencent l’apparence d’un papillon.
Où vit Melanitis leda ?
Le Léda possède une aire de répartition exceptionnellement vaste. Il est présent depuis l’Afrique et Madagascar jusqu’à l’Asie du Sud et du Sud-Est, puis dans une partie de l’Océanie et de l’Australie.
Il ne vit pas uniquement dans les zones cultivées. On peut le rencontrer dans des habitats très variés : forêts, lisières, sous-bois, prairies, plantations et terres agricoles.
Le projet scientifique consacré à Melanitis leda indique que l’espèce est observée depuis les basses terres jusqu’à environ 2 000 mètres d’altitude dans certaines régions.
Cette capacité à occuper des environnements très différents est probablement facilitée par son large choix de plantes-hôtes et par sa capacité à modifier son apparence selon les saisons.
La chenille cornue du Léda en vidéo
Voici également cette étrange chenille en mouvement. La vidéo montre une larve de Melanitis leda helena observée à La Réunion et se nourrissant sur une graminée.
Pour poursuivre avec des larves à l’apparence improbable, découvrez aussi la surprenante chenille du papillon glauque.
Sources pour aller plus loin
- Melanitis leda Project — Adam Mickiewicz University : répartition, plantes-hôtes, formes saisonnières et comportement
- Butterfly House — Melanitis leda : chenille, plantes-hôtes, chrysalide et adulte
- ButterflyCircle — Common Evening Brown : comportement, habitat et cycle de vie
- Étude scientifique sur la plasticité saisonnière de Melanitis leda
- South African National Biodiversity Institute — Evening Brown, Melanitis leda
- Wikimedia Commons — cycle de vie complet de Melanitis leda, Wiki Loves Butterfly






