Le morpho bleu est connu pour ses grandes ailes aux reflets bleu métallique, mais sa chenille est presque aussi spectaculaire. Brune, jaune ou verdâtre selon son âge et l’espèce, elle porte de longues touffes de soies qui lui donnent l’allure improbable d’un petit plumeau vivant.
Le nom « morpho bleu » désigne en réalité plusieurs papillons proches du genre Morpho, notamment Morpho menelaus et Morpho peleides, également classé comme Morpho helenor peleides par certains auteurs. Leurs chenilles peuvent donc présenter des différences, mais plusieurs partagent cette étonnante apparence velue et quelques moyens de défense assez peu engageants.
Une chenille de morpho photographiée dans les forêts tropicales américaines. Crédit photo Cyndy Sims Parr (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- La chenille du morpho bleu est couverte de longues touffes de soies blanches, rouges, jaunes ou brunâtres.
- Chez Morpho peleides, elle passe par cinq stades larvaires et peut atteindre environ 7 à 9 cm.
- Le cannibalisme a bien été observé chez certaines chenilles de morphos, notamment en élevage.
- Lorsqu’elles sont dérangées, certaines espèces peuvent déployer une glande libérant une forte odeur défensive.
- Le bleu métallique du papillon adulte est principalement une couleur structurelle produite par les microscopiques écailles de ses ailes.
Pourquoi la chenille du morpho bleu ressemble-t-elle à un plumeau ?
Chez Morpho peleides, les jeunes chenilles présentent un corps jaune-vert portant des zones brun rougeâtre et de longues touffes de soies rouges et blanches. Leur apparence évolue au fil des mues et les larves deviennent progressivement plus brunes.
La chenille passe par cinq stades larvaires. Les observations compilées par l’Université de Floride indiquent une taille d’environ 5 mm juste après l’éclosion et jusqu’à 74 à 93 mm au dernier stade, selon les populations étudiées.
Les longues touffes latérales ne servent peut-être pas seulement à donner à l’animal une coiffure particulièrement ambitieuse. Elles pourraient aussi casser visuellement le contour du corps sur la feuille et participer ainsi au camouflage.
Une stratégie assez différente de celle de la chenille du baron commun, presque invisible sur une nervure de feuille.
Chenille de morpho bleu photographiée au Costa Rica. Crédit photo Ada Gonzalez (CC BY 2.0).
Les poils de la chenille du morpho sont-ils urticants ?
Il faut éviter de mettre toutes les chenilles de morphos dans le même sac. Des cas d’irritation cutanée sont documentés chez plusieurs espèces, notamment Morpho menelaus, mais cela ne signifie pas que toutes les chenilles regroupées sous le nom de « morpho bleu » présentent exactement le même risque.
Mieux vaut donc éviter de les manipuler à mains nues, sans pour autant les présenter comme l’équivalent des chenilles aux défenses réellement redoutables. Certaines espèces utilisent des structures bien plus agressives, comme le montrent ces chenilles aussi jolies qu’urticantes ou venimeuses.
La chenille du morpho bleu est-elle vraiment cannibale ?
Oui, le comportement existe, mais l’ancienne formule selon laquelle elle « se nourrit des plus faibles » était trop générale. Les chenilles de morphos mangent avant tout des végétaux.
Le cannibalisme a cependant été observé chez Morpho peleides, particulièrement en élevage. Le Natural History Museum de Londres rapporte ainsi qu’un groupe de petites chenilles élevé dans sa serre s’est progressivement réduit à une seule grosse chenille : celle-ci avait mangé les autres.
Les raisons de ce comportement restent discutées. Une compétition pour les ressources lorsque plusieurs larves vivent ensemble pourrait notamment jouer un rôle.
Les morphos ne sont décidément pas les seules chenilles à réserver quelques surprises : la chenille très colorée du machaon noir adopte pour sa part une stratégie défensive assez différente.
Plusieurs chenilles de morpho bleu réunies sur une plante. Crédit photo emills1 (CC BY 2.0).
Une glande odorante pour décourager les prédateurs
L’aspect velu n’est pas la seule défense de ces larves. Plusieurs espèces du genre Morpho possèdent une glande cervicale qu’elles peuvent faire ressortir lorsqu’elles sont dérangées.
Chez Morpho peleides, une étude en laboratoire a décrit l’émission d’une substance volatile à forte odeur de vinaigre depuis une petite glande orangée située près de l’avant du corps. D’autres observations décrivent des odeurs différentes selon les espèces.
La fonction semble en revanche assez claire : rendre la chenille beaucoup moins appétissante aux yeux — ou plutôt au nez — d’un éventuel prédateur.
Vidéo de la chenille du morpho bleu
Voici une vidéo montrant ces étonnantes chenilles en train de se nourrir :
De cette chenille velue naît un spectaculaire papillon bleu
Après ses cinq stades larvaires, Morpho peleides entre dans une courte phase pré-nymphale puis forme une chrysalide vert pâle. Chez cette espèce, le stade de chrysalide dure environ deux semaines.
Le contraste avec l’adulte est spectaculaire. Le dessus des ailes du morpho affiche un bleu métallique intense tandis que leur revers est beaucoup plus discret, généralement brun avec de grands ocelles. Lorsque les ailes se referment, ces couleurs ternes contribuent au camouflage et les ocelles peuvent surprendre ou détourner l’attention de certains prédateurs.
Une métamorphose aussi radicale que celle de la chenille épineuse qui devient le papillon malachite.
Un morpho bleu adulte, Morpho peleides, avec le bleu iridescent caractéristique du dessus de ses ailes. Crédit photo Mira Meijer / Burgers’ Zoo (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi le papillon morpho est-il aussi bleu ?
Le bleu spectaculaire du morpho n’est pas simplement produit par un pigment. Ses ailes sont recouvertes de millions de minuscules écailles possédant elles-mêmes des structures microscopiques capables d’interagir avec la lumière.
Ces reliefs amplifient la réflexion des longueurs d’onde bleues tout en réduisant les autres couleurs. Le résultat est cette teinte métallique et iridescente qui change d’intensité selon l’angle de la lumière.
On parle de coloration structurelle. Le principe existe chez d’autres animaux, mais également chez certaines plantes : la spectaculaire baie de marbre produit elle aussi son bleu grâce à des structures microscopiques plutôt qu’à un simple pigment bleu.
Le morpho réussit donc une métamorphose assez remarquable : d’un drôle de plumeau brun et coloré naît l’un des papillons bleus les plus reconnaissables des forêts tropicales d’Amérique.
Crédit photo Alias 0591 (CC BY 2.0).
Sources pour aller plus loin
- Natural History Museum — Spotlight: the blue morpho
- University of Florida — Blue Morpho Butterfly, Morpho peleides
- Smithsonian National Museum of Natural History — What Makes Things Blue?
- Smithsonian Institution — What Makes this Butterfly Blue?
- Journal of the New York Entomological Society — glandes défensives des chenilles de Morpho




