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La forteresse souterraine du château de Brézé

À une dizaine de kilomètres de Saumur, le château de Brézé cache sous ses façades Renaissance et néogothiques un second monument beaucoup moins visible : un gigantesque réseau troglodytique creusé dans le tuffeau. Au total, environ 4 kilomètres de souterrains courent sous le château et ses abords, avec galeries, salles, anciens espaces d’habitation, écuries, boulangerie, caves, pressoirs et ouvrages défensifs.

Cette forteresse souterraine ne résulte pas d’un chantier unique. Elle s’est transformée pendant plusieurs siècles, depuis les premiers habitats seigneuriaux médiévaux jusqu’aux aménagements militaires des XVe et XVIe siècles. Autour du château, d’impressionnantes douves sèches atteignent jusqu’à 18 mètres de profondeur. À Brézé, on a manifestement toujours préféré creuser avant de construire.

Galerie du réseau troglodytique sous le château de Brézé
Galerie du réseau troglodytique du château de Brézé. Crédit photo Chatainsim (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • Le château de Brézé possède environ 4 km de souterrains, dont plus d’un kilomètre est aujourd’hui accessible à la visite.
  • La présence d’un château à Brézé est attestée dès 1063 et la partie troglodytique la plus ancienne est associée au premier habitat des seigneurs de Brézé.
  • La Roche de Brézé, cœur de ce premier habitat souterrain, se trouve à environ 11 mètres sous la cour d’honneur actuelle.
  • En 1448, Gilles de Maillé-Brézé obtient l’autorisation de fortifier le château ; des fossés atteignant alors 10 à 12 mètres sont creusés.
  • Aux XVe et XVIe siècles, le système défensif est renforcé avec galeries, chemin de ronde et nombreux postes de tir.
  • Les douves sèches atteignent aujourd’hui jusqu’à 18 mètres de profondeur.
  • Les souterrains n’étaient pas uniquement militaires : ils abritaient aussi boulangerie, écuries, caves, celliers et pressoirs.
  • Le château est partiellement classé monument historique depuis 1979.

Un château sous le château de Brézé

Depuis la cour, rien ne laisse vraiment deviner l’ampleur de ce qui se trouve sous les pieds du visiteur.

Le château visible aujourd’hui est principalement le résultat de plusieurs grandes campagnes de transformation. Au XVIe siècle, Arthus de Maillé-Brézé fait largement reconstruire le monument dans un style Renaissance. Puis, à partir du milieu du XIXe siècle, l’architecte angevin René Hodé transforme profondément deux ailes dans un spectaculaire style néogothique.

Sous cet édifice beaucoup plus tardif subsiste pourtant un monde bien plus ancien.

Château de Brézé en Maine-et-Loire au-dessus de ses souterrains


Le château de Brézé au-dessus de son vaste réseau souterrain. Crédit photo Adrian Farwell (CC BY 3.0).

La première mention connue d’un « château » à Brézé remonte à 1063, dans une charte de l’abbaye de Saint-Florent.

Il est difficile de dater précisément le creusement des premières cavités, mais la partie la plus ancienne actuellement connue est appelée la Roche de Brézé. Elle correspond au premier habitat troglodytique associé aux seigneurs du lieu et se trouve aujourd’hui à environ onze mètres sous la cour d’honneur.

Cette architecture souterraine rappelle, à une autre échelle, le château de Sloup et ses espaces taillés dans un pilier de grès en Bohême. À Brézé, toutefois, le réseau est considérablement plus développé.

La Roche de Brézé, cœur de la forteresse souterraine

La Roche de Brézé n’est pas une simple cave.

Son organisation témoigne d’un véritable habitat protégé, avec des pièces disposées autour d’un ancien puits de lumière. Des silos creusés directement dans le tuffeau permettaient de stocker les céréales et certaines cavités ont servi d’écuries, avec des mangeoires elles aussi sculptées dans la roche.

L’idée était de pouvoir vivre et stocker des ressources à l’abri, tout en restant relativement difficile à atteindre depuis la surface.

Au fil des siècles, le réseau s’est considérablement étendu. De nouvelles galeries sont venues recouper ou contourner les structures plus anciennes, transformant progressivement ce premier habitat en un étonnant ensemble défensif et utilitaire.

Le principe même du lieu rapproche Brézé des habitations troglodytiques creusées directement dans la roche, même si sa vocation seigneuriale et militaire le place dans une catégorie assez particulière.

Des souterrains transformés en système défensif

Un tournant important intervient en 1448.

Cette année-là, Gilles de Maillé-Brézé obtient du roi René d’Anjou l’autorisation de fortifier son château et d’y établir une garnison. Les fossés sont alors creusés jusqu’à environ 10 à 12 mètres de profondeur.

Le système est ensuite modifié et renforcé à plusieurs reprises.

Les galeries comprennent notamment de nombreux postes de tir permettant de surveiller et défendre les fossés tout en restant relativement protégé. Un chemin de ronde souterrain complète cette organisation.

Il serait donc trompeur de parler, comme le faisait l’ancienne version de l’article, de « bunkers » creusés au XVIe siècle pour se protéger des Vikings. Les parties les plus anciennes sont médiévales, tandis que les aménagements défensifs visibles aujourd’hui résultent de plusieurs campagnes beaucoup plus tardives.

Des douves sèches profondes de 18 mètres

Les volumes les plus spectaculaires de Brézé ne sont paradoxalement pas totalement souterrains.

Autour du château s’ouvrent d’énormes douves sèches, profondément creusées dans le tuffeau. Elles atteignent aujourd’hui jusqu’à 18 mètres.

Le château les présente comme les plus profondes d’Europe. Faute d’un classement indépendant exhaustif de tous les fossés de châteaux européens, mieux vaut conserver cette formulation comme une revendication du domaine plutôt que comme un record universel gravé dans le marbre.

Douves sèches profondément creusées autour du château de Brézé
Les profondes douves sèches du château de Brézé, creusées dans le tuffeau. Crédit photo GO69 (CC BY 4.0).

Le creusement ne répondait probablement pas à un seul objectif. Approfondir les fossés améliorait évidemment la défense, mais permettait également d’extraire le tuffeau utilisé comme pierre de construction.

Des salles et galeries ont ensuite été aménagées directement dans leurs parois.

À Brézé, la distinction entre château et carrière devient donc assez floue : en retirant la roche pour protéger le bâtiment, on créait en même temps de nouveaux espaces exploitables.

Pourquoi le tuffeau se prête-t-il si bien aux souterrains ?

Le château repose sur un important massif de tuffeau, cette roche calcaire claire emblématique de nombreux monuments du Val de Loire.

Relativement tendre lorsqu’il vient d’être extrait, le tuffeau peut être scié et sculpté beaucoup plus facilement que des roches plus dures. Cette caractéristique explique en partie l’abondance des caves, carrières et habitats troglodytiques dans le Saumurois.

À Brézé, les hommes ont poussé le principe particulièrement loin : les 4 kilomètres de galeries et de salles ne correspondent pas uniquement à des carrières réutilisées, mais à un véritable système d’espaces conçus pour habiter, défendre, stocker et produire.

Une boulangerie pour 500 hommes pendant la Fronde

Les souterrains ont aussi connu un épisode militaire spectaculaire au XVIIe siècle.

En 1650, le mariage de Claire-Clémence de Maillé-Brézé avec Louis II de Bourbon, prince de Condé, fait entrer le domaine dans l’orbite du Grand Condé, alors engagé dans la Fronde des Princes contre le pouvoir royal.

La documentation du château indique qu’environ 500 hommes se trouvaient alors dans les fossés et que la grande boulangerie souterraine était utilisée pour les nourrir.

Cette boulangerie possède un vaste four à pain creusé dans le réseau troglodytique. Les lieux montrent que les souterrains n’étaient donc pas un simple itinéraire de fuite ou un décor défensif : ils pouvaient servir à la logistique quotidienne d’un groupe particulièrement nombreux.

Quelques siècles avant le sandwich sous cellophane, ravitailler 500 soldats demandait déjà une organisation assez robuste.

Des caves et pressoirs sous le château

Une autre partie du réseau n’a rien de militaire.

Le domaine de Brézé possède une longue tradition viticole. Dès le XVe siècle, son vin blanc était suffisamment réputé pour être apprécié du roi René d’Anjou.

Les vastes espaces souterrains offraient évidemment des conditions intéressantes pour stocker le vin et installer pressoirs, foudres et celliers.

Ancien pressoir dans une cave souterraine du château de Brézé


Ancien pressoir installé dans l’une des caves souterraines du château de Brézé. Crédit photo Marc Ryckaert (CC BY-SA 4.0).

Cette diversité d’usage est finalement l’un des aspects les plus intéressants du site.

Sous un même château se côtoient :

  • un ancien habitat seigneurial ;
  • des écuries ;
  • des silos ;
  • des ouvrages défensifs ;
  • une boulangerie ;
  • des caves ;
  • des pressoirs ;
  • des espaces liés au stockage du vin.

Difficile de trouver meilleure démonstration qu’un château peut posséder plusieurs étages… même lorsqu’ils partent dans la mauvaise direction.

Du château Renaissance au décor néogothique

Pendant que le monde souterrain évoluait, le château de surface changeait lui aussi radicalement.

Au XVIe siècle, Arthus de Maillé-Brézé transforme largement l’ancien château fort en demeure Renaissance.

Au XIXe siècle, une nouvelle grande campagne de travaux est menée par la famille de Dreux-Brézé. À partir de 1850, l’architecte angevin René Hodé modifie profondément deux des trois ailes, crée notamment la grande galerie et ajoute plusieurs éléments néogothiques.

Le résultat actuel superpose donc presque trois monuments :

le château médiéval disparu ou enfoui, le château Renaissance et la transformation néogothique du XIXe siècle.

La logique défensive est assez différente de celle de Castel del Monte et de son architecture étonnamment dépourvue de certains dispositifs militaires classiques. À Brézé, fossés, galeries et postes de tir sont au contraire difficiles à manquer dès que l’on descend sous terre.

Le château de Brézé est classé monument historique

Le ministère français de la Culture classe partiellement le château de Brézé au titre des monuments historiques depuis le 6 mars 1979.

La protection concerne notamment :

  • les façades et toitures du château et des communs ;
  • les douves et leur pont ;
  • la fuye ;
  • plusieurs pièces intérieures et leurs décors.

Le château appartient à la famille de Colbert depuis 1959, à la suite du mariage de Charlotte de Dreux-Brézé avec Bernard de Colbert.

Visiter les souterrains du château de Brézé

Le château est ouvert au public depuis 1998. Une première partie du réseau troglodytique a été ouverte aux visiteurs en juillet 2000.

Aujourd’hui, sur environ 4 kilomètres de galeries et espaces souterrains connus, plus d’un kilomètre est intégré au parcours de visite.

Adresse :

Château de Brézé
2 rue du Château
49260 Brézé

Coordonnées approximatives : 47.1744, -0.0576. Voici la position sur Google Maps:

forteresse souterraine du chateau de Breze france maps

Au moment de cette mise à jour, la visite libre du château et des souterrains est affichée à 13,70 € pour un adulte. Les horaires et tarifs pouvant évoluer, mieux vaut vérifier les informations officielles du château de Brézé avant le déplacement.

À une dizaine de kilomètres de Saumur, le lieu s’inscrit aussi dans un territoire où les constructions troglodytiques sont particulièrement nombreuses comme le Dolmen de Bagneux.

Une forteresse construite en retirant de la pierre

Le château de Brézé renverse finalement l’image classique de la forteresse.

Habituellement, plus un château est important, plus il faut empiler de pierres. À Brézé, une partie de la puissance du lieu vient exactement de l’opération inverse : creuser toujours davantage le tuffeau.

Au fil des siècles, les hommes ont ainsi produit un étrange empilement vertical : le château visible au-dessus, les douves monumentales autour et tout un réseau de galeries en dessous.

Le résultat se rapproche davantage d’une petite ville souterraine fortifiée que d’une simple cave de château. Dans un autre registre, la forteresse de Belogradchik en Bulgarie montre elle aussi jusqu’où les bâtisseurs ont pu pousser l’utilisation d’un relief naturel pour renforcer un système défensif.

Sources pour aller plus loin

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